Évolution du marché : Coprah (CN 1203) — 2015–2025
Introduction
Le coprah, désigné par le code douanier CN 1203, correspond à la chair séchée de la noix de coco, matière première essentielle pour la production d'huile de coco et de tourteaux. Le présent rapport analyse l'évolution des échanges commerciaux de l'Union européenne avec les pays tiers sur la période 2015–2025. Les données révèlent une transformation profonde du marché : l'UE est passée d'une position d'équilibre quasi neutre à celle d'un exportateur net majeur, porté par une explosion des volumes et une forte concentration géographique des flux.
Pour plus de détails, consulter la vue d'ensemble du produit CN 1203.
1. Une explosion des exportations européennes transformant la balance commerciale
L'UE est devenue un exportateur net de coprah
La dynamique la plus marquante de la période 2015–2025 est le basculement spectaculaire de la balance commerciale de l'UE pour le coprah. En 2015, l'excédent commercial était quasi nul (605 €). En 2025, il atteint 467 197 €, traduisant un passage net d'une position d'importateur vers celle d'un réexportateur de coprah sur le marché mondial. Le solde a connu des épisodes de déficit, avec un creux à −11 239 € au cours de la période, avant de se redresser fortement.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Exportations (valeur, €) | 9 601 | 673 876 | +6 919 % |
| Importations (valeur, €) | 8 995 | 206 679 | +2 198 % |
| Solde commercial (€) | 605 | 467 197 | — |
Les données sont consultables dans le tableau vue d'ensemble des échanges.
Une croissance des volumes d'exportation sans précédent
Les exportations de coprah par l'UE ont connu une croissance fulgurante en volume, passant de 3 tonnes en 2015 à 3 277 tonnes en 2025, soit une progression de +108 991 %. Les importations ont également augmenté, mais de manière plus modeste : de 13,7 tonnes à 214,2 tonnes (+1 464 %). L'écart entre ces deux trajectoires est au cœur du basculement de la balance commerciale.
Une chute drastique des prix à l'exportation
Paradoxalement, cette explosion des volumes s'est accompagnée d'un effondrement du prix moyen à l'exportation : de 3 196 €/tonne en 2015 à 206 €/tonne en 2025 (−93,6 %). Ce mouvement suggère un changement structurel dans la nature des flux exportés — probablement un passage d'opérations de niche à fort valeur ajoutée vers des flux de matière première en vrac. À l'importation, la tendance est inverse : le prix moyen a augmenté de 657 €/t à 965 €/t (+46,9 %), reflétant la pression sur les coûts d'approvisionnement.
2. Une géographie commerciale fortement concentrée et en recomposition
L'Asie-Pacifique domine les importations, avec la Papouasie-Nouvelle-Guinée en tête
L'approvisionnement de l'UE en coprah provient principalement de régions productrices traditionnelles de noix de coco. La Papouasie-Nouvelle-Guinée est de loin le premier fournisseur, avec des importations passant de 38 431 € à 184 445 € (+380 %). La Côte d'Ivoire (35 625 €) et l'Inde (4 515 €) complètent le podium des fournisseurs africains et asiatiques. La Chine, bien que partant d'un niveau très faible (126 €), a connu la plus forte progression en pourcentage (+6 275 %), atteignant 8 033 € en 2025.
| Partenaire (importations) | 2015 (€) | 2025 (€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Papouasie-Nouvelle-Guinée | 38 431 | 184 445 | +380 % |
| Côte d'Ivoire | 6 748 | 35 625 | +428 % |
| Royaume-Uni | 661 | 13 108 | +1 883 % |
| Chine | 126 | 8 033 | +6 275 % |
| Inde | 644 | 4 515 | +601 % |
| Ghana | 57 | 132 | +131 % |
| Chili | 10 407 | 10 407 | 0 % |
L'évolution des partenaires est consultable sur le tableau des principaux partenaires.
La Suisse, destination dominante des exportations européennes
Le partenariat le plus frappant côté exportations est celui avec la Suisse : les ventes de l'UE vers ce pays sont passées de 465 € à 509 544 € (+109 479 %), captant à elle seule la quasi-totalité de la valeur exportée. Les îles Féroé constituent le deuxième débouché (104 178 €, +1 136 %). À l'inverse, la Norvège, qui était un débouché majeur en 2015 (28 106 €), a pratiquement disparu en 2025 (49 €, −99,8 %), tout comme le Canada (−92,6 %).
