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Évolution du marché : Albuminoïdes et colles (CN 35) — 2015–2025

Introduction

Le chapitre 35 de la nomenclature combinée couvre un ensemble de produits allant des caséines aux enzymes en passant par les colles et les amidons modifiés. Ce groupe, hétérogène mais essentiel aux industries agroalimentaire, pharmaceutique et chimique, fait l’objet d’un commerce extra‑UE dynamique. Sur la période 2015‑2025, les échanges de l’Union européenne avec les pays tiers ont connu une forte expansion en valeur, alimentée davantage par la hausse des prix que par celle des volumes. Le solde commercial, déjà largement excédentaire, s’est encore renforcé, tandis que la géographie des flux et la composition par produit ont été redessinées sous l’effet de chocs géopolitiques et d’une spécialisation accrue de certains États membres.

1. Une croissance de la valeur des échanges tirée par l’effet prix

Les valeurs exportées et importées progressent fortement et creusent l’excédent commercial

D’après les données agrégées, les exportations extra‑UE de la catégorie 35 sont passées de 5,25 milliards d’euros en 2015 à 8,49 milliards en 2025, soit une hausse de 61,7 %. Les importations ont crû de 51,3 %, passant de 1,92 à 2,91 milliards d’euros. L’excédent commercial s’est donc élargi de 67,7 %, atteignant 5,57 milliards d’euros en 2025 contre 3,32 milliards en 2015.

L’écart entre la hausse des prix et la stagnation des volumes révèle une mutation qualitative des échanges

L’examen des volumes met en évidence un découplage marqué entre quantité et valeur. Les quantités exportées n’ont progressé que de 5,4 % sur l’ensemble de la période (de 1,54 à 1,62 million de tonnes), tandis que le prix moyen à l’exportation a bondi de 53,4 %. Du côté des importations, les volumes ont augmenté de 22,2 %, mais le prix moyen n’a crû que de 23,8 %. Ce différentiel indique que l’UE a non seulement vendu plus cher ses produits à haute valeur ajoutée (enzymes, protéines spécialisées), mais a également absorbé une inflation importée plus modérée, ce qui a mécaniquement amélioré les termes de l’échange.

Indicateur 2015 2025 Variation
Exportations (Mrd €) 5,25 8,49 +61,7 %
Importations (Mrd €) 1,92 2,91 +51,3 %
Solde commercial (Mrd €) 3,32 5,57 +67,7 %
Prix moyen export (€/t) 3 405 5 223 +53,4 %
Prix moyen import (€/t) 4 495 5 565 +23,8 %
Volume export (milliers t) 1 542 1 625 +5,4 %
Volume import (milliers t) 428 523 +22,2 %

2. Un commerce extra‑UE en pleine recomposition géopolitique

La Chine et la Turquie s’imposent comme partenaires stratégiques, alors que la Russie s’effondre

Les statistiques par partenaire révèlent des bascules spectaculaires. Les exportations vers la Chine ont crû de 145,7 %, passant de 383 à 941 millions d’euros, et les importations en provenance de Chine de 131,4 %, atteignant 429 millions d’euros. La Turquie a enregistré la progression la plus fulgurante : les importations de l’UE en provenance de Turquie ont bondi de 616,8 % (de 17 à 124 millions) et les exportations vers ce pays de 51,8 %. En revanche, les exportations vers la Russie se sont effondrées de 49,2 %, tombant de 365 millions en 2015 à 185 millions en 2025, une chute qui s’est accélérée après 2022 en lien avec les sanctions européennes.

La stabilité relative du Royaume‑Uni et des États‑Unis contraste avec la volatilité des nouveaux fournisseurs

Le Royaume‑Uni et les États‑Unis demeurent les deux principaux partenaires, tant à l’import qu’à l’export. Leurs flux, bien que croissants (exportations vers les États‑Unis +45,2 %, vers le Royaume‑Uni +46,4 %), restent beaucoup plus stables en volume que ceux des partenaires émergents. L’indicateur de volatilité des quantités importées montre un coefficient de variation (CV) de 0,21 pour le Royaume‑Uni et une valeur particulièrement faible pour les États‑Unis (0,09), tandis qu’il atteint 0,59 pour la Turquie, 0,44 pour l’Ukraine et 0,29 pour la Thaïlande. Du côté des exportations, la Russie affiche un CV de 0,43, reflet de la rupture brutale des approvisionnements.

