Évolution du marché : Plantes vivantes et fleurs (CN 06) — 2015–2025
Introduction
Le chapitre 06 de la nomenclature combinée, qui regroupe les plantes vivantes et les produits de la floriculture, occupe une place singulière dans les échanges extérieurs de l’Union européenne. Entre 2015 et 2025, l’UE a consolidé son excédent commercial, la valeur des exportations comme des importations ayant progressé d’environ 39 %. Toutefois, cette croissance nominale masque une profonde dissociation entre volumes et prix, un redéploiement géographique des partenaires et des à‑coups sectoriels significatifs. Ce rapport examine ces trois dynamiques à partir des données extra‑européennes annuelles.
1. Une création de valeur portée par l’inflation, alors que les quantités importées se contractent
1.1 La valeur totale exportée et importée a crû de façon symétrique entre 2015 et 2025.
Sur la fenêtre observée, les exportations extra‑UE de plantes et fleurs sont passées de 3 339 millions EUR à 4 641 millions EUR (+39,0 %). Les importations ont suivi une trajectoire comparable, passant de 1 589 millions EUR à 2 213 millions EUR (+39,3 %). L’excédent commercial s’est donc renforcé, de 1 750 millions EUR en 2015 à 2 428 millions EUR en 2025 (+38,7 %). Le tableau ci‑dessous résume les soldes.
| Année | Exportations (M€) | Importations (M€) | Balance (M€) |
|---|---|---|---|
| 2015 | 3 339 | 1 589 | 1 750 |
| 2025 | 4 641 | 2 213 | 2 428 |
1.2 La hausse des valeurs unitaires, particulièrement marquée à l’importation, a plus que compensé la baisse des volumes importés.
Les quantités exportées n’ont progressé que de 5,6 % (de 1,16 million de tonnes à 1,23 million de tonnes), alors que la valeur unitaire moyenne à l’exportation a bondi de 31,6 % (de 2 875 EUR/tonne à 3 785 EUR/tonne). Du côté des importations, la dynamique est encore plus frappante : les quantités importées ont chuté de 14,4 % (de 503 504 tonnes à 431 091 tonnes) tandis que le prix moyen à l’importation s’est envolé de 62,8 % (de 3 154 EUR/tonne à 5 134 EUR/tonne). Ainsi, l’essentiel de la hausse de la valeur des échanges est imputable à l’inflation des prix, et non à une augmentation des volumes.
1.3 L’excédent structurel s’est renforcé sans érosion de la compétitivité apparente.
La croissance parallèle des valeurs exportée et importée, malgré une dérive des prix à l’importation supérieure à celle des prix à l’exportation, montre que les opérateurs européens ont pu répercuter les coûts sur leurs clients tout en maintenant leurs parts de marché. Le solde positif, en hausse de 38,7 %, atteste de la robustesse de la filière européenne de la floriculture sur les marchés tiers.
2. Réorientation des approvisionnements et diversification progressive des débouchés
Principaux partenaires à l’importation · Principaux partenaires à l’exportation · Concentration – HHI
2.1 L’Équateur et la Colombie ont conquis des parts de marché majeures dans les importations de l’UE, alors que le Costa Rica et le Royaume‑Uni ont reculé.
Le trio de tête des fournisseurs (Kenya, Équateur, Colombie) a profondément évolué. Le Kenya reste le premier fournisseur (389 → 513 M€, +31,9 %), mais l’Équateur a vu ses livraisons bondir de 128,5 % (185 → 423 M€) et la Colombie de 133,4 % (98 → 229 M€). En revanche, le Costa Rica a perdu 26,2 % (64 → 48 M€) et les importations en provenance du Royaume‑Uni (devenu pays tiers) ont diminué de 27,0 % (75 → 54 M€). La Chine a également progressé de 68,1 %, tandis que l’Éthiopie gagnait 16,4 %.
| Partenaire (import) | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Kenya | 389 | 513 | +31,9 % |
| Équateur | 185 | 423 | +128,5 % |
| Colombie | 98 | 229 | +133,4 % |
| Éthiopie | 188 | 219 | +16,4 % |
| Chine | 49 | 83 | +68,1 % |
| Costa Rica | 64 | 48 | –26,2 % |
| Royaume‑Uni | 75 | 54 | –27,0 % |
2.2 Les exportations vers les États‑Unis et la Suisse progressent, pendant que la Russie et la Biélorussie subissent un net repli.
