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Évolution du marché : Huiles essentielles et cosmétiques (CN 33) — 2015–2025

Introduction

Le chapitre 33 de la nomenclature combinée regroupe les huiles essentielles, les résinoïdes, les parfums, les produits de toilette préparés et les préparations cosmétiques. Ce secteur, qui couvre aussi bien les matières premières aromatiques que les produits finis de beauté et d’hygiène, constitue un pilier de l’industrie européenne et un vecteur majeur d’excédents commerciaux. L’analyse des flux de l’Union européenne avec les pays tiers sur la période 2015-2025 met en lumière une expansion soutenue des échanges, une recomposition des partenaires géographiques et une montée en gamme continue de l’offre exportatrice. Le présent rapport s’appuie exclusivement sur les données du tableau de bord du commerce de l’UE pour décrire et interpréter ces dynamiques.

Une décennie de croissance robuste, à peine interrompue par la crise de 2020

Les exportations atteignent 46,1 milliards d’euros en 2025, soit une progression de 70 % en valeur

Sur l’ensemble de la période, les exportations extra-UE de produits du chapitre 33 sont passées de 27,1 milliards d’euros en 2015 à 46,1 milliards d’euros en 2025, enregistrant une hausse de 70,0 %. Cette progression s’est accompagnée d’une augmentation plus modérée des volumes (+21,9 %), ce qui indique une nette valorisation des produits exportés. Le tableau ci‑dessous illustre cette évolution.

Indicateur 2015 2025 Variation
Exportations (valeur, Md EUR) 27,12 46,12 +70,0 %
Exportations (quantité, kt) 1 985,3 2 419,5 +21,9 %
Prix moyen à l’export (EUR/t) 13 662 19 062 +39,5 %
Importations (valeur, Md EUR) 8,69 13,85 +59,4 %
Importations (quantité, kt) 737,2 889,9 +20,7 %
Balance commerciale (Md EUR) 18,44 32,27 +75,0 %

Source : Aperçu général du commerce.

L’excédent commercial se creuse à 32,3 milliards d’euros en 2025

L’Union européenne dégage un excédent commercial structurel sur ce chapitre. Celui‑ci s’est renforcé de 75,0 % entre 2015 et 2025, passant de 18,4 à 32,3 milliards d’euros. Cette performance résulte d’une hausse des exportations plus rapide que celle des importations, tant en valeur qu’en prix unitaire. Le ratio de dépendance nette aux importations (Net Import Reliance) s’est envolé de ‑30,6 % à ‑241,9 %, confirmant que l’UE est devenue un fournisseur net de plus en plus dominant pour le reste du monde. Les données de vulnérabilité montrent une aggravation continue de cet indicateur, signe d’une compétitivité externe exceptionnelle.

L’année 2020 : un choc temporaire suivi d’un rebond vigoureux

La crise de la Covid‑19 a provoqué un recul marqué des exportations en 2020 : la valeur exportée est tombée à 27,1 milliards d’euros, soit le point bas de la période, contre 33,2 milliards en 2019. Les importations ont également fléchi (9,4 milliards). Toutefois, dès 2021, le commerce a fortement rebondi et la tendance haussière n’a plus faibli jusqu’en 2025, dépassant largement les niveaux pré‑pandémiques. La résilience du secteur cosmétique européen est donc remarquable.

La recomposition géographique des échanges : essor de l’Asie et du Moyen‑Orient

La Chine et les Émirats arabes unis, moteurs de la croissance des exportations

Les exportations de l’UE vers la Chine ont bondi de 322,6 % entre 2015 et 2025, passant de 700 millions d’euros à 2,96 milliards d’euros. Cette progression spectaculaire fait de la Chine le deuxième partenaire asiatique derrière l’ensemble des destinations traditionnelles. Les Émirats arabes unis affichent également une dynamique très forte : +117,1 %, pour atteindre 2,34 milliards d’euros en 2025. La Turquie (+97,6 %) et la Suisse (+65,5 %) complètent le tableau des destinations en forte expansion, comme le détaille le classement des partenaires à l’export.

Partenaire export 2015 (M EUR) 2025 (M EUR) Variation
Chine 700,2 2 959,1 +322,6 %
Émirats arabes unis 1 077,6 2 338,9 +117,1 %
Turquie 856,2 1 692,0 +97,6 %
Suisse 1 185,2 1 961,2 +65,5 %
États‑Unis 4 827,1 7 650,8 +58,5 %

Le Royaume‑Uni reste le premier partenaire malgré le Brexit

Le Royaume‑Uni demeure le premier client des exportations de l’UE avec 5,34 milliards d’euros en 2025, en progression de 26,9 % par rapport à 2015. La relation commerciale a néanmoins connu des perturbations : après un pic en 2020 (3,85 milliards d’euros pour les exportations), les flux sont repartis à la hausse. Du côté des importations, le Royaume‑Uni conserve la première place avec 2,89 milliards d’euros en 2025, en léger repli par rapport à 2015 (‑6,1 %). La volatilité des échanges avec ce partenaire, reflétée par un coefficient de variation des quantités importées de 0,21, reste modérée comparée à d’autres fournisseurs.

