Évolution du marché : Gommes et résines (CN 13) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l’évolution des échanges extra‑UE du chapitre 13 de la nomenclature combinée (« GOMMES, RÉSINES ET AUTRES SUCS ET EXTRAITS VÉGÉTAUX ») entre 2015 et 2025. Le chapitre regroupe deux sous‑positions : 1301 (gomme laque, gommes, résines, baumes et oléorésines naturelles) et 1302 (sucs et extraits végétaux, matières pectiques, agar‑agar et autres mucilages et épaississants)[^1]. L’analyse s’appuie uniquement sur les données du tableau de bord du commerce de l’UE, en fréquence annuelle.
Sur la période observée, l’UE reste exportatrice nette de ces produits, avec un excédent commercial qui passe de 233 M€ en 2015 à 256 M€ en 2025 (+9,6 %)[^2]. Cependant, derrière cette apparente stabilité de la balance, la dynamique est fortement marquée par une inflation des prix à l’exportation, une augmentation des volumes importés et un réalignement profond des partenaires commerciaux.
1. Les extraits végétaux (1302) tirent l’essentiel de la valeur, tandis que les gommes naturelles (1301) progressent plus modestement
Le chapitre 13 se décompose en deux univers très différents en termes de poids, de prix et de dynamique. Le tableau ci‑dessous résume l’évolution des deux sous‑positions pour les flux extra‑UE.
Tableau 1 – Échanges extra‑UE par sous‑position (2015 vs 2025)
| Flux | Code | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Quantité 2015 (t) | Quantité 2025 (t) | Prix unitaire 2015 (€/t) | Prix unitaire 2025 (€/t) |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Exportations | 1302 | 583,2 | 1 413,0 | 65 966 | 86 211 | 8 841 | 16 385 |
| Exportations | 1301 | 122,7 | 209,0 | 33 909 | 33 701 | 3 619 | 6 201 |
| Importations | 1302 | 727,9 | 1 135,7 | 122 486 | 179 506 | 5 943 | 6 326 |
| Importations | 1301 | 169,5 | 246,2 | 82 203 | 90 784 | 2 062 | 2 712 |
Source : Comparaison par sous‑position.
Le sous‑chapitre 1302 représente plus de 85 % de la valeur exportée et concentre les plus fortes hausses de prix
Les « sucs et extraits végétaux » (1302) constituent le cœur de la valeur exportée. En 2025, ils pèsent 1 413 M€, soit 87 % de la valeur totale des exportations du chapitre, contre 83 % en 2015. Leur prix unitaire a bondi de 8 841 €/t à 16 385 €/t pendant que les quantités exportées progressaient de 65 966 t à 86 211 t. Le sous‑chapitre 1301, malgré une hausse de prix de 3 619 €/t à 6 201 €/t, voit ses volumes stagner, confirmant une montée en gamme générale du panier exporté.
À l’importation, la sous‑position 1302 affiche un bond en volume de 46 %, alors que le 1301 connaît une inflation de prix nettement plus marquée
Les importations de 1302 ont crû de 122 486 t à 179 506 t (+46 %), tandis que le prix unitaire n’augmentait que de 5 943 €/t à 6 326 €/t. À l’inverse, le 1301 enregistre une progression modérée des volumes (+10 %) mais un renchérissement sensible (+31 % du prix unitaire). L’UE importe donc des matières premières relativement peu transformées (résines, gommes brutes) dont les prix montent, tout en important des volumes croissants d’extraits à prix quasi stables.
L’excédent commercial est presque intégralement porté par le 1302, avec un différentiel de prix très favorable
En 2025, l’excédent du chapitre (256 M€) provient pour l’essentiel du solde positif du 1302 (exportations moins importations ≈ 277 M€), tandis que le 1301 est déficitaire d’environ 37 M€. L’écart de prix entre l’export et l’import sur le 1302 (16 385 €/t contre 6 326 €/t) illustre la forte valeur ajoutée dégagée par l’industrie européenne de transformation des extraits végétaux.
