Évolution du marché : Minerais et scories (CN 26) — 2015–2025
Introduction
Le chapitre 26 de la nomenclature combinée couvre les minerais métalliques et minéraux bruts, ainsi que les scories, laitiers, cendres et autres résidus industriels. Produits en amont des filières sidérurgiques, de l’aluminium, du cuivre ou des alliages spéciaux, ils constituent un intrant stratégique pour l’industrie européenne. Ce rapport analyse les échanges extra‑UE sur la période 2015‑2025 à partir des données disponibles, en mettant l’accent sur trois dynamiques majeures : la flambée des prix à l’importation comme à l’exportation, le réagencement géographique des partenaires commerciaux et la redistribution de la valeur entre les grandes catégories de produits.
1. Une envolée des prix qui redessine la valeur des échanges
L’évolution des échanges du chapitre 26 est avant tout une histoire de prix. En une décennie, la donne commerciale a été bouleversée par la hausse spectaculaire des valeurs unitaires, alors que les volumes physiques ont suivi des trajectoires plus modérées, voire déclinantes.
Les prix unitaires des importations et des exportations ont presque doublé entre 2015 et 2025
Le prix moyen à l’importation est passé de 133,7 EUR/tonne en 2015 à 259,5 EUR/tonne en 2025 (+94,1 %) et celui à l’exportation de 164,0 EUR/tonne à 325,4 EUR/tonne (+98,4 %). Les deux courbes se superposent largement, indiquant que le choc de prix a été global et non spécifique à un flux. Le pic a été atteint en 2022 pour les importations (278,9 EUR/tonne) et en 2022‑2023 pour les exportations (max 325,9 EUR/tonne), ce qui coïncide avec la forte poussée inflationniste des matières premières post‑pandémie (Vue d’ensemble des échanges).
La valeur des importations progresse de 46 % alors que les volumes se contractent d’un quart
Sous l’effet des prix, la valeur totale des importations extra‑UE a crû de 18,2 milliards EUR en 2015 à 26,7 milliards EUR en 2025 (+46,1 %). Pendant ce temps, les quantités importées ont baissé de 136,1 millions de tonnes à 102,7 millions de tonnes (−24,5 %). La même décorrélation se lit à l’exportation : la valeur exportée bondit de 97,2 % (de 2,59 milliards EUR à 5,10 milliards EUR) alors que les volumes restent pratiquement stables (15,8 millions de tonnes en 2015, 15,7 millions de tonnes en 2025, soit −0,6 %). Le commerce de minerais et scories est donc devenu beaucoup plus capitalistique, la valeur reposant davantage sur la cherté des métaux contenus que sur les masses brutes transportées.
| Flux | 2015 | 2025 | Évolution (%) |
|---|---|---|---|
| Importations (valeur) | 18,24 Md€ | 26,65 Md€ | +46,1 |
| Importations (quantité) | 136,10 Mt | 102,69 Mt | −24,5 |
| Exportations (valeur) | 2,59 Md€ | 5,10 Md€ | +97,2 |
| Exportations (quantité) | 15,76 Mt | 15,66 Mt | −0,6 |
Le déficit commercial se creuse mécaniquement
Comme l’UE est structurellement importatrice nette, la hausse des prix alourdit le déficit. Celui-ci passe de −15,7 milliards EUR en 2015 à −21,6 milliards EUR en 2025 (solde dégradé de 37,6 %). Malgré une baisse des tonnages importés, la valorisation plus élevée des métaux contenus dans les concentrés et minerais maintient une forte dépendance extérieure en valeur.
2. Réalignement géopolitique des partenaires : diversification à l’import, concentration à l’export
La carte des fournisseurs et clients de l’UE a été profondément remaniée, sous l’effet des sanctions contre la Russie et d’une recomposition des chaînes d’approvisionnement.
L’effondrement des approvisionnements russes redessine le panier d’importation
En 2015, la Fédération de Russie fournissait 446 millions EUR de minerais et scories à l’UE. En 2025, ce flux est réduit à 4,4 millions EUR (−99,0 %). La rupture s’est accélérée à partir de 2022 pour devenir quasi‑totale en 2025. Les prix unitaires résiduels ont explosé (de 70 EUR/tonne à plus de 1000 EUR/tonne), signalant la disparition des volumes courants de minerai et la survivance de quelques niches à haute valeur (Principaux partenaires).
Les fournisseurs africains et nord‑américains prennent le relais
Le recul russe a été compensé par une montée en puissance de plusieurs partenaires. Le Canada double sa part, passant de 1,72 milliard EUR en 2015 à 4,02 milliards EUR en 2025 (+133,8 %). L’Afrique du Sud enregistre une progression encore plus forte (+135,8 %), de 1,05 milliard EUR à 2,49 milliards EUR. Le Liberia, exportateur émergent, voit ses livraisons multipliées par 6 (de 83,9 millions EUR à 527,6 millions EUR). L’Ukraine, malgré la guerre, parvient à accroître ses ventes de 46,0 % (de 957 millions EUR à 1,40 milliard EUR), même si celles‑ci restent volatiles. Le Brésil demeure le premier fournisseur avec 4,19 milliards EUR en 2025, relativement stable (+2,6 %). La concentration des importations, mesurée par l’indice Herfindahl‑Hirschman, s’est légèrement réduite (de 950 à 857, −9,8 %), indiquant une diversification modeste mais réelle.
