Évolution du marché : Caroubes, algues et autres végétaux (CN 1212) — 2015–2025
Introduction
Le code nomenclature combinée 1212 regroupe un ensemble de produits végétaux divers, allant des caroubes et algues aux betteraves et cannes à sucre, en passant par des noyaux et amandes de fruits. Ce rapport analyse l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne (UE) avec les pays tiers pour cette catégorie de produits sur la période 2015-2025. En s'appuyant sur les données du Trade Dashboard de l'UE, l'objectif est de mettre en lumière les dynamiques commerciales, les principaux partenaires et les évolutions structurelles de ce marché.
Une trajectoire de croissance marquée par des déséquilibres structurels
L'analyse de la période révèle une croissance significative du commerce de l'UE en valeur et en volume, mais avec des trajectoires distinctes entre importations et exportations.
Une forte progression des exportations de l'UE
Les exportations de l'UE vers le reste du monde ont connu une expansion remarquable. En valeur, elles sont passées de 66,4 millions d'euros en 2015 à 137,2 millions d'euros en 2025, soit une hausse de 106,7%. Cette croissance est encore plus spectaculaire en volume, avec une augmentation de 303,4% (de 107 558 à 433 936 tonnes). Cette dynamique a été tirée par des marchés comme la Suisse (+353,9%), la Thaïlande (+216,7%) et le Viêt Nam (+115,5%).
Une évolution plus modérée des importations
La croissance des importations de l'UE a été plus contenue. Leur valeur est passée de 293,7 à 319,0 millions d'euros (+8,6%), et le volume a augmenté de 18,9% (de 205 000 à 243 789 tonnes). La Chine demeure le premier fournisseur (120,8 millions d'euros en 2025), tandis que le Maroc et l'Islande figurent également parmi les sources principales.
Une amélioration du déficit commercial mais des prix en baisse
L'UE demeure structurellement déficitaire dans ce secteur, avec un solde négatif de -181,8 millions d'euros en 2025. Toutefois, ce déficit s'est réduit de 20,0% par rapport à 2015. Parallèlement, on observe une baisse généralisée des prix moyens à l'exportation (-48,8%) et à l'importation (-8,7%), ce qui peut indiquer une pression sur les marges ou un changement dans la composition des produits échangés.
Une géographie commerciale concentrée en mutation
La structure des échanges repose sur un nombre limité de partenaires clés, avec des signes de diversification partielle et des dynamiques de spécialisation au sein de l'UE.
Un réseau de partenaires d'importation relativement stable mais avec des chocs
Les importations restent dominées par la Chine, le Maroc et le Chili. Cependant, la volatilité des échanges avec certains partenaires est élevée. Le cas de la Serbie est particulièrement marquant, avec un choc de prix extrême détecté en 2019 (abnormalité de 578,4). La concentration des importations (mesurée par l'indice HHI) a légèrement diminué, passant de 1828 à 1647, indiquant une faible diversification.
Une base d'exportation de l'UE plus diversifiée mais concentre en volume
Du côté des exportations, l'Allemagne, l'Irlande et l'Espagne sont les principaux pays de l'UE exportateurs. La Suisse est le principal pays tiers destinataire. L'indice de concentration des exportations en valeur est resté stable autour de 890. Cependant, l'indice en volume a bondi de 1062 à 5925, suggérant qu'une part croissante du volume exporté se concentre sur un nombre plus limité de produits ou de clients.
Des spécialisations intra-UE contrastées
En 2025, la Lettonie (RSCA de 0,76) et la Lituanie présentent les plus fortes spécialisations à l'exportation dans ce secteur. À l'inverse, la Finlande et l'Estonie enregistrent des indices de spécialisation négatifs très marqués, indiquant qu'elles importent ce type de produits de manière disproportionnée par rapport à leur commerce global.
Une composition produit en pleine recomposition
L'agrégat CN 1212 masque une grande hétérogénéité. L'examen des sous-produits révèle des dynamiques très différentes, qui expliquent en grande partie les tendances globales.
La domination des "autres produits végétaux" (121299) et son pic de prix
Le segment des "noyaux, amandes et autres produits végétaux" (121299) est de loin le plus important, tant à l'importation qu'à l'exportation. En 2025, il représentait 203,9 millions d'euros des importations et 48,4 millions d'euros des exportations. Ce segment a connu un pic de prix très prononcé à l'importation en 2022 (7 110 €/t), avant de revenir à 2 868 €/t en 2025, expliquant une grande partie de la volatilité des prix globaux.
L'essor fulgurant des betteraves à sucre (121291) à l'exportation
La plus grande transformation structurelle concerne les betteraves à sucre. Leur volume exporté par l'UE a été multiplié par près de 12 entre 2015 (27 651 t) et 2024 (482 945 t). En 2025, ce volume a légèrement reculé à 329 927 tonnes. La valeur des exportations a suivi une trajectoire similaire. En parallèle, les importations de betteraves à sucre par l'UE se sont quasi effondrées, passant de 47 199 tonnes en 2015 à 12,5 tonnes en 2025, ce qui témoigne d'un changement radical de la compétitivité ou de la politique dans ce sous-secteur.
La dynamique des algues et des racines de chicorée
Les algues destinées à l'alimentation humaine (121221) ont vu leur valeur d'importation doubler (de 19,0 à 42,6 millions d'euros), tandis que leur prix moyen a fluctué fortement. Les racines de chicorée (121294) ont enregistré une très forte croissance de leur valeur d'exportation (de 0,5 à 15,1 millions d'euros, soit une multiplication par 30), bien que les volumes restent modestes.
Conclusion
Sur la période 2015-2025, le commerce de l'UE pour le code 1212 a connu une croissance vigoureuse, portée par une nette progression des exportations, en particulier dans le segment des betteraves à sucre. Cette évolution a contribué à réduire le déficit commercial structurel de l'Union. Le marché reste néanmoins caractérisé par une concentration géographique modérée, une volatilité des prix parfois extrême sur certains produits, et des dynamiques très contrastées entre les différents sous-produits. L'effondrement des importations de betteraves à sucre et le pic de prix observé pour les "autres produits végétaux" illustrent les mutations profondes qui ont affecté ce secteur au cours de la dernière décennie.