Le Royaume‑Uni demeure le premier client de l’UE (1 262 → 1 612 M€, +27,7 %), suivi de la Suisse (448 → 601 M€, +34,2 %) et des États‑Unis (220 → 331 M€, +50,2 %). La Russie, autrefois troisième marché, a reculé de 19,9 % (411 → 329 M€), tandis que la Biélorussie, après avoir connu une envolée puis une chute brutale, termine en hausse de 78,0 % sur la période. La Turquie affiche une progression de 31,2 %. Le tableau ci‑dessous synthétise ces évolutions.
| Partenaire (export) | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume‑Uni | 1 262 | 1 612 | +27,7 % |
| Suisse | 448 | 601 | +34,2 % |
| États‑Unis | 220 | 331 | +50,2 % |
| Russie | 411 | 329 | –19,9 % |
| Turquie | 59 | 77 | +31,2 % |
| Biélorussie | 23 | 40 | +78,0 % |
| Norvège | 164 | 155 | –5,5 % |
2.3 La concentration des fournisseurs augmente légèrement, tandis que celle des destinations d’exportation diminue, signe d’une diversification.
L’indice de Herfindahl‑Hirschmann (HHI) des importations est passé de 1 047 à 1 181 (+12,8 %), traduisant une légère accentuation de la concentration des approvisionnements autour des grands producteurs africains et latino‑américains. À l’inverse, le HHI des exportations a baissé de 1 868 à 1 550 (–17,0 %), reflétant un éparpillement des débouchés. La dépendance excessive vis‑à‑vis du Royaume‑Uni s’atténue au profit de marchés tels que les États‑Unis ou l’Asie, tout en maintenant une relation commerciale solide avec la Suisse.
3. Chocs tarifaires et réorganisation par segment de produits
Comparaison des sous‑positions CN06 · Volatilité des volumes importés · Chocs de prix
3.1 Les fleurs coupées (0603) forment l’essentiel des importations et ont connu un choc de prix violent à partir de 2022.
La sous‑position 0603 (fleurs coupées) représente près des deux tiers de la valeur des importations du chapitre. Après une croissance régulière jusqu’en 2021, le prix unitaire a bondi à partir de 2022, notamment en provenance d’Éthiopie (+86,3 %), du Costa Rica (+82,5 %) et d’Ouganda (+165,6 %). Le volume importé de fleurs éthiopiennes, par exemple, est passé de 65 194 tonnes en 2019‑2020 à 39 804 tonnes en 2023‑2024, tandis que le prix moyen quadruplait. Ces hausses reflètent des contraintes logistiques, la hausse des coûts du fret aérien et des perturbations dans les pays d’origine. De son côté, l’Équateur a continué d’augmenter ses volumes tout en bénéficiant d’une montée des prix plus modérée.
| Sous‑position (import) | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Prix unitaire 2015 (EUR/t) | Prix unitaire 2025 (EUR/t) |
|---|---|---|---|---|
| 0603 Fleurs coupées | 953 | 1 487 | 3 035 | 6 042 |
| 0602 Plantes vivantes | 307 | 461 | 3 325 | 3 744 |
| 0604 Feuillages | 217 | 197 | 3 260 | 4 800 |
| 0601 Bulbes, oignons | 90 | 69 | 2 986 | 3 282 |
3.2 Les plantes vivantes (0602) dominent les exportations européennes, soutenues par une spécialisation extrême des Pays‑Bas.
