Évolution du marché : Animaux vivants (CN 01) — 2015–2025
Introduction
Le code douanier 01 (« Animaux vivants ») regroupe l'ensemble des échanges de l'Union européenne avec les pays tiers portant sur les animaux vivants : chevaux et équidés (0101), bovins (0102), porcins (0103), ovins et caprins (0104), volailles domestiques (0105) et autres animaux vivants (0106). Sur la période 2015–2025, l'UE se positionne comme un exportateur net structurel, avec un excédent commercial passé de 2,11 milliards € à 2,91 milliards € (+37,4 %). La valeur des exportations a progressé de 38,3 %, passant de 2,72 à 3,76 milliards €, tandis que celle des importations a crû de 41,4 % (de 601 à 850 millions €). Cette croissance de la valeur masque toutefois des dynamiques très contrastées : les volumes exportés ont reculé de 14 %, portés uniquement par une hausse structurelle des prix unitaires. Par ailleurs, le paysage partenariale a été profondément remanié, entre la prééminence du Royaume-Uni et l'effondrement de plusieurs débouchés méditerranéens. Enfin, les six sous-catégories du code 01 suivent des trajectoires fortement divergentes, que ce rapport s'attache à décrire et interpréter.
1. Une appréciation structurelle des prix qui compense le recul des volumes à l'exportation
1.1 Les exportations gagnent 38 % en valeur tout en perdant 14 % en volume
La dynamique des exportations européennes d'animaux vivants est marquée par un paradoxe apparent : la valeur progresse de 38,3 % sur la période, tandis que les volumes chutent de 13,6 %. Le prix moyen à l'exportation passe ainsi de 5 094 €/t en 2015 à 8 154 €/t en 2025, soit une hausse de 60,1 %. Les volumes atteignent un pic de 659 554 tonnes autour de 2018, avant de décliner régulièrement pour atteindre 460 531 tonnes en 2025 — le niveau le plus bas de toute la période. La valeur culmine quant à elle à environ 4,0 milliards € en 2025 avant de refluer à 3,76 milliards € en 2025.
| Indicateur exportations | 2015 | Pic | 2025 | Variation 2015–2025 |
|---|---|---|---|---|
| Valeur (Mds €) | 2,72 | 4,00 | 3,76 | +38,3 % |
| Volume (kt) | 533 | 660 | 461 | −13,6 % |
| Prix moyen (€/t) | 5 094 | — | 8 154 | +60,1 % |
Cette trajectoire suggère que la hausse des prix reflète à la fois une appréciation intrinsèque de la valeur des animaux exportés (inflation des coûts d'élevage, tension sur les matières premières alimentaires) et un possible effet de composition (déplacement vers des animaux de plus haute valeur unitaire).
1.2 Les importations suivent une trajectoire plus modérée, avec une hausse concomitante des prix et des volumes
Les importations progressent de manière plus équilibrée : les volumes augmentent de 29,0 % (de 17 545 à 22 630 tonnes) et la valeur de 41,4 % (de 601 à 850 millions €). Le prix moyen à l'importation, nettement supérieur à celui des exportations (37 567 €/t contre 8 154 €/t en 2025), s'accroît de manière plus modeste (+9,7 %). L'écart de prix entre importations et exportations (ratio de 4,6 en 2025) traduit une différence structurelle de composition : les importations sont dominées par les chevaux à haute valeur unitaire, tandis que les exportations reposent davantage sur les bovins et les volailles en volume.
| Indicateur importations | 2015 | Pic | 2025 | Variation 2015–2025 |
|---|---|---|---|---|
| Valeur (M €) | 601 | 850 | 850 | +41,4 % |
| Volume (kt) | 17,5 | 28,4 | 22,6 | +29,0 % |
| Prix moyen (€/t) | 34 258 | 37 567 | 37 567 | +9,7 % |
1.3 L'excédent commercial se consolide autour de 2,9 milliards €
L'UE maintient un excédent commercial structurel dans le segment des animaux vivants, passé de 2,11 milliards € à 2,91 milliards € (+37,4 %). L'excédent atteint un maximum de 3,28 milliards € avant de se contracter légèrement en 2025, sous l'effet conjugué du recul des volumes exportés et de la poursuite de la hausse des importations. Ce solde positif, qui représente environ quatre fois la valeur des importations, confirme la position de l'UE comme fournisseur majeur d'animaux vivants sur le marché mondial, tout en soulignant la dépendance de certains marchés tiers vis-à-vis de l'élevage européen.
