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Évolution du marché : Produits végétaux tressage (CN 14) — 2015–2025

Introduction

Le chapitre 14 de la nomenclature combinée (NC 14) regroupe les « matières à tresser et autres produits d’origine végétale, non dénommés ni compris ailleurs ». Il couvre à la fois les matériaux de vannerie (code 1401) tels que le bambou, le rotin ou le raphia, et les « produits végétaux non dénommés ailleurs » (code 1404), dont le linter de coton. Ce rapport analyse l’évolution du commerce extérieur de l’Union européenne avec les pays tiers entre 2015 et 2025, en s’appuyant sur les données de l’Aperçu général. L’UE reste structurellement importatrice, mais la période est marquée par deux transformations majeures : l’explosion de la production domestique à partir de 2018 et une reconfiguration en profondeur des sources d’approvisionnement à la suite des chocs de prix de 2021‑2022.

1. L’irruption de la production domestique et le basculement vers l’autosuffisance

La production européenne, quasi inexistante jusqu’en 2018, atteint 13,8 millions de tonnes en 2024

Jusqu’en 2017, la production de l’UE dans la catégorie NC 14 était nulle. Elle décolle brusquement à 6 millions de tonnes en 2018, double à 12 millions en 2022, pour culminer à 13,8 millions de tonnes en 2024 (Production de l’UE). La valeur de cette production suit une trajectoire comparable, passant d’un montant symbolique à 19,1 millions d’euros en 2024, soit une hausse spectaculaire de 6 272 % par rapport aux 0,3 million d’euros estimés en 2003. Cette montée en charge s’est concentrée dans une poignée d’États membres : en 2025, les Pays‑Bas affichent un indice RSCA de 0,31 (RCA de 1,91) et la Lettonie un RSCA de 0,80, signe d’une spécialisation extrême (Spécialisation par pays).

La dépendance nette aux importations s’effondre, passant de 100 % en 2015 à 2,4 % en 2024

L’indicateur de dépendance nette aux importations était de 100 % entre 2015 et 2021. Il chute à 0,9 % en 2022 et se stabilise à 2,4 % en 2024, soit une réduction de 97,5 % (Dépendance nette). Le décrochage coïncide avec l’envolée de la production intérieure : alors que les importations se maintiennent autour de 900 000 tonnes par an, l’offre nationale est devenue largement suffisante pour couvrir la demande, rendant le recours aux marchés tiers marginal. L’intensité des échanges et la propension à exporter se sont simultanément effondrées, traduisant une économie de la catégorie 14 désormais presque fermée (Intensité commerciale).

2. Tensions inflationnistes et basculement des sources d’approvisionnement

Le prix moyen à l’importation bondit de 81 % sur la période, tiré par des flambées en 2021‑2022

Les prix unitaires à l’importation sont passés de 180 €/tonne en 2015 à 326 €/tonne en 2025, soit une hausse de 81,3 % (Évolution des prix). Le sous-segment 1404 (produits végétaux n.d.a.), qui domine en volume, a vu son prix passer de 135 €/tonne à 219 €/tonne (+62,6 %), tandis que celui des matières à tresser (1401) est resté élevé mais plus volatile (801 €/tonne en 2025). Les analyses de chocs détectent quatre événements prix majeurs (Chocs de prix à l’import) :

Événement Entité Hausse de prix Année
Flambée Chine Chine +38,2 % 2021
Choc Russie Russie +93,3 % 2022
Choc Ukraine Ukraine +164,0 % 2022
Choc Inde Inde +57,2 % 2022

Ces à‑coups se sont répercutés sur l’ensemble de la facture d’importation, dont la valeur a crû de 45,8 % entre 2015 et 2025 (de 216,3 M€ à 315,4 M€).

Les flux en provenance de l’ex‑URSS s’effondrent au profit de l’Asie du Sud et du Sud‑Est

Les volumes importés ont reculé de 19,5 % sur la décennie (1,20 Mt en 2015 contre 0,97 Mt en 2025), mais la composition géographique a été bouleversée (Principaux partenaires à l’import). Les livraisons ukrainiennes ont chuté de 55,1 % en valeur et les russes de 24,9 %, tandis que l’Inde a vu ses envois bondir de 255,8 % (de 22,8 M€ à 81,1 M€). Deux acteurs marginaux en 2015 émergent :

La Chine conforte sa position de premier fournisseur (96,0 M€ en 2025, +59,5 %) et le Sri Lanka progresse de 71,1 %. La volatilité des quantités livrées par le Kazakhstan (CV de 1,99) et l’Indonésie (CV de 2,18) reste toutefois extrême, traduisant des filières encore peu stabilisées (Volatilité des partenaires).

3. Expansion des exportations et diversification des débouchés malgré un solde toujours négatif

Les exportations européennes progressent de 78 % en valeur, emmenées par la Norvège, le Maroc et les États‑Unis

La valeur des exportations extra‑UE est passée de 22,1 M€ à 39,3 M€ (+78,1 %), tandis que les quantités bondissaient de 44,2 % (43 561 t à 62 800 t). Le prix unitaire à l’export a gagné 24,0 %, atteignant 626 €/tonne en 2025. Les performances par destination sont contrastées :

Partenaire Croissance 2015–2025
Norvège +278,2 %
Maroc +547,4 %
États‑Unis +79,2 %
Royaume‑Uni +35,4 %
Suisse +50,0 %

(Exportations par partenaire)

A contrario, les expéditions vers la Macédoine du Nord se sont effondrées (−99,2 %) et celles vers la Türkiye ont reculé de 36,2 %.

La concentration des exportations s’atténue nettement

L’indice de Herfindahl‑Hirschman (HHI) pour la valeur des exportations chute de 1 910 à 1 291 (−32,4 %), signe d’une diversification accrue des débouchés (Concentration HHI export). La structure par produit évolue également : le sous‑groupe 1404, qui représente l’essentiel des volumes, voit son prix à l’export monter de 344 €/tonne à 516 €/tonne, compensant partiellement le déficit chronique. Le segment 1401, bien que marginal en poids, conserve une valeur unitaire supérieure à 1 600 €/tonne et participe à l’amélioration de la valeur globale exportée (Segments 1401 et 1404).

Conclusion

Entre 2015 et 2025, le commerce extérieur de l’UE pour les produits du chapitre 14 a basculé d’une dépendance quasi totale aux importations vers une quasi‑autosuffisance, grâce à la montée en puissance inédite de la production domestique (de 0 à 13,8 mio t). La facture à l’importation reste élevée (315 M€ en 2025), mais son poids macroéconomique s’est effondré. Les chocs de prix de 2021‑2022, conjugués aux tensions géopolitiques, ont accéléré la recomposition des sources d’approvisionnement, avec la montée de l’Inde, du Kazakhstan et de l’Indonésie, tandis que les flux russes et ukrainiens s’érodent. Côté export, l’UE a renforcé ses positions sur des marchés de proximité et diversifié ses débouchés, sans toutefois résorber un déficit structurel de 276 M€. La filière reste sensible à la volatilité de nouveaux fournisseurs, mais sa transformation productive constitue un fait majeur de la période.