Évolution du marché : Viandes et abats comestibles (CN 02) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution des échanges commerciaux extérieurs de l'Union européenne pour le code nomenclature combinée 02 — Viandes et abats comestibles — sur la période 2015 à 2025. Ce poste couvre un périmètre large, incluant les viandes bovines, porcines, ovines, caprines, chevalines, de volaille, les abats comestibles, ainsi que les viandes salées, séchées ou fumées (Vue d'ensemble du code CN 02).
Sur cette période, l'UE maintient une position de net exportateur de viandes et abats comestibles, avec un excédent commercial passé de 8,2 milliards EUR en 2015 à 10,6 milliards EUR en 2025. Toutefois, cette trajectoire globale masque des dynamiques profondes : une hausse généralisée des prix unitaires, une stagnation des volumes échangés, une reconfiguration géographique des partenaires et des chocs d'approvisionnement notables, notamment en 2022.
1. Une valeur commerciale en forte hausse portée par l'envolée des prix unitaires
1.1 Les exportations progressent en valeur malgré un recul des volumes
Les exportations de l'UE vers les pays tiers sont passées de 13,0 milliards EUR en 2015 à 17,3 milliards EUR en 2025, soit une progression de +32,8 % en valeur. Sur la même période, les volumes exportés ont diminué de 4,0 %, passant de 6,27 millions de tonnes à 6,02 millions de tonnes. Le prix unitaire moyen à l'exportation a ainsi crû de 38,3 %, de 2 074 EUR/t à 2 868 EUR/t (Échanges commerciaux).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur exportations (Mds EUR) | 13,0 | 17,3 | +32,8 % |
| Volume exportations (Mt) | 6,27 | 6,02 | −4,0 % |
| Prix moyen export (EUR/t) | 2 074 | 2 868 | +38,3 % |
La valeur maximale des exportations a été atteinte en 2022 à 18,9 milliards EUR, avant un léger retrait en 2023–2025, reflétant la normalisation des prix après les tensions de 2021–2022.
1.2 Les importations suivent une trajectoire similaire, avec une hausse des prix encore plus marquée
Les importations en provenance des pays tiers ont progressé de 4,8 milliards EUR en 2015 à 6,6 milliards EUR en 2025 (+38,2 %), tandis que les volumes importés ont reculé de 4,3 % (de 1,24 million de tonnes à 1,19 million de tonnes). Le prix unitaire moyen à l'importation a bondi de 44,4 %, passant de 3 851 EUR/t à 5 560 EUR/t — un rythme supérieur à celui des exportations.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur importations (Mds EUR) | 4,8 | 6,6 | +38,2 % |
| Volume importations (Mt) | 1,24 | 1,19 | −4,3 % |
| Prix moyen import (EUR/t) | 3 851 | 5 560 | +44,4 % |
Le prix moyen à l'importation est systématiquement supérieur au prix moyen à l'exportation (5 560 EUR/t contre 2 868 EUR/t en 2025), ce qui s'explique par la structure des produits importés, dominée par des viandes bovines à haute valeur ajoutée (fraîches et congelées) et des viandes ovines.
1.3 L'excédent commercial se consolide et l'UE accroît sa propension à l'exportation
L'excédent commercial de l'UE pour les viandes et abats comestibles est passé de 8,2 milliards EUR en 2015 à 10,6 milliards EUR en 2025 (+29,6 %). Le taux de dépendance aux importations nettes est resté négatif tout au long de la période, signe d'un excédent structurel, variant entre −4,3 % (minimum en 2020) et −13,8 % (maximum en 2022). En 2025, il s'établit à −7,6 %, confirmant le renforcement de la position exportatrice de l'UE (Dépendance aux importations nettes).
L'intensité commerciale (rapport du commerce extérieur à la production) est passée de 10,3 % à 13,3 %, et la propension à exporter de 7,6 % à 10,4 %, indiquant une ouverture croissante du secteur européen vers les marchés extérieurs (Intensité commerciale).