| Partenaire (exportations) | 2015 (€) | 2025 (€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Suisse | 465 | 509 544 | +109 479 % |
| Îles Féroé | 8 429 | 104 178 | +1 136 % |
| Norvège | 28 106 | 49 | −99,8 % |
| Türkiye | 31 441 | 14 786 | −53,0 % |
| Canada | 20 589 | 1 514 | −92,6 % |
Les Pays-Bas, plaque tournante du commerce intra-UE de coprah
Du côté des États membres, les Pays-Bas se distinguent comme le premier importateur intra-UE (188 450 € en 2025, +24 566 % par rapport à 2015), ce qui s'explique probablement par le rôle du port de Rotterdam comme hub logistique. Leur indice de spécialisation RCA est de 6,56 en 2025, confirmant une spécialisation nette. La France, quant à elle, domine les exportations intra-UE avec 508 091 € en 2025, suivie du Danemark (104 287 €) et de l'Espagne (59 952 €). Plusieurs pays (Finlande, Pologne, Irlande) ont réduit significativement leurs importations sur la période.
3. Un marché marqué par la volatilité et des chocs ponctuels
Des degrés de volatilité très hétérogènes selon les partenaires
L'analyse des coefficients de variation (CV) des flux commerciaux révèle des niveaux de volatilité très disparates entre les partenaires. Côté importations, le Ghana affiche le CV le plus élevé (1,97), suivi de la Chine (1,70) et de Taïwan (1,69), indiquant des flux très irréguliers. À l'opposé, la Papouasie-Nouvelle-Guinée (0,56) et la Côte d'Ivoire (0,57) présentent des approvisionnements plus stables. Côté exportations, la Turquie (1,56) et la Norvège (1,49) sont les destinations les plus volatiles.
| Partenaire | CV (importations) | CV (exportations) |
|---|---|---|
| Ghana | 1,97 | — |
| Chine | 1,70 | — |
| Taïwan | 1,69 | — |
| Inde | 1,39 | — |
| Royaume-Uni | 1,08 | — |
| Papouasie-Nouvelle-Guinée | 0,56 | — |
| Côte d'Ivoire | 0,57 | — |
| Turquie | — | 1,56 |
| Norvège | — | 1,49 |
| États-Unis | — | 0,94 |
| Suisse | — | 0,75 |
| Îles Féroé | — | 0,54 |
Les détails de volatilité sont accessibles sur l'onglet volatilité.
Un choc de prix majeur sur les importations en provenance du Royaume-Uni en 2018
L'analyse des chocs détectés sur la période identifie un événement significatif : en 2018, les importations de coprah en provenance du Royaume-Uni ont connu un choc de prix d'une ampleur exceptionnelle, avec une hausse de +820 % et un degré d'anormalité de 76,1. Ce choc représentait 18,3 % de la valeur totale des importations cette année-là. Ce pic pourrait être lié à des facteurs conjoncturels liés au Brexit (anticipation de perturbations commerciales, constitution de stocks) ou à des mouvements de prix isolés sur un volume réduit. Le coefficient de variation élevé du Royaume-Uni (1,08) confirme le caractère instable de ce flux.
Une concentration des échanges en légère hausse
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) mesurant la concentration des échanges s'est accru sur la période. Côté importations, l'HHI est passé de 5 789 à 8 012 (+38,4 %), indiquant une dépendance croissante vis-à-vis d'un nombre restreint de fournisseurs, notamment la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Côté exportations, la hausse est plus modeste (+9,1 %, de 5 531 à 6 036), mais reflète également une concentration accrue, principalement autour de la Suisse et des Îles Féroé. Ces niveaux d'HHI restent dans une zone de concentration modérée à élevée.
| Indicateur HHI | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Importations (valeur) | 5 789 | 8 012 | +38,4 % |
| Importations (volume) | 6 039 | 8 869 | +46,9 % |
| Exportations (valeur) | 5 531 | 6 036 | +9,1 % |
| Exportations (volume) | 7 144 | 9 876 | +38,2 % |
L'évolution de la concentration est détaillée sur l'onglet concentration.
Conclusion
La période 2015–2025 a vu l'Union européenne se repositionner de manière spectaculaire sur le marché du coprah. Le passage d'une position d'équilibre commercial à un excédent net de 467 197 €, porté par une multiplication par plus de 100 des volumes exportés, constitue la dynamique dominante. Ce basculement s'explique en grande partie par le développement de flux vers la Suisse et les Îles Féroé, suggérant l'émergence d'une chaîne de valeur régionale de retraitement ou de réexpédition.
Néanmoins, plusieurs fragilités persistent : l'effondrement des prix à l'exportation (−93,6 %) interroge sur la rentabilité de ces flux ; la concentration croissante des importations autour de la Papouasie-Nouvelle-Guinée expose l'UE à un risque de dépendance géographique ; et la volatilité élevée de certains partenaires (Ghana, Chine, Turquie) rend le marché vulnérable à des ruptures d'approvisionnement ou à des chocs de prix, comme le cas britannique de 2018 l'a illustré.