Évolution du marché : Gommes et résines (CN 13) — 2015–2025
Introduction
Le code douanier 13 couvre les « Gommes, résines et autres sucs et extraits végétaux », un ensemble de produits naturels entrant dans de nombreuses industries (alimentaire, pharmaceutique, adhésifs, etc.). Sur la période 2015-2025, le commerce de l'Union européenne avec le reste du monde pour ce produit a connu une tendance générale à la hausse de la valeur échangée, portée principalement par une augmentation marquée des prix, tandis que les volumes évoluaient de manière plus contrastée. Ce rapport identifie et analyse les dynamiques majeures de ce segment de marché, notamment l'inflation des prix, une concentration géographique croissante des échanges et l'exposition à des chocs de prix ponctuels.
Une inflation des prix plus marquée que la croissance des volumes
L'évolution du commerce extérieur de l'UE pour les gommes et résines se caractérise principalement par un décrochement entre la valeur et les quantités échangées. Si la valeur a fortement progressé, les volumes n'ont pas connu de hausse similaire, indiquant une forte pression inflationniste sur les prix unitaires.
Une valeur des échanges en forte hausse, portée par les prix
Entre 2015 et 2025, la valeur des exportations de l'UE a augmenté de 44,0 %, passant d'environ 1,15 milliard d'euros à 1,65 milliard d'euros. Les importations ont connu une progression encore plus soutenue, de 53,1 %, pour atteindre près de 1,40 milliard d'euros. Cette croissance de la valeur est presque intégralement imputable à la hausse des prix. En effet, le prix moyen à l'export a grimpé de 49,8 %, tandis que le prix moyen à l'import a augmenté de 16,1 %. À l'inverse, les volumes échangés sont restés relativement stables, voire en légère baisse pour les exportations (-3,8 %), alors que les importations en volume ont progressé de 31,8 %.
| Flux | Valeur (Mds EUR) | Évolution Valeur | Évolution Prix | Évolution Volume |
|---|---|---|---|---|
| Exportations | De 1,15 à 1,65 | +44,0 % | +49,8 % | -3,8 % |
| Importations | De 0,91 à 1,40 | +53,1 % | +16,1 % | +31,8 % |
| Solde commercial | De 0,23 à 0,25 | +8,6 % | - | - |
Des segments de produits aux dynamiques distinctes
La décomposition par sous-catégories (CN 1301 et 1302) révèle des trajectoires différentes. Le segment des « Sucs et extraits végétaux ; matières pectiques, agar-agar… » (1302) domine largement le commerce, représentant environ 70 à 85 % de la valeur des échanges. Pour ce segment, le prix moyen à l'export a presque doublé entre 2015 (8 841 €/t) et 2025 (16 385 €/t). À l'import, sa valeur a progressé de 56,0 % sur la période. Le segment des « Gomme laque ; gommes, résines naturelles » (1301) affiche une croissance plus modeste de sa valeur (+70,6 % à l'export), mais une augmentation très significative de son prix à l'import, qui a presque quadruplé, passant de 2 062 €/t en 2015 à 2 712 €/t en 2025.
| Sous-catégorie | Valeur Import 2025 (M EUR) | Évolution Valeur Import | Prix Import 2025 (€/t) | Évolution Prix Import |
|---|---|---|---|---|
| 1302 - Sucs et extraits | 1 135,7 | +56,0 % | 6 326 | +6,5 % |
| 1301 - Gommes et résines | 246,2 | +45,4 % | 2 712 | +31,4 % |
Une concentration géographique accrue des partenaires commerciaux
Le second enseignement majeur des données est le renforcement de la concentration des échanges vers un nombre limité de partenaires clés, ce qui peut renforcer les vulnérabilités de l'approvisionnement européen.
Une dépendance marquée à l'égard de la Chine et de l'Inde à l'import
L'analyse des principaux partenaires à l'import montre une domination croissante de la Chine et de l'Inde. La Chine est devenue de loin le premier fournisseur de l'UE, avec des importations passant de 169 millions d'euros en 2015 à 375 millions en 2025 (+122,5 %). L'Inde affiche une progression similaire (+76,6 %). Ces deux pays représentaient à eux seuls plus de 43 % de la valeur totale des importations de l'UE en 2025. Cette tendance est confirmée par l'augmentation de 34,2 % de l'indice de concentration HHI (Herfindahl-Hirschman) des importations, qui passe de 900 à 1 208 entre 2015 et 2025, indiquant un marché des fournisseurs de moins en moins diversifié.
