Évolution du marché : Plantes vivantes et fleurs (CN 06) — 2015–2025
Introduction
Le code nomenclature combinée 06 couvre les plantes vivantes et produits de la floriculture, regroupant quatre sous-catégories : les bulbes et tubercules (0601), les plantes vivantes et boutures (0602), les fleurs coupées (0603) et les feuillages ornementaux (0604). Sur la période 2015–2025, l'Union européenne a maintenu une position excédentaire nette sur ce secteur, avec un solde commercial passant de 1,75 milliard d'euros en 2015 à 2,43 milliards d'euros en 2025. Cependant, derrière cette apparente stabilité structurelle, les données révèlent des transformations profondes : une hausse des prix qui dépasse nettement celle des volumes, une redistribution géographique des échanges et des vulnérabilités marquées sur certains partenaires. Le présent rapport analyse ces dynamiques en trois temps.
1. Une croissance tirée par les prix, non par les volumes
Les exportations ont progressé davantage par la valeur unitaire que par les quantités
Entre 2015 et 2025, les exportations de l'UE vers les pays tiers ont augmenté de 39,0 % en valeur, passant de 3,34 milliards d'euros à 4,64 milliards d'euros. En revanche, les volumes exportés n'ont crû que de 5,6 % (de 1,16 million de tonnes à 1,23 million de tonnes). L'essentiel de la progression est donc imputable à la hausse du prix moyen à l'exportation, qui a grimpé de 31,6 % (de 2 875 €/t à 3 785 €/t).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur exportations (€) | 3,34 Mrd | 4,64 Mrd | +39,0 % |
| Quantité exportations (t) | 1 161 519 | 1 226 427 | +5,6 % |
| Prix moyen exportation (€/t) | 2 875 | 3 785 | +31,6 % |
La hausse des prix est encore plus spectaculaire du côté des importations
Les importations en provenance des pays tiers ont connu une trajectoire encore plus marquée. Leur valeur a augmenté de 39,3 % (de 1,59 milliard d'euros à 2,21 milliards d'euros), alors que les volumes importés ont diminué de 14,4 % (de 503 505 tonnes à 431 091 tonnes). Le prix moyen à l'importation a ainsi bondi de 62,8 %, passant de 3 154 €/t à 5 134 €/t. L'UE importe donc moins de produits mais les paye considérablement plus cher.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur importations (€) | 1,59 Mrd | 2,21 Mrd | +39,3 % |
| Quantité importations (t) | 503 505 | 431 091 | -14,4 % |
| Prix moyen importation (€/t) | 3 154 | 5 134 | +62,8 % |
L'évolution segment par segment confirme l'inflation généralisée des prix
Cette tendance n'est pas limitée à un seul segment. Sur les fleurs coupées (0603), qui représentent la plus grande catégorie à l'importation en valeur, le prix moyen est passé de 3 035 €/t en 2015 à 6 042 €/t en 2025, soit un quasi-doublement. Pour les plantes vivantes (0602), le prix à l'importation est passé de 3 325 €/t à 3 744 €/t, tandis qu'à l'exportation il a progressé de 1 834 €/t à 2 507 €/t. Les feuillages ornementaux (0604) ont vu leur prix à l'importation augmenter de 3 260 €/t à 4 800 €/t. Seul le segment des bulbes et tubercules (0601) affiche une baisse de prix à l'importation (de 2 986 €/t à 3 282 €/t), après un pic autour de 11 627 €/t en 2016 lié à des volumes très réduits.
2. Une reconfiguration géographique des flux commerciaux
Les partenaires d'importation se concentrent autour de l'Afrique de l'Est et de l'Amérique latine
Les principaux fournisseurs de l'UE en 2025 sont le Kenya (513 millions d'euros), l'Équateur (423 millions), la Colombie (229 millions), l'Éthiopie (219 millions), la Chine (83 millions), le Royaume-Uni (54 millions) et le Costa Rica (48 millions). L'évolution est marquée par la forte progression des pays latino-américains : les importations en provenance d'Équateur ont bondi de 128,5 % et celles de Colombie de 133,4 % sur la période. L'Éthiopie et la Chine ont également progressé (respectivement +16,4 % et +68,1 %), tandis que le Costa Rica (-26,2 %) et le Royaume-Uni (-27,0 %) ont perdu des parts.
| Partenaire (import.) | 2015 (€) | 2025 (€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Kenya | 389,0 M | 513,1 M | +31,9 % |
| Équateur | 185,3 M | 423,4 M | +128,5 % |
| Colombie | 98,2 M | 229,1 M | +133,4 % |
| Éthiopie | 188,2 M | 219,1 M | +16,4 % |
| Chine | 49,5 M | 83,2 M | +68,1 % |
| Costa Rica | 64,4 M | 47,5 M | -26,2 % |
| Royaume-Uni | 74,6 M | 54,5 M | -27,0 % |
Les exportations vers la Russie déclinent tandis que les États-Unis et la Turquie gagnent du terrain
Du côté des exportations, le Royaume-Uni demeure de loin le premier client de l'UE (1,61 milliard d'euros en 2025, +27,7 %), suivi de la Suisse (601 millions, +34,2 %), des États-Unis (331 millions, +50,2 %), de la Russie (329 millions, -19,9 %), de la Turquie (77 millions, +31,2 %), de la Norvège (155 millions, -5,5 %) et de la Biélorussie (40 millions). La dynamique la plus notable est le recul des exportations vers la Russie, probablement lié aux sanctions et aux tensions géopolitiques post-2022, ainsi que la forte progression vers les États-Unis et la Turquie.
