Évolution du marché : Poissons et crustacés (CN 03) — 2015–2025
Introduction
Le chapitre 03 de la nomenclature douanière rassemble l’ensemble des poissons, crustacés, mollusques et autres invertébrés aquatiques destinés à l’alimentation humaine – du poisson vivant aux farines et pellets. L’analyse des flux de l’Union européenne avec les pays tiers entre 2015 et 2025 fait apparaître une dynamique contrastée : une envolée de la facture d’importation, un recul des volumes exportés et une reconfiguration profonde des partenaires commerciaux, le tout dans un contexte de fortes tensions sur les prix.
Une facture alimentaire toujours plus lourde : croissance des importations et érosion des volumes exportés
La valeur des importations progresse de 47,4 % entre 2015 et 2025, portée par les produits frais et les crustacés
Les achats extra-communautaires sont passés de 17,6 milliards d’euros en 2015 à 25,9 milliards d’euros en 2025. La progression en volume est nettement plus modeste (+8,9 %), ce qui traduit une forte appréciation du prix moyen à l’importation (+35,4 %). En 2025, les poissons frais ou réfrigérés (code 0302) et les filets (0304) restent les segments dominants en valeur, suivis des crustacés (0306) et des mollusques (0307).
Détail par segment produit
Les exportations en valeur augmentent de 31,8 % mais les volumes reculent de 10,6 %, signe d’une montée en gamme
Les ventes de l’UE aux pays tiers ont atteint 5,5 milliards d’euros en 2025, contre 4,2 milliards d’euros en 2015. Pourtant, les quantités exportées sont passées de 1,60 million de tonnes à 1,43 million de tonnes (-10,6 %). Le prix unitaire à l’exportation a ainsi bondi de 47,4 %, reflétant une orientation vers des produits à plus forte valeur ajoutée. Le poisson congelé (0303) demeure le premier poste d’exportation en volume, tandis que les filets (0304) pèsent de plus en plus lourd en valeur.
Le solde commercial se dégrade de 52,3 %, atteignant un déficit record de 20,4 milliards d’euros
Tableau synthétique des échanges :
| Indicateur | Exportations (valeur) | Exportations (quantité) | Importations (valeur) | Importations (quantité) | Solde commercial |
|---|---|---|---|---|---|
| 2015 | 4,19 Mrd€ | 1,60 Mt | 17,59 Mrd€ | 4,26 Mt | -13,41 Mrd€ |
| 2025 | 5,52 Mrd€ | 1,43 Mt | 25,93 Mrd€ | 4,64 Mt | -20,41 Mrd€ |
| Variation | +31,8 % | -10,6 % | +47,4 % | +8,9 % | -52,3 % |
L’écart entre les deux courbes ne cesse de se creuser, faisant passer le déficit de 13,4 milliards d’euros à 20,4 milliards d’euros. L’effet prix y joue un rôle majeur, tant à l’importation qu’à l’exportation.
Redistribution des cartes commerciales : Brexit, diversification et ascension de la Norvège
La Norvège conforte sa place de premier fournisseur avec une croissance de 53,3 % et une part pouvant atteindre 39,6 % des importations de l’UE
La Norvège est de loin le principal partenaire à l’importation. Ses livraisons sont passées de 5,19 milliards d’euros en 2015 à 7,96 milliards d’euros en 2025. L’Islande (+125,8 %) et le Maroc (+91,3 %) enregistrent également des progressions spectaculaires. La Chine, en revanche, progresse modestement en valeur (+2,7 %) mais subit un fort renchérissement unitaire en 2022.
Principaux partenaires à l’importation
Évolution des sept premiers fournisseurs (en milliards d’euros) :
| Partenaire | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Norvège | 5,19 | 7,96 | +53,3 % |
| Chine | 1,21 | 1,24 | +2,7 % |
| Royaume-Uni | 1,42 | 1,42 | -0,6 % |
| États-Unis | 0,79 | 0,89 | +13,9 % |
| Islande | 0,61 | 1,39 | +125,8 % |
| Maroc | 0,63 | 1,20 | +91,3 % |
| Russie | 0,45 | 0,74 | +64,7 % |
Le Royaume-Uni, partenaire exportateur historique, voit son poids chuter de 26,8 % à 6,1 % des exportations de l’UE
La sortie du Royaume-Uni du marché unique a provoqué un effondrement structurel des flux. Les exportations vers le Royaume-Uni, qui représentaient 26,8 % des ventes extra-UE en 2015 (1,12 Mrd€), ne pèsent plus que 0,34 milliard d’euros en 2025 (-69,8 %). Les volumes ont été divisés par cinq, passant d’environ 227 000 tonnes à moins de 49 000 tonnes.
