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Évolution du marché : Colza graines (CN 1205) — 2015–2025

Introduction

Le code douanier 1205 couvre les graines de navette ou de colza, même concassées, un produit clé de la filière oléagineuse européenne. Il se décompose en deux sous-positions : le colza à faible teneur en acide érucique (120510), qui représente l'essentiel des échanges, et le colza à haute teneur en acide érucique (120590), de volume nettement plus réduit. Sur la période 2015–2025, l'Union européenne a vu son déficit commercial sur ce produit s'alourdir considérablement, passant de −1,06 milliard d'euros à −3,05 milliards d'euros. Ce rapport analyse les dynamiques sous-jacentes : une forte croissance des importations, une reconfiguration géographique des flux d'approvisionnement et d'exportation, ainsi que des épisodes de chocs de prix marquants liés à des événements géopolitiques et climatiques.


1. Une trajectoire d'importations en forte hausse, portée par un déficit structurel croissant

Le déficit commercial se creuse de manière quasi continue

L'UE est structurellement déficitaire sur les graines de colza. Le solde commercial est passé de −1,06 milliard € en 2015 à −3,05 milliards € en 2025, soit une détérioration de 187 %. Le point le plus défavorable a été atteint en 2022, avec un solde de −4,08 milliards €, année marquée par la flambée des prix des matières premières agricoles. Par la suite, le déficit s'est partiellement résorbé, sans toutefois retrouver les niveaux d'avant 2020.

Indicateur 2015 2022 2025 Évolution 2015→2025
Solde commercial (Mds €) −1,06 −4,08 −3,05 −187 %

Vue d'ensemble du commerce

Les importations doublent en volume et triplent en valeur

Les importations de graines de colza hors UE ont progressé de 3,11 millions de tonnes (2015) à 6,93 millions de tonnes (2025), soit une hausse de 122,7 %. En valeur, la progression est encore plus marquée : de 1,24 milliard € à 3,48 milliards € (+181,5 %), tirée à la fois par l'augmentation des volumes et par celle des prix unitaires. Le prix moyen d'importation est passé de 397 €/t à 502 €/t (+26,4 %), avec un pic exceptionnel à 704 €/t en 2022.

Indicateur 2015 2020 2022 2025 Évolution 2015→2025
Imports – volume (Mt) 3,11 5,85 6,44 6,93 +122,7 %
Imports – valeur (Mds €) 1,24 2,25 4,54 3,48 +181,5 %
Imports – prix moyen (€/t) 397 384 704 502 +26,4 %

Vue d'ensemble du commerce

Le colza à faible teneur en acide érucique domine largement

La sous-position 120510 (colza conventionnel à faible acide érucique) représente la quasi-totalité des importations : 6,51 millions de tonnes sur 6,93 millions en 2025 (93,8 %). La sous-position 120590 (colza à haute teneur en acide érucique) reste marginale en volume (426 246 t en 2025), bien qu'elle ait connu des fluctuations notables, passant de 44 769 t en 2015 à un pic de 652 423 t en 2023.

Sous-position 2015 (t) 2022 (t) 2025 (t) Prix 2025 (€/t)
120510 – Faible acide érucique 3 067 978 6 002 386 6 505 353 501
120590 – Haute teneur en acide érucique 44 769 435 722 426 246 507

Comparaison par sous-produit


2. Une reconfiguration géographique profonde des partenaires commerciaux

L'Australie, l'Ukraine et le Canada dominent désormais les approvisionnements

Les trois principaux fournisseurs hors UE en 2025 sont l'Australie (1,58 milliard €), l'Ukraine (796 M€) et le Canada (774 M€). Leur trajectoire est cependant très différente :

Partenaire Imports 2015 (M€) Imports 2025 (M€) Variation
Australie 523 1 582 +202 %
Ukraine 439 796 +81 %
Canada 106 774 +632 %
Royaume-Uni 130 38 −71 %
Moldavie 2,4 134 +5 436 %
Serbie 8,5 71 +740 %

Principaux partenaires à l'importation

L'Australie demeure le premier fournisseur sur la période, avec un pic de 2,63 milliards € en 2022. Le Canada a connu la progression la plus spectaculaire (+632 %), devenant un partenaire de premier plan. L'Ukraine, malgré le conflit déclenché en 2022, a maintenu un flux significatif, porté par la facilité de transit terrestre et les corridors d'exportation mis en place. Enfin, la Moldavie et la Serbie émergent comme des fournisseurs de plus en plus importants, traduisant une diversification de l'approvisionnement européen vers les Balkans et l'Europe de l'Est.

Le Royaume-Uni bascule du côté importateur vers l'UE

La sortie du Royaume-Uni de l'UE (Brexit) a profondément reconfiguré les flux : le Royaume-Uni est passé d'un fournisseur net de l'UE (130 M€ d'importations en 2015) à un client majeur (265 M€ d'exportations en 2025, soit +724 %). Il est désormais le premier partenaire à l'exportation pour l'UE, devant la Turquie et le Pakistan. Ce basculement illustre la redéfinition des chaînes d'approvisionnement post-Brexit.

Les exportations se concentrent sur un nombre réduit de destinations

Les exportations de graines de colza de l'UE ont doublé en volume (de 327 000 t à 643 000 t) et plus que doublé en valeur (de 173 M€ à 427 M€). Cependant, l'indice de concentration HHI des exportations a augmenté de 56 % (de 2 658 à 4 144), indiquant une concentration croissante sur un nombre restreint de partenaires.

