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Évolution du marché : Cacao et préparations (CN 18) — 2015–2025

Introduction

Le code combiné 18 — CACAO ET SES PRÉPARATIONS — regroupe les fèves de cacao brutes ou torréfiées (1801), les déchets de cacao (1802), la pâte de cacao (1803), le beurre de cacao (1804), la poudre de cacao (1805) et les préparations alimentaires à base de cacao comme le chocolat (1806). Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'Union européenne dans ce secteur a connu une transformation profonde : les valeurs ont été multipliées par plus de deux, portées par une envolée des prix unitaires sans précédent au cours des dernières années, tandis que les volumes n'ont que modérément progressé. La balance commerciale, proche de l'équilibre en 2015, s'est creusée en un déficit massif, reflétant une dépendance accrue de l'UE vis-à-vis des approvisionnements en matières premières cacaoyères, principalement originaires d'Afrique de l'Ouest.

Ce rapport analyse les grandes dynamiques de ce marché en trois volets : d'abord la transformation structurelle des flux commerciaux de l'UE ; ensuite l'onde de choc des prix qui a marqué les dernières années ; enfin, la géographie et la vulnérabilité de l'approvisionnement européen.


1. Une Union européenne devenue structurellement déficitaire

1.1. L'inversion de la balance commerciale entre 2015 et 2025

La trajectoire la plus marquante de cette décennie est le basculement de l'UE d'une position quasi-équilibrée vers un déficit commercial prononcé.

Indicateur 2015 2019 2025 Variation 2015–2025
Importations (valeur) 7,30 Mrd € 7,37 Mrd € 21,89 Mrd € +199,9 %
Exportations (valeur) 6,95 Mrd € 7,89 Mrd € 16,22 Mrd € +133,2 %
Solde commercial −346 M € +1,69 Mrd € −5,68 Mrd € −1 539 %
Importations (volume) 2,27 Mt 2,83 Mt 2,50 Mt +10,4 %
Exportations (volume) 1,51 Mt 1,89 Mt 1,80 Mt +19,1 %

Sources : Vue d'ensemble du commerce

En 2015, l'UE importait pour 7,30 milliards d'euros et exportait pour 6,95 milliards, soit un déficit modeste de 346 millions d'euros. L'année 2019 marque un pic d'équilibre avec un excédent de 1,69 milliard d'euros — la dernière année où l'UE a été exportateur net. Dès 2021, la situation s'inverse brutalement et le déficit atteint 5,68 milliards d'euros en 2025. Cette inversion s'explique quasi intégralement par la hausse des prix d'importation : les volumes importés n'ont progressé que de 10,4 %, tandis que les prix unitaires moyens d'importation sont passés de 3 218 €/t à 8 745 €/t (+171,8 %).

1.2. Une production européenne en forte croissance, mais insuffisante pour couvrir la demande

Paradoxalement, la production intérieure de l'UE a connu une croissance vigoureuse sur la période :

Indicateur 2015 2025 Variation
Production (quantité) 5,16 Mrd kg 7,40 Mrd kg +43,5 %
Production (valeur) 18,60 Mrd € 32,36 Mrd € +74,0 %

La valeur de la production a progressé nettement plus vite que les volumes (+74 % contre +43,5 %), ce qui reflète là encore l'impact de la hausse des prix des matières premières sur la valeur ajoutée des produits transformés. L'industrie européenne — concentrée aux Pays-Bas, en Belgique, en Allemagne et en France — est un transformateur majeur, mais elle dépend massivement de l'importation de fèves et de pâte pour alimenter ses usines.

1.3. Un rôle de plus en plus tourné vers l'exportation

L'indicateur de propension à l'exporter confirme cette vocation exportatrice : il est passé de 12,9 % en 2015 à 39,7 % en 2025 (+207 %). L'intensité commerciale est passée de 18,9 % à 50,3 % (+165 %). L'UE est ainsi devenue un carrefour mondial du cacao : elle importe des matières premières à forte valeur (fèves, beurre, pâte) et réexporte des produits à plus forte valeur ajoutée, notamment le chocolat (CN 1806), qui représente la part dominante des exportations.


