Évolution du marché : Animaux vivants (CN 01) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 01 couvre les animaux vivants – chevaux, bovins, porcins, ovins, caprins, volailles et autres animaux vivants non aquatiques (Définition et périmètre). Ce rapport examine les échanges extra-UE de ce groupe entre 2015 et 2025. Sur la période, le commerce extérieur de l’Union reste solidement excédentaire, avec une valeur exportée qui progresse de 37,2 % malgré un repli des volumes, tandis que les importations augmentent de 42,1 %. L’analyse met en évidence trois dynamiques majeures : une montée en gamme des exportations, une recomposition géographique profonde des débouchés et une mutation de la structure de production au sein des États membres.
Une valeur exportée en forte hausse malgré la contraction des volumes
Le chiffre d’affaires à l’export augmente de 37,2 % alors que le nombre de têtes vendues recule de 13,6 %
Entre 2015 et 2025, les exportations extra-UE d’animaux vivants passent de 2 714,6 millions d’euros (M€) à 3 724,4 M€, soit une progression de 37,2 % (Échanges globaux). Dans le même temps, les quantités exportées (exprimées en têtes) diminuent de 13,6 %, tombant de 532 984 à 460 321. Cette décorrélation entre valeur et volume s’explique par un bond de 58,9 % du prix unitaire moyen, qui passe de 5 092,6 €/tête à 8 090,6 €/tête. Les importations progressent également : +42,1 % en valeur (de 598,2 M€ à 850,1 M€) et +29,1 % en volume (de 17 535 à 22 630 têtes), avec un prix moyen en hausse modérée de 10,2 %. Le solde commercial reste très excédentaire, passant de 2 116,4 M€ à 2 874,3 M€ (+35,8 %).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Exportations (valeur, M€) | 2 714,6 | 3 724,4 | +37,2 |
| Exportations (quantité, têtes) | 532 984 | 460 321 | –13,6 |
| Prix moyen export (€/tête) | 5 092,6 | 8 090,6 | +58,9 |
| Importations (valeur, M€) | 598,2 | 850,1 | +42,1 |
| Importations (quantité, têtes) | 17 535 | 22 630 | +29,1 |
| Prix moyen import (€/tête) | 34 094,2 | 37 562,1 | +10,2 |
| Solde commercial (M€) | 2 116,4 | 2 874,3 | +35,8 |
La progression du prix moyen est tirée par les ovins, les volailles et les porcins
L’analyse par segment (données de la Comparaison par segment) montre que la hausse du prix de vente est généralisée, mais d’intensité variable :
| Segment (NC) | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Var. val. (%) | Quantité 2015 (têtes) | Quantité 2025 (têtes) | Var. qté (%) | Prix 2015 (€/tête) | Prix 2025 (€/tête) | Var. prix (%) |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 0102 Bovins | 1 015,8 | 993,2 | –2,2 | 344 873 | 233 821 | –32,2 | 2 945,5 | 4 247,6 | +44,2 |
| 0104 Ovins | 219,6 | 495,0 | +125,3 | 80 697 | 116 838 | +44,8 | 2 721,4 | 4 236,4 | +55,7 |
| 0103 Porcins | 129,7 | 209,4 | +61,4 | 74 147 | 76 843 | +3,6 | 1 749,1 | 2 724,4 | +55,8 |
| 0105 Volailles | 339,8 | 469,7 | +38,2 | 18 190 | 12 609 | –30,7 | 18 679,8 | 37 252,8 | +99,4 |
| 0101 Chevaux | 808,0 | 1 322,4 | +63,6 | 10 248 | 14 585 | +42,3 | 78 844,9 | 90 666,8 | +15,0 |
| 0106 Autres | 174,8 | 265,2 | +51,8 | 4 289 | 5 832 | +36,0 | 40 754,6 | 45 456,4 | +11,5 |
Les ovins et les volailles enregistrent les plus fortes hausses de prix (+55,7 % et +99,4 %), permettant aux ovins de doubler leur valeur à l’export malgré une hausse modérée des volumes. Les bovins, bien que toujours en tête en valeur, voient leurs volumes chuter de près d’un tiers, compensée par une revalorisation de 44,2 %. Les chevaux restent le segment le plus onéreux, avec un prix moyen dépassant 90 600 €/tête en 2025.
