Évolution du marché : Minérales (CN 27) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 27 — COMBUSTIBLES MINÉRAUX, HUILES MINÉRALES ET PRODUITS DE LEUR DISTILLATION ; MATIÈRES BITUMINEUSES ; CIRES MINÉRALES — constitue le poste le plus important du commerce extérieur de l'Union européenne. Il englobe le pétrole brut, les produits pétroliers raffinés, le gaz de pétrole et les hydrocarbures gazeux, le charbon, le coke, les produits bitumineux, ainsi que l'énergie électrique.
Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'UE dans ce secteur a été marqué par trois dynamiques majeures : une hausse généralisée des prix qui a porté la valeur des échanges à des niveaux records malgré un recul persistant des volumes physiques ; une restructuration géographique massive des approvisionnements consécutive à l'invasion de l'Ukraine en février 2022 ; et une évolution profonde de la structure des produits échangés, avec un déclin marqué du charbon, une volatilité extrême du gaz et une montée en puissance de la production intérieure européenne.
Le déficit commercial de l'UE sur ce poste est passé de −226,2 milliards d'euros en 2015 à −298,1 milliards d'euros en 2025, avec un pic exceptionnel à −650,4 milliards d'euros en 2022, année de la crise énergétique mondiale.
1. Le primat des prix sur les volumes : une valeur en hausse malgré un recul des quantités
1.1 Des volumes en repli tendanciel
Entre 2015 et 2025, les importations de l'UE en provenance des pays tiers ont reculé de 16,9 % en volume, passant de 1 013,3 millions de tonnes à 842,0 millions de tonnes. Les exportations ont connu un déclin plus modéré de 5,8 %, passant de 195,5 Mt à 184,2 Mt.
Le point bas des importations a été atteint en 2025 (842,0 Mt), tandis que le volume maximal a été observé avant 2020 (1 034,1 Mt). Cette contraction des volumes physiques s'inscrit dans un mouvement plus large de transition énergétique, d'amélioration de l'efficacité énergétique et de substitution progressive des combustibles fossiles dans le mix énergétique européen.
1.2 La hausse des prix compense — et au-delà — le recul des volumes
Malgré la contraction des quantités, la valeur des échanges a fortement progressé. Les importations ont augmenté de 31,9 % (de 314,4 à 414,8 milliards d'euros) et les exportations de 32,3 % (de 88,2 à 116,7 milliards d'euros) sur l'ensemble de la période.
Le prix moyen à l'importation est passé de 306,6 €/t en 2015 à 468,4 €/t en 2025 (+52,8 %), avec un pic exceptionnel à 807,6 €/t en 2022. Le prix moyen à l'exportation a suivi une trajectoire comparable, de 430,7 à 581,1 €/t (+34,9 %), culminant à 853,9 €/t la même année.
| Indicateur | 2015 | Minimum | Maximum | 2025 | Δ 2015→2025 |
|---|---|---|---|---|---|
| Valeur importations (Md €) | 314,4 | 221,4 | 831,4 | 414,8 | +31,9 % |
| Valeur exportations (Md €) | 88,2 | 64,1 | 181,0 | 116,7 | +32,3 % |
| Solde commercial (Md €) | −226,2 | −650,4 | −157,3 | −298,1 | −31,8 % |
| Volume importations (Mt) | 1 013,3 | 842,0 | 1 034,1 | 842,0 | −16,9 % |
| Prix importations (€/t) | 306,6 | 245,9 | 807,6 | 468,4 | +52,8 % |
| Prix exportations (€/t) | 430,7 | 338,3 | 853,9 | 581,1 | +34,9 % |
Source : Vue d'ensemble du commerce
1.3 Le choc de 2022 : une volatilité de prix sans précédent
L'année 2022 marque un point d'inflexion spectaculaire dans l'ensemble des prix énergétiques. Le prix du gaz importé (CN 2711) a atteint 1 238,9 €/t, soit près de quatre fois le niveau de 2015 (323,0 €/t) et six fois celui de 2020 (195,3 €/t). Le prix du pétrole brut (CN 2709) a culminé à 694,6 €/t, en hausse de 99 % par rapport à 2015 (348,7 €/t). Le charbon (CN 2701) a quadruplé, passant de 71,2 à 297,0 €/t.