2. Une reconfiguration géographique des partenaires commerciaux
2.1 Les importations se diversifient avec l'émergence de nouveaux fournisseurs
Les partenaires d'importation de l'UE ont connu des évolutions contrastées sur la période. Le Royaume-Uni demeure le premier fournisseur avec 1,77 milliard EUR en 2025 (+20,3 % vs 2015), suivi du Brésil (1,15 milliard EUR, +21,2 %). Les variations les plus spectaculaires concernent l'Ukraine, dont les exportations vers l'UE ont bondi de 601,8 % (de 65 millions EUR à 459 millions EUR), et l'Argentine (+88,4 %) (Partenaires d'importation).
| Partenaire | 2015 (M EUR) | 2025 (M EUR) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 1 470 | 1 769 | +20,3 % |
| Brésil | 953 | 1 155 | +21,2 % |
| Nouvelle-Zélande | 673 | 822 | +22,1 % |
| Argentine | 422 | 795 | +88,4 % |
| Uruguay | 296 | 485 | +64,1 % |
| Ukraine | 65 | 459 | +601,8 % |
| Thaïlande | 192 | 279 | +45,4 % |
La forte progression de l'Ukraine s'explique probablement par l'ouverture commerciale progressive liée à l'Accord d'association UE-Ukraine et, plus récemment, par les mesures de libéralisation commerciale temporaires adoptées à la suite du conflit débuté en février 2022.
2.2 Les exportations vers l'Asie montrent des trajectoires divergentes
Les destinations d'exportation de l'UE révèlent des dynamiques contrastées. Le Royaume-Uni reste le premier client (5,65 milliards EUR en 2025, +17,5 %), mais les évolutions les plus marquées se situent en Asie et en Afrique (Partenaires d'exportation).
| Destination | 2015 (M EUR) | 2025 (M EUR) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 4 810 | 5 653 | +17,5 % |
| Chine | 1 743 | 1 991 | +14,2 % |
| Philippines | 225 | 715 | +217,4 % |
| Corée du Sud | 550 | 912 | +65,9 % |
| Ghana | 92 | 224 | +143,8 % |
| Japon | 1 141 | 1 093 | −4,2 % |
| Hong Kong | 591 | 200 | −66,2 % |
La hausse spectaculaire des exportations vers les Philippines (+217,4 %) et le Ghana (+143,8 %) témoigne d'une stratégie de diversification vers les marchés émergents. À l'inverse, les exportations vers Hong Kong ont chuté de 66,2 %, passant de 591 millions EUR à 200 millions EUR. Cette baisse pourrait refléter des effets de substitution liés au ralentissement économique local ou à un réacheminement des flux vers la Chine continentale directement. La valeur maximale des exportations vers la Chine a été atteinte en 2022 à 7,4 milliards EUR, avant un repli significatif, probablement lié à la levée des restrictions sanitaires et à la reconstitution du cheptel porcin chinois après la crise de peste porcine africaine.
2.3 La concentration géographique des échanges diminue
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) pour les importations a diminué de 1 716 à 1 462 (−14,8 %) en valeur, et pour les exportations de 1 713 à 1 380 (−19,4 %). Cette baisse de la concentration signifie que les flux commerciaux de l'UE se répartissent sur un nombre plus large de partenaires, réduisant potentiellement la vulnérabilité aux chocs de fournisseurs ou de marchés individuels (Indice de concentration HHI).
3. Des dynamiques de segments et des chocs structurels qui redessinent le paysage concurrentiel
3.1 La volaille demeure le premier poste à l'importation, le bovin gagne du terrain
En volume, les importations de viandes de volaille (CN 0207) constituent le premier poste, avec 387 104 tonnes en 2025, relativement stables par rapport à 2015 (377 066 tonnes). Cependant, leur valeur a progressé de 591 millions EUR à 904 millions EUR (+52,8 %), reflétant une hausse du prix unitaire moyen de 1 567 EUR/t à 2 335 EUR/t (+49,0 %) (Segmentation des produits).
Les importations de viandes bovines fraîches (CN 0201) ont légèrement progressé en volume (+11,2 %), mais leur valeur a bondi de 1,56 milliard EUR à 2,25 milliards EUR (+44,1 %). Les viandes bovines congelées (CN 0202) ont connu la croissance la plus dynamique en importation : +68,5 % en volume et +96,6 % en valeur, avec un prix moyen passant de 5 983 EUR/t à 6 980 EUR/t.
3.2 Le porc domine les exportations mais les volumes sont en repli structurel
Les viandes porcines (CN 0203) constituent le premier poste d'exportation de l'UE en valeur, avec 6,04 milliards EUR en 2025, mais les volumes ont reculé de 2,16 millions de tonnes (2015) à 2,03 millions de tonnes (2025), soit −6,1 %. Le prix unitaire a progressé de 2 295 EUR/t à 2 972 EUR/t (+29,5 %). Ce segment a atteint un pic de valeur à 10,1 milliards EUR en 2020, porté par la forte demande chinoise liée à la peste porcine africaine, avant de refluer.
