Évolution du marché : Graisses de porc et volailles (CN 0209) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 0209 couvre le lard de porc sans parties maigres et les graisses de volailles non fondues ni autrement extraites, à l'état frais, réfrigéré, congelé, salé, en saumure, séché ou fumé. Ce produit, englobé dans la catégorie plus large des viandes et abats comestibles (chapitre 02), constitue un segment important de l'industrie européenne des oléagineux et corps gras animaux. Sur la période 2015–2025, l'Union européenne s'est imposée comme un exportateur net structurel de ce produit, avec un solde commercial positif compris entre 127 M€ et 328 M€. Ce rapport analyse les grandes dynamiques qui ont façonné ce marché sur une décennie, en s'appuyant sur les données d'échanges commerciaux extra-UE. Il met en lumière une appréciation marquée des prix, une reconfiguration géographique profonde des flux et une résilience productive européenne confrontée à des chocs exogènes majeurs.
Plus d'informations sur le périmètre du produit sont disponibles sur le tableau de bord dédié.
1. Une hausse de valeur portée par les prix, malgré des volumes stables en déclin relatif
1.1 Les exportations gagnent en valeur grâce à une multiplication par 1,9 du prix unitaire
Entre 2015 et 2025, la valeur des exportations de l'UE (CN 0209) a progressé de 76,4 %, passant de 131,2 M€ à 231,5 M€, avec un pic à 335,9 M€. Pourtant, sur la même période, les volumes exportés ont légèrement reculé de 5,0 %, passant de 222 963 t à 211 888 t, avec un minimum à 180 245 t. C'est donc la hausse spectaculaire du prix unitaire — de 588 €/t à 1 092 €/t, soit +85,7 % — qui explique l'essentiel de la croissance en valeur.
| Indicateur | 2015 | Pic | 2025 | Variation 2015→2025 |
|---|---|---|---|---|
| Valeur exportations | 131,2 M€ | 335,9 M€ | 231,5 M€ | +76,4 % |
| Volume exportations | 222 963 t | 296 045 t | 211 888 t | −5,0 % |
| Prix moyen export | 588 €/t | 1 416 €/t | 1 092 €/t | +85,7 % |
L'année 2019 marque un tournant décisif : le prix moyen d'exportation bondit de 624 €/t (2018) à 1 068 €/t, avant d'atteindre un sommet de 1 416 €/t en 2023. Ce mouvement s'explique largement par la crise de la peste porcine africaine (PPA) qui a frappé le cheptel chinois à partir de 2018, provoquant une demande massive d'importations de produits porcins européens et entraînant une tension durable sur les prix mondiaux.
Voir l'évolution commerciale globale.
1.2 Les importations se sont effondrées, confirmant l'autosuffisance structurelle de l'UE
Les importations extra-UE de CN 0209 ont connu un déclin radical sur la période. En valeur, elles sont passées de 4,2 M€ à 1,5 M€ (−63,3 %), et en volume, de 9 577 t à seulement 1 174 t (−87,7 %). Le prix moyen des importations a quant à lui triplé, passant de 439 €/t à 1 316 €/t (+199,7 %), ce qui suggère que les importations résiduelles portent sur des segments de niche à plus forte valeur ajoutée.
| Indicateur | 2015 | Pic | 2025 | Variation 2015→2025 |
|---|---|---|---|---|
| Valeur importations | 4,2 M€ | 7,5 M€ | 1,5 M€ | −63,3 % |
| Volume importations | 9 577 t | 13 406 t | 1 174 t | −87,7 % |
| Prix moyen import | 439 €/t | 1 343 €/t | 1 316 €/t | +199,7 % |
Le solde commercial est resté structurellement excédentaire, passant de 127,0 M€ en 2015 à 229,9 M€ en 2025 (+81,1 %), avec un maximum à 328,4 M€. L'Union européenne renforce ainsi sa position de fournisseur net sur ce segment, l'excédent étant presque exclusivement tiré par le lard de porc (sous-position 020910).
Consultez les données par pays partenaire.
2. Pivot géographique majeur : déclin des flux vers la Chine et essor de l'Asie du Sud-Est
2.1 L'effondrement des exportations vers la Chine après le pic de 2019–2020
La Chine était en 2015 le premier débouché de l'UE pour les graisses CN 0209, avec 21,6 M€ d'exportations. Sous l'effet de la PPA, ce montant a connu une ascension fulgurante pour atteindre un maximum de 192,2 M€, avant de s'effondrer à seulement 4,0 M€ en 2025 (−81,4 % par rapport à 2015). Ce retournement spectaculaire traduit la reconstitution progressive du cheptel porcin chinois et le rééquilibrage de l'approvisionnement chinois vers des sources diversifiées (Brésil, notamment).