Trois chocs de prix majeurs ont été détectés en 2022, avec des niveaux d'anomalie statistique très élevés :
| Partenaire | Flux | Variation de prix | Anomalie | Part dans la valeur |
|---|---|---|---|---|
| Algérie | Importations | +145,4 % | 6,7 σ | 7,1 % |
| Ukraine | Exportations | +161,2 % | 6,1 σ | 5,0 % |
| Canada | Exportations | +92,4 % | 6,0 σ | 2,9 % |
Ces chocs traduisent la déstabilisation des marchés énergétiques mondiaux provoquée par l'invasion russe de l'Ukraine, les sanctions internationales et la course européenne à la sécurisation des approvisionnements alternatifs.
2. La grande diversification : du monopole russe vers un approvisionnement multipolaire
2.1 L'effondrement des importations russes
La dynamique la plus marquante de la décennie est l'effondrement des importations en provenance de Russie. Celles-ci sont passées de 87,8 milliards d'euros en 2015 (environ 28 % du total des importations) à 17,4 milliards d'euros en 2025 (environ 4 %), soit une chute de 80,1 %.
Le pic historique des importations russes a été atteint à 147,2 milliards d'euros, niveau qui reflète à la fois des prix record sur les hydrocarbures et des volumes encore significatifs avant l'entrée en vigueur pleine des sanctions. La Russie, qui était de loin le premier fournisseur d'énergie de l'UE en 2015, se trouve marginalisée en 2025, reléguée au-delà des cinq premiers partenaires.
2.2 La montée en puissance de fournisseurs alternatifs
Le retrait russe a été compensé — en valeur — par la montée de plusieurs fournisseurs alternatifs :
| Partenaire | 2015 (Md €) | 2025 (Md €) | Variation | Part 2025 |
|---|---|---|---|---|
| États-Unis | 10,4 | 70,9 | +583,8 % | 17,1 % |
| Norvège | 22,6 | 45,0 | +99,6 % | 10,9 % |
| Kazakhstan | 14,2 | 28,2 | +98,1 % | 6,8 % |
| Algérie | 17,4 | 24,7 | +41,4 % | 5,9 % |
| Royaume-Uni | 21,0 | 22,0 | +4,9 % | 5,3 % |
Les États-Unis connaissent la progression la plus spectaculaire, leur part passant de 3,3 % à 17,1 % des importations de l'UE, portée par l'expansion des exportations de GNL (gaz naturel liquéfié) et de produits pétroliers raffinés. La Norvège et le Kazakhstan ont également presque doublé leurs livraisons à l'UE, consolidant leur rôle de fournisseurs stratégiques.
Du côté des exportations de l'UE, la structure des partenaires est plus stable. Les principaux destinataires restent les approvisionnements et avitaillements du commerce extra-UE (17,2 Md €), le Royaume-Uni (14,5 Md €), les États-Unis (9,0 Md €), Gibraltar (7,0 Md €) et la Suisse (6,6 Md €).
2.3 Une déconcentration nette du marché des importations
L'indice de concentration HHI des importations a chuté de 1 307 à 794 (−39,2 %), passant d'un niveau de concentration modérée à un marché considéré comme non concentré (seuil conventionnel : 1 500). Cette évolution traduit directement la diversification des approvisionnements, loin de la Russie vers un panel plus large de fournisseurs. L'HHI avait atteint son minimum à 732 avant de remonter légèrement, signe d'une stabilisation de la nouvelle géographie énergétique.
En revanche, l'HHI des exportations est resté stable autour de 576–619, indiquant une structure de marché concurrentielle et diversifiée sans changement significatif sur la période.