Les importations progressent en valeur et en volume, portées par les chevaux et les ovins
Du côté des achats, la valeur des importations grimpe à 850,1 M€ en 2025. Les chevaux (0101) constituent le principal poste d’importation (477,4 M€, soit 56 % de la valeur), suivis des volailles (0105, 167,8 M€) et des « autres animaux vivants » (0106, 135,4 M€). Les importations d’ovins (0104) explosent en valeur, passant de 3,3 M€ à 52,1 M€, tandis que leurs volumes passent de 980 à 6 505 têtes. La hausse du prix moyen à l’importation reste contenue à 10,2 %, mais les prix des bovins (0102) et des ovins progressent notablement (respectivement +139 % et +138 % sur la période), reflétant une demande européenne plus exigeante ou des tensions sur les marchés fournisseurs.
Recomposition géographique des débouchés : déclin des marchés proche-orientaux et montée d’Israël
Le Royaume-Uni conforte sa place de premier client, tandis que la Turquie chute de 92,4 %
Les exportations de l’UE restent très diversifiées (Partenaires). Le Royaume-Uni demeure le premier débouché avec 746,4 M€ en 2025 (+47,9 % par rapport à 2015), représentant 20 % des ventes extra-UE. À l’inverse, la Turquie, qui était le deuxième marché en 2015 (321,8 M€), s’effondre à 24,6 M€ (–92,4 %), probablement en raison de difficultés économiques et de barrières commerciales. Les autres partenaires du Moyen‑Orient connaissent des évolutions contrastées.
| Partenaire | Exportations 2015 (M€) | Exportations 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 504,8 | 746,4 | +47,9 |
| Turquie | 321,8 | 24,6 | –92,4 |
| Israël | 61,7 | 351,3 | +469,7 |
| Libye | 224,1 | 49,6 | –77,9 |
| Liban | 208,6 | 92,2 | –55,8 |
| Jordanie | 77,9 | 126,3 | +62,2 |
| Algérie | 71,7 | 173,0 | +141,2 |
Israël, l’Algérie et la Jordanie gagnent du terrain, tandis que la Libye et le Liban s’effondrent
Israël devient le deuxième marché à l’export en 2025 avec 351,3 M€, multipliant ses achats par près de 5,7 (+469,7 %). L’Algérie (173,0 M€, +141,2 %) et la Jordanie (126,3 M€, +62,2 %) progressent également fortement. En revanche, les exportations vers la Libye (49,6 M€, –77,9 %) et le Liban (92,2 M€, –55,8 %) s’effondrent, reflétant l’instabilité politique et économique persistante dans ces pays. Cette recomposition indique un déplacement de la demande vers des marchés plus solvables ou aux besoins structurels croissants (Israël, Algérie).
La volatilité des flux est extrême sur le Maroc, l’Arabie saoudite et la Russie
L’analyse de la Volatilité des quantités exportées révèle des coefficients de variation (CV) supérieurs à 0,60 pour la Turquie, la Libye, l’Algérie, le Maroc (0,99), l’Arabie saoudite (1,03) et la Russie (0,66). Le Maroc fait l’objet d’un Choc de prix majeur en 2022 : alors que les volumes chutent de 40 % par rapport à la référence 2020-2021 (9 534 têtes contre 15 914 en moyenne), le prix unitaire bondit de 32,3 % (de 4 815 €/tête à 6 370 €/tête), suivi d’un pic de volumes en 2023-2024 (moyenne 73 916 têtes) avec des prix revenus à 4 213 €/tête. Ces fluctuations traduisent probablement des perturbations sanitaires ou réglementaires temporaires. Du côté des importations, la volatilité est particulièrement élevée pour le Chili (CV de 2,52), la Biélorussie (0,89) et l’Islande (0,40), illustrant la sensibilité des approvisionnements extérieurs de l’UE.
