Évolution du marché : Concentrés de plomb (CN 2607) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport examine les échanges commerciaux de l'Union européenne en minerais de plomb et leurs concentrés (code NC 2607) avec les pays tiers sur la période 2015-2025. L'UE est structurellement déficitaire sur ce segment : en 2015, le solde commercial s'élevait à −766 M EUR ; en 2025, il s'établit à −537 M EUR, soit une amélioration de 30 %. Les importations ont reculé de 924 à 684 M EUR (−26 %) tandis que les exportations ont légèrement diminué de 158 à 146 M EUR (−7 %). Ces mouvements globaux masquent toutefois des recompositions significatives des partenaires, une hausse marquée des prix unitaires et un renforcement de la structure de concentration des flux. Les trois sections ci-après détaillent ces dynamiques.
I. Un déclin structurel des volumes compensé par l'envolée des prix unitaires
Les volumes importés ont chuté de près de 45 %
Entre 2015 et 2025, la quantité importée par l'UE est passée de 382 573 à 210 927 tonnes, soit une baisse de 44,9 %. Le point bas a été atteint à 190 374 tonnes, tandis que le maximum s'établissait à 385 789 tonnes. Cette contraction des volumes reflète à la fois la réduction progressive de la capacité de production minière européenne (Production) et une demande européenne en plomb raffiné qui tend à se stabiliser.
Les prix unitaires d'importation ont progressé de 34 %
Le prix moyen des importations est passé de 2 414 EUR/t à 3 241 EUR/t (+34 %), avec un maximum historique de 3 241 EUR/t atteint en 2025. Cette hausse a permis de partiellement compenser la baisse des volumes en valeur. En sens inverse, le prix moyen des exportations a encore plus augmenté : de 443 à 1 161 EUR/t (+162 %), ce qui témoigne d'une revalorisation des concentrés européens sur les marchés d'exportation.
Le déficit commercial se réduit, mais le besoin d'approvisionnement demeure
Le solde commercial reste profondément négatif (−537 M EUR en 2025), l'UE important nettement plus qu'elle n'exporte. Toutefois, la dépendance nette aux importations a diminué, passant de 44,5 % à 35,2 % (minimum de la période), ce qui traduit une moindre vulnérabilité structurelle. La propension à exporter a quant à elle progressé de 33,5 % à 49,6 %, indiquant que l'UE réexporte une part croissante de ses concentrés transformés.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations (M EUR) | 923,6 | 683,6 | −26,0 % |
| Importations (k t) | 382,6 | 210,9 | −44,9 % |
| Prix import (EUR/t) | 2 414 | 3 241 | +34,3 % |
| Exportations (M EUR) | 157,9 | 146,2 | −7,4 % |
| Exportations (k t) | 356,2 | 126,0 | −64,6 % |
| Prix export (EUR/t) | 443 | 1 161 | +161,9 % |
| Solde (M EUR) | −766 | −537 | +29,8 % |
| Dépendance nette (%) | 44,5 | 35,2 | −21,0 % |
Source : Vue d'ensemble
II. Une recomposition géographique profonde des partenaires commerciaux
Les importations : du Mexique et du Pérou vers la Bolivie, l'Argentine et les États-Unis
En 2015, le Mexique (351 M EUR) et le Pérou (131 M EUR) dominaient les fournisseurs de l'UE, représentant ensemble plus de la moitié des importations. En 2025, le Mexique a reculé à 268 M EUR (−24 %) tandis que le Pérou s'est effondré à 16 M EUR (−88 %). Le Maroc, autre fournisseur historique, a quasi disparu (de 36 M EUR à 54 000 EUR, soit −99,9 %).
À l'inverse, de nouveaux partenaires ont émergé :
- La Bolivie est passée de 48 M EUR à 103 M EUR (+114 %), devenant un fournisseur majeur.
- L'Argentine a progressé de 45 M EUR à 86 M EUR (+89 %).
- Les États-Unis ont augmenté de 49 M EUR à 81 M EUR (+66 %).
- L'Albanie du Nord (North Macedonia) reste un fournisseur stable (49 → 60 M EUR).
| Fournisseur | 2015 (M EUR) | 2025 (M EUR) | Variation |
|---|---|---|---|
| Mexique | 351,5 | 268,1 | −23,7 % |
| Bolivie | 48,1 | 103,2 | +114,4 % |
| Argentine | 45,3 | 85,5 | +88,8 % |
| États-Unis | 48,7 | 80,7 | +65,6 % |
| Albanie du Nord | 48,7 | 60,1 | +23,5 % |
| Pérou | 130,8 | 16,2 | −87,6 % |
| Maroc | 36,4 | 0,1 | −99,9 % |
Source : Partenaires
Les exportations : concentration sur la Chine et montée de la Corée du Sud
Les exportations de l'UE restent dominées par la Chine (99 M EUR en 2025, −22 % vs 2015), mais la Corée du Sud a connu une progression spectaculaire : de 10 M EUR à 41 M EUR (+326 %). Le Kazakhstan figure parmi les partenaires stables (62-72 M EUR). À l'inverse, le Canada, l'Australie et la Norvège ont disparu des flux exportateurs. Du côté des États membres, l'Espagne est devenue le premier exportateur (75 M EUR, +729 %), dépassant les Pays-Bas (23 M EUR, −69 %).