À l’exportation, la sous‑position 0602 (plantes vivantes, y compris boutures) constitue le premier poste, avec 2 012 M€ en 2025 contre 1 325 M€ en 2015. La valeur a été tirée par une appréciation du prix unitaire (1 834 → 2 507 EUR/tonne) alors que les volumes exprimés en tonnes ont connu une discontinuité statistique majeure entre 2016 et 2018 (passant de 722 000 tonnes à plus de 2 millions avant de revenir autour de 800 000 tonnes). Cette rupture suggère un changement de méthodologie dans le relevé des poids, de sorte que les comparaisons de volumes bruts sont délicates. Le segment 0603 (fleurs coupées exportées) affiche aussi une belle progression en valeur (1 116 → 1 483 M€), tandis que les bulbes (0601) gagnent 60 % en valeur (607 → 975 M€). Les feuillages (0604) restent un segment modeste mais en croissance.
La concentration de l’offre reste très forte : en 2025, les Pays‑Bas assurent 68,4 % de la valeur totale des exportations extra‑UE du chapitre, avec un RCA de 4,7. Leur indice de spécialisation (RSCA) atteint 0,65, les plaçant loin devant le Danemark (RSCA 0,25) ou l’Italie (RSCA –0,02). Cette polarisation confère au portefeuille européen une sensibilité aux décisions logistiques et sanitaires prises aux Pays‑Bas.
| Sous‑position (export) | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Prix unitaire 2015 (EUR/t) | Prix unitaire 2025 (EUR/t) |
|---|---|---|---|---|
| 0602 Plantes vivantes | 1 325 | 2 012 | 1 834 | 2 507 |
| 0603 Fleurs coupées | 1 116 | 1 483 | 6 058 | 8 573 |
| 0601 Bulbes, oignons | 607 | 975 | 2 860 | 4 832 |
| 0604 Feuillages | 134 | 171 | 3 207 | 3 489 |
3.3 La volatilité des volumes livrés et les chocs de prix ponctuels illustrent la dépendance du secteur à des facteurs externes.
L’analyse de la volatilité montre que les quantités importées depuis l’Ouganda (coefficient de variation de 0,39), la Chine (0,39) ou l’Éthiopie (0,33) fluctuent nettement plus que celles du Kenya (0,23) ou du Costa Rica (0,24). Du côté des exportations, la Turquie (CV de 1,32), la Russie (0,52) et le Royaume‑Uni (0,44) affichent les plus fortes instabilités en volume. L’algorithme de détection des chocs de prix repère plusieurs événements :
- En 2018‑2020, les exportations vers la Norvège, la Turquie, le Royaume‑Uni et l’Ukraine ont subi une chute brutale des quantités couplée à une envolée des prix unitaires (par exemple +76,7 % pour la Norvège en 2018).
- En 2022, plusieurs fournisseurs de fleurs coupées (Ouganda, Éthiopie, Costa Rica, Chine) ont connu des chocs de prix supérieurs à 80 %, liés à des volumes d’importation fortement réduits et à une demande européenne soutenue.
Ces épisodes rappellent la vulnérabilité de la chaîne logistique internationale (fret aérien, conditions climatiques, crises énergétiques) à laquelle la filière horticole européenne reste exposée.
Conclusion
Au cours de la décennie 2015‑2025, les échanges extra‑européens de plantes vivantes et de produits de la floriculture (CN 06) ont connu une transformation remarquable. La valeur des flux a augmenté de près de 40 %, mais cette croissance résulte avant tout d’une inflation élevée des prix, en particulier sur les fleurs coupées importées. Les volumes importés ont même reculé, confirmant un renchérissement des approvisionnements. La géographie des partenaires s’est rééquilibrée : l’Amérique latine (Équateur, Colombie) gagne du terrain face aux fournisseurs africains traditionnels, tandis que les exportations européennes s’émancipent progressivement de leur dépendance au marché britannique en misant sur la Suisse, les États‑Unis et l’Asie. Enfin, les pics de volatilité et les chocs de prix de 2022 montrent que ce secteur, très intégré au commerce mondial, devra gérer de manière structurelle les risques logistiques et la pression sur les coûts. La domination néerlandaise sur l’offre exportatrice demeure un atout, mais aussi un point d’attention pour la résilience des flux.