Évolution du marché : Minerais et scories (CN 26) — 2015–2025
Introduction
Le code combiné 26 (« Minerais, scories et cendres ») couvre un ensemble très large de matières premières minérales — des minerais de fer et de cuivre aux scories sidérurgiques en passant par les concentrés de métaux précieux. L'Union européenne, qui dispose d'une base industrielle métallurgique et sidérurgique importante, est structurellement déficitaire sur ce poste : la dépendance nette aux importations s'établissait à 76,8 % en 2015 et restait à 67,9 % en 2025 (Indicateur de dépendance nette aux importations). La période 2015-2025 est marquée par trois dynamiques majeures : une envolée des prix mondiaux, une recomposition géographique des approvisionnements — accélérée par les sanctions contre la Russie — et une montée en puissance de la production et des exportations européennes.
1. L'envolée des prix mondiaux : une facture importée en hausse malgré un recul des volumes
Des prix unitaires qui ont presque doublé entre 2015 et 2025
Sur la période, le prix moyen à l'importation de l'UE est passé de 134 €/t à 260 €/t (+ 94 %), tandis que le prix moyen à l'exportation a progressé de 165 €/t à 328 €/t (+ 98,6 %) (Vue d'ensemble du commerce). Ce mouvement haussier a été particulièrement marqué entre 2020 et 2022, période de reprise post-COVID et de tensions sur les chaînes d'approvisionnement mondiales.
Le minerai de fer, pilier des importations, voit ses volumes reculer mais ses prix fluctuer fortement
Le minerai de fer (CN 2601) reste de loin le premier poste d'importation en valeur, mais ses volumes ont baissé de manière continue :
| Année | Quantité importée (CN 2601, Mt) | Prix moyen (€/t) | Valeur (Md €) |
|---|---|---|---|
| 2015 | 104,8 | 56,3 | 5,9 |
| 2018 | 101,5 | 72,8 | 7,4 |
| 2020 | 77,9 | 92,8 | 7,2 |
| 2021 | 93,6 | 148,4 | 13,9 |
| 2023 | 73,0 | 115,9 | 8,5 |
| 2025 | 71,0 | 90,5 | 6,5 |
(Source : Segmentation par produit — importations)
Le pic de prix de 2021 (148 €/t) reflète la flambée mondiale du fer après la pandémie, avant un reflux progressif en 2023-2025. Le volume, quant à lui, a diminué de près de 32 % sur la décennie, ce qui traduit la désindustrialisation progressive de la sidérurgie intégrée en Europe.
Le cuivre s'impose comme la matière première la plus stratégique en valeur
À l'inverse du fer, les importations de minerai de cuivre (CN 2603) ont vu leur prix exploser : de 1 380 €/t en 2015 à 2 718 €/t en 2025 (+ 97 %), tandis que les volumes restaient stables autour de 3,5-4,1 Mt. En 2025, le cuivre représente 9,6 Md € d'importations, dépassant en valeur le minerai de fer (6,5 Md €), ce qui en fait désormais le premier poste d'importation minérale de l'UE. Du côté des exportations, la hausse est encore plus spectaculaire : le prix du cuivre exporté est passé de 705 €/t à 1 704 €/t, et la valeur a bondi de 645 M€ à 1,8 Md €.
Des chocs de prix ponctuels sur certains partenaires
L'analyse de volatilité révèle des pics de prix significatifs sur certaines relations bilatérales (Événements de choc) :
| Partenaire | Flux | Type de choc | Année | Variation de prix |
|---|---|---|---|---|
| Arabie saoudite | Exportations | Prix | 2021 | + 62,8 % |
| Égypte | Exportations | Prix | 2021 | + 92,2 % |
| Guinée | Importations | Prix | 2022 | + 29,8 % |
Ces événements sont cohérents avec la conjoncture mondiale de 2021-2022 (rebond post-COVID, crise énergétique) et ont affecté des flux de taille modeste en part de valeur (3 à 10 %).
2. Restructuration géographique des échanges : sanctions, diversification et montée de la Chine comme client
L'effondrement des importations en provenance de Russie
L'évolution la plus spectaculaire concerne la Russie : les importations de l'UE en provenance de la Fédération de Russie sont passées de 446 M€ en 2015 à seulement 4,4 M€ en 2025, soit une chute de 99 % (Partenaires d'importation). Le coefficient de variation de cette relation (0,738) est le plus élevé de tous les partenaires d'importation, témoignant d'une volatilité extrême liée aux sanctions imposées après 2022. Ce retrait a nécessité un réacheminement rapide des approvisionnements.
Le Canada et l'Afrique du Sud comblent le vide
Pour compenser la perte russe, l'UE a intensifié ses échanges avec d'autres fournisseurs :
| Partenaire | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Canada | 1 720 | 4 022 | + 133,8 % |
| Afrique du Sud | 1 055 | 2 487 | + 135,8 % |
| Libéria | 84 | 528 | + 529,1 % |
| Brésil | 4 088 | 4 193 | + 2,6 % |
| Ukraine | 957 | 1 397 | + 46,0 % |
Le Canada, qui fournit notamment des minerais de fer et de nickel, a plus que doublé ses ventes à l'UE. L'Afrique du Sud, source majeure de manganèse et de chrome, a connu une trajectoire similaire. Le Libéria, pays exportateur de minerai de fer à forte teneur, a connu la progression la plus spectaculaire (+ 529 %). Le Brésil demeure le premier fournisseur absolu (~4,2 Md €), mais sa part relative s'est érodée face à cette diversification.
