Évolution du marché : Zinc mineral et concentrés (CN 2608) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport examine l'évolution des échanges commerciaux de l'Union européenne en matière de minerais de zinc et leurs concentrés (code NC 2608) sur la période 2015–2025. Ces matières premières constituent un intrant essentiel pour l'industrie métallurgique européenne, dont la production de zinc raffiné dépend fortement des importations en provenance de pays tiers. L'analyse ci-dessous s'appuie sur les données de commerce extracommunautaire disponibles et vise à identifier les grandes dynamiques structurelles, la réorientation des flux et les vulnérabilités qui caractérisent ce segment de marché.
I. Une dépendance structurelle croissante aux importations
L'Union européenne est structurellement déficitaire en minerais de zinc
La balance commerciale de l'UE pour le code 2608 est demeurée fortement déficitaire tout au long de la période. En 2015, le déficit s'élevait à environ 1,26 milliard € ; il a atteint près de 2,00 milliards € en 2025, soit une détérioration de 58,5 %. Ce creusement reflète à la fois la hausse des prix unitaires et l'incapacité de l'offre domestique à couvrir la demande de l'industrie sidérurgique et métallurgique européenne.
Le taux de dépendance aux importations nettes progresse
Le taux de dépendance aux importations nettes est passé de 65,8 % en 2015 à 70,8 % en 2025, avec un minimum intermédiaire de 58,4 % et un maximum terminal. Cette tendance haussière traduit un accroissement de la dépendance de l'UE vis-à-vis des approvisionnements extérieurs, dans un contexte où la production communautaire a fléchi de 13,7 % en volume (de 1,04 milliard kg à 900 millions kg), bien que sa valeur ait légèrement augmenté de 4,8 % (de 801 M€ à 840 M€), suggérant un effet prix partiel.
Les prix unitaires en forte hausse aggravent la facture d'importation
Les prix moyens à l'importation ont progressé de 71,2 % sur la période, passant de 621 €/t à 1 064 €/t, avec un pic à 1 216 €/t. Cette inflation des prix — qui reflète conjointement la tension sur les marchés mondiaux des métaux de base et la raréfaction relative de l'offre de concentrés — a amplifié la facture importatrice bien au-delà de ce que les volumes seuls auraient produit. Les volumes importés ont en effet reculé de 11,9 % (de 2,39 Mt à 2,11 Mt), tandis que la valeur augmentait de 50,8 % (de 1,49 Md€ à 2,24 Md€).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Valeur des importations (Md€) | 1,49 | 2,24 | +50,8 % |
| Quantités importées (Mt) | 2,39 | 2,11 | −11,9 % |
| Prix moyen import (€/t) | 621 | 1 064 | +71,2 % |
| Valeur des exportations (M€) | 227 | 246 | +8,2 % |
| Quantités exportées (kt) | 437 | 282 | −35,5 % |
| Prix moyen export (€/t) | 520 | 873 | +67,7 % |
| Déficit commercial (Md€) | −1,26 | −2,00 | −58,5 % |
| Dépendance nette aux importations (%) | 65,8 | 70,8 | +7,7 % |
II. Une réorientation géographique majeure des flux d'approvisionnement
L'Amérique latine s'impose comme le premier pôle d'approvisionnement
L'un des développements les plus marquants de la décennie est la montée en puissance de l'Amérique latine dans les importations de l'UE. Le Mexique a connu une progression spectaculaire de 430 %, passant de 96 M€ à 510 M€, devenant ainsi l'un des principaux fournisseurs. Le Pérou a doublé ses livraisons à l'UE (+107,7 %, de 221 M€ à 459 M€), tandis que la Bolivie a progressé de 81,8 % (de 177 M€ à 321 M€). Ensemble, ces trois pays représentaient une part croissante des approvisionnements européens en fin de période.
| Partenaire d'importation | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Mexique | 96 | 510 | +430 % |
| Pérou | 221 | 459 | +108 % |
| États-Unis | 303 | 365 | +20 % |
| Bolivie | 177 | 321 | +82 % |
| Australie | 398 | 81 | −80 % |
| Turquie | 83 | 117 | +41 % |
| Burkina Faso | 9 | 39 | +354 % |
L'Australie et les fournisseurs traditionnels reculent
À l'inverse, l'Australie, qui était le premier fournisseur de l'UE en 2015 avec 398 M€, a vu ses exportations vers l'UE s'effondrer de 79,7 % pour n'atteindre que 81 M€ en 2025. Ce recul pourrait s'expliquer par la réorientation des flux australiens vers les marchés asiatiques, notamment chinois, ou par des contraintes d'offre sur les mines australiennes. La République de Corée et l'Australie ont également quasiment disparu des destinations d'exportation de l'UE.