De nouveaux moteurs à l’export : la Chine, l’Ukraine et la Norvège enregistrent des hausses supérieures à 140 %
La carte des débouchés se redessine. Les exportations vers la Chine ont bondi de 164,0 % pour atteindre 0,76 milliard d’euros en 2025. L’Ukraine (+238,2 %) et la Norvège (+148,2 %) deviennent des relais de croissance notables. La concentration des exportations se réduit significativement : l’indice HHI passe de 999,6 en 2015 à 698,3 en 2025 (-30,1 %).
Concentration des exportations
Évolution des sept premières destinations d’exportation (en milliards d’euros) :
| Partenaire | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Chine | 0,29 | 0,76 | +164,0 % |
| Royaume-Uni | 1,12 | 0,34 | -69,8 % |
| Nigeria | 0,23 | 0,22 | -4,8 % |
| Ukraine | 0,04 | 0,14 | +238,2 % |
| Norvège | 0,09 | 0,22 | +148,2 % |
| Maroc | 0,14 | 0,16 | +13,9 % |
| Égypte | 0,14 | 0,08 | -43,4 % |
Chocs de prix et volatilité : l’onde de choc de 2022 sur les produits de la mer
En 2022, la quasi-totalité des grands fournisseurs subissent une flambée des prix unitaires à l’importation
L’année 2022 concentre une série de chocs de prix d’une ampleur exceptionnelle. Les prix unitaires des importations en provenance de Norvège augmentent de 40,7 % par rapport à la moyenne 2020-2021, ceux de Chine de 30,2 %, d’Inde de 31,3 % et des Îles Féroé de 73,4 %. La Russie et les États-Unis connaissent également des hausses supérieures à 25 %. Ces tensions reflètent une combinaison de coûts logistiques, de tensions sur les ressources halieutiques et d’effets de change.
Événements de choc – importations
Chocs de prix à l’importation détectés en 2022 (période centrale) :
| Partenaire | Hausse du prix unitaire | Anormalité de la rupture | Part dans les importations (2022) |
|---|---|---|---|
| Norvège | +40,7 % | 6,6 | 39,6 % |
| Chine | +30,2 % | 48,5 | 7,5 % |
| Inde | +31,3 % | 19,0 | 4,6 % |
| Îles Féroé | +73,4 % | 18,8 | 2,9 % |
| Russie | +28,5 % | 7,7 | 3,7 % |
| États-Unis | +34,3 % | 5,9 | 4,5 % |
Les exportations ne sont pas épargnées : le Royaume-Uni, le Japon et les Seychelles connaissent des ruptures de prix
Du côté des ventes européennes, le Royaume-Uni subit un choc de prix de +29,4 % en 2022, alors même que les volumes s’effondrent à 42,5 % de leur niveau antérieur. Le Japon (+37,6 %) et les Seychelles (+37,6 %) illustrent également l’ampleur des déséquilibres. Ces hausses brutales traduisent une revalorisation imposée par la raréfaction de l’offre et les nouvelles barrières commerciales.
La volatilité structurelle des approvisionnements varie fortement selon les partenaires
L’analyse des coefficients de variation des volumes échangés montre des profils très contrastés. La Norvège se distingue par une extrême régularité (CV de 0,05 pour les quantités importées), tandis que l’Équateur (0,36) ou le Vietnam (0,18) présentent une grande irrégularité. Côté exportations, le Royaume-Uni affiche une volatilité record (CV de 0,62), directement liée au choc du Brexit, alors que le Nigeria reste remarquablement stable (CV de 0,10).
Volatilité par partenaire
Conclusion
Sur la décennie 2015-2025, le commerce extérieur de l’UE pour les produits de la mer a été marqué par trois mouvements de fond : une facture d’importation en forte hausse sous l’effet des prix, une érosion des volumes exportés compensée par une montée en gamme, et une recomposition géographique profonde, accélérée par le Brexit. La crise des prix de 2022 a mis en lumière la sensibilité du secteur aux chocs mondiaux. Dans le même temps, la production aquacole européenne a fortement progressé, ce qui a contribué à réduire la dépendance nette aux importations – un indicateur qui, après avoir culminé à 68,8 % en 2007, est tombé à 29,7 % en 2018, dernière année renseignée.
Évolution de la dépendance nette aux importations
Production aquacole de l’UE (volumes et valeur)
Ces évolutions appellent à une vigilance accrue sur la diversification des approvisionnements, la maîtrise de la volatilité des prix et le soutien à une aquaculture durable, afin de préserver la sécurité alimentaire de l’Union tout en maîtrisant le déficit commercial.