Le choc de prix sur les exportations vers la Chine en 2019 présente une abnormalité de 18,3 et un décalage de +85,4 %, représentant à lui seul 33,9 % de la valeur totale des exportations cette année-là — l'événement de choc le plus marquant de la période.
Voir les chocs détectés.
2.2 Les Philippines et le Viet Nam deviennent les moteurs de la croissance exportatrice
En miroir du déclin chinois, deux marchés asiatiques émergents ont absorbé une part croissante des exportations européennes :
| Partenaire | Valeur 2015 | Valeur 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Philippines | 19,4 M€ | 82,0 M€ | +322,5 % |
| Viet Nam | 0,6 M€ | 33,7 M€ | +5 334,9 % |
| Chine | 21,6 M€ | 4,0 M€ | −81,4 % |
| Royaume-Uni | 6,9 M€ | 16,8 M€ | +142,4 % |
| Ukraine | 27,3 M€ | 18,2 M€ | −33,4 % |
Les Philippines sont ainsi devenues en 2025 le premier débouché de l'UE pour ce produit, tandis que le Viet Nam est passé d'un flux marginal à un marché de 33,7 M€. Cette réorientation vers l'Asie du Sud-Est correspond à la demande croissante de matières grasses animales dans l'alimentation et la restauration de cette région, ainsi qu'à des accords commerciaux facilitant les échanges.
La Serbie (+272,5 %) et le Royaume-Uni (+142,4 %) complètent la diversification des débouchés, tandis que la Géorgie a fortement reculé (−70,2 %).
Consultez les principaux partenaires à l'exportation.
2.3 Le Royaume-Uni, pilier déclinant des importations de l'UE
Du côté des importations, le Royaume-Uni dominait largement en 2015 avec 3,6 M€ sur un total de 4,2 M€ (soit 86 %). En 2025, ce flux a reculé à 0,7 M€ (−81,6 %), dans le contexte post-Brexit et de la réduction globale des importations extra-UE. La Norvège est le seul fournisseur dont les importations ont augmenté (+34,1 %, à 0,5 M€ en 2025). Les importations en provenance de Chine se sont pratiquement taries (−94,3 %).
L'indice de concentration HHI des importations a chuté de 7 510 à 2 900 (−61,4 %), indiquant une diversification des sources d'approvisionnement, même si les volumes restent très faibles. À l'inverse, l'HHI des exportations a augmenté de 1 148 à 1 647 (+43,5 %), signalant une concentration plus forte des débouchés — notamment en raison du poids croissant des Philippines.
Voir l'analyse de concentration.
2.4 L'Espagne s'affirme comme le premier exportateur de l'UE, reléguant l'Allemagne
Au sein de l'UE, la hiérarchie des Éats membres exportateurs s'est profondément reconfigurée :
| État membre | Export 2015 | Export 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Espagne | 15,8 M€ | 87,0 M€ | +451,0 % |
| Pays-Bas | 10,4 M€ | 33,8 M€ | +224,4 % |
| Pologne | 22,5 M€ | 30,3 M€ | +34,6 % |
| Allemagne | 44,7 M€ | 12,2 M€ | −72,8 % |
| France | 8,4 M€ | 18,2 M€ | +115,4 % |
| Danemark | 11,4 M€ | 14,6 M€ | +28,4 % |
L'Espagne est passée de la quatrième à la première place, avec une progression de 451 %, tandis que l'Allemagne — premier exportateur en 2015 avec 44,7 M€ — a vu ses ventes s'effondrer à 12,2 M€ (−72,8 %). Ce basculement reflète les difficultés du secteur porcin allemand (fermetures de marchés liées à la PPA sauvage, contraintes réglementaires) et la montée en puissance de la filière ibérique. L'Espagne affiche d'ailleurs le plus fort indice de spécialisation RSCA (0,494) parmi les grands Éats membres, confirmant un avantage comparatif marqué.
Consultez les exportateurs par État membre.
3. Une base productive européenne en expansion, confrontée à une forte volatilité des marchés tiers
3.1 La production communautaire progresse en valeur bien plus qu'en volume
La production de l'UE (CN 0209, données Prodcom) est passée de 850,6 millions de kg en 2015 à 922,1 millions de kg en 2025 (+8,4 %), avec un maximum à 1 612,5 millions de kg. En valeur, la progression est beaucoup plus spectaculaire : de 323 M€ à 1 140 M€ (+252,6 %). Cet écart entre volumes et valeurs confirme la dynamique de hausse structurelle des prix qui caractérise l'ensemble de la chaîne de valeur.
| Indicateur | 2015 | Pic | 2025 | Variation 2015→2025 |
|---|---|---|---|---|
| Production (volume) | 850,6 M kg | 1 612,5 M kg | 922,1 M kg | +8,4 % |
| Production (valeur) | 323 M€ | 1 149 M€ | 1 140 M€ | +252,6 % |
La production européenne reste dominée quasi exclusivement par la sous-position 020910 (lard de porc), la graisse de volailles (020990) ne représentant qu'une fraction marginale des échanges.