| Segment export | 2015 (M EUR) | 2025 (M EUR) | Variation valeur | Variation volume |
|---|---|---|---|---|
| Porc (0203) | 4 967 | 6 041 | +21,6 % | −6,1 % |
| Volaille (0207) | 2 871 | 3 636 | +26,6 % | −5,7 % |
| Abats (0206) | 1 653 | 2 089 | +26,4 % | +4,9 % |
| Bovin frais (0201) | 1 436 | 2 578 | +79,5 % | +5,3 % |
| Produits salés/fumés (0210) | 1 199 | 1 471 | +22,7 % | −25,9 % |
| Bovin congelé (0202) | 382 | 812 | +112,4 % | +0,1 % |
3.3 L'année 2022 constitue un point de rupture avec des chocs de prix majeurs
L'analyse de la volatilité révèle plusieurs chocs de prix significatifs concentrés autour de 2022 (Chocs d'approvisionnement) :
| Partenaire | Type de choc | Amplitude du décalage | Valeur de l'anomalie |
|---|---|---|---|
| Nouvelle-Zélande (import) | Prix | +31,1 % | 218,3 |
| Brésil (import) | Prix | +39,9 % | 75,4 |
| Thaïlande (import) | Prix | +61,1 % | 9,3 |
Ces chocs de prix à l'importation en 2022 s'inscrivent dans un contexte plus large d'inflation des coûts de production (alimentation animale, énergie, transport) et de perturbations des chaînes d'approvisionnement post-COVID. Le conflit en Ukraine a également contribué à la flambée des prix des céréales et des oléagineux, alimentant indirectement la hausse des coûts de production animale à l'échelle mondiale.
En termes de volatilité structurelle, les importations en provenance d'Ukraine (coefficient de variation de 0,46) et les exportations vers Hong Kong (CV de 0,63) et l'Afrique du Sud (CV de 0,67) se distinguent par leur instabilité, ce qui appelle à une gestion prudente de ces flux (Volatilité des échanges).
3.4 L'Espagne et la Pologne émergent comme moteurs de la croissance à l'exportation au sein de l'UE
En termes de pays membres de l'UE (Top rapporteurs) :
| Pays membre | Exportations 2015 (M EUR) | Exportations 2025 (M EUR) | Variation |
|---|---|---|---|
| Espagne | 1 481 | 4 100 | +176,9 % |
| Pologne | 957 | 2 090 | +118,5 % |
| Irlande | 1 594 | 2 330 | +46,2 % |
| Pays-Bas | 2 361 | 2 898 | +22,7 % |
| Danemark | 1 756 | 1 629 | −7,2 % |
| Allemagne | 1 821 | 815 | −55,3 % |
L'Espagne a vu ses exportations hors UE tripler, la positionnant comme le premier exportateur européen devant les Pays-Bas. La Pologne a également doublé ses exportations, tirée notamment par la volaille. À l'inverse, l'Allemagne a vu ses exportations chuter de 55,3 %, ce qui peut s'expliquer par la restructuration de son secteur porcin (crises sanitaires, restrictions ASF, retrait de certains marchés asiatiques) et par une compétitivité accrue de ses voisins.
Du côté des importations, la France a enregistré la plus forte hausse (+162,2 %, de 519 millions EUR à 1,36 milliard EUR), tandis que les Pays-Bas restent le premier pays importateur de viandes en provenance de pays tiers (2,55 milliards EUR en 2025, +55,2 %).
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen des viandes et abats comestibles se caractérise par trois grandes tendances : une appréciation structurelle des prix qui a porté la valeur des échanges bien au-delà de l'évolution des volumes ; une diversification géographique tant des sources d'approvisionnement que des débouchés à l'exportation, avec l'émergence de partenaires comme l'Ukraine, les Philippines ou l'Argentine ; et des recompositions sectorielles profondes, avec le déclin relatif des exportations allemandes et porcines au profit de l'Espagne et de la Pologne.
L'année 2022 marque un point de rupture visible, avec des prix à l'importation en forte hausse alimentés par les tensions géopolitiques et les pressions inflationnistes. La production européenne a connu une croissance significative en valeur (+113,4 %) mais beaucoup plus modeste en volume (+45,3 %), confirmant que l'inflation des coûts et la montée en gamme des produits structurent désormais le commerce extérieur européen de la filière viande.
L'UE conserve une position excédentaire confortable, mais la concentration géographique en baisse et la volatilité croissante de certains partenaires (Ukraine, Hong Kong) suggèrent que la gestion des risques d'approvisionnement et de débouchés devient un enjeu stratégique majeur pour la décennie à venir.