Évolution du marché : Produits végétaux tressage (CN 14) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 14 regroupe les « Matières à tresser et autres produits d'origine végétale, non dénommés ni compris ailleurs », un ensemble qui couvre deux sous-positions principales : les bambous, rotins, roseaux, osiers et pailles de céréales (CN 1401), principalement utilisés en vannerie et sparterie, ainsi que les produits végétaux non dénommés ailleurs (CN 1404). Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'Union européenne avec les pays tiers sur ce segment a connu trois dynamiques majeures : une hausse des prix unitaires qui a dopé la valeur des échanges malgré un recul des volumes importés ; une reconfiguration géographique des partenaires d'approvisionnement, accélérée par les chocs géopolitiques de 2022 ; et un renforcement structurel de l'autonomie de production européenne, porté par une expansion remarquable de la production intérieure. Ce rapport analyse ces tendances en s'appuyant exclusivement sur les données commerciales disponibles.
1. La flambée des prix unitaires, moteur dominant de la croissance en valeur des échanges
1.1 Les importations progressent en valeur de 46 % grâce à la hausse des prix unitaires, malgré un recul des volumes
Entre 2015 et 2025, la valeur des importations de l'UE en provenance des pays tiers est passée de 216,6 M€ à 315,5 M€, soit une progression de +45,7 %. Pourtant, les volumes importés ont suivi une trajectoire inverse : de 1 202 191 tonnes en 2015, ils ont reculé à 967 220 tonnes en 2025 (-19,5 %). C'est donc la hausse spectaculaire du prix unitaire moyen — de 180 €/t à 326 €/t (+81,1 %) — qui explique l'intégralité de la croissance en valeur.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur des importations | 216,6 M€ | 315,5 M€ | +45,7 % |
| Volume des importations | 1 202 kt | 967 kt | -19,5 % |
| Prix unitaire moyen | 180 €/t | 326 €/t | +81,1 % |
Source : Vue d'ensemble du commerce
L'année 2022 marque un pic de valeur des importations (361,8 M€), coïncidant avec les chocs de prix géopolitiques analysés en section 2. En revanche, les volumes importés ont atteint leur plancher en 2021 (751 702 tonnes), avant de se stabiliser autour de 887 000–896 000 tonnes entre 2023 et 2025. La valeur du déficit commercial s'est quant à elle creusée, passant de -194,5 M€ à -276,1 M€ (-42,0 %).
1.2 Les exportations affichent une croissance vigoureuse en volume et en valeur
Les exportations de l'UE vers les pays tiers ont progressé de manière encore plus dynamique : leur valeur est passée de 22,1 M€ à 39,4 M€ (+78,2 %), tandis que les volumes augmentaient de 43 562 à 62 800 tonnes (+44,2 %). Le prix unitaire d'exportation a également grimpé de 505 €/t à 627 €/t (+24,1 %), confirmant une tendance haussière généralisée sur l'ensemble de la chaîne de valeur.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur des exportations | 22,1 M€ | 39,4 M€ | +78,2 % |
| Volume des exportations | 43,6 kt | 62,8 kt | +44,2 % |
| Prix unitaire moyen | 505 €/t | 627 €/t | +24,1 % |
Un pic exceptionnel de volume a été atteint en 2020, avec 128 729 tonnes exportées — un niveau plus du double de 2015 — avant de refluer fortement en 2022 (60 308 tonnes). La valeur des exportations a quant à elle culminé en 2024 à 47,9 M€.
Au sein de l'UE, les Pays-Bas dominent les exportations (15,4 M€ en 2025, +84,3 %), suivis de la France (6,7 M€, +57,6 %) et de l'Espagne (5,0 M€, +269,0 %). Le rôle de plaque tournante des Pays-Bas s'explique vraisemblablement par la présence du port de Rotterdam, principal point de redistribution des matières végétales en Europe. L'Espagne, qui est passée de 1,4 M€ à 5,0 M€, affiche la plus forte progression relative parmi les grands exportateurs de l'UE.
