Évolution du marché : Viandes et abats comestibles (CN 02) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport examine l’évolution des échanges extra-UE de viandes et abats comestibles (code NC 02) entre 2015 et 2025. Il s’appuie sur les données annuelles de valeur, de volume, de prix, de partenaires et de structure de marché fournies par le tableau de bord du commerce de l’UE. Trois dynamiques principales se dégagent : une forte inflation des prix malgré une stagnation des volumes, une recomposition géographique accompagnée d’une diversification des partenaires et des chocs exogènes, enfin une spécialisation persistante des États membres dans des segments de produits distincts.
Une forte inflation des prix masque une stagnation des volumes échangés
La valeur des exportations progresse de 32,8 % entre 2015 et 2025, alors que les quantités reculent de 4,0 %
Les exportations extra-UE sont passées de 13,0 milliards d’euros en 2015 à 17,3 milliards en 2025, soit une hausse de 32,8 %. Dans le même temps, les volumes exportés ont baissé de 6,27 millions de tonnes à 6,02 millions de tonnes (−4,0 %). Le prix moyen à la tonne a donc bondi de 2 074 € à 2 868 € (+38,3 %), portant l’essentiel de la croissance en valeur.
Du côté des importations, la hausse de 38,2 % en valeur s’accompagne également d’une baisse des volumes de 4,3 %
Les importations extra-UE ont crû de 4,8 milliards d’euros en 2015 à 6,6 milliards en 2025 (+38,2 %), tandis que les volumes importés passaient de 1,24 million de tonnes à 1,19 million (−4,3 %). Le prix unitaire à l’importation a ainsi grimpé de 3 851 € à 5 560 € la tonne (+44,4 %), reflétant une tension inflationniste encore plus marquée qu’à l’exportation.
La balance commerciale reste structurellement excédentaire, atteignant 10,6 milliards d’euros en 2025
L’excédent commercial de l’UE pour ces produits s’établit à 10,6 milliards d’euros en 2025, contre 8,2 milliards en 2015 (+29,6 %). Ce solde positif s’est maintenu tout au long de la décennie, avec un pic à 14,9 milliards en 2020, avant de se rétracter sous l’effet de la réduction des volumes exportés et de la hausse des prix à l’importation.
Une recomposition géographique marquée par la diversification et des chocs de prix
La concentration des partenaires diminue, tant à l’exportation qu’à l’importation
L’indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des partenaires commerciaux a baissé de 1 713 à 1 380 pour les exportations (−19,4 %) et de 1 716 à 1 462 pour les importations (−14,8 %), indiquant une diversification progressive des débouchés et des sources d’approvisionnement. Le Royaume-Uni reste le premier partenaire dans les deux sens, mais son poids relatif s’érode.
Les exportations vers la Chine connaissent un choc majeur en 2019-2020 suivi d’un reflux
La Chine a été le premier marché d’exportation en valeur durant plusieurs années, culminant à 7,4 milliards d’euros en 2020 avant de retomber à 2,0 milliards en 2025. Un choc de prix de +44,4 % est détecté en 2019, lié à la crise de la peste porcine africaine qui a dopé les importations chinoises de viande porcine européenne. Depuis, la reprise de la production chinoise et les restrictions sanitaires ont fait chuter les volumes de 3,3 millions de tonnes en 2020 à 1,1 million en 2025.
Les importations en provenance d’Ukraine progressent de 601,8 % sur la période
Parmi les principaux fournisseurs, l’Ukraine affiche la plus forte croissance : de 65 millions d’euros en 2015 à 459 millions en 2025 (+601,8 %). Le volume importé a plus que quadruplé, passant de 29 600 tonnes à 134 400 tonnes, faisant de ce pays un acteur désormais incontournable, notamment pour la volaille. La volatilité des importations ukrainiennes reste la plus élevée (coefficient de variation de 0,458 en volume), illustrant la sensibilité aux aléas géopolitiques et logistiques.