| Partenaire (export.) | 2015 (€) | 2025 (€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 1 262 M | 1 612 M | +27,7 % |
| Suisse | 448 M | 601 M | +34,2 % |
| États-Unis | 220 M | 331 M | +50,2 % |
| Russie | 411 M | 329 M | -19,9 % |
| Turquie | 59 M | 77 M | +31,2 % |
| Norvège | 164 M | 155 M | -5,5 % |
| Biélorussie | 23 M | 40 M | +78,0 % |
La concentration des échanges évolue en sens inverse selon le flux
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) révèle une divergence intéressante. Sur les importations, la concentration en valeur a légèrement augmenté (de 1 047 à 1 181, soit +12,8 %), indiquant un léger renforcement du poids des principaux fournisseurs. À l'inverse, la concentration des exportations en valeur a diminué (de 1 868 à 1 550, soit -17,0 %), suggérant une diversification des débouchés de l'UE, en dépit du maintien du poids dominant du Royaume-Uni.
3. Les Pays-Bas, pivot incontournable d'un secteur marqué par la volatilité
Les Pays-Bas concentrent la majorité des échanges extra-européens
Les données sur les États membres révèlent un degré exceptionnel de concentration autour des Pays-Bas. En 2025, les exportations néerlandaises vers les pays tiers atteignent 3,61 milliards d'euros, soit une hausse de 49,2 % par rapport à 2015 (2,42 milliards). Elles représentent environ 78 % de l'ensemble des exportations de l'UE hors UE dans ce secteur. Du côté des importations, les Pays-Bas ont importé pour 1,72 milliard d'euros en 2025 (+46,5 % par rapport à 2015), soit près de 78 % également des importations extra-UE.
L'indice RCA (avantage comparatif révélé) confirme cette spécialisation structurelle : avec un RCA de 4,71 et un RSCA de 0,65, les Pays-Bas sont de loin le pays le plus spécialisé de l'UE dans le commerce des plantes et fleurs. Le Danemark arrive en seconde position mais très loin derrière (RCA de 1,67).
| État membre | Exportations 2015 (€) | Exportations 2025 (€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Pays-Bas | 2 417 M | 3 607 M | +49,2 % |
| Italie | 160 M | 252 M | +57,0 % |
| Espagne | 81 M | 171 M | +112,1 % |
| Allemagne | 175 M | 147 M | -15,7 % |
| Belgique | 90 M | 122 M | +35,7 % |
| Pologne | 50 M | 60 M | +19,7 % |
Le Brexit n'a pas érodé les exportations vers le Royaume-Uni
Malgré la sortie du Royaume-Uni de l'UE en 2020, les exportations vers ce partenaire ont continué de croître, passant de 1,26 milliard d'euros en 2015 à 1,61 milliard en 2025 (+27,7 %), avec un pic à 1,84 milliard en 2022. Cela suggère que les contraintes logistiques et réglementaires post-Brexit n'ont pas significativement altéré les flux commerciaux dans ce secteur, probablement en raison du caractère périssable des produits et de l'efficacité de la chaîne d'approvisionnement néerlandaise.
Des chocs de prix ponctuels affectent certains partenaires
L'analyse de la volatilité révèle des épisodes de tensions marqués. Les coefficients de variation les plus élevés à l'exportation concernent la Turquie (1,32), la Biélorussie (0,59) et la Russie (0,52), reflétant l'instabilité des flux vers ces destinations. À l'importation, la Chine (0,39), l'Ouganda (0,39) et les États-Unis (0,37) présentent la plus forte volatilité. Trois événements de choc significatifs ont été détectés :
- Norvège (exportations, 2018) : un choc de prix anormal (décalage de +76,7 %), part de 5,2 % de la valeur.
- Ouganda (importations, 2022) : un bond de prix de +165,6 % (anomalie de 101,5 points).
- Éthiopie (importations, 2022) : une hausse de prix de +86,3 % (anomalie de 50,7 points).
Ces chocs sur les importations en 2022 pourraient refléter les effets de la hausse des coûts de transport et de l'énergie dans le sillage du conflit russo-ukrainien, qui a affecté particulièrement les fournisseurs africains.
Conclusion
Le marché européen du commerce extra-UE des plantes vivantes et produits de la floriculture a connu sur la décennie 2015–2025 une transformation profonde. Si le solde commercial est resté durablement excédentaire (environ 2,4 milliards d'euros en 2025), la dynamique repose de plus en plus sur la hausse des prix plutôt que sur l'augmentation des volumes — un phénomène particulièrement marqué à l'importation, où les prix moyens ont progressé de plus de 62 %. La géographie des échanges s'est reconfigurée : l'Amérique latine (Équateur, Colombie) a renforcé sa position de fournisseur, tandis que les exportations vers la Russie ont reculé. Le poids des Pays-Bas, qui concentrent près de 80 % des flux extra-européens, demeure une caractéristique structurelle majeure de ce secteur. Enfin, la volatilité des prix sur certains partenaires et les chocs détectés en 2022 illustrent la sensibilité de cette filière aux aléas logistiques, énergétiques et géopolitiques.