Partenaire Exports 2015 (M€) Exports 2025 (M€) Variation
Royaume-Uni 32 265 +724 %
Turquie 80 2,6 −97 %
Pakistan 11 47 +328 %
Émirats arabes unis 9,5 ~0 −100 %
Russie 5,5 15,8 +186 %

Principaux partenaires à l'exportation

À l'inverse, la Turquie — premier client de l'UE en 2015 avec 80 M€ — a vu ses achats s'effondrer à 2,6 M€ en 2025 (−97 %), probablement en raison du développement de sources d'approvisionnement alternatives et de la volatilité des relations commerciales. Les Émirats arabes unis ont quasiment disparu des destinations d'exportation.

Les principaux États membres importateurs et exportateurs

Côté importations, la Belgique reste le premier port d'entrée (798 M€ en 2025), suivie des Pays-Bas (723 M€), de l'Allemagne (753 M€) et de la France (608 M€). L'Allemagne a connu la plus forte progression (+698 %), traduisant le développement de sa capacité de broyage.

État membre Imports 2015 (M€) Imports 2025 (M€) Variation
Belgique 395 798 +102 %
Allemagne 94 753 +698 %
Pays-Bas 264 723 +174 %
France 305 608 +100 %
Roumanie 2,1 52,5 +2 347 %

Principaux États membres importateurs

À l'export, la France (115 M€) et la Roumanie (140 M€) dominent, suivis de l'Allemagne, de l'Irlande et des pays baltes. La Lituanie a connu une progression spectaculaire (+7 232 %), passant de 0,2 M€ à 14,8 M€.

Principaux États membres exportateurs

Une spécialisation concentrée dans les nouveaux États membres

L'analyse de l'avantage comparatif révélé (RSCA) pour 2025 montre que la Roumanie (RSCA = 0,87), la Lettonie (0,78) et la Lituanie (0,74) sont les États membres les plus spécialisés dans l'exportation de graines de colza, tandis que la France (RSCA = 0,39) possède un avantage comparatif modéré. À l'opposé, le Portugal (RSCA = −1,00), la Finlande (−1,00) et la Grèce (−0,96) sont les moins spécialisés.

Spécialisation des États membres


3. Chocs de prix et volatilité : les soubresauts d'un marché sous tension

L'année 2022 marque un pic de prix historique

Le prix moyen des importations a atteint 704 €/t en 2022, soit une hausse de 81 % par rapport à 2021 (389 €/t en 2020 avant la hausse de 2021 à 522/t pour le 120510). Ce pic est directement lié aux perturbations des chaînes d'approvisionnement provoquées par l'invasion russe de l'Ukraine, combinée à la flambée des coûts énergétiques. Le prix des exportations a connu une trajectoire encore plus marquée, culminant à 949 €/t (valeur maximale observée sur la période), portant la valeur totale des exportations à 451 M€.

Flux Prix 2020 (€/t) Prix 2022 (€/t) Prix 2025 (€/t)
Importations 373 704 502
Exportations 481 949 (max) 664

Vue d'ensemble du commerce

Trois chocs de prix majeurs ont été détectés

L'analyse de volatilité identifie trois événements de choc significatifs :

Événement Partenaire Flux Année Variation de prix Part de valeur
Choc de prix Turquie Turquie Exportations 2019 +1 031 % 9,8 %
Choc de prix Ukraine Ukraine Importations 2021 +54 % 39,3 %
Choc de prix Australie Australie Importations 2022 +68 % 45,3 %

Événements de choc identifiés

Le choc turc de 2019 sur les exportations (abnormalité : 260) correspond à un effondrement puis un rebond brutal des prix vers la Turquie, reflétant une instabilité du partenariat commercial. Le choc ukrainien de 2021 (abnormalité : 113,5) précède la guerre et peut s'expliquer par des tensions préexistantes sur le marché mondial des oléagineux. Le choc australien de 2022 (abnormalité : 5,0), bien que d'amplitude statistique moindre, concerne 45 % de la valeur totale des importations, ce qui en fait un choc systémique en termes d'impact économique.

Le Canada et le Brésil : les fournisseurs les plus volatils

Les coefficients de variation (CV) des flux par partenaire révèlent des niveaux de volatilité très hétérogènes. À l'importation, le Brésil (CV = 2,72) et l'Uruguay (1,70) présentent la plus forte volatilité, tandis que l'Australie (0,41) et l'Ukraine (0,40) sont les plus stables. À l'exportation, le Canada (CV = 3,28) et les Émirats arabes unis (2,33) sont les destinations les plus instables.

Volatilité par partenaire


Conclusion

Sur la période 2015–2025, le marché européen des graines de colza (CN 1205) a connu une transformation profonde. Les importations ont plus que doublé en volume, portées par la demande soutenue de l'industrie du broyage européenne, tandis que le déficit commercial s'est creusé de manière structurelle. Trois tendances principales se dégagent :

  1. La dépendance envers un petit nombre de fournisseurs extérieurs — principalement l'Australie, l'Ukraine et le Canada — s'est renforcée, malgré des signes de diversification vers la Moldavie et la Serbie.
  2. Le Brexit a radicalement reconfiguré les flux avec le Royaume-Uni, qui est passé de fournisseur à premier client de l'UE en graines de colza.
  3. Le choc de prix de 2022, lié au conflit russo-ukrainien, a mis en lumière la vulnérabilité du marché européen aux perturbations géopolitiques, avec un pic de prix à 704 €/t à l'importation.

L'indice de concentration HHI, stable à l'importation (≈3 100–3 200) mais en hausse à l'exportation (+56 %), suggère que les flux sortants sont de plus en plus dépendants d'un nombre limité de partenaires, notamment le Royaume-Uni. À moyen terme, la sécurisation des approvisionnements et la diversification des débouchés resteront des enjeux majeurs pour la filière européenne du colza.

Généré le 2026-08-07. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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