La volatilité des flux commerciaux reste cependant élevée pour certains partenaires. Les importations en provenance de Colombie (coefficient de variation : 0,61), de Russie (0,53), des États-Unis (0,46) et de Libye (0,33) affichent les plus fortes variations sur la période. Du côté des exportations, Singapour (CV : 0,69), l'Ukraine (0,40) et la Turquie (0,29) présentent la plus grande instabilité.
3. Recul du charbon, essor du gaz et montée en puissance de la production européenne
3.1 Le déclin structurel du charbon
L'évolution la plus nette côté produits est le recul massif du charbon (CN 2701) dans les importations européennes. Le volume importé est passé de 156,9 Mt en 2015 à 58,8 Mt en 2025 (−62,5 %), atteignant son niveau le plus bas de la période observée. En 2025, le charbon ne représente plus que 7,0 % du volume total des importations, contre 15,5 % en 2015.
Ce déclin s'inscrit dans les politiques de décarbonation et de fermeture progressive des centrales à charbon dans plusieurs États membres. Le rebond temporaire de 2021–2022 (98,9 et 101,4 Mt), lié à la crise gazière qui a conduit certains pays à réactiver des centrales au charbon comme mesure de sécurité d'approvisionnement, n'a pas inversé la tendance de fond. En valeur, le charbon a même reculé de 25,1 % (de 11,2 à 8,4 Md €) sur la période.
3.2 Le pétrole brut demeure dominant, mais les volumes reculent
Le pétrole brut (CN 2709) reste le premier poste d'importation avec 435,5 Mt en 2025, mais son volume a reculé de 13,4 % par rapport à 2015 (503,0 Mt). En valeur, il représente 212,2 Md € en 2025, soit plus de la moitié des importations totales.
L'évolution des prix du brut illustre bien les cycles de la période : de 348,7 €/t en 2015, le prix s'est contracté à 282,5 €/t en 2020 (effondrement de la demande lors de la crise sanitaire), avant de culminer à 694,6 €/t en 2022 (crise énergétique), puis de se corriger à 476,3 €/t en 2025 — un niveau toutefois supérieur de 37 % au prix de départ.
3.3 Le gaz : un marché transformé par la volatilité
Les importations de gaz de pétrole et hydrocarbures gazeux (CN 2711) ont connu la trajectoire la plus heurtée de tous les segments. En volume, elles sont passées de 119,0 Mt à 143,9 Mt (+21,0 %). Mais en valeur, l'explosion a été spectaculaire : de 40,1 Md € en 2015 à 234,9 Md € en 2022, avant de se stabiliser à 88,0 Md € en 2025 (+119,3 %).
Le prix du gaz importé a atteint 1 238,9 €/t en 2022 — un niveau six fois supérieur au prix de 2020 (195,3 €/t) — avant de refluer à 528,0 €/t en 2025. Cette volatilité extrême reflète à la fois la crise de 2022 et la restructuration des approvisionnements gaziers européens vers le GNL, marché structurellement plus coûteux que le pipeline.
3.4 Synthèse par segment : des trajectoires très différenciées
L'ensemble des segments produits présente des évolutions contrastées, comme le résume le tableau ci-dessous :
Importations par segment (CN 27) — Valeur et volume :
| Segment | Vol. 2015 (Mt) | Vol. 2025 (Mt) | Δ vol. | Val. 2015 (Md €) | Val. 2025 (Md €) | Δ val. |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 2709 — Pétrole brut | 503,0 | 435,5 | −13,4 % | 175,4 | 212,2 | +21,0 % |
| 2711 — Gaz | 119,0 | 143,9 | +21,0 % | 40,1 | 88,0 | +119,3 % |
| 2710 — Produits raffinés | 131,5 | 91,2 | −30,7 % | 55,9 | 58,4 | +4,4 % |
| 2701 — Charbon | 156,9 | 58,8 | −62,5 % | 11,2 | 8,4 | −25,1 % |
| 2707 — Aromatiques | 5,2 | 9,9 | +88,6 % | 2,1 | 5,2 | +154,8 % |
| 2713 — Résidus bitumineux | 8,0 | 5,3 | −33,5 % | 0,9 | 1,1 | +21,1 % |
| 2704 — Coke | 1,4 | 1,7 | +26,2 % | 0,2 | 0,4 | +89,5 % |
Du côté des exportations, le segment des produits raffinés (CN 2710) reste dominant mais recule en volume (de 150,7 à 118,4 Mt, −21,5 %), tandis que les exportations d'aromatiques (CN 2707) explosent, passant de 4,5 à 23,1 Mt (+410 %) et de 1,9 à 10,6 Md € (+454 %), un signe de la montée en gamme de la pétrochimie européenne.
