Évolution du marché : Produits de beauté et soins de la peau (CN 3304) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 3304 regroupe les produits de beauté et de maquillage préparés, les préparations pour l'entretien ou les soins de la peau (y compris les préparations antisolaires et pour bronzer), ainsi que les préparations pour manucures ou pédicures. Ce périmètre, qui englobe cinq sous-catégories détaillées, constitue l'un des fleurons de l'industrie cosmétique européenne. Sur la période 2015–2025, les échanges de l'Union européenne avec le reste du monde ont connu une trajectoire de croissance remarquable, marquée par un renforcement spectaculaire de la position excédentaire de l'UE, une réorientation géographique des flux et des dynamiques segmentaires contrastées. Ce rapport analyse ces trois grandes tendances à partir des données douanières disponibles.
1. Une expansion vigoureuse portée par un excédent commercial en forte progression
La valeur des échanges a connu une trajectoire haussière quasi ininterrompue
Entre 2015 et 2025, la valeur des exportations de l'UE (hors intra-communautaires) a progressé de 82,5 %, passant de 8,37 Md€ à 15,27 Md€. Sur la même période, les importations ont augmenté de 69,3 %, passant de 2,91 Md€ à 4,93 Md€. L'écart de dynamisme entre exportations et importations a mécaniquement renforcé l'excédent commercial, passé de 5,45 Md€ à 10,34 Md€ (+89,5 %). Ce renforcement témoigne de la compétitivité structurelle de l'industrie cosmétique européenne sur les marchés mondiaux.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Exportations (Md€) | 8,37 | 15,27 | +82,5 |
| Importations (Md€) | 2,91 | 4,93 | +69,3 |
| Solde commercial (Md€) | 5,45 | 10,34 | +89,5 |
La hausse des prix autant que des volumes alimente la croissance
La croissance des exportations résulte à la fois d'un accroissement des volumes (+30,3 %, de 463 442 t à 603 712 t) et d'une forte appréciation des prix unitaires (+40,1 %, de 18 058 €/t à 25 294 €/t). Du côté des importations, la progression des quantités (+35,3 %) s'accompagne également d'une hausse des prix (+25,2 %). L'inflation des prix à l'exportation, supérieure à celle des importations, traduit un positionnement croissant de l'offre européenne vers le haut de gamme, un mouvement cohérent avec la stratégie de premiumisation poursuivie par les grands groupes français et italiens.
| Flux | Quantité 2015 (t) | Quantité 2025 (t) | Var. qty | Prix 2015 (€/t) | Prix 2025 (€/t) | Var. prix |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Exportations | 463 442 | 603 712 | +30,3 % | 18 058 | 25 294 | +40,1 % |
| Importations | 144 418 | 195 332 | +35,3 % | 20 180 | 25 258 | +25,2 % |
L'UE confirme son statut de puissance exportatrice nette
L'indicateur d'intensité commerciale a doublé, passant de 46,9 % à 96,5 %, tandis que la propension à exporter est passée de 38,8 % à 95,5 %. En 2025, la quasi-totalité de la production européenne de cosmétiques (estimée à 15,63 Md€ en valeur, contre 8,72 Md€ en 2015, soit +79,4 %) participe aux échanges internationaux. Le taux de dépendance nette aux importations, déjà négatif en 2015 (−31,1 %), a chuté à −196,3 % en 2025, confirmant que l'UE exporte près de deux fois plus qu'elle n'importcette catégorie de produits.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Intensité commerciale (%) | 46,9 | 96,5 | +106,0 % |
| Propension à exporter (%) | 38,8 | 95,5 | +146,0 % |
| Dépendance nette aux importations (%) | −31,1 | −196,3 | — |
La vue d'ensemble des échanges illustre cette trajectoire, ponctuée en 2020 par un recul lié à la pandémie de Covid-19 (−7,8 % des exportations, −14,2 % des importations), avant une reprise vigoureuse dès 2021.
2. Réorientation géographique des flux vers l'Asie et affaiblissement relatif des partenaires traditionnels
La Chine et la Corée du Sud émergent comme des partenaires majeurs
La transformation la plus spectaculaire de la géographie commerciale concerne l'essor des échanges avec l'Asie. Les exportations vers la Chine ont été multipliées par près de quatre, passant de 528 M€ à 2 103 M€ (+298,1 %), faisant de la Chine le troisième client de l'UE derrière les États-Unis et le Royaume-Uni. En parallèle, les importations en provenance de Corée du Sud ont connu une croissance vertigineuse de 2 628 %, passant de 39 M€ à 1 063 M€, ce qui en fait désormais le cinquième fournisseur de l'UE. L'essor de la « K-beauty » et la montée en puissance de la classe moyenne chinoise comme consommatrice de cosmétiques européens expliquent ces dynamiques.