Une structure de marché en transformation : concentration à l’importation et basculement des pôles exportateurs
Les importations restent très concentrées sur le Royaume-Uni, tandis que les exportations demeurent très diversifiées
L’indice de Herfindahl-Hirschmann (Concentration) des importations atteint 5 214 en 2025, un niveau très élevé malgré une légère baisse (–4,5 % depuis 2015). Le Royaume-Uni fournit à lui seul 71 % de la valeur importée (603,3 M€ sur 850,1 M€). À l’export, l’HHI n’est que de 840, signe d’une grande dispersion des clients ; il a même légèrement baissé (–1,6 %), confirmant une diversification continue des débouchés.
L’Irlande, les Pays-Bas et l’Espagne dominent toujours, mais la Roumanie et la Hongrie montent en puissance
Parmi les États membres (États membres), les Pays-Bas, l’Irlande, l’Espagne et la France demeurent les premiers exportateurs, mais les dynamiques divergent :
| État membre | Exportations 2015 (M€) | Exportations 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Pays-Bas | 414,7 | 488,7 | +17,8 |
| Irlande | 372,1 | 598,4 | +60,8 |
| Espagne | 285,5 | 389,4 | +36,4 |
| France | 449,9 | 415,9 | –7,5 |
| Allemagne | 293,7 | 266,4 | –9,3 |
| Roumanie | 163,2 | 435,8 | +167,0 |
| Hongrie | 144,4 | 249,4 | +72,7 |
La Roumanie progresse de 167,0 % et la Hongrie de 72,7 %, traduisant un basculement d’une partie de l’élevage vers l’Europe centrale et orientale. L’Irlande (+60,8 %) s’impose comme le premier exportateur en valeur en 2025, devant les Pays-Bas. La France et l’Allemagne enregistrent un repli (–7,5 % et –9,3 %), ce qui pourrait refléter une réorientation des circuits intra-UE ou des contraintes sanitaires.
À l’importation, l’Irlande (391,3 M€), la France (200,2 M€, +125,7 %) et les Pays-Bas (112,5 M€, +134,9 %) sont les principaux acheteurs extra-UE, tandis que l’Allemagne (–14,6 %) et la Suède (–37,1 %) réduisent leurs achats.
Le Danemark et la France affichent les plus fortes spécialisations dans les animaux vivants
L’indice de spécialisation (RSCA) en 2025 (Spécialisation) révèle que le Danemark (0,78) et la France (0,52) sont les plus spécialisés dans les exportations d’animaux vivants, suivis par la Croatie (0,54), la Lettonie (0,47) et la Lituanie (0,36). À l’opposé, Malte (–0,99), la Finlande (–0,88), la Grèce (–0,88) et l’Italie (–0,86) sont très peu présentes sur ce segment. Cette spécialisation marquée du Danemark et de la France illustre leur rôle de plateformes d’élevage et de négoce, bénéficiant d’une compétitivité forte sur les marchés tiers.
Conclusion
Le commerce extra-UE d’animaux vivants a connu une décennie de transformation profonde. En dix ans, l’UE a fortement augmenté la valeur de ses exportations grâce à une montée en gamme et à une revalorisation des prix, alors que les volumes exportés diminuaient. Les marchés de destination se sont réorientés : effondrement des ventes vers la Turquie, la Libye et le Liban, essor spectaculaire d’Israël et progression de l’Algérie et de la Jordanie, tandis que le Royaume-Uni reste un partenaire stable et dominant, tant à l’export qu’à l’import. À l’intérieur de l’Union, la production et les flux se déplacent vers l’Est : l’Irlande, les Pays-Bas et l’Espagne restent des piliers, mais la croissance la plus rapide vient de Roumanie et de Hongrie. Enfin, la très forte concentration des importations sur le Royaume-Uni et la persistance de chocs de prix, comme au Maroc, rappellent la sensibilité de ce secteur aux aléas géopolitiques, sanitaires et logistiques.