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Évolution du marché : Graines et fruits oléagineux (CN 12) — 2015–2025

Introduction

Ce rapport analyse l’évolution du commerce extra‑UE du chapitre 12 de la nomenclature combinée (« Graines et fruits oléagineux ; graines, semences et fruits divers ; plantes industrielles ou médicinales ; pailles et fourrages ») entre 2015 et 2025. Le produit regroupe une large gamme de matières premières agricoles stratégiques, allant des graines de soja et de colza aux semences de haute valeur, en passant par les fourrages. Sur la décennie, les échanges ont connu une croissance marquée en valeur comme en volume, mais cette expansion s’est accompagnée d’une dégradation significative de la balance commerciale et d’une sensibilité accrue aux chocs extérieurs.

I. Expansion rapide des échanges et creusement du déficit structurel

Les exportations et les importations ont enregistré des croissances à deux chiffres, portées par les prix et les volumes

Entre 2015 et 2025, la valeur des exportations extra‑UE est passée de 3,13 milliards à 5,83 milliards d’euros, soit une hausse de 86,5 %, tandis que les importations ont progressé de 49,5 %, de 9,62 milliards à 14,39 milliards d’euros. Les volumes ont également augmenté (exportations : +51,5 % ; importations : +26,6 %), mais l’effet prix a été sensible, le prix unitaire moyen des exportations s’étant apprécié de 23,1 % et celui des importations de 18,1 %.

Le solde commercial s’est fortement détérioré, avec un pic de déficit en 2022

Le déficit commercial s’est creusé de 31,7 %, passant de –6,50 Mds € en 2015 à –8,56 Mds € en 2025. Il a atteint un point bas de –13,70 Mds € en 2022, année où la combinaison d’une flambée des prix des matières premières et d’un bond des volumes importés a fortement pesé sur la facture extérieure de l’UE. Depuis lors, le déficit s’est réduit mais reste supérieur à son niveau de départ.

La valeur unitaire des échanges a été portée par un choc de prix en 2022

Les prix à l’importation comme à l’exportation ont connu un pic marqué en 2022. Le prix moyen à l’importation a atteint 756 € / tonne cette année‑là, contre 500 € / tonne en 2015, avant de retomber à 591 € en 2025. À l’exportation, le prix est passé de 843 € / tonne à un maximum de 1 230 € en 2022, pour s’établir à 1 038 € en 2025. Cette envolée reflète les tensions sur les marchés internationaux des oléagineux et des semences.

II. Réorientation des flux : diversification des fournisseurs et essor de nouveaux débouchés

Les importations se sont diversifiées, l’Ukraine, l’Australie et le Canada gagnant rapidement des parts de marché

Le classement des principaux partenaires à l’importation témoigne d’une recomposition géographique significative. Le Brésil et les États‑Unis demeurent les deux premiers fournisseurs (respectivement 2,42 et 2,61 Mds € en 2025, +20,2 % et +19,5 %), mais l’Ukraine (+137,4 %, à 1,56 Mds €), l’Australie (+191,1 %, à 1,70 Mds €) et le Canada (+145,9 %, à 1,51 Mds €) ont vu leur poids s’accroître fortement. À l’inverse, le Paraguay a vu ses ventes à l’UE s’effondrer de 86,0 %, passant de 448 M€ à 63 M€.

Fournisseur 2015 (M€) 2025 (M€) Variation (%)
Brésil 2 010 2 416 +20,2
États‑Unis 2 183 2 608 +19,5
Ukraine 656 1 558 +137,4
Australie 585 1 702 +191,1
Canada 613 1 508 +145,9
Argentine 468 762 +62,7
Paraguay 448 63 –86,0

L’indice de concentration HHI à l’importation a d’ailleurs légèrement diminué (de 1 182 à 1 077), confirmant une diversification modérée du panier des fournisseurs.