| Partenaire (Import) | Valeur 2015 (M EUR) | Valeur 2025 (M EUR) | Évolution |
|---|---|---|---|
| Chine | 168,7 | 375,2 | +122,5 % |
| Inde | 128,0 | 226,1 | +76,6 % |
| Royaume-Uni | 55,0 | 52,9 | -3,8 % |
| Tchad | 13,5 | 47,7 | +253,5 % |
Des exportations toujours tournées vers les États-Unis, avec des recompositions géopolitiques
Côté exportations, les États-Unis restent la destination principale, absorbant près d'un quart de la valeur totale, malgré une progression modérée (+42,1 %). Un fait marquant est l'effondrement des ventes vers la Russie, qui chutent de 46,3 % pour tomber à 39,5 millions d'euros en 2025, très probablement en lien avec les sanctions économiques. À l'inverse, les exportations vers la Suisse (+72,3 %) et le Mexique (+52,5 %) ont fortement progressé.
| Partenaire (Export) | Valeur 2015 (M EUR) | Valeur 2025 (M EUR) | Évolution |
|---|---|---|---|
| États-Unis | 274,4 | 389,9 | +42,1 % |
| Royaume-Uni | 86,2 | 101,1 | +17,3 % |
| Suisse | 46,2 | 79,6 | +72,3 % |
| Russie | 73,5 | 39,5 | -46,3 % |
Une spécialisation inégale au sein de l'Union européenne
La structure de production de l'UE révèle une forte spécialisation de certains États membres. L'Espagne et la France possèdent les avantages comparatifs les plus marqués (indicateur RSCA > 0,5), confirmant leur rôle moteur dans la production et l'exportation de ces produits. L'Espagne a vu sa part dans les exportations de l'UE passer à près de 18 % en 2025. À l'inverse, des pays comme la Hongrie ou la Roumanie sont structurellement importateurs nets sur ce segment.
Des vulnérabilités manifestes face aux chocs de prix spécifiques
La période d'analyse a été ponctuée d'événements de volatilité et de chocs de prix majeurs, mettant en lumière la sensibilité de ce marché à des perturbations d'offre localisées.
Des épisodes de volatilité extrême sur des partenaires clés
L'analyse de la volatilité (coefficient de variation) met en évidence des flux commerciaux particulièrement instables. C'est le cas des importations en provenance du Viêt Nam, dont la volatilité est la plus élevée (CV = 1,38). Cela s'explique par un choc de prix majeur survenu en 2017, où le prix unitaire des importations a bondi de 588,7 %, indiquant une perturbation sévère de l'offre. Les exportations vers la Norvège (CV = 1,72) et la République dominicaine (imports, CV = 0,89) présentent également une grande instabilité.
L'impact des chocs géopolitiques et climatiques sur les prix
D'autres chocs significatifs ont marqué la période :
- 2021 : Un choc de prix à l'import en provenance du Royaume-Uni (abaissement de 28,3 %), coïncidant avec les perturbations post-Brexit.
- 2022 : Un important choc de prix à l'export vers l'Afrique du Sud (+56,8 %), reflétant possiblement des tensions sur l'offre ou une demande exceptionnelle. Ces événements, bien que de portée géographique limitée, ont eu des répercussions notables sur la facture globale des importations ou les recettes d'exportation, comme en témoigne leur part dans la valeur échangée.
Conclusion
Le marché européen des gommes, résines et extraits végétaux (CN 13) entre 2015 et 2025 se résume à trois dynamiques principales : une inflation sévère des prix qui a porté la valeur des échanges bien au-delà de la progression des volumes ; une concentration géographique accrue des importations autour de la Chine et de l'Inde, augmentant les risques de dépendance ; et une exposition marquée à des chocs de prix spécifiques et une volatilité élevée sur certains corridors commerciaux.
Cette période a été marquée par une recomposition des flux, avec un effondrement des exportations vers la Russie et un renforcement des échanges avec certains marchés émergents. La forte spécialisation de pays comme la France et l'Espagne au sein de l'UE souligne l'importance stratégique de ce secteur pour certaines économies européennes. À l'avenir, la surveillance des facteurs influençant les prix (conditions climatiques dans les pays d'origine, politique commerciale des grands fournisseurs) et la diversification des sources d'approvisionnement apparaissent comme des enjeux clés pour assurer la résilience de cette filière au sein de l'Union européenne.