L'indice de concentration HHI des importations a diminué de 950 à 857 (- 9,8 %), confirmant une diversification des sources d'approvisionnement (Concentration HHI).
La Chine, destination désormais dominante des exportations européennes
Du côté des exportations, la Chine est passée de 907 M€ à 2,17 Md € (+ 139 %), devenant de loin le premier client de l'UE pour les minerais et scories (Partenaires d'exportation). Cela reflète en grande partie les exportations de concentrés de cuivre et de scories de recyclage vers l'industrie métallurgique chinoise, très demandeuse de matières premières. L'Arabie saoudite (+ 78 %) et l'Égypte (+ 157 %) ont également vu leur part augmenter, ce qui traduit la montée en puissance des industries sidérurgiques du Moyen-Orient.
Parallèlement, la concentration des exportations a augmenté (HHI passant de 1 694 à 2 168, + 28 %), signe que les flux se sont focalisés sur un nombre plus restreint de destinations — principalement la Chine.
3. Production européenne en expansion, mais l'autonomie reste limitée
Une production en valeur multipliée par près de vingt
Les données PRODCOM révèlent une expansion remarquable de la production européenne de minerais et scories : la valeur est passée de 513 M€ en 2015 à 9,98 Md € en 2025, soit une multiplication par 19,5 (+ 1 845 %). En quantité, la production a été multipliée par 6,4 (de 7,2 Mt à 46,3 Mt) (Volumes de production). Cette croissance spectaculaire s'explique largement par l'essor du laitier granulé (sable-laitier, CN 2618), produit dérivé de la sidérurgie de plus en plus valorisé dans le BTP et les ciments, dont les importations sont passées de 156 000 t à 5,96 Mt et la valeur de 4,8 M€ à 226 M€.
L'export propensity triple : l'UE s'affirme comme exportateur
L'indicateur de propension à l'exportation (export propensity) est passé de 11,9 % à 47,2 % (+ 295 %), ce qui constitue l'indicateur le plus dynamique de toute la période (Propension à l'exportation). En parallèle, l'intensité commerciale (trade intensity) est restée élevée, autour de 80-88 %. L'UE, traditionnellement importatrice nette de minerais, exporte désormais près de la moitié de sa production vers des pays tiers.
Une spécialisation concentrée dans les pays nordiques et périphériques
L'analyse des avantages comparatifs révèle que la spécialisation à l'exportation est portée par un petit nombre d'États membres (Spécialisation des États membres) :
| État membre | RSCA | RCA | Part dans les exportations EU |
|---|---|---|---|
| Bulgarie | 0,847 | 12,06 | 7,6 % |
| Suède | 0,759 | 7,31 | 17,6 % |
| Finlande | 0,661 | 4,89 | 4,9 % |
| Portugal | 0,578 | 3,74 | 5,2 % |
| Grèce | 0,396 | 2,31 | 1,6 % |
La Suède domine en volume (17,6 % de la production EU), avec une tradition d'exploitation de minerais de fer et de cuivre, tandis que la Bulgarie affiche le plus fort indice de spécialisation (RSCA 0,847), lié à son secteur minier de cuivre et de zinc. L'Espagne, avec ses exportations passées de 682 M€ à 1,67 Md € (+ 144 %), est également devenue un acteur majeur.
Le déficit commercial demeure structurel
Malgré ces évolutions positives, le solde commercial reste lourdement déficitaire : - 21,5 Md € en 2025, contre - 15,7 Md € en 2015 (- 37,5 %). Le minimum du déficit a été atteint en 2020 (- 13,3 Md €), année de ralentissement économique lié au COVID. La dépendance nette aux importations, bien qu'en baisse (de 76,8 % à 67,9 %), confirme que l'UE ne dispose pas de ressources suffisantes pour couvrir ses besoins industriels, notamment en minerai de fer et de cuivre.
Conclusion
Sur la période 2015-2025, le marché européen des minerais et scories a été profondément remodelé par trois forces : la hausse structurelle des prix mondiaux (+ 94 % à l'import), la réorientation géopolitique des flux (effondrement russe, montée canadienne et sud-africaine) et l'essor de la production et des exportations européennes (propension à l'exportation multipliée par quatre). Le cuivre a supplanté le fer comme première matière première importée en valeur, reflétant la transition énergétique et les besoins de l'électrification. Néanmoins, le déficit commercial s'est creusé en valeur absolue et la dépendance reste élevée, ce qui souligne la vulnérabilité de l'UE aux chocs d'approvisionnement — d'autant plus que la concentration des exportations s'est accrue au profit d'un petit nombre de partenaires. La diversification des sources d'importation, illustrée par la baisse du HHI, constitue un progrès, mais l'autonomie stratégique de l'UE dans ce secteur demeure un défi majeur pour la décennie à venir.