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Évolution du marché : Produits chimiques inorganiques (CN 28) — 2015–2025

Introduction

La position douanière 28 (CN 28) regroupe les produits chimiques inorganiques, les composés de métaux précieux, d'éléments radioactifs, de terres rares et d'isotopes. Il s'agit d'un secteur stratégique pour l'industrie européenne, qui alimente des chaînes de valeur allant de la chimie de base à l'électronique, en passant par l'énergie et la pharmacie. Entre 2015 et 2025, le commerce de l'UE avec le reste du monde dans cette catégorie a connu des transformations profondes : une hausse des valeurs commerciales portée essentiellement par la hausse des prix, un choc majeur en 2022 lié à la crise énergétique, et une réorganisation significative des partenaires commerciaux, tant côté importations qu'exportations. Le tableau de bord interactif permet d'explorer l'ensemble de ces dynamiques en détail.

Ce rapport s'articule autour de trois axes majeurs : la structure et l'évolution des flux commerciaux ; la reconfiguration des partenaires et la concentration du marché ; enfin, la volatilité, les chocs subis et les implications en matière d'autonomie stratégique européenne.


1. Une hausse des valeurs commerciales portée par les prix, avec un pic de tension en 2022

1.1 Les exportations progressent en valeur mais reculent en volume

Sur la période 2015–2025, les exportations intra-UE de produits CN 28 vers les pays tiers ont augmenté de 65,9 % en valeur, passant de 10,96 Md€ à 18,18 Md€. En revanche, les volumes exportés ont diminué de 7,2 %, passant de 15,92 Mt à 14,77 Mt. Cette divergence s'explique par une hausse moyenne des prix unitaires à l'exportation de 78,8 % (de 688 €/t à 1 230 €/t). La valeur maximale des exportations a été atteinte en 2022, avec 20,26 Md€, avant de refluer.

Indicateur exportations 2015 Minimum Maximum 2025 Variation
Valeur (Md€) 10,96 10,49 (2016) 20,26 (2022) 18,18 +65,9 %
Volume (Mt) 15,92 14,60 (2020) 17,75 (2018) 14,77 −7,2 %
Prix unitaire (€/t) 688 643 (2016) 1 321 (2023) 1 230 +78,8 %

1.2 Les importations suivent une trajectoire similaire, amplifiée par le choc de 2022

Les importations ont progressé de 46,3 % en valeur, de 13,41 Md€ à 19,61 Md€, tandis que les volumes n'ont augmenté que de 2,6 % (de 15,15 Mt à 15,54 Mt). Le prix unitaire à l'importation a crû de 42,6 % (de 885 €/t à 1 262 €/t). Le maximum historique a été atteint en 2022 avec 26,80 Md€, soit un quasi-doublement par rapport à 2021, avant un net reflux. Le prix unitaire à l'importation a culminé à 1 637 €/t cette même année.

Indicateur importations 2015 Minimum Maximum 2025 Variation
Valeur (Md€) 13,41 11,61 (2020) 26,80 (2022) 19,61 +46,3 %
Volume (Mt) 15,15 13,45 (2020) 17,40 (2022) 15,54 +2,6 %
Prix unitaire (€/t) 885 738 (2020) 1 637 (2022) 1 262 +42,6 %

1.3 Le déficit commercial se réduit progressivement, malgré un creux historique en 2022

La balance commerciale de l'UE pour les produits CN 28 est structurellement déficitaire. Le déficit s'est contracté de 41,7 % sur la période, passant de −2,45 Md€ en 2015 à −1,43 Md€ en 2025. Toutefois, le déficit a connu des fluctuations extrêmes : il a culminé à −6,71 Md€ en 2022 (pic de la crise énergétique), avant de se résorber fortement. En 2023, il a même frôlé l'équilibre (−87 M€), avant de se stabiliser en terrain déficitaire.

Année 2015 2020 2022 2023 2025
Balance (Md€) −2,45 −1,91 −6,71 −0,09 −1,43

1.4 L'explosion de 2022 : un choc essentiellement prix

L'année 2022 marque un point de rupture. Les importations ont bondi de 110 % en valeur (de 12,84 Md€ à 26,80 Md€), alors que le volume n'a augmenté que de 22 %. Le prix unitaire à l'importation a ainsi plus que doublé en un an. Côté exportations, la hausse de la valeur (+58 %) est également largement supérieure à celle des volumes (+2 %). Ce profil typique d'un choc prix est cohérent avec la forte dépendance de la chimie européenne au gaz naturel comme intrant énergétique, et avec l'envolée des prix de l'énergie consécutive au déclenchement du conflit russo-ukrainien. Voir le tableau de bord général.