Des chocs de prix frappent les importations de viande ovine, bovine et de volaille en 2022
L’année 2022 concentre plusieurs chocs de prix à l’importation : le prix de la viande ovine néo-zélandaise bondit de 31,1 %, celui de la viande bovine brésilienne de 39,9 % et celui des volailles thaïlandaises de 61,1 %. Ces hausses s’inscrivent dans un contexte mondial de renchérissement des matières premières agricoles et de perturbations des chaînes d’approvisionnement, avant un retour partiel à la normale en 2023-2024.
Spécialisation des États membres et transformation du panier de produits
L’Espagne, les Pays-Bas et le Danemark dominent les exportations, tandis que la France monte en puissance à l’importation
L’analyse de la spécialisation révèle que le Danemark (RSCA de 0,40), la Pologne (0,40), l’Espagne (0,39) et l’Irlande (0,33) sont les plus spécialisés dans les exportations de viandes. En valeur, les principaux exportateurs sont l’Espagne (4,1 milliards d’euros en 2025, +176,9 % sur la période) et les Pays-Bas (2,9 milliards, +22,7 %). À l’importation, les Pays-Bas restent en tête (2,5 milliards), mais la France a vu ses achats progresser de 162,2 % pour atteindre 1,36 milliard d’euros en 2025, reflétant un recours accru aux approvisionnements extérieurs.
Les viandes porcines restent le premier segment exporté, mais les bovins frais et réfrigérés gagnent en valeur
La ventilation par produit montre que les viandes porcines (NC 0203) dominent les exportations avec 2,03 millions de tonnes et 6,0 milliards d’euros en 2025, bien que leur volume ait légèrement baissé. Les viandes bovines fraîches ou réfrigérées (0201) affichent en revanche une envolée de leur prix moyen de 5 020 € à 8 555 € la tonne, propulsant leur valeur de 1,44 milliard à 2,58 milliards d’euros. Les abats comestibles (0206) constituent un segment intermédiaire stable, autour de 2,1 milliards d’euros en 2025.
| Segment export (NC) | Valeur 2015 (Md €) | Valeur 2025 (Md €) | Prix 2015 (€/t) | Prix 2025 (€/t) |
|---|---|---|---|---|
| Viandes porcines (0203) | 4,97 | 6,04 | 2 295 | 2 972 |
| Volailles (0207) | 2,87 | 3,64 | 1 637 | 2 200 |
| Abats comestibles (0206) | 1,65 | 2,09 | 1 218 | 1 467 |
| Bovins frais/réfrigérés (0201) | 1,44 | 2,58 | 5 020 | 8 555 |
| Produits salés/fumés (0210) | 1,20 | 1,47 | 3 794 | 6 284 |
À l’importation, les viandes bovines fraîches et ovines représentent l’essentiel de la facture
Le panier d’importation est dominé par les viandes bovines fraîches (0201) à 2,25 milliards d’euros en 2025, dont le prix a grimpé de 8 834 € à 11 450 € la tonne. Les viandes ovines et caprines (0204) suivent avec 1,50 milliard d’euros et un prix de 9 484 €/t. Les volailles (0207) complètent le trio de tête à 904 millions d’euros en 2025, portées par une hausse de prix de 1 567 € à 2 335 €/t.
| Segment import (NC) | Valeur 2015 (M €) | Valeur 2025 (M €) | Prix 2015 (€/t) | Prix 2025 (€/t) |
|---|---|---|---|---|
| Bovins frais (0201) | 1 562 | 2 252 | 8 834 | 11 450 |
| Ovins/caprins (0204) | 966 | 1 497 | 6 362 | 9 484 |
| Volailles (0207) | 591 | 904 | 1 567 | 2 335 |
| Bovins congelés (0202) | 453 | 890 | 5 983 | 6 980 |
Conclusion
Sur la décennie 2015-2025, le commerce extra-UE de viandes et abats comestibles se caractérise par une forte inflation des prix, qui porte la croissance en valeur tandis que les volumes stagnent, voire régressent. La structure des échanges s’est diversifiée, avec une montée en puissance de l’Ukraine et un recul de la Chine après le pic de 2020. Les chocs de prix de 2022 illustrent la vulnérabilité de certaines filières importatrices. Enfin, la spécialisation des États membres demeure très marquée, l’Espagne et le Danemark tirant les exportations de porc et de volaille, tandis que des pays comme la France accroissent leur dépendance aux importations de viande bovine et ovine.