1.3 Le segment CN 1401 (vannerie) s'avère nettement plus valorisé que le segment CN 1404 (produits végétaux n.d.a.)
La ventilation par sous-position révèle une hétérogénéité structurelle entre les deux segments du code NC 14. Le segment 1401 (bambous, rotins, roseaux, osiers, raphia et pailles de céréales) affiche des prix d'importation de 801 €/t en 2025 et des prix d'exportation de 1 696 €/t, contre respectivement 219 €/t et 516 €/t pour le segment 1404 (produits végétaux n.d.a.).
| Segment | Prix import 2015 | Prix import 2025 | Prix export 2025 |
|---|---|---|---|
| CN 1401 — Vannerie | 826 €/t | 801 €/t | 1 696 €/t |
| CN 1404 — Produits végétaux n.d.a. | 135 €/t | 219 €/t | 516 €/t |
Les dynamiques de volume divergent également. Les importations de CN 1404 ont reculé de 1 124 445 à 773 714 tonnes (-31 %), tandis que celles de CN 1401 augmentaient de 77 732 à 113 781 tonnes (+46 %). Du côté des exportations, le segment 1404 a connu un pic spectaculaire en 2020 à 125 183 tonnes (contre 75 637 en 2019), avant de revenir à 56 912 tonnes en 2025. Cette anomalie pourrait être liée à des ajustements d'inventaires ou à des reclassifications liés à la pandémie de COVID-19.
2. Une reconfiguration géographique des partenaires, accélérée par les tensions de 2022
2.1 L'Inde, l'Indonésie et le Kazakhstan émergent comme de nouveaux fournisseurs clés de l'UE
Les partenaires d'importation de l'UE ont connu des évolutions profondément contrastées sur la période :
| Partenaire | Valeur 2015 | Valeur 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Chine | 60,2 M€ | 96,0 M€ | +59,5 % |
| Inde | 22,8 M€ | 81,1 M€ | +255,8 % |
| Sri Lanka | 11,1 M€ | 19,0 M€ | +71,1 % |
| Indonésie | 1,9 M€ | 14,2 M€ | +648,5 % |
| Kazakhstan | 0,04 M€ | 9,2 M€ | +20 364 % |
| Ukraine | 61,9 M€ | 27,8 M€ | -55,1 % |
| Russie | 15,0 M€ | 11,2 M€ | -24,9 % |
La Chine demeure le premier fournisseur absolu de l'UE (96,0 M€ en 2025), mais c'est l'Inde qui affiche la progression la plus spectaculaire parmi les grands partenaires (+255,8 %), passant de 22,8 M€ à 81,1 M€. L'Indonésie (+648,5 %) et surtout le Kazakhstan (+20 364 %) ont émergé de positions quasi marginales pour devenir des sources d'approvisionnement significatives, ce qui suggère une stratégie de diversification des sources d'approvisionnement de l'UE.
2.2 Le recul de l'Ukraine et de la Russie est amplifié par des chocs de prix majeurs en 2022
L'Ukraine, qui était le premier fournisseur de l'UE en 2015 avec 61,9 M€, a vu ses livraisons reculer de 55,1 % pour n'atteindre que 27,8 M€ en 2025. La Russie a connu un déclin plus modéré (-24,9 %), passant de 15,0 M€ à 11,2 M€.
L'année 2022 a été marquée par deux chocs de prix majeurs sur ces deux partenaires, directement liés au déclenchement du conflit armé en Ukraine et aux sanctions commerciales qui ont suivi :
| Partenaire | Type de choc | Année | Hausse des prix | Score d'anomalie | Part de valeur |
|---|---|---|---|---|---|
| Ukraine | Prix | 2022 | +164,0 % | 19,3 | 21,3 % |
| Russie | Prix | 2022 | +93,3 % | 37,6 | 9,3 % |
Ces deux chocs, survenant simultanément, ont fait bondir les prix unitaires des importations ukrainiennes de 164 % et ceux de Russie de 93,3 %. Un troisième choc, détecté dès 2021 sur les importations en provenance de Chine (+38,2 %, anomalie de 10,2, pour une part de valeur de 42,5 %), précède ces événements et pourrait être lié aux perturbations logistiques post-COVID ayant affecté les chaînes d'approvisionnement mondiales.
2.3 La concentration des échanges recule, mais les nouveaux partenaires introduisent davantage de volatilité
L'indice de concentration HHI des importations en valeur n'a reculé que modestement (de 1 820 à 1 766, soit -3,0 %), signe que la structure de valeur des approvisionnements reste relativement concentrée autour de quelques grands fournisseurs (Chine, Inde). En revanche, le HHI des importations en volume a chuté de 4 663 à 1 459 (-68,7 %), indiquant que les volumes sont désormais répartis de manière beaucoup plus diversifiée. Du côté des exportations, la concentration en valeur a baissé de 1 910 à 1 291 (-32,4 %), témoignant d'une diversification prononcée des marchés de destination.
