Évolution du marché : Viandes de gibier (CN 0208) — 2015–2025
Introduction
Le code nomenclature combinée 0208 couvre les viandes et abats comestibles frais, réfrigérés ou congelés de lapin, de lièvre, de pigeon, de gibier et d'autres espèces animales non conventionnelles (reptiles, camélidés, mammifères marins, primates), à l'exclusion des grandes filières bovine, porcine, ovine, caprine, chevaline et avicole domestique. Il s'agit d'un périmètre résiduel et hétérogène, dominé en volume et en valeur par les sous-positions 020890 (gibier et autres espèces) et 020810 (lapin et lièvre).
Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'UE sur ce produit a connu une contraction marquée des volumes échangés, tant à l'import qu'à l'export, compensée en partie par une hausse significative des prix unitaires. Simultanément, la géographie commerciale s'est profondément reconfigurée sous l'effet du Brexit, de la pandémie de Covid-19 et de la montée de nouveaux partenaires asiatiques. La production intracommunautaire, en léger recul en volume, maintient une valeur quasi stable, témoignant d'une restructuration par les prix.
Ce rapport s'articule autour de trois axes principaux : la dynamique volume-prix, la redéfinition des flux géographiques, et l'évolution structurelle du marché européen.
Vue d'ensemble sur le tableau de bord
1. Une contraction des volumes masquée par la hausse des prix unitaires
Les volumes importés ont chuté de près de 45 % en une décennie
Entre 2015 et 2025, les importations intra-UE de produits CN 0208 en provenance de pays tiers sont passées de 27 024 tonnes à 14 947 tonnes, soit un recul de 44,7 %. Les exportations ont elles aussi fortement diminué, de 10 575 tonnes à 6 860 tonnes (−35,1 %). Cette érosion généralisée des volumes traduit un désengagement progressif du commerce physique de ces viandes, observable sur l'ensemble de la période.
| Indicateur | 2015 (début) | 2025 (fin) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Importations — volume (t) | 27 024 | 14 947 | −44,7 % |
| Exportations — volume (t) | 10 575 | 6 860 | −35,1 % |
| Importations — valeur (M€) | 169,5 | 106,7 | −37,1 % |
| Exportations — valeur (M€) | 80,0 | 77,3 | −3,4 % |
Les prix unitaires à l'export ont progressé de près de 49 %
La hausse des prix unitaires a partiellement amorti le choc volumétrique. Le prix moyen des exportations est passé de 7 561 €/t à 11 261 €/t (+48,9 %), tandis que celui des importations a augmenté de 6 274 €/t à 7 135 €/t (+13,7 %). L'écart croissant entre prix à l'export et prix à l'import (+49 % contre +14 %) suggère une montée en gamme des produits européens vendus à l'extérieur de l'UE — gibier noble, viandes de spécialité — alors que les importations restent orientées vers des volumes plus standardisés (lapin, viande congelée de gibier).
| Indicateur prix | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Prix export (€/t) | 7 561 | 11 261 | +48,9 % |
| Prix import (€/t) | 6 274 | 7 135 | +13,7 % |
Le déficit commercial se réduit sensiblement grâce à la dynamique prix
Le solde commercial, structurellement déficitaire, est passé de −89,6 M€ à −29,4 M€, soit une amélioration de 67,2 %. Ce rééquilibrage résulte moins d'une progression des exportations en valeur (−3,4 %) que d'une contraction beaucoup plus forte des importations (−37,1 %). La dépendance nette aux importations est ainsi passée de 3,6 % à 3,0 %, confirmant que l'UE couvre une part croissante de sa consommation par sa propre production.
2. Une reconfiguration géographique profonde des partenaires commerciaux
La domination néo-zélandaise persiste à l'import, mais s'érode
La Nouvelle-Zélande demeure de loin le premier fournisseur de l'UE sur ce poste, avec 43,2 M€ en 2025, mais a perdu 38,9 % de sa valeur depuis 2015 (70,7 M€). Ce recul s'explique notamment par la contraction du segment lapin/lièvre (020810) et par la concurrence croissante du Viêt Nam. L'Indonésie (−61,7 %) et l'Argentine (−73,1 %) ont connu des déclins encore plus prononcés, tandis que le Viêt Nam a plus que triplé ses livraisons à l'UE, passant de 5,0 M€ à 15,9 M€ (+216 %).
| Partenaire import | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Nouvelle-Zélande | 70,7 | 43,2 | −38,9 % |
| Chine | 19,8 | 16,6 | −16,3 % |
| Viêt Nam | 5,0 | 15,9 | +216,2 % |
| Royaume-Uni | 16,0 | 11,8 | −26,0 % |
| Indonésie | 18,9 | 7,3 | −61,7 % |
| Australie | 12,1 | 5,5 | −54,8 % |
| Argentine | 11,1 | 3,0 | −73,1 % |
Partenaires d'importation par valeur
Le Brexit a bouleversé les flux d'exportation vers le Royaume-Uni
Le Royaume-Uni, deuxième destination des exportations UE en 2015 (19,4 M€), est tombé à 6,5 M€ en 2025 (−66,5 %). Cette chute spectaculaire, amorcée dès 2020, est directement liée aux nouvelles barrières tarifaires, sanitaires et administratives instaurées après le Brexit. Parallèlement, les États-Unis sont devenus la troisième destination des exportations (+456,6 %), passant de 1,4 M€ à 7,7 M€, tandis que la Suisse, partenaire historique stable, a légèrement progressé (+4,2 %) pour demeurer de loin le premier débouché (42,6 M€). Les exportations vers la Russie se sont quasi effondrées (−90,8 %), sous l'effet probable des sanctions.