2. Une spécialisation intra‑UE contrastée : la France et l’Espagne dominent, les Pays‑Bas s’affirment comme hub d’importation
La ventilation des flux par État membre révèle des positions commerciales très hétérogènes, avec quelques pays spécialisés qui captent l’essentiel des exportations et une géographie des importations qui évolue rapidement.
Tableau 2 – Principaux États membres exportateurs et importateurs (2015 vs 2025)
| Rang | Exportateur | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation | Importateur | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 1 | France | 292,9 | 458,3 | +56,5 % | Allemagne | 241,1 | 299,9 | +24,4 % |
| 2 | Allemagne | 280,6 | 336,7 | +20,0 % | France | 179,6 | 273,2 | +52,1 % |
| 3 | Espagne | 165,8 | 319,4 | +92,6 % | Pays‑Bas | 59,7 | 159,6 | +167,3 % |
| 4 | Danemark | 177,6 | 185,5 | +4,5 % | Italie | 72,2 | 136,9 | +89,6 % |
| 5 | Italie | 97,2 | 144,3 | +48,5 % | Espagne | 84,9 | 173,2 | +103,9 % |
Source : Principaux déclarants.
La France, l’Espagne et l’Allemagne restent les premiers exportateurs, mais les croissances les plus fortes sont enregistrées par l’Espagne, la Tchéquie et l’Italie
Avec 458 M€ d’exportations en 2025, la France conforte sa position de leader. L’Espagne (+92,6 %) et la Tchéquie (+78,1 %) affichent toutefois les progressions les plus vives, signe d’un élargissement des capacités de transformation. L’Allemagne, bien que deuxième exportatrice, voit sa croissance s’essouffler (+20,0 %), tandis que le Danemark évolue de manière quasi horizontale (+4,5 %).
Les importations sont moins concentrées, avec une montée en puissance des Pays‑Bas et de l’Italie
Le classement des importateurs évolue sensiblement. Les Pays‑Bas (+167,3 %), l’Italie (+89,6 %) et l’Espagne (+103,9 %) se distinguent par des hausses marquées, probablement liées à la fois à l’essor de la transformation intérieure et au rôle de plateforme logistique (notamment néerlandaise). La Belgique et le Danemark enregistrent quant à eux un repli modéré (‑7,6 % et ‑1,6 %), suggérant une réorientation des flux vers d’autres hubs.
Les indices de spécialisation (RSCA) confirment l’avantage comparatif de l’Espagne, de la France et de Chypre
En 2025, l’indice de spécialisation à l’exportation (RSCA) le plus élevé est observé en Espagne (0,513), suivie de près par la France (0,507) et Chypre (0,441)[^3]. Ces pays possèdent un avantage comparatif révélé très net dans les gommes, résines et extraits. À l’opposé, Malte (‑0,988), la Hongrie (‑0,950) et la Roumanie (‑0,926) restent très peu spécialisés. La concentration des importations extra‑UE (indice HHI) est passée de 900 à 1 208 (+34,2 %), traduisant un resserrement des sources d’approvisionnement autour de quelques grands partenaires[^4].
3. Recomposition géopolitique des échanges : l’essor de l’Asie, la chute de la Russie et des chocs de prix généralisés
La période 2015‑2025 est marquée par un basculement des partenaires et plusieurs épisodes de volatilité extrême qui ont imprimé leur marque sur les flux et les prix.
Tableau 3 – Principaux partenaires extra‑UE (2015 vs 2025)
| Flux | Partenaire | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|---|
| Importations | Chine | 168,7 | 375,2 | +122,5 % |
| Importations | Inde | 128,0 | 226,1 | +76,6 % |
| Importations | Viêt Nam | 0,066 | 22,7 | +34 139 % |
| Exportations | États‑Unis | 274,4 | 389,9 | +42,1 % |
| Exportations | Royaume‑Uni | 86,2 | 101,1 | +17,3 % |
| Exportations | Russie | 73,5 | 39,5 | ‑46,3 % |
| Exportations | « non spécifié » | 19,7 | 198,6 | +908,5 % |
Source : Principaux partenaires.