| Partenaire export | 2015 (M EUR) | 2025 (M EUR) | Variation |
|---|---|---|---|
| Chine | 127,0 | 99,1 | −22,0 % |
| Corée du Sud | 9,6 | 40,8 | +326,4 % |
| Kazakhstan | 72,5 | 62,1 | −14,4 % |
| Viêt Nam | 0,2 | 0,4 | +81,9 % |
| Canada | 8,2 | 0,0 | −100,0 % |
| Australie | 0,7 | 0,0 | −100,0 % |
Source : Partenaires
La concentration des importations s'accroît, celle des exportations se relâche
L'indice HHI des importations en valeur est passé de 1 937 à 2 172 (+12 %), signe d'une concentration accrue des fournisseurs — le Mexique restant le partenaire dominant. En volume, la progression est encore plus nette (de 1 118 à 1 950, +74 %). À l'inverse, l'HHI des exportations a diminué de 6 560 à 5 374 (−18 %), indiquant une légère diversification des débouchés.
III. Une spécialisation hétérogène au sein de l'UE et des risques persistants de volatilité
La Belgique domine les importations ; l'Espagne s'impose à l'export
En 2025, la Belgique demeure le premier importateur de l'UE (465 M EUR, −12 % vs 2015), suivie des Pays-Bas (87 M EUR, +906 %) et de l'Allemagne (76 M EUR, −1 %). L'Italie a quasi disparu des importations (de 245 M EUR à 21 000 EUR). À l'export, l'Espagne a connu une croissance remarquable (de 9 M EUR à 75 M EUR, +729 %), tandis que les Pays-Bas ont reculé (de 76 M EUR à 23 M EUR, −69 %). La Bulgarie progresse à l'export (de 5 à 12 M EUR, +144 %).
Les degrés de spécialisation révèlent des profils contrastés
Selon l'indicateur RSCA (Revealed Symmetric Comparative Advantage) en 2025 :
| État membre | RSCA | Interprétation |
|---|---|---|
| Grèce | 0,78 | Très spécialisée |
| Suède | 0,71 | Très spécialisée |
| Belgique | 0,69 | Très spécialisée |
| Finlande | 0,56 | Modérément spécialisée |
| Espagne | 0,40 | Modérément spécialisée |
| Bulgarie | −0,44 | Peu spécialisée |
| Allemagne | −0,97 | Non spécialisée |
| Italie | −0,99 | Non spécialisée |
| France | −1,00 | Non spécialisée |
La Belgique concentre à elle seule 45,7 % de la production PRODCOM de l'UE en concentrés de plomb, suivie de la Suède (14,3 %) et de l'Espagne (13,6 %). La production européenne a légèrement décliné : de 449 000 à 400 000 tonnes (−11 %) en volume et de 513 à 380 M EUR (−26 %) en valeur.
Des chocs de prix ponctuels et une volatilité élevée sur certains partenaires
L'analyse des chocs d'approvisionnement a détecté un événement significatif en 2017 : un choc de prix sur les importations en provenance d'Albanie du Nord, avec une hausse de prix de 31,9 % et un indice d'anormalité de 4,9, pour une part de 11,6 % des importations cette année-là.
La volatilité des flux (coefficient de variation) est particulièrement élevée sur certains partenaires d'exportation : le Royaume-Uni (CV = 2,76), la Norvège (1,73) et l'Inde (1,70) présentent les niveaux les plus instables. Côté importations, l'Australie (CV = 1,37) et le Chili (1,31) figurent parmi les fournisseurs les plus volatils, tandis que l'Albanie du Nord (0,11) se distingue par sa stabilité.
Conclusion
Entre 2015 et 2025, le marché européen des concentrés de plomb a connu une contraction significative des volumes échangés (−45 % aux importations, −65 % aux exportations), largement compensée par une hausse substantielle des prix unitaires. La dépendance nette de l'UE aux importations a reculé de 44,5 % à 35,2 %, tandis que la propension à exporter a progressé de manière notable.
Sur le plan géographique, les échanges se sont reconfigurés autour de nouveaux partenaires latino-américains (Bolivie, Argentine), tandis que des fournisseurs historiques comme le Pérou et le Maroc ont quasi disparu. La concentration des importations s'est renforcée autour du Mexique, tandis que les exportations se sont légèrement diversifiées. Au sein de l'UE, la Belgique reste le hub principal, mais l'Espagne émerge comme un acteur exportateur majeur, portée par une spécialisation croissante.
Les risques demeurent : volatilité élevée sur certains partenaires, dépendance résiduelle vis-à-vis de fournisseurs concentrés, et baisse continue de la production minière européenne. La hausse structurelle des prix du plomb sur les marchés mondiaux constitue à la fois un défi pour les industries aval et un signal incitatif pour de nouveaux investissements miniers.