| Partenaire export | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Suisse | 40,9 | 42,6 | +4,2 % |
| Royaume-Uni | 19,4 | 6,5 | −66,5 % |
| États-Unis | 1,4 | 7,7 | +456,6 % |
| Hong Kong | 5,3 | 5,4 | +1,3 % |
| Norvège | 5,0 | 4,5 | −11,5 % |
| Chine | 0,26 | ≈ 0 | −100,0 % |
| Russie | 1,9 | 0,17 | −90,8 % |
Partenaires d'exportation par valeur
La concentration des échanges reste modérée et relativement stable
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) mesurant la concentration des partenaires reste dans une zone modérée, aussi bien pour les importations (de 2 217 à 2 313) que pour les exportations (de 3 321 à 3 461). La légère hausse observée (+4 %) indique un renforcement de la dépendance envers les principaux partenaires (Nouvelle-Zélande pour les importations, Suisse pour les exportations), sans atteindre un niveau critique de concentration.
3. Un marché européen en restructuration : production en repli et spécialisation croissante
La production communautaire perd en volume mais préserve sa valeur
La production intra-UE de produits CN 0208 a diminué de 196 000 tonnes à 171 000 tonnes (−12,8 %) en valeur nette, tandis que sa valeur est restée quasiment stable, passant de 920 M€ à 928 M€ (+0,8 %). Cette divergence confirme une hausse des prix à la production qui compense le recul des tonnages, un schéma cohérent avec la dynamique observée sur le commerce extérieur.
| Indicateur production | Début | Fin | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Volume (t) | 196 000 | 171 000 | −12,8 % |
| Valeur (M€) | 920 | 928 | +0,8 % |
L'intensité commerciale et la propension à l'export déclinent légèrement
La part du commerce international dans la production (intensité commerciale) a légèrement reculé, passant de 19,3 % à 18,1 % (−5,9 %). De même, la propension à exporter de l'UE sur ce segment est passée de 9,0 % à 8,6 % (−4,8 %). Ces indicateurs confirment un mouvement de repli sur le marché intérieur, probablement lié à la fois à la contraction de la demande mondiale et aux nouvelles barrières commerciales post-Brexit.
| Indicateur | Début | Fin | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Intensité commerciale (%) | 19,3 | 18,1 | −5,9 % |
| Propension à exporter (%) | 9,0 | 8,6 | −4,8 % |
| Dépendance nette aux importations (%) | 3,6 | 3,0 | −16,2 % |
L'Europe centrale et ibérique se distinguent par une spécialisation marquée
En 2025, les États membres les plus spécialisés dans l'exportation de produits CN 0208 (mesuré par l'indice RSCA) sont la Hongrie (0,591), l'Estonie (0,549) et l'Espagne (0,524). À l'inverse, l'Irlande (−0,983), la Grèce (−0,928) et la Croatie (−0,913) présentent une contre-spécialisation prononcée. L'Espagne (+84,2 %) et la Slovénie (+51,3 %) sont les États membres ayant le plus dynamisé leurs exportations en valeur sur la période, tandis que l'Allemagne (−12,2 %), les Pays-Bas (−19,8 %) et la Hongrie (−27,8 %) ont perdu du terrain.
| État membre export | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Allemagne | 12,3 | 10,8 | −12,2 % |
| France | 10,1 | 11,9 | +18,8 % |
| Autriche | 12,0 | 11,6 | −2,7 % |
| Espagne | 5,1 | 9,4 | +84,2 % |
| Slovénie | 5,0 | 7,5 | +51,3 % |
| Pays-Bas | 7,6 | 6,1 | −19,8 % |
| Hongrie | 8,1 | 5,8 | −27,8 % |
Spécialisation des États membres
La sous-position gibier (020890) concentre l'essentiel du commerce
Le segment 020890 (gibier, pigeons, rennes et autres espèces) représente à lui seul environ 67 % des importations et 80 % des exportations en valeur. À l'import, il a perdu 46,5 % de son volume (de 18 713 t à 10 008 t), tandis que le segment lapin/lièvre (020810) a diminué de 38,5 % (de 8 000 t à 4 922 t). Les sous-positions exotiques (reptiles 020850, camélidés 020860, mammifères marins 020840) restent marginales en volume mais présentent des prix unitaires très élevés et volatils, en raison de la faiblesse des échanges.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen du CN 0208 a traversé une phase de restructuration profonde. Les volumes échangés ont reculé de manière significative, tant à l'import (−45 %) qu'à l'export (−35 %), tandis que les prix unitaires — surtout à l'export (+49 %) — ont joué un rôle compensateur, maintenant la valeur commerciale à un niveau plus résilient qu'attendu. La production intra-UE, en repli en volume (−13 %), a su préserver sa valeur, reflétant un positionnement vers des segments à plus forte valeur ajoutée.
Sur le plan géographique, le Brexit a provoqué un effondrement des échanges avec le Royaume-Uni, tandis que le Viêt Nam et les États-Unis ont émergé comme des partenaires de plus en plus importants. La Suisse et la Nouvelle-Zélande restent les piliers respectifs des exportations et importations, mais avec des trajectoires divergentes. La concentration modérée des flux commerciaux et la faible dépendance nette aux importations (3 %) confèrent à l'UE une position relativement autonome sur ce segment de niche.
Enfin, la montée en puissance de l'Espagne et de la Slovénie à l'export, combinée à la spécialisation de l'Europe centrale (Hongrie, Estonie), dessine une géographie productive européenne en recomposition, éloignée des acteurs historiques (Allemagne, Pays-Bas). Ces dynamiques, conjuguées à la hausse structurelle des prix, suggèrent un marché en voie de consolidation autour de produits à haute valeur ajoutée, au détriment des volumes de commodité.