La Chine et l’Inde fournissent ensemble près de 43 % des importations extra‑UE en 2025, avec une émergence spectaculaire mais très volatile du Viêt Nam
La Chine est devenue le premier fournisseur, sa valeur d’importation passant de 168,7 M€ à 375,2 M€. L’Inde suit avec 226,1 M€. Le Viêt Nam, quasi absent en 2015, a vu ses livraisons bondir, culminant à 91,4 M€ en 2022 avant de retomber à 22,7 M€ en 2025. Le coefficient de variation des quantités importées du Viêt Nam atteint 1,38, le plus élevé de tous les partenaires majeurs, illustrant l’instabilité extrême de ce flux[^5]. Le prix unitaire des importations vietnamiennes a connu un choc de +588,7 % en 2017, confirmant la nature erratique de cet approvisionnement[^6].
À l’exportation, les États‑Unis demeurent le premier client, mais les flux vers la Russie se sont effondrés et le Brexit a temporairement perturbé le commerce avec le Royaume‑Uni
Les ventes vers les États‑Unis ont progressé de 274,4 M€ à 389,9 M€ (+42,1 %), avec un pic à 624,7 M€ en 2022. En revanche, les exportations vers la Russie ont chuté de 46,3 % sous l’effet des sanctions, passant de 73,5 M€ à 39,5 M€. Le Royaume‑Uni a subi un choc de prix à l’importation de ‑28,3 % en 2021, en lien direct avec la sortie du marché unique, avant de retrouver un certain équilibre (101,1 M€ en 2025 contre 86,2 M€ en 2015)[^7]. La rubrique « pays et territoires non spécifiés » a connu une envolée de 908,5 %, ce qui complique la lecture de la réorientation réelle des flux et suggère un recours accru à des circuits confidentiels.
L’année 2022 a constitué un pic de prix généralisé, touchant aussi bien les importations chinoises que les exportations vers les États‑Unis
Un choc de prix de +38,4 % a été détecté sur les importations chinoises en 2022, tandis que les exportations vers les États‑Unis subissaient un renchérissement de +35,7 % la même année. D’autres destinations comme l’Afrique du Sud (+56,8 % sur les prix d’exportation) ou l’Australie (+101,4 %) ont également connu des hausses brutales[^8]. Ce mouvement général de 2022 reflète une combinaison de tensions logistiques post‑pandémie, de hausse des coûts des intrants et d’une forte demande mondiale pour les extraits naturels.
Conclusion
Le marché extra‑UE des gommes, résines et extraits végétaux (CN 13) a connu, entre 2015 et 2025, une expansion en valeur nettement plus rapide que celle des volumes, sous l’impulsion d’une forte inflation des prix à l’exportation, concentrée sur les sucs et extraits (1302). L’Europe conserve un excédent commercial, mais celui‑ci dépend de manière critique de son avantage technologique et qualitatif dans la transformation des extraits végétaux. Parallèlement, la carte des fournisseurs s’est recomposée au profit de l’Asie, avec une Chine dominante, une Inde en croissance et un Viêt Nam très volatil, tandis que les exportations vers la Russie se sont effondrées et que le Brexit a perturbé durablement les échanges avec le Royaume‑Uni. Des chocs de prix multiples, culminant en 2022, rappellent la sensibilité de ce secteur aux aléas géopolitiques et logistiques. La concentration des importations et la spécialisation de quelques États membres (Espagne, France) accentuent encore le caractère stratégique de cette filière pour l’Union européenne.
[^1]: Définition du produit [^2]: Vue d’ensemble du commerce [^3]: Pays les plus spécialisés [^4]: Indice de concentration HHI [^5]: Volatilité par partenaire [^6]: Principaux chocs détectés [^7]: Chocs de prix – Royaume‑Uni [^8]: Chocs de prix – exportations