La Norvège demeure le principal débouché à l'exportation, mais l'UE exporte de moins en moins
Du côté des exportations de l'UE, la Norvège concentre la quasi-totalité des flux sortants, avec une valeur passée de 132 M€ à 212 M€ (+60,5 %). Les exportations vers la Chine ont en revanche chuté de 84,7 % (de 79 M€ à 12 M€), tandis que les livraisons vers la Corée du Sud et l'Australie sont tombées à des niveaux quasi nuls. Cette concentration de plus en plus marquée vers un seul partenaire est illustrée par la forte hausse de l'indice de concentration HHI à l'exportation, passé de 4 617 à 7 501 (+62,5 %).
Une diversification relative des sources d'importation
En dépit de la montée de l'Amérique latine, l'indice HHI des importations a légèrement diminué, passant de 1 583 à 1 475 (−6,8 %), indiquant une diversification modérée des fournisseurs. L'entrée de nouveaux acteurs comme le Burkina Faso (de 9 M€ à 39 M€) ou l'augmentation des parts de la Turquie et de la Bolivie ont contribué à cet effet, atténuant partiellement la concentration initiale sur l'Australie.
III. Des chocs de prix récurrents et une spécialisation inégale au sein de l'UE
L'année 2017 a été marquée par des chocs de prix significatifs
L'analyse de volatilité révèle plusieurs événements de choc concentrés autour de 2017 :
- Mexique : choc de prix à l'importation avec une abnormalité de 290,8 et un bond de prix de 42,7 %, affectant 15,0 % de la valeur des importations.
- Australie : abnormalité de 57,6 et hausse de prix de 54,6 % la même année, touchant 12,3 % de la valeur.
- Turquie : abnormalité de 14,7, hausse de 55,6 %, affectant 9,3 % de la valeur.
Ces chocs simultanés en 2017 s'inscrivent dans un contexte mondial de raréfaction de l'offre de concentrés de zinc, qui avait alors poussé les cours du zinc métal à des niveaux records sur le London Metal Exchange. Les coefficients de variation confirment que certains partenaires d'exportation (États-Unis : CV = 1,51 ; Turquie : CV = 1,53) présentent une volatilité extrême, tandis que les flux d'importation sont globalement plus stables, le Pérou (CV = 0,20) et la Turquie (CV = 0,19) affichant les niveaux les plus réguliers.
Les États membres concentrent différemment importations et exportations
La répartition entre États membres révèle une spécialisation géographique marquée. Les importations sont dominées par :
- Belgique : 948 M€ en 2025 (+38 %), port probable d'entrée vers les fonderies belges.
- Espagne : 781 M€ (+84 %), reflétant le dynamisme de l'industrie métallurgique ibérique.
- Finlande : 119 M€ (+87 %) et Pologne : 119 M€ (+67 %), témoignent d'une montée en puissance des industries nordiques et centre-européennes.
Les exportations sont de leur côté portées par le Portugal (90 M€, +325 %), la Suède (86 M€, +137 %) et la France (19 M€, +403 %), tandis que l'Espagne (−99,7 %) et les Pays-Bas (−100 %) ont quasi cessé d'exporter.
Les indices de spécialisation confirment l'hétérogénéité des positions nationales
En 2025, la spécialisation au sein de l'UE est très inégale :
| État membre | RSCA | RCA | Part prod. (%) |
|---|---|---|---|
| Suède | 0,80 | 9,09 | 21,8 % |
| Portugal | 0,75 | 6,87 | 9,5 % |
| Finlande | 0,73 | 6,50 | 6,5 % |
| Belgique | 0,58 | 3,73 | 31,6 % |
| Irlande | 0,47 | 2,79 | 5,8 % |
| Pays-Bas | −0,91 | 0,05 | 0,7 % |
| France | −0,48 | 0,35 | 2,7 % |
La Suède, le Portugal et la Finlande présentent un avantage comparatif nettement révélé (RCA > 6), tandis que les Pays-Bas, la France et la Bulgarie sont des importateurs nets structurels. Cette hétérogénéité reflète la répartition géologique des gisements de zinc en Europe et la localisation des unités de concentration.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen des minerais de zinc et concentrés (CN 2608) a été marqué par trois dynamiques convergentes : un renforcement de la dépendance aux importations (de 65,8 % à 70,8 %), une réorientation géographique des approvisionnements vers l'Amérique latine au détriment de l'Australie, et une inflation significative des prix unitaires (+71 %). Le déficit commercial s'est creusé de près de 600 M€, atteignant 2,0 milliards €, dans un contexte de production communautaire en léger recul. Parallèlement, les exportations de l'UE se sont concentrées de manière croissante vers la Norvège, avec un HHI à l'exportation passé de 4 617 à 7 501, accroissant la vulnérabilité à un éventuel retournement de ce débouché. Les chocs de prix de 2017 et la volatilité persistante de certains partenaires (Australie : CV = 0,62 ; Chili : CV = 0,83) soulignent la nécessité, pour les industries métallurgiques européennes, de diversifier leurs sources d'approvisionnement et de renforcer la résilience de leurs chaînes d'approvisionnement en métaux critiques.