Les États‑Unis, un marché clé avec des fluctuations marquées

Les exportations à destination des États‑Unis ont crû de 58,5 % sur la décennie, pour s’établir à 7,65 milliards d’euros en 2025. Ce marché reste le deuxième en valeur. Cependant, les données révèlent une volatilité importante, avec un coefficient de variation des quantités exportées de 0,256, et un choc prix notable en 2020, où le prix moyen à l’export est tombé à 19 547 EUR/t contre 27 899 EUR/t en 2019. La reprise a été rapide, portée par une demande américaine soutenue pour les cosmétiques et parfums européens.

Une diversification des fournisseurs qui réduit la concentration des importations

L’indice de Herfindahl‑Hirschmann (HHI) des importations a chuté de 2 186 à 1 302 entre 2015 et 2025, soit une baisse de ‑40,4 %. Ce mouvement traduit une diversification des sources d’approvisionnement de l’UE. Si le Royaume‑Uni, les États‑Unis et la Suisse restent les principaux fournisseurs, la part de la Chine a plus que triplé (+207,6 %) et des pays comme la Corée du Sud, l’Inde ou le Brésil gagnent en importance. Le graphique de concentration illustre cette évolution vers un portefeuille d’importations plus équilibré.

Spécialisation et montée en gamme : les atouts de l’industrie cosmétique européenne

La France et l’Irlande, champions de la spécialisation en parfumerie‑cosmétique

L’examen des avantages comparatifs révélés (RSCA) pour 2025 place la France en tête avec un indice de 0,4833 et une part de 22,4 % des exportations totales de l’UE pour le chapitre 33. L’Irlande suit avec 0,4148, puis l’Espagne (0,2044) et l’Italie (0,0325). Ces pays sont les moteurs de l’offre exportatrice européenne.

État membre RSCA (2025) Part des exportations UE (ch. 33)
France 0,4833 22,4 %
Irlande 0,4148 5,1 %
Espagne 0,2044 8,8 %
Italie 0,0325 8,6 %

Source : Spécialisation des États membres.

La France a vu ses exportations passer de 8,0 à 14,5 milliards d’euros (+81,6 %) ; l’Espagne a connu une progression spectaculaire de 160,2 %, passant de 2,1 à 5,3 milliards, portée notamment par le segment des soins de la peau.

Les produits de soin de la peau et les parfums tirent la valeur ajoutée

Le segment 3304 (produits de beauté et de soin de la peau) domine les exportations du chapitre avec 15,3 milliards d’euros en 2025, suivi des parfums (3303, 11,1 milliards) et des mélanges odoriférants (3302, 11,6 milliards). La structure des exportations est stable, mais la valeur de chaque catégorie a fortement progressé. Du côté des importations, c’est aussi le segment des soins de la peau (3304) qui arrive en tête, avec 4,9 milliards d’euros. Le comparateur de segments permet d’explorer ces équilibres.

Segment Exportations 2025 (Md EUR) Importations 2025 (Md EUR)
3304 – Soins de la peau 15,27 4,93
3303 – Parfums 11,05 1,91
3302 – Mélanges odoriférants 11,59 2,45
3305 – Capillaires 3,72 1,13
3307 – Autres préparations 2,31 1,49
3306 – Hygiène buccale 1,34 0,48
3301 – Huiles essentielles 0,84 1,40

La hausse des prix unitaires traduit une sophistication croissante de l’offre

Le prix moyen à l’exportation est passé de 13 662 EUR/t en 2015 à 19 062 EUR/t en 2025 (+39,5 %), une progression bien supérieure à celle des prix à l’importation (+32,1 %). Cette tendance est particulièrement visible sur les parfums (3303), dont le prix unitaire à l’export a grimpé de 31 295 EUR/t à 45 475 EUR/t, et sur les huiles essentielles (3301), passé de 28 798 à 36 034 EUR/t. L’industrie européenne monte en gamme et renforce son positionnement sur les produits à forte valeur ajoutée, ce qui contribue à creuser l’excédent commercial.

Une autonomie commerciale renforcée : l’UE exporte deux fois plus qu’elle n’importe

La propension à exporter, mesurée comme le rapport entre les exportations et la production de l’UE, est passée de 38,2 % en 2015 à 98,0 % en 2024 (dernière année disponible). L’intensité commerciale globale s’est également envolée, de 46,2 % à 98,4 %. Ces chiffres, consultables dans l’onglet autonomie, témoignent d’une intégration toujours plus poussée de l’industrie cosmétique européenne dans les chaînes de valeur mondiales, avec un rôle affirmé de fournisseur mondial plutôt que de simple marché intérieur.

Conclusion

Entre 2015 et 2025, le commerce extra‑UE des huiles essentielles et cosmétiques (CN 33) a connu une expansion remarquable. La valeur des exportations a progressé de 70 %, l’excédent commercial s’est envolé de 75 % et le prix moyen des produits vendus à l’étranger a augmenté de près de 40 %, confirmant la montée en gamme de l’offre européenne. Cette dynamique s’appuie sur une spécialisation très marquée de quelques États membres – la France, l’Irlande, l’Espagne et l’Italie en tête – et sur une diversification réussie des débouchés, notamment vers la Chine, les Émirats arabes unis et la Turquie. La crise de 2020 n’a interrompu que brièvement cette trajectoire. La diversification des sources d’importation et la très forte propension à l’export confèrent à l’UE une autonomie stratégique enviable dans ce secteur. Les perspectives restent orientées à la hausse, portées par la demande mondiale de cosmétiques de qualité et par la capacité d’innovation de l’industrie européenne.