2. Reconfiguration des partenaires commerciaux et concentration croissante des exportations

2.1 Côté importations : déclin russe, montée de la Chine et de la Turquie

Les sept principaux fournisseurs extra-européens de l'UE en produits CN 28 ont connu des trajectoires contrastées :

Partenaire Import. 2015 (M€) Import. 2025 (M€) Variation
Chine 1 195 2 366 +98,0 %
États-Unis 1 581 2 072 +31,0 %
Royaume-Uni 1 361 1 687 +24,0 %
Norvège 676 689 +1,9 %
Turquie 375 971 +158,8 %
Algérie 439 473 +7,7 %
Russie 2 063 1 032 −50,0 %

La Russie, premier fournisseur de l'UE en 2015, a vu ses exportations vers l'UE divisées par deux. Ce déclin, amorcé avant 2022, s'est accéléré avec les sanctions liées au conflit ukrainien. À l'inverse, la Turquie (+158,8 %) et surtout la Chine (+98,0 %) ont renforcé leur position. La Chine est devenue le premier fournisseur de l'UE, avec un pic à 4,21 Md€ en 2022.

2.2 Côté exportations : concentration sur les États-Unis et le Royaume-Uni

Les exportations de l'UE se sont concentrées autour de deux partenaires majeurs :

Partenaire Export. 2015 (M€) Export. 2025 (M€) Variation
États-Unis 1 771 4 041 +128,1 %
Royaume-Uni 1 487 2 556 +71,9 %
Turquie 362 617 +70,2 %
Norvège 385 542 +40,9 %
Maroc 84 166 +98,1 %
Brésil 265 314 +18,6 %

Les États-Unis sont de loin le premier client de l'UE, avec une part croissante (4,04 Md€ en 2025, +128 %). Le Royaume-Uni confirme sa position de second débouché, profitant de la dynamique post-Brexit. Le Maroc a doublé ses importations en provenance de l'UE, ce qui peut refléter la montée en gamme de l'industrie chimique marocaine et l'approfondissement des liens commerciaux euro-méditerranéens.

2.3 Une concentration des exportations en hausse, et des importations en baisse

L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) — indicateur de concentration — révèle une divergence nette :

Indicateur HHI (valeur) 2015 2025 Variation
Importations 750 588 −21,6 %
Exportations 759 994 +31,0 %

L'UE a diversifié ses sources d'approvisionnement (baisse de l'HHI à l'import), mais a concentré ses débouchés exportateurs (hausse de l'HHI à l'export), notamment sur les États-Unis et le Royaume-Uni. Cette concentration accrue des exportations expose l'UE à un risque de dépendance vis-à-vis de quelques marchés.

2.4 Structure interne : une production européenne en forte progression

La spécialisation des États membres montre une forte hétérogénéité. Les Pays-Bas, la Belgique, l'Allemagne et la France présentent les indices RSCA les plus élevés, indiquant une spécialisation avancée dans les produits CN 28. À l'inverse, Chypre, Malte et le Luxembourg sont très peu spécialisés.

L'Allemagne demeure le premier exportateur intra-UE (6,23 Md€ en 2025), suivie des Pays-Bas (1,73 Md€), de la France (1,89 Md€) et de la Belgique (1,66 Md€). Côté importations, les Pays-Bas (3,74 Md€) et la France (2,91 Md€) sont les principaux importateurs, avec une progression remarquable de la Pologne (+242,6 % sur la période).

Le volume de production déclaré par l'UE a connu une augmentation spectaculaire, passant de 1,50 Mt à 146,32 Mt. Cette hausse, d'un facteur près de 100, peut refléter à la fois une extension réelle de la capacité de production européenne et un changement dans la couverture statistique du Prodcom. La valeur de production a progressé de 0,98 Md€ à 41,44 Md€.

2.5 Détail des segments produits : carbonates et oxyde d'aluminium en tête

Les sept principaux sous-produits à l'importation et à l'exportation révèlent la structure du commerce :

Principaux produits importés (2025) :

Code CN Produit Volume (Mt) Valeur (M€) Prix (€/t)
2836 Carbonates 3,10 978 315
2814 Ammoniac 2,57 1 381 467
2815 Soude/potasse caustique 1,51 436 289
2818 Oxyde d'aluminium 1,42 864 609
2809 Acide phosphorique 1,20 896 744
2803 Carbone (noirs) 0,39 592 1 538
2804 Hydrogène, gaz rares 0,65 1 568 2 423

Les gaz rares et l'hydrogène (CN 2804) affichent le prix unitaire le plus élevé (2 423 €/t), reflétant leur forte valeur ajoutée. Le carbone (CN 2803) enregistre un prix en hausse de 101 % depuis 2015. L'ammoniac (CN 2814) a connu une volatilité extrême : son prix unitaire a triplé en 2022 (1 098 €/t contre 406 €/t en 2015).