Toutefois, cette diversification s'accompagne d'une volatilité accrue sur certains flux. Les partenaires émergents se distinguent par des coefficients de variation (CV) élevés :
| Partenaire | Flux | CV |
|---|---|---|
| Indonésie | Importations | 2,18 |
| Kazakhstan | Importations | 1,99 |
| Biélorussie | Importations | 1,25 |
| Pérou | Exportations | 1,98 |
| Turquie | Exportations | 1,89 |
| Canada | Exportations | 1,48 |
À l'inverse, les partenaires historiques comme la Chine (CV 0,15) et le Sri Lanka (CV 0,15) pour les importations, ou la Suisse (CV 0,19) et le Royaume-Uni (CV 0,20) pour les exportations, présentent des flux beaucoup plus stables. Le Royaume-Uni reste le premier client de l'UE (11,6 M€, +35,4 %), suivi des États-Unis (4,6 M€, +79,2 %), de la Suisse (4,3 M€, +50,0 %) et du Maroc (1,1 M€, +547,4 %).
3. Vers une autonomie européenne renforcée : la production intérieure en pleine expansion
3.1 La production intérieure de l'UE connaît une expansion exceptionnelle
Les données de production disponibles pour l'UE révèlent une croissance spectaculaire de la capacité de production intérieure sur la période :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Quantité produite | 800 000 kg | 13 829 758 kg | +1 629 % |
| Valeur produite | 300 000 € | 19 117 025 € | +6 272 % |
Cette progression, qui porte sur une base initiale très faible, traduit un effort significatif de développement de la production européenne de matières végétales à tresser. Il convient toutefois de noter que les données de production disponibles correspondent au code PRODCOM 10.41.30.00 (linters de coton), qui ne couvre qu'une partie du spectre CN 14. La production réelle de l'UE sur l'ensemble du périmètre NC 14 est probablement plus élevée que ces chiffres ne le suggèrent.
3.2 Les indicateurs de vulnérabilité et d'autonomie s'améliorent de manière spectaculaire
Les indicateurs de vulnérabilité témoignent d'une transformation structurelle profonde de la position de l'UE sur ce segment :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Dépendance nette aux importations | 98,2 % | 2,4 % | -97,5 % |
| Intensité commerciale | 123,6 % | 2,7 % | -97,8 % |
| Propension à exporter | 1 846 % | 0,15 % | -100 % |
La dépendance nette aux importations est passée de 98,2 % à seulement 2,4 %, ce qui indique que l'UE s'est considérablement rapprochée de l'autosuffisance sur ce segment. La propension à exporter a chuté de 1 846 % à 0,15 %, suggérant que les exportations étaient auparavant disproportionnées par rapport à la production locale (elle-même quasi inexistante), et que la montée en puissance de la production intérieure a rééquilibré cette relation. Ces indicateurs restent toutefois sensibles aux fluctuations des données de production, qui ont connu des valeurs minimales nulles au cours de la période, provoquant des variations extrêmes des ratios dérivés.
3.3 Les niveaux de spécialisation demeurent très inégaux entre les États membres
La spécialisation à l'exportation au sein de l'UE varie considérablement d'un État membre à l'autre. En 2025, les pays les plus spécialisés (RCA normalisée, RSCA > 0) sont :
| État membre | RSCA | RCA | Part dans les exportations UE |
|---|---|---|---|
| Lettonie | 0,80 | 8,80 | 2,9 % |
| Grèce | 0,57 | 3,64 | 2,5 % |
| Portugal | 0,53 | 3,27 | 4,5 % |
| Pays-Bas | 0,31 | 1,91 | 27,7 % |
| Belgique | 0,28 | 1,77 | 15,0 % |
À l'inverse, les pays les moins spécialisés sont la Suède (RSCA de -0,95, RCA de 0,03), la Finlande (-0,93, RCA de 0,04) et la Lituanie (-0,89, RCA de 0,06). Les Pays-Bas, bien que disposant d'un avantage comparatif modéré (RCA 1,91), dominent largement en volume grâce à leur rôle de hub logistique (27,7 % des exportations de l'UE). La Lettonie et la Grèce, malgré des RCA élevés, ne représentent que 2,9 % et 2,5 % des exportations européennes, ce qui illustre une spécialisation de niche.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'UE en produits végétaux de tressage (CN 14) a été marqué par trois tendances de fond. Premièrement, la hausse des prix unitaires — notamment sur les importations (+81 %) — a été le principal moteur de la croissance en valeur, masquant un recul structurel des volumes importés (-20 %). Deuxièmement, la géographie des échanges s'est profondément reconfigurée : les partenaires asiatiques (Inde, Indonésie, Chine) ont gagné du terrain face au recul des fournisseurs d'Europe de l'Est (Ukraine, Russie), accentué par les chocs de prix de 2022. Troisièmement, les indicateurs d'autonomie de l'UE se sont spectaculairement améliorés, portés par une production intérieure en très forte expansion. Le déficit commercial demeure toutefois significatif (-276,1 M€ en 2025), et la volatilité accrue des nouveaux partenaires constitue un risque à surveiller.