2. L'envolée des prix depuis 2022 : une onde de choc historique

2.1. Des prix unitaires qui ont littéralement doublé en quatre ans

La dynamique la plus spectaculaire de la période 2015–2025 est la hausse des prix unitaires, qui s'est accélérée de manière exponentielle à partir de 2022.

Année Prix import (€/t) Prix export (€/t)
2015 3 218 4 611
2018 2 551 4 400
2020 2 569 4 468
2022 3 514 5 465
2023 4 424 6 162
2024 6 931 7 901
2025 8 745 9 027

Sources : Vue d'ensemble du commerce

Les prix d'importation ont bondi de 2 459 €/t (minimum historique) à 8 745 €/t, soit une multiplication par 3,6. Les prix d'exportation ont suivi un mouvement similaire, passant de 4 179 €/t à 9 027 €/t. L'essentiel de cette hausse se concentre sur la période 2022–2025, avec une accélération particulièrement forte entre 2023 et 2024.

2.2. Des segments différemment affectés : le beurre de cacao en tête

L'analyse par sous-produit révèle que tous les segments ont connu des hausses de prix, mais avec des intensités très variables :

Sous-produit Prix import 2015 (€/t) Prix import 2025 (€/t) Variation
1804 – Beurre de cacao 4 952 14 876 +200 %
1806 – Chocolat et préparations 5 040 8 483 +68 %
1801 – Fèves de cacao 2 830 8 077 +185 %
1803 – Pâte de cacao 2 768 8 163 +195 %
1805 – Poudre de cacao 2 158 6 716 +211 %
1802 – Déchets de cacao 800 2 348 +194 %

Le segment du beurre de cacao (1804) a connu la hausse la plus violente en valeur absolue, avec des prix d'importation passés de 4 952 à 14 876 €/t. Ce produit, essentiel à l'industrie chocolatière (texture, onctuosité), a été particulièrement affecté par les tensions sur l'offre de fèves, le beurre représentant environ 50 % de la valeur des fèves. La poudre de cacao (1805) a proportionnellement connu la plus forte hausse (+211 %), tirée par la hausse des cours mondiaux.

2.3. Des chocs de prix ponctuels sur des fournisseurs de niche

L'analyse des chocs d'approvisionnement identifie plusieurs événements de prix aberrants sur des flux de faible valeur absolue :

Partenaire Type de choc Flux Abnormalité Variation Année
Burkina Faso Prix Import 2 073 +119 % 2020
Érythrée Prix Export 1 673 +105 % 2019
Émirats arabes unis Prix Import 912 +63 % 2019

Ces événements, bien que spectaculaires en termes d'anomalie statistique, concernent des flux marginaux (part de valeur quasi nulle). Ils reflètent davantage la volatilité inhérente aux échanges de niche (petits volumes, spécifications particulières) qu'un risque systémique. Le risque principal pour l'UE réside dans les fluctuations des grands fournisseurs, analysées ci-après.


3. Une géographie de l'approvisionnement concentrée et vulnérable

3.1. La domination de l'Afrique de l'Ouest sur les importations de matières premières

La structure des partenaires d'importation révèle une dépendance marquée vis-à-vis d'un petit nombre de fournisseurs africains :

Partenaire Import 2015 (€) Import 2025 (€) Variation Part 2025 (approx.)
Côte d'Ivoire 2,74 Mrd 8,21 Mrd +200 % 37 %
Ghana 1,22 Mrd 2,64 Mrd +116 % 12 %
Cameroun 437 M 2,07 Mrd +373 % 9 %
Nigeria 425 M 2,01 Mrd +373 % 9 %
Équateur 150 M 1,23 Mrd +723 % 6 %
Royaume-Uni 708 M 1,11 Mrd +56 % 5 %
Suisse 522 M 871 M +67 % 4 %

La Côte d'Ivoire, premier producteur mondial de cacao, fournit à elle seule plus d'un tiers des importations de valeur de l'UE. Avec le Ghana, le Cameroun et le Nigeria, les quatre pays d'Afrique de l'Ouest représentent environ 67 % des importations. L'Équateur (+722 %) et le Nigeria (+373 %) ont connu les plus fortes hausses, traduisant une diversification partielle vers l'Amérique latine et l'Afrique subsaharienne hors zone franc.