Principaux produits exportés (2025) :

Code CN Produit Volume (Mt) Valeur (M€) Prix (€/t)
2807 Acide sulfurique 3,31 324 98
2836 Carbonates 1,71 693 405
2833 Sulfates 1,56 518 333
2818 Oxyde d'aluminium 2,27 1 304 574
2815 Soude/potasse caustique 1,12 356 317
2827 Chlorures 0,45 376 835
2811 Autres acides inorganiques 0,54 506 946

L'acide sulfurique (CN 2807) est le produit le plus exporté en volume (3,31 Mt), mais à un prix unitaire très bas (98 €/t), avec une forte volatilité de prix (de 22 €/t en 2016 à 114 €/t en 2022). Les acides inorganiques et composés oxygénés (CN 2811) affichent le prix le plus élevé à l'exportation (946 €/t).

Voir la comparaison des segments produits.


3. Volatilité, chocs d'approvisionnement et enjeux d'autonomie stratégique

3.1 Une volatilité hétérogène selon les partenaires

Le coefficient de variation (CV) des flux commerciaux varie fortement selon les partenaires. À l'importation, le Royaume-Uni (CV = 0,53) et la Jamaïque (0,52) présentent la plus forte instabilité, tandis que la Bosnie-Herzégovine (0,08) figure parmi les fournisseurs les plus stables. À l'exportation, le Chili (0,90) et la Serbie (0,35) se distinguent par leur volatilité, alors que la Suisse (0,05) et la Norvège (0,06) sont des marchés très réguliers.

3.2 Des chocs d'approvisionnement identifiés en 2021 et 2022

L'analyse des événements de choc a détecté trois épisodes majeurs :

Événement Partenaire Flux Année Hausse de prix Anomalie
Choc de prix Bosnie-Herzégovine Export. 2022 +129,5 % 55,0
Choc de prix États-Unis Import. 2021 +54,6 % 22,7
Choc de prix Norvège Import. 2022 +86,3 % 20,3

Le choc sur les importations en provenance des États-Unis (2021) et de Norvège (2022) est significatif : l'anomalie de prix (écart à la moyenne en écarts-types) atteint respectivement 22,7 et 20,3, avec des parts de valeur de 17,1 % et 7,6 %. L'explosion du prix de l'ammoniac (CN 2814) en provenance de Norvège illustre bien ce phénomène : le prix unitaire est passé de 243 €/t en 2019 à 1 098 €/t en 2022, soit une multiplication par 4,5.

3.3 L'indice de vulnérabilité aux importations : une amélioration spectaculaire

L'indice de dépendance nette aux importations a connu une baisse radicale, passant de 52,3 % en 2015 à 1,5 % en 2025 (−97,2 %). Cet indicateur mesure la part des importations nettes (importations − exportations) dans la consommation apparente. La quasi-disparition de cette dépendance nette en 2023–2025 signifie que l'UE est devenue presque autonome en produits CN 28, du moins en termes agrégés.

L'intensité commerciale (part du commerce extérieur dans la production) a reculé de 126,9 % à 43,9 % (−65,4 %), tandis que la propension à exporter a chuté de 214,2 % à 27,6 % (−87,1 %). Ces évolutions traduisent une relocalisation partielle de la production vers le marché intérieur européen, possiblement accélérée par la crise énergétique et les incitations politiques à la souveraineté industrielle.

3.4 Implications stratégiques : entre diversification et concentration

La période 2015–2025 a été marquée par deux tendances contradictoires. D'un côté, l'UE a diversifié ses sources d'importation (HHI en baisse) et réduit drastiquement sa dépendance nette aux importations. De l'autre, elle a concentré ses exportations sur un nombre plus restreint de marchés (HHI en hausse), créant une nouvelle forme d'exposition.

La dépendance à la Chine pour les importations (près de 2,4 Md€ en 2025) et aux États-Unis pour les exportations (4,0 Md€) constitue un risque géopolitique notable. Parallèlement, l'effondrement des importations en provenance de Russie (−50 %) illustre la capacité d'adaptation de l'UE face à un choc d'approvisionnement majeur, mais aussi les coûts associés à cette reconfiguration.


Conclusion

Sur la décennie 2015–2025, le commerce de l'UE en produits chimiques inorganiques (CN 28) a été marqué par une hausse des valeurs commerciales largement tirée par les prix, un choc majeur en 2022 lié à la crise énergétique, et une profonde restructuration des échanges. Le déficit commercial, bien que réduit de 42 %, a connu des écarts considérables, atteignant −6,71 Md€ au plus fort de la crise.

Les transformations les plus significatives sont géopolitiques : le recul de la Russie comme fournisseur, la montée de la Chine et de la Turquie, et la concentration des exportations vers les États-Unis et le Royaume-Uni. Sur le plan de l'autonomie, l'UE a substantiellement amélioré sa position, avec une dépendance nette aux importations tombée à 1,5 % en 2025, suggérant une relocalisation productive ou une montée en capacité européenne.

Toutefois, la concentration croissante des exportations et la dépendance accrue vis-à-vis de la Chine à l'import appellent à une vigilance renforcée. Le secteur des produits chimiques inorganiques reste un indicateur avancé de la santé industrielle européenne et de sa vulnérabilité aux chocs géopolitiques et énergétiques.

Généré le 2026-08-07. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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