| Partenaire | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Évolution (%) |
|---|---|---|---|
| Brésil | 4 088 | 4 193 | +2,6 |
| Canada | 1 720 | 4 022 | +133,8 |
| Afrique du Sud | 1 055 | 2 487 | +135,8 |
| Ukraine | 957 | 1 397 | +46,0 |
| Guinée | 447 | 415 | −7,1 |
| Russie | 446 | 4 | −99,0 |
| Liberia | 84 | 528 | +529,1 |
Les exportations européennes se concentrent sur la Chine
Du côté des débouchés, la Chine s’impose comme le client dominant. La valeur exportée vers ce pays a bondi de 139,3 %, de 907 millions EUR à 2,17 milliards EUR, captant 42,5 % du total en 2025. La diversification des exportations s’est au contraire réduite : la concentration HHI est passée de 1694 en 2015 à 2168 en 2025 (+28,0 %). L’Arabie saoudite (+78,3 %), le Royaume‑Uni (+51,2 %) et l’Égypte (+157,4 %) constituent les autres marchés en croissance, tandis que les États‑Unis reculent (−6,3 %). La dépendance vis‑à‑vis du marché chinois expose les exportateurs européens aux fluctuations de la demande sidérurgique asiatique.
3. Mutations par segments : l’ascension du cuivre et des résidus sidérurgiques
L’évolution des sous‑positions du chapitre 26 révèle une recomposition par produit, porteuse d’enseignements sur les besoins industriels de l’UE et la nature de son avantage comparatif.
Le minerai de cuivre détrône le minerai de fer en valeur importée
En 2015, le minerai de fer (NC 2601) constituait le principal poste d’importation en volume (104,8 Mt) et en valeur (5,9 Md€). En 2025, les volumes sont tombés à 71,0 Mt (−32,3 %), mais la valeur est restée quasi stable (6,48 Md€) grâce à une hausse de prix unitaire (+60,8 %). Les concentrés de cuivre (NC 2603) affichent une trajectoire inverse : le tonnage est stable autour de 4 Mt, mais la valeur importée a grimpé de 5,62 Md€ à 9,58 Md€ (+70,4 %), portée par un prix unitaire qui passe de 1380 EUR/t à 2718 EUR/t. Le cuivre est ainsi devenu, et de loin, la première famille de minerais importés en valeur, devant le fer. Les concentrés de zinc (NC 2608) suivent un schéma similaire avec une hausse de valeur de 51 %, tandis que les minerais d’aluminium (NC 2606) stagnent.
| Code NC | Libellé | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Évolution (%) |
|---|---|---|---|---|
| 2603 | Minerais de cuivre | 5 619 | 9 576 | +70,4 |
| 2601 | Minerais de fer | 5 897 | 6 476 | +9,8 |
| 2608 | Minerais de zinc | 1 487 | 2 242 | +50,8 |
| 2606 | Minerais d'aluminium | 728 | 668 | −8,3 |
| 2618 | Laitier granulé | 4,8 | 226 | +4580 |
Les scories et résidus industriels s’imposent comme un segment dynamique
Les importations de laitier granulé (NC 2618) et d’autres scories (NC 2619, 2620) ont connu une croissance explosive. Le volume de laitier granulé importé est passé de 0,16 Mt à 5,96 Mt en dix ans (+3720 %), pour une valeur de 4,8 M€ à 226 M€. Il s’agit majoritairement de résidus de la sidérurgie utilisés dans la fabrication de ciments et de matériaux de construction. La hausse reflète à la fois un besoin croissant de l’industrie cimentière européenne et sans doute une réorientation des flux internationaux de déchets valorisables. À l’exportation, le laitier granulé suit une tendance comparable (de 32,4 M€ à 116,9 M€), de même que les scories de fer/acier (NC 2619) et les cendres diverses (NC 2621).
À l’exportation, le cuivre et le plomb tirent la performance
Du côté des ventes, les concentrés de cuivre (NC 2603) constituent le premier poste à l’export, avec 1,78 Md€ en 2025 contre 0,65 Md€ en 2015, une multiplication par 2,7. Le minerai de fer exporté progresse plus modestement en valeur (1,19 Md€, +71,6 %) alors que les volumes expédiés baissent légèrement. Les minerais de plomb (NC 2607) voient leur valeur exportée osciller mais atteindre 146 M€ en 2025, soutenue par une forte remontée des prix après 2022. L’UE apparaît ainsi comme un exportateur de concentrés métalliques avancés (cuivre, plomb, zinc), souvent issus d’opérations de fonderie et de recyclage interne, tout en important massivement des minerais bruts pour alimenter ses capacités de première fusion.
| Code NC | Libellé | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Évolution (%) |
|---|---|---|---|---|
| 2603 | Minerais de cuivre | 645 | 1783 | +176,3 |
| 2601 | Minerais de fer | 693 | 1189 | +71,6 |
| 2608 | Minerais de zinc | 227 | 246 | +8,4 |
| 2607 | Minerais de plomb | 158 | 146 | −7,6 |
| 2618 | Laitier granulé | 32 | 117 | +265,6 |
Conclusion
Sur la période 2015‑2025, le commerce extra‑UE des minerais et scories a été dominé par un choc de prix généralisé, qui a gonflé la valeur des flux malgré une contraction des volumes importés et une stagnation des volumes exportés. Cette inflation minière a accentué le déficit commercial en valeur. Sur le plan géographique, les sanctions contre la Russie ont précipité une diversification des fournisseurs au profit du Canada, de l’Afrique du Sud et d’acteurs ouest‑africains, tandis que la demande chinoise a concentré les exportations européennes. Enfin, la montée en valeur des concentrés de cuivre et des résidus sidérurgiques révèle une spécialisation croissante de l’UE sur les maillons aval de la transformation, alors que sa dépendance aux importations de masse (fer, bauxite) reste forte en volume. La volatilité des prix et les chocs d’offre observés, notamment sur l’aluminium guinéen ou les marchés de destination comme l’Arabie saoudite et l’Égypte, rappellent toutefois la vulnérabilité de ces chaînes d’approvisionnement critiques.