Les importations en provenance de Chine ont également progressé de manière significative (+257,1 %, de 264 M€ à 941 M€), tandis que le Canada (+308,2 %) et la Turquie (+130,2 %) confirment une diversification des sources d'approvisionnement.
| Partenaire | Importations 2015 (M€) | Importations 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 966,5 | 668,3 | −30,9 |
| Chine | 263,6 | 941,5 | +257,1 |
| États-Unis | 747,3 | 972,2 | +30,1 |
| Suisse | 516,0 | 448,3 | −13,1 |
| Corée du Sud | 39,0 | 1 062,8 | +2 628,2 |
| Canada | 52,0 | 212,1 | +308,2 |
| Turquie | 25,8 | 59,3 | +130,2 |
Le Royaume-Uni et la Russie perdent du terrain en relatif
Le Brexit a eu un effet sensible sur les importations en provenance du Royaume-Uni, qui ont reculé de 30,9 % en valeur (de 967 M€ à 668 M€). Le Royaume-Uni demeure néanmoins le premier fournisseur de l'UE pour cette catégorie. À l'exportation, les flux vers le Royaume-Uni ont progressé de 35,7 %, mais à un rythme nettement inférieur à la moyenne (+82,5 %), ce qui traduit une perte de parts de marché relative.
La Russie, cinquième destination d'exportation en 2015 (634 M€), a reculé au quatrième rang en 2025 (496 M€, −21,8 %), en lien probable avec les sanctions et la détérioration du contexte géopolitique depuis 2022. Le graphique de volatilité par partenaire confirme l'instabilité des flux vers la Russie (coefficient de variation de 0,33).
| Partenaire | Exportations 2015 (M€) | Exportations 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 1 192,4 | 1 618,7 | +35,7 |
| États-Unis | 1 250,0 | 2 015,1 | +61,2 |
| Chine | 528,2 | 2 102,6 | +298,1 |
| Russie | 633,7 | 495,7 | −21,8 |
| Singapour | 538,9 | 983,7 | +82,5 |
| Émirats arabes unis | 319,9 | 628,0 | +96,3 |
| Afrique du Sud | 94,8 | 155,4 | +63,9 |
La concentration des approvisionnements s'atténue, les exportations restent diversifiées
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations a diminué de 2 173 à 1 557 (−28,3 %), reflétant une diversification des sources d'approvisionnement. Les indicateurs de concentration montrent que les exportations demeurent nettement moins concentrées (HHI de 652 en 2025), signe d'une clientèle diversifiée à l'échelle mondiale.
| HHI | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Importations | 2 173 | 1 557 | −28,3 |
| Exportations | 701 | 652 | −7,0 |
3. Un marché segmenté où les soins de la peau dominent et les produits lèvres gagnent du terrain
La sous-catégorie 330499 (soins de la peau) demeure le cœur du marché
La catégorie « Produits de beauté et soins de la peau, hors maquillage lèvres/yeux, manucures et poudres » (NC 330499) représente la part prépondérante des échanges. À l'exportation, elle pesait 75,9 % de la valeur totale en 2015 et 78,9 % en 2025, pour une valeur passant de 6,35 Md€ à 12,06 Md€ (+89,8 %). À l'importation, sa part est passée de 69,5 % à 75,1 % (de 2,03 Md€ à 3,71 Md€, soit +82,7 %). La domination de cette sous-catégorie reflète l'importance du segment des crèmes, sérums et soins anti-âge, où les marques européennes bénéficient d'un avantage concurrentiel fondé sur l'image de qualité et l'expertise dermatologique.