Les exportations européennes se sont réorientées vers le Royaume‑Uni, la Turquie et l’Arabie saoudite

Côté exportations, la Turquie devient le premier client en 2025 (748 M€, +149,0 %), détrônant des destinations plus anciennes. Le Royaume‑Uni (+83,3 %, 683 M€), l’Arabie saoudite (+116,1 %, 161 M€), la Chine (+103,5 %, 254 M€) et la Suisse (+88,2 %, 332 M€) ont également fortement accru leurs achats. En revanche, les Émirats arabes unis ont réduit leurs acquisitions de 47,2 % (122 M€ en 2025).

Client 2015 (M€) 2025 (M€) Variation (%)
Turquie 300 748 +149,0
Royaume‑Uni 373 683 +83,3
Suisse 176 332 +88,2
Chine 125 254 +103,5
Arabie saoudite 75 161 +116,1
Serbie 77 154 +100,3

Les États membres d’Europe centrale et orientale affirment une spécialisation croissante

L’analyse de la spécialisation en 2025 place la Roumanie (RSCA 0,74) et la Bulgarie (RSCA 0,66) en tête des pays les plus spécialisés dans ce chapitre, suivis par la Lettonie et la Lituanie. Dans les exportations intra‑UE, la Roumanie a vu ses ventes extra‑UE bondir de 305,3 % (629 M€ en 2025) et la Bulgarie de 126,7 % (372 M€), témoignant de leur montée en puissance comme plates‑formes exportatrices.

III. Une exposition grandissante aux chocs externes et à la dépendance importatrice

Le taux de dépendance nette aux importations est passé d’un quasi‑équilibre à plus de 50 %

En 2015, le taux de dépendance nette aux importations de l’UE pour ce chapitre était proche de zéro (–0,6 %), indiquant un quasi‑équilibre entre commerce extérieur et production. En 2024, ce taux a grimpé à 51,9 %, avec un pic à 53,0 % en 2022. Cette brusque dégradation de l’autonomie traduit une croissance des importations bien plus rapide que celle de la production intérieure, dont le volume est resté stable autour de 8,3 à 8,7 millions de tonnes sur la période, tandis que la valeur de la production a certes augmenté fortement (de 2,31 Mds € en 2015 à 4,61 Mds € en 2024) sous l’effet des prix.

La volatilité des approvisionnements et les chocs de prix ont été exacerbés par les tensions géopolitiques

La volatilité des flux d’importation, mesurée par le coefficient de variation des volumes, est particulièrement élevée pour des fournisseurs comme le Paraguay (1,34), le Canada (0,51) ou l’Uruguay (1,03). Les chocs de prix détectés sont nombreux :

Ces événements illustrent la sensibilité du commerce des oléagineux et produits associés aux crises géopolitiques et aux déséquilibres offre‑demande.

La structure des échanges révèle une spécialisation dans les semences à l’export, tandis que l’UE reste importatrice massive de fèves de soja et de colza

La ventilation par sous‑positions tarifaires met en évidence une complémentarité asymétrique :

Ce dualisme entre importations de matières premières brutes et exportations de semences de précision souligne le rôle de l’UE comme transformateur et multiplicateur de valeur, tout en l’exposant aux fluctuations des marchés mondiaux des commodités.

Conclusion

Sur la décennie 2015–2025, le commerce extérieur de l’UE pour le chapitre 12 a connu une expansion remarquable en valeur, alimentée par la hausse des prix et la dynamique des volumes. Cette croissance s’est toutefois accompagnée d’une aggravation du déficit commercial et d’une montée en flèche de la dépendance nette aux importations, devenue un enjeu de vulnérabilité économique. La recomposition du tissu des partenaires – montée en puissance de l’Ukraine, de l’Australie et du Canada à l’import, essor de la Turquie et du Royaume‑Uni à l’export – a offert des opportunités nouvelles mais a également introduit des sources de volatilité accrues. Les chocs de prix subis entre 2020 et 2023 rappellent l’importance de renforcer la résilience des chaînes d’approvisionnement de cette catégorie stratégique, tout en capitalisant sur les segments à haute valeur ajoutée, comme les semences, où l’UE excelle.