3.2 Le lard de porc (020910) domine absolument les échanges, la graisse de volailles (020990) demeure marginale
La ventilation par sous-position confirme l'hégémonie du lard de porc :
Exportations (2025)
| Sous-position | Volume | Valeur | Prix moyen |
|---|---|---|---|
| 020910 — Lard de porc | 211 282 t | 229,9 M€ | 1 088 €/t |
| 020990 — Graisse de volailles | 606 t | 1,5 M€ | 2 528 €/t |
Importations (2025)
| Sous-position | Volume | Valeur | Prix moyen |
|---|---|---|---|
| 020910 — Lard de porc | 1 132 t | 1,5 M€ | 1 299 €/t |
| 020990 — Graisse de volailles | 42 t | 0,07 M€ | 1 777 €/t |
La graisse de volailles, bien que nettement plus chère au kilogramme, ne représente qu'un flux marginal. Les importations des deux sous-produits ont chuté dramatiquement depuis 2015 : −87,3 % pour le lard de porc (de 8 901 t à 1 132 t) et −93,8 % pour la graisse de volailles (de 676 t à 42 t).
Voir la comparaison par segment produit.
3.3 Une volatilité prononcée sur les flux vers et en provenance de partenaires spécifiques
L'analyse de la volatilité (coefficient de variation) révèle des comportements très contrastés selon les partenaires :
Exportations — Coefficients de variation les plus élevés
| Partenaire | CV |
|---|---|
| Chine | 1,03 |
| Géorgie | 1,00 |
| Viet Nam | 0,86 |
| Ouzbékistan | 0,80 |
Importations — Coefficients de variation les plus élevés
| Partenaire | CV |
|---|---|
| Islande | 1,73 |
| Chine | 1,23 |
| Ukraine | 0,82 |
| Biélorussie | 0,71 |
La Chine apparaît comme le facteur de volatilité dominant des deux côtés. Le Royaume-Uni, qui reste un partenaire important, affiche une volatilité relativement modérée à l'export (CV = 0,19), traduisant des flux plus réguliers.
Consultez l'analyse de volatilité.
3.4 Le choc de 2019 sur la Chine : un événement de marché structurant
Deux chocs majeurs ont été détectés sur la période, tous deux en 2019 et tous deux de nature « prix » à l'exportation :
| Événement | Partenaire | Abnormalité | Décalage | Part de valeur |
|---|---|---|---|---|
| Choc de prix export | Chine | 18,3 | +85,4 % | 33,9 % |
| Choc de prix export | Viet Nam | 6,0 | +60,4 % | 6,5 % |
L'abnormalité exceptionnelle de 18,3 pour la Chine confirme qu'il s'agit d'un événement de marché rare et de grande ampleur, directement lié à l'épidémie de PPA qui a décimé près de la moitié du cheptel porcin chinois. Ce choc a eu un effet d'entraînement sur les prix vers le Viet Nam, partenaire commercial étroitement lié à la Chine.
Voir les événements de choc.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen des graisses de porc et de volailles (CN 0209) a connu une transformation profonde. Trois dynamiques principales se dégagent :
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L'appréciation structurelle des prix a permis à l'UE de préserver — voire renforcer — la valeur de son excédent commercial, passant de 127 M€ à 230 M€, malgré une légère érosion des volumes exportés. Le prix moyen d'exportation a été multiplié par 1,9, porté par la crise PPA en Chine et une tension durable sur les marchés mondiaux des corps gras animaux.
-
La réorientation géographique des flux a été spectaculaire : la Chine, débouché dominant en 2019–2020 (pic à 192 M€), a cédé la place aux Philippines (82 M€) et au Viet Nam (34 M€) comme principaux marchés de destination. Du côté des importations, l'effondrement des flux en provenance du Royaume-Uni et la réduction générale des achats extra-UE ont renforcé l'autosuffisance du bloc.
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La base productive européenne reste robuste (922 M kg en 2025), mais la volatilité des échanges avec certains partenaires — Chine en tête — constitue un risque permanent. L'Espagne est devenue le moteur exportateur de l'UE, dépassant l'Allemagne, tandis que la concentration des débouchés s'est accrue.
L'indice de dépendance aux importations nettes, passé de −50,4 % à −22,8 %, ainsi que la baisse de la propension à l'exporter (de 34,0 % à 21,7 %), suggèrent que l'UE absorbe désormais une part plus importante de sa production sur le marché intérieur. Némoins, l'UE demeure un exportateur net majeur de graisses animales, dont la compétitivité repose sur des avantages comparatifs bien établis — en particulier celui de l'Espagne (RSCA = 0,494) et de la Pologne (RSCA = 0,224).
Plus de détails sont disponibles sur le tableau de bord complet.