| Sous-catégorie | Part export. 2015 | Part export. 2025 | Part import. 2015 | Part import. 2025 |
|---|---|---|---|---|
| 330499 — Soins de la peau | 75,9 % | 78,9 % | 69,5 % | 75,1 % |
| 330410 — Maquillage lèvres | 7,8 % | 8,8 % | 7,4 % | 9,3 % |
| 330420 — Maquillage yeux | 9,9 % | 6,7 % | 11,8 % | 7,5 % |
| 330491 — Poudres cosmétiques | 3,5 % | 4,3 % | 4,6 % | 4,3 % |
| 330430 — Manucures/pédicures | 2,9 % | 1,3 % | 6,7 % | 3,7 % |
Le maquillage lèvres affiche la plus forte progression à l'exportation
Le segment « Produits de maquillage pour les lèvres » (NC 330410) a connu la plus forte croissance en valeur à l'exportation : +106,5 %, passant de 649 M€ à 1 340 M€. Les importations dans cette catégorie ont également progressé de manière significative (+113,5 %, de 216 M€ à 461 M€). La dynamique est particulièrement remarquable au regard du choc pandémique : les exportations de produits lèvres avaient chuté de 23,3 % en 2020 (de 1 059 M€ à 812 M€), l'usage du masque ayant réduit la demande mondiale. Le rebond post-2020 a été vigoureux, porté par l'effet « revenge spending » et la démocratisation du rouge à lèvres haut de gamme.
Les écarts de prix révèlent un avantage européen sur le segment premium
Les prix unitaires à l'exportation sont systématiquement supérieurs à ceux des importations, en particulier sur les segments de maquillage. En 2025, le prix moyen d'exportation des produits lèvres atteignait 83 853 €/t, contre seulement 33 287 €/t à l'importation — soit un rapport de 2,5. Pour le maquillage yeux, l'écart est comparable (70 968 €/t à l'exportation contre 35 169 €/t à l'importation). Ce différentiel s'explique par le positionnement premium des produits européens (notamment français et italiens) face à des importations majoritairement issues d'Asie, aux prix plus compétitifs.
| Segment | Prix export. 2025 (€/t) | Prix import. 2025 (€/t) | Rapport export/import |
|---|---|---|---|
| 330410 — Lèvres | 83 853 | 33 287 | 2,5 |
| 330420 — Yeux | 70 968 | 35 169 | 2,0 |
| 330491 — Poudres | 52 694 | 25 726 | 2,0 |
| 330499 — Soins peau | 21 871 | 24 509 | 0,9 |
| 330430 — Manucures | 20 510 | 16 043 | 1,3 |
La France reste le pilier de la spécialisation européenne, accompagnée par l'Espagne et les Pays-Bas
En 2025, la France représentait 45,4 % des exportations intra-UE de produits CN 3304 (6 936 M€ sur 15 270 M€), avec un indice de spécialisation (RSCA) de 0,52, le plus élevé de l'Union. L'Italie (+107 %), l'Espagne (+250,5 %) et les Pays-Bas (+283,7 %) ont affiché les plus fortes progressions à l'exportation, traduisant une diversification géographique de la production au sein de l'UE. À l'importation, les Pays-Bas (+255,9 %), la Pologne (+220,4 %) et la France (+101,6 %) ont connu les plus fortes hausses, suggérant un rôle croissant de hubs logistiques (Rotterdam) et de plateformes de production (Pologne).
| Pays exportateur | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| France | 4 104,4 | 6 936,1 | +69,0 |
| Allemagne | 1 205,7 | 1 828,2 | +51,6 |
| Italie | 656,3 | 1 358,3 | +107,0 |
| Pologne | 491,8 | 958,1 | +94,8 |
| Espagne | 307,5 | 1 077,8 | +250,5 |
| Belgique | 602,8 | 836,7 | +38,8 |
| Pays-Bas | 186,3 | 714,9 | +283,7 |
Les données de spécialisation par État membre confirment que la France, l'Estonie, la Pologne et la Croatie figurent parmi les pays les plus spécialisés dans cette catégorie, tandis que l'Irelande, le Portugal et la Roumanie présentent des indices de spécialisation négatifs.
Conclusion
La période 2015–2025 a consacré l'Union européenne comme une puissance dominante du commerce mondial des produits de beauté et de soins de la peau. L'excédent commercial a doublé pour dépasser les 10 Md€, porté par une production européenne en croissance de 79,4 % et un positionnement premium qui permet des prix à l'exportation nettement supérieurs à ceux des importations, notamment sur les segments de maquillage. La géographie des échanges s'est profondément réorientée vers l'Asie — la Chine est devenue le premier marché d'exportation en valeur absolue et la Corée du Sud un fournisseur désormais incontournable — tandis que le Brexit et les sanctions contre la Russie ont rebattu les cartes des partenaires traditionnels. Enfin, le marché demeure dominé par les soins de la peau (près de 80 % des échanges), mais les produits lèvres affichent la dynamique la plus vigoureuse, signe d'un renouvellement des tendances de consommation. À l'horizon, la poursuite de la premiumisation, la montée en puissance des marques d'Europe de l'Est et la volatilité géopolitique constituent les principaux facteurs à surveiller pour les acteurs du secteur.