Une diversification progressive des partenaires malgré des chocs de prix ponctuels en 2022

L’indice de Herfindahl‑Hirschmann (HHI) des importations a reculé de 8,6 % (de 1 566 à 1 431) et celui des exportations de 5,3 % (de 701 à 664), signalant une diversification modérée des flux. L’année 2022 a toutefois été marquée par des chocs de prix à l’exportation : par exemple, le prix moyen vers l’Algérie a grimpé de 55,7 % en une seule année, tandis que l’Australie (+28,2 %) et l’Indonésie (+69,6 %) ont subi des hausses simultanées, illustrant des tensions ponctuelles sur des segments spécifiques.

3. Une structure de produit dominée par les enzymes et les colles, reflet d’une spécialisation marquée des États membres

Les enzymes et les colles préparées concentrent l’essentiel de la valeur échangée

L’analyse par segment de produit montre que les exportations reposent sur deux piliers : les « Enzymes préparées » (code 3507) et les « Colles et adhésifs préparés » (code 3506). En 2025, ces deux postes représentent respectivement 2,24 milliards et 2,06 milliards d’euros, soit plus de la moitié de la valeur totale exportée. À l’importation, les colles (859 millions) devancent les enzymes (680 millions) et les peptones (594 millions). La structure des exportations comme des importations est donc très concentrée sur des produits à forte intensité technologique.

Les prix à l’exportation des enzymes, des peptones et des albumines atteignent des sommets inédits

Le prix moyen à l’exportation des enzymes est passé de 11 150 €/t en 2015 à 14 607 €/t en 2025, soit une hausse de 31 %, confirmant leur montée en gamme. Les « Peptones et autres matières protéiques » (3504) ont vu leur prix bondir de 5 258 à 10 276 €/t (+95 %), et les « Albumines » (3502) de 7 327 à 10 111 €/t (+38 %). Ces évolutions tarifaires expliquent en grande partie l’accroissement de l’excédent commercial, car les volumes exportés de ces catégories sont restés globalement stables, voire en légère augmentation.

Le Danemark, l’Irlande et les Pays‑Bas confirment leur avantage comparatif dans les albuminoïdes

L’indice de spécialisation RSCA en 2025, présent dans les données de spécialisation, place le Danemark en tête (RSCA de 0,686), suivi de la Lituanie (0,436), de la Finlande (0,421), de l’Irlande (0,229) et des Pays‑Bas (0,208). Ces cinq pays possèdent un avantage comparatif révélé nettement supérieur à la moyenne de l’UE. À l’opposé, Malte, la Slovaquie et la Roumanie affichent des RSCA très négatifs, traduisant une absence quasi totale d’insertion dans ces chaînes de valeur. En valeur absolue, l’Allemagne et les Pays‑Bas demeurent les premiers exportateurs intra‑UE, avec respectivement 2,21 et 1,34 milliard d’euros en 2025, confirmant leur rôle de plateformes industrielles et logistiques.

État membre RSCA 2025 Exportations 2025 (M€) Part du total UE
Danemark 0,686 1 482 9,3 %
Allemagne 0,040 2 212 22,9 %
Pays‑Bas 0,208 1 342 22,1 %
Irlande 0,229 541 3,3 %
France 0,184 890 11,3 %

Conclusion

Entre 2015 et 2025, le commerce extérieur de l’UE en albuminoïdes, colles et enzymes a connu une croissance vigoureuse en valeur, portée par des prix à l’exportation en forte hausse et un solde commercial de plus en plus excédentaire. La recomposition géographique des flux a été spectaculaire : la Chine et la Turquie ont pris un poids considérable, tandis que la Russie a quasiment disparu en tant que débouché. La structure des produits confirme la domination des enzymes et des colles, segments où l’innovation et la spécialisation de pays comme le Danemark ou l’Irlande assurent à l’UE un avantage comparatif durable. Les chocs de prix de 2022 et la volatilité de certains partenaires appellent néanmoins à la vigilance, dans un contexte où la diversification des approvisionnements et des débouchés reste un atout pour la résilience du secteur.