Source : Comparaison par segment produit
3.5 Une production intérieure européenne en forte croissance
Un phénomène notable est la forte croissance de la production intérieure de l'UE dans le périmètre CN 27. En volume, la production est passée de 63,3 milliards de kilogrammes en 2015 à 121,4 milliards de kg en 2025, soit une progression de 92,0 %, avec un pic à 201,3 milliards de kg. En valeur, la hausse est encore plus marquante : de 2,5 Md € à 15,5 Md € (+524,6 %), avec un pic à 17,4 Md €.
Cette croissance, qui dépasse largement celle des volumes importés, reflète le développement de la production d'énergie électrique (CN 2716), la montée en capacité de certaines raffineries européennes et l'essor des produits pétrochimiques de spécialité. En 2025, les États membres les plus spécialisés dans l'exportation de CN 27 sont la Grèce (RSCA : 0,50), la Lituanie (0,46), la Finlande (0,44), Malte (0,44) et la Belgique (0,35).
Du côté des États membres importateurs, les Pays-Bas dominent largement (83,6 Md € en 2025, +49,2 %), suivis de l'Allemagne (54,5 Md €) et de l'Italie (54,4 Md €), reflétant le rôle central des ports et raffineries néerlandaises dans la chaîne logistique énergétique européenne.
Conclusion
La période 2015–2025 a transformé en profondeur le marché européen des combustibles et huiles minérales (CN 27). Trois grandes tendances structurelles se dégagent de l'analyse des données :
-
Un marché dominé par les prix plutôt que par les volumes. Les quantités importées ont reculé de 16,9 %, mais la valeur a augmenté de 31,9 %, portée par une hausse moyenne de 52,8 % des prix à l'importation — avec un pic extrême en 2022 où les prix du gaz ont été multipliés par six.
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Une diversification géopolitique des approvisionnements. La part de la Russie dans les importations européennes est passée d'environ 28 % à 4 %, ouvrant la voie à une reconfiguration multipolaire dominée par les États-Unis, la Norvège et le Kazakhstan. L'indice HHI des importations a chuté de 39 %, signe d'un marché structurellement moins vulnérable à la dépendance d'un fournisseur unique.
-
Une mutation des produits échangés et une montée en puissance de la production intérieure. Le charbon a reculé de 62,5 % en volume dans les importations, tandis que les importations de gaz progressaient de 21 %. En parallèle, la production intérieure de l'UE a presque doublé en volume et sextuplé en valeur, et les exportations d'aromatiques ont été multipliées par cinq.
Le taux de couverture des importations par les exportations demeure cependant stable autour de 28 %, et le déficit commercial reste massif (−298 Md € en 2025). L'intensité commerciale du secteur a considérablement augmenté (de 31,4 % à 83,0 %), tout comme la propension à exporter (de 19,1 % à 77,4 %), témoignant d'une intégration accrue de l'UE dans les marchés mondiaux de l'énergie — une intégration qui demeure, malgré la diversification, une source de vulnérabilité stratégique, comme l'a rappelé avec force l'épisode de 2022 où le déficit avait atteint −650 Md €.