2. Le Royaume-Uni, pilier du commerce, face à de profondes reconfigurations des partenaires méditerranéens
2.1 Le Royaume-Uni concentre la majorité des importations et une part significative des exportations
Le Royaume-Uni est de loin le partenaire dominant de l'UE dans le commerce des animaux vivants, tant à l'import qu'à l'export. Il représente 71 % de la valeur des importations européennes en 2025 (603 M € sur 850 M €) et 20 % des exportations (746 M € sur 3 755 M €). Les échanges avec le Royaume-Uni ont progressé de 39,5 % à l'import et de 47,9 % à l'export sur la période, avec un coefficient de variation relativement faible à l'export (0,09), signe d'une relation commerciale stable et routinière.
| Partenaire | Flux | Valeur 2015 (M €) | Valeur 2025 (M €) | Variation |
|---|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | Import | 433 | 603 | +39,5 % |
| Royaume-Uni | Export | 505 | 746 | +47,9 % |
| États-Unis | Import | 86 | 102 | +19,2 % |
| Suisse | Import | 14 | 18 | +23,5 % |
| Norvège | Import | 4 | 7 | +69,1 % |
La concentration des importations, mesurée par l'indice HHI, reste élevée (5 214 en 2025), directement imputable au poids du Royaume-Uni. À l'inverse, l'HHI des exportations est nettement plus faible (840), reflétant une diversification géographique plus poussée des débouchés.
2.2 L'effondrement des flux vers la Turquie, la Libye et le Liban reflète une instabilité géopolitique persistante
Si le partenariat britannique reste solide, d'autres destinations traditionnelles des exportations européennes ont connu un effondrement spectaculaire. Trois cas illustrent particulièrement cette dynamique :
| Partenaire | Valeur 2015 (M €) | Valeur 2025 (M €) | Variation | Coeff. variation |
|---|---|---|---|---|
| Turquie | 322 | 25 | −92,4 % | 0,62 |
| Libye | 224 | 50 | −77,9 % | 0,62 |
| Liban | 209 | 92 | −55,8 % | 0,42 |
La Turquie, deuxième destination des exportations en 2015 avec 322 M €, est passée à seulement 25 M € en 2025, une chute de 92,4 %. La valeur maximale atteinte sur la période (484 M €) suggère un déclin progressif mais brutal. Les facteurs explicatifs probables incluent la dépréciation massive de la livre turque, le renforcement des politiques d'autosuffisance en élevage et les tensions diplomatiques avec l'UE. La Libye et le Liban, touchés respectivement par une instabilité sécuritaire prolongée et une crise économique et financière majeure, ont vu leurs importations en provenance de l'UE se contracter de manière significative, avec des volatilités annuelles élevées (CV de 0,62 et 0,42).
2.3 Israël, l'Algérie et la Jordanie émergent comme de nouveaux débouchés majeurs
En miroir du déclin de certains partenaires, de nouvelles destinations ont émergé de manière spectaculaire :
| Partenaire | Valeur 2015 (M €) | Valeur 2025 (M €) | Variation |
|---|---|---|---|
| Israël | 62 | 351 | +469,7 % |
| Algérie | 72 | 173 | +141,2 % |
| Jordanie | 78 | 126 | +62,2 % |
Israël est passé de 62 M € à 351 M €, devenant la troisième destination des exportations européennes d'animaux vivants. Cette progression de 470 % s'explique vraisemblablement par la croissance de la demande israélienne en animaux de rente et de compagnie, dans un contexte d'accord d'association UE-Israël facilitant les échanges. L'Algérie (+141 %) et la Jordanie (+62 %) confirment la redéfinition des routes d'exportation européennes vers le bassin méditerranéen oriental et l'Afrique du Nord, compensant partiellement les pertes sur d'autres marchés de la région.
3. Des segments aux trajectoires fortement contrastées : le cheval en plein essor, le bovin en recul
3.1 Le secteur équin domine les deux côtés du commerce, avec une multiplication par cinq des têtes exportées
Les chevaux, ânes, mulets et bardots (0101) constituent le premier poste tant à l'importation (477 M €, soit 56 % de la valeur totale des importations) qu'à l'exportation (1 322 M €, soit 35 % des exportations) en 2025. À l'export, la valeur a progressé de 64 % (de 808 M € à 1 322 M €), culminant à 1 404 M € en 2023. L'évolution la plus remarquable concerne le nombre de têtes exportées : le volume en pièces est passé de 22 663 à 106 467 unités entre 2015 et 2025, soit une multiplication par 4,7. Simultanément, le prix moyen par tête a chuté de 35 652 € à 12 421 € (−65 %), suggérant un changement structurel de la nature des équidés exportés — probablement un basculement vers des animaux de moindre valeur unitaire (jeunes chevaux, équidés de boucherie) au détriment des chevaux de sport et de sang.
| Indicateur (0101 chevaux export) | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur (M €) | 808 | 1 322 | +63,7 % |
| Volume (t) | 10 248 | 14 585 | +42,3 % |
| Nombre de têtes | 22 663 | 106 467 | +370 % |
| Prix moyen par tête (€) | 35 652 | 12 421 | −65,2 % |
3.2 Les exportations bovines s'effondrent en 2025 après un pic de valeur en 2023
Le segment bovin (0102), qui représentait le premier poste d'exportation en volume, connaît un retournement marqué à partir de 2024. Les volumes passent de 344 873 tonnes en 2015 à un pic de 445 981 tonnes en 2017, avant de décliner progressivement puis de s'effondrer à 233 821 tonnes en 2025 (−32 % par rapport à 2015, −37 % par rapport à 2024). La valeur, après un sommet de 1,38 milliard € en 2023, retombe à 993 M € en 2025. Le prix moyen à l'exportation a cependant progressé de 44 % (de 2 946 à 4 248 €/t), ce qui atténue partiellement l'impact de la contraction volumétrique sur la valeur.
