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Évolution du marché : Conserves de fruits et légumes (CN 20) — 2015–2025

Introduction
Ce rapport analyse l’évolution des échanges extérieurs de l’Union européenne pour le chapitre 20 de la nomenclature combinée — « Préparations de légumes, de fruits ou d’autres parties de plantes » — sur la période 2015‑2025. Les données annuelles, issues du tableau de bord des échanges, montrent une envolée de l’excédent commercial, une mutation des partenariats et une progression remarquable de la production européenne. Trois dynamiques principales se dégagent : un excédent gonflé par la montée en gamme des exportations, une recomposition des marchés sous l’effet du Brexit et des tensions géopolitiques, et une spécialisation productive qui conforte la position de l’UE.


1. Un excédent commercial européen en forte progression, porté par la valeur ajoutée

La valeur des exportations bondit de 75 %, bien plus que les volumes

Entre 2015 et 2025, les exportations extra-UE de conserves et préparations ont crû de 75,2 % en valeur, passant de 7,43 milliards d’euros à 13,01 milliards. Dans le même temps, les volumes exportés n’ont augmenté que de 14,1 % (de 6,58 à 7,51 millions de tonnes). Ce décrochage traduit une forte progression du prix moyen à l’exportation.

Vue d’ensemble des échanges

Indicateur 2015 2025 Variation
Exportations (Md €) 7,43 13,01 +75,2 %
Exportations (Mt) 6,58 7,51 +14,1 %
Importations (Md €) 6,09 8,01 +31,6 %
Importations (Mt) 4,22 4,02 –4,9 %
Solde commercial (Md €) 1,34 5,00 +272,7 %
Prix moyen export (€/t) 1 128 1 733 +53,6 %
Prix moyen import (€/t) 1 441 1 994 +38,4 %

Une demande mondiale qui tire les prix vers le haut

Le prix unitaire moyen à l’exportation est passé de 1 128 à 1 733 €/t (+53,6 %), bien au‑dessus de la hausse du prix à l’importation (+38,4 %). Cette évolution suggère une montée en gamme des productions européennes (ingrédients transformés, produits premium) et une forte demande sur les marchés tiers.

L’excédent commercial multiplié par 3,7

Conséquence mécanique, le solde commercial est passé de 1,34 Md € à 5,00 Md € (+272,7 %). L’UE est devenue un exportateur net de plus en plus excédentaire dans ce secteur, confirmant son avantage compétitif dans les préparations alimentaires élaborées.


2. Une recomposition des partenariats : montée en puissance des Amériques, Brexit et chocs sur les prix

Le Royaume‑Uni reste le premier client, mais l’Amérique du Nord et l’Océanie explosent

En dépit du Brexit, le Royaume‑Uni demeure la première destination des exportations européennes (4,08 Md € en 2025, +51,7 %). Les États‑Unis ont vu leurs achats bondir de 124,7 % (2,13 Md €), et l’Australie de 101,5 % (409 M €). Les pays du Golfe (Arabie saoudite +69,7 %) et le Japon (+58,9 %) confirment leur attractivité. En revanche, les exportations vers la Russie ont chuté de 24,3 % sous l’effet des sanctions.

Principaux partenaires à l’exportation

Partenaire export 2015 (M €) 2025 (M €) Variation (%)
Royaume‑Uni 2 692 4 082 +51,7
États‑Unis 948 2 130 +124,7
Arabie saoudite 283 480 +69,7
Japon 302 480 +58,9
Australie 203 409 +101,5
Russie 375 284 –24,3

Diversification des fournisseurs et chocs de prix en 2022

Côté importations, la concentration (indice HHI) a reculé de 23,4 %, signe d’une diversification des sources. La Turquie (1,71 Md €, +22,2 %) et le Brésil (1,21 Md €, +4,4 %) restent les principaux fournisseurs. La Chine et l’Inde progressent vivement (respectivement +40,6 % et +125,7 %). Le Royaume‑Uni, en tant que fournisseur, a vu ses livraisons à l’UE chuter de 42,0 %, conséquence directe du Brexit. La volatilité des volumes est particulièrement marquée pour le Royaume‑Uni (coefficient de variation de 0,51) et l’Égypte (0,62).

Volatilité des importations

En 2022, trois chocs de prix significatifs ont affecté les importations :

Ces hausses, concentrées sur l’année 2022, reflètent des tensions sur les matières premières agricoles et les coûts logistiques mondiaux.

Événements de choc de prix


3. Une production européenne dynamique et des avantages comparatifs marqués

Une production en valeur qui a plus que triplé depuis le début du siècle

La production de l’UE (PRODCOM agrégé) est passée d’une valeur de 13,7 Md € en 2003 à 58,9 Md € en 2024 (+329,4 %), tandis que le volume progressait de 13,5 Md d’unités à 33,8 Md d’unités (+150,2 %). Cette croissance atteste des investissements capacitaires et de la montée en gamme de l’industrie agro‑alimentaire européenne.

Évolution de la production

Une spécialisation poussée des États méditerranéens et du Benelux

En 2025, la Grèce affiche l’avantage comparatif le plus élevé (RSCA de 0,67, RCA de 5,09), suivie de l’Espagne, de la Belgique, de l’Italie et des Pays‑Bas. Ces pays concentrent une part très significative des exportations intra‑ et extra‑UE : l’Italie (2,51 Md €, +78,3 %), les Pays‑Bas (2,11 Md €, +63,6 %), la Belgique (2,19 Md €, +133,7 %) et l’Espagne (1,96 Md €, +62,2 %) en sont les principaux moteurs.

Spécialisation des États membres

Les segments porteurs : légumes surgelés, tomates préparées et jus

La ventilation par sous‑position douanière met en évidence les catégories les plus dynamiques à l’exportation :

Comparaison par segment produit

Côté importations, les jus de fruits dominent (2,91 Md € en 2025), mais les volumes importés diminuent, tandis que les prix grimpent de 1 035 €/t à 1 895 €/t, confirmant l’inflation importée.


Conclusion
Sur la décennie 2015‑2025, l’Union européenne a renforcé sa position d’exportateur net de préparations de légumes et de fruits. L’excédent commercial a plus que triplé, soutenu par une hausse des prix supérieure à celle des coûts d’importation. La diversification des débouchés (États‑Unis, Australie, Arabie saoudite) compense le repli russe et la recomposition post‑Brexit, tandis que les importations se diversifient et restent exposées à des chocs de prix ponctuels. La production européenne, en forte croissance, s’appuie sur des avantages comparatifs marqués des États méditerranéens et du Benelux, notamment dans les légumes surgelés, les tomates et les jus. Cette structure laisse présager une poursuite de la conquête des marchés extra‑européens, pour autant que la compétitivité‑prix et la résilience des approvisionnements soient préservées.