| Année | Volume bovins export (t) | Valeur bovins export (M €) | Prix moyen (€/t) |
|---|---|---|---|
| 2015 | 344 873 | 1 016 | 2 946 |
| 2017 | 445 981 | 1 327 | 2 976 |
| 2020 | 428 107 | 1 144 | 2 672 |
| 2023 | 394 551 | 1 382 | 3 503 |
| 2024 | 371 491 | 1 374 | 3 699 |
| 2025 | 233 821 | 993 | 4 248 |
Cette contraction brutale en 2025 pourrait s'expliquer par la conjugaison de restrictions sanitaires renforcées dans les pays destinataires, de la réduction du cheptel bovin dans certains États membres et de la pression réglementaire croissante sur le transport d'animaux vivants sur de longues distances. À l'import, le segment bovin reste marginal (13 M € en 2025), mais affiche une extrême volatilité, le nombre de têtes variant de 3 652 (2023) à 98 466 (2019).
3.3 Les ovins-caprins et les volailles suivent des trajectoires diamétralement opposées entre importations et exportations
Les deux segments restants — ovins et caprins (0104) et volailles domestiques (0105) — présentent des dynamiques particulièrement contrastées.
Côté exportations :
| Segment | Valeur 2015 (M €) | Valeur 2025 (M €) | Variation |
|---|---|---|---|
| 0104 Ovins/caprins | 220 | 495 | +125 % |
| 0105 Volailles | 340 | 470 | +38 % |
Les exportations d'ovins et caprins ont plus que doublé en valeur (de 220 à 495 M €), avec une progression régulière du prix par tête (de 110 à 180 €/tête, +64 %) sur un volume de pièces resté relativement stable (environ 2,5 à 2,8 millions de têtes). Les exportations de volailles, après avoir touché un plancher de 239 M € en 2022, rebondissent vigoureusement pour atteindre 470 M € en 2025, portées par une hausse du prix par tête de 1,24 € à 2,20 € (+77 %).
Côté importations :
| Segment | Valeur 2015 (M €) | Valeur 2025 (M €) | Nb têtes 2015 | Nb têtes 2025 | Prix/tête 2015 (€) | Prix/tête 2025 (€) |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 0104 Ovins/caprins | 3,3 | 52,1 | 30 774 | 1 635 194 | 107 | 32 |
| 0105 Volailles | 77,4 | 167,8 | 24,1 M | 17,0 M | 3,2 | 9,9 |
L'évolution la plus spectaculaire concerne les importations d'ovins et caprins : le nombre de têtes importées a été multiplié par 53 (de 30 774 à 1 635 194), tandis que le prix par tête a chuté de 70 % (de 107 à 32 €). Ce mouvement, amorcé dès 2019 avec un premier saut à 386 805 têtes puis amplifié en 2024–2025, indique un afflux massif d'animaux jeunes et légers (agnelleaux), probablement en provenance du Royaume-Uni, à des prix unitaires très bas. À l'inverse, les importations de volailles ont vu leur volume en pièces diminuer de 22 % (de 24,1 à 17,0 millions) tandis que leur valeur doublait (de 77 à 168 M €), le prix par tête passant de 3,2 à 9,9 € — un triplement qui traduit soit une inflation des coûts de production, soit un changement de nature des volailles importées.
Conclusion
Le marché européen des animaux vivants (CN 01) a connu, entre 2015 et 2025, une transformation profonde sous l'effet de trois dynamiques principales. Premièrement, la hausse structurelle des prix (+60 % à l'export) a masqué un recul significatif des volumes (−14 %), maintenant un excédent commercial confortable de 2,9 milliards € mais interrogeant sur la compétitivité-prix de l'élevage européen. Deuxièmement, le paysage partenariale s'est reconfiguré autour du Royaume-Uni, partenaire incontournable (71 % des importations), tandis que l'effondrement des flux vers la Turquie, la Libye et le Liban a été partiellement compensé par l'essor d'Israël, de l'Algérie et de la Jordanie. Troisièmement, l'hétérogénéité des sous-segments est frappante : le cheval connaît une démocratisation de ses flux d'exportation (×5 en nombre de têtes, prix divisé par trois), les bovins subissent un recul volumétrique sévère en 2025, et les importations d'ovins-caprins explosent en volume tout en s'effondrant en prix unitaire. L'année 2025 marque un point d'inflexion notable, avec le volume d'exportation le plus bas de la décennie, qui pourrait signaler un tournant structurel pour le secteur européen de l'élevage destiné à l'export.