Le degré de concentration des importations (HHI), estimé à 1 923 en 2015, est légèrement redescendu à 1 817 en 2025 (−5,6 %). Ce niveau reste élevé — compatible avec un marché oligopsonique/oligopolistique — et confirme la concentration géographique persistante des approvisionnements.

3.2. Un réseau d'exportations plus diversifié, mais dominé par le Royaume-Uni

Les exportations de l'UE se dirigent vers un éventail plus large de partenaires, avec un HHI qui a diminué de 1 256 à 1 013 (−19,4 %) :

Partenaire Export 2015 (€) Export 2025 (€) Variation
Royaume-Uni 2,20 Mrd 4,18 Mrd +90 %
États-Unis 604 M 1,98 Mrd +228 %
Suisse 455 M 1,19 Mrd +162 %
Russie 376 M 1,01 Mrd +170 %
Turquie 251 M 904 M +260 %
Ukraine 87 M 527 M +503 %
Canada 181 M 456 M +153 %

Le Royaume-Uni demeure de loin le premier client, absorbant environ 26 % des exportations. Les États-Unis (+228 %), la Turquie (+260 %) et surtout l'Ukraine (+503 %) affichent les taux de croissance les plus spectaculaires. La volatilité des flux vers ces partenaires reste toutefois élevée, comme en témoignent les coefficients de variation : 0,27 pour l'Ukraine et 0,22 pour la Turquie, contre seulement 0,05 pour le Royaume-Uni et la Suisse.

3.3. Une spécialisation européenne qui se renforce, mais sous contrainte d'approvisionnement

Les indicateurs de spécialisation pour l'année 2025 révèlent une concentration géographique intra-européenne du secteur :

Pays membre RSCA RCA Part des exportations EU
Belgique 0,33 1,98 16,8 %
Pays-Bas 0,25 1,66 24,0 %
France 0,06 1,13 8,8 %

Les Pays-Bas et la Belgique concentrent ensemble 40,8 % des exportations européennes, avec des indices RCA supérieurs à 1 confirmant leur avantage comparatif. Les Pays-Bas, en particulier, sont à la fois le premier importateur (8,80 Mrd €) et le premier exportateur (4,46 Mrd €) de l'UE, jouant un rôle de hub logistique et de transformation. À l'inverse, Malte (RCA = 0,002), l'Irlande (0,036) et Chypre (0,037) sont totalement absentes de ce secteur.

La dépendance nette aux importations s'est considérablement accrue, passant de −5,9 % en 2015 à −22,7 % en 2025, avec un point bas à −26,6 % (correspondant à la période de plus fort déficit). Cette valeur négative croissante signifie que l'UE dépend structurellement des importations pour couvrir sa consommation intérieure, et que cette dépendance s'est quasi quadruplée en dix ans.


Conclusion

Sur la période 2015–2025, le marché européen du cacao et de ses préparations a subi une triple mutation. Premièrement, l'UE est passée d'une position d'équilibre commercial à un déficit de 5,68 milliards d'euros, principalement sous l'effet de l'envolée des prix des matières premières. Deuxièmement, les prix unitaires ont atteint des niveaux historiques en 2024–2025, avec des hausses comprises entre 68 % (chocolat) et 211 % (poudre de cacao), pénalisant les importateurs et transformateurs européens. Troisièmement, la concentration géographique de l'approvisionnement — 67 % des importations en valeur provenant de quatre pays d'Afrique de l'Ouest — constitue une vulnérabilité structurelle, que la légère diversification vers l'Équateur et le Nigeria ne suffit pas à atténuer.

L'industrie européenne dem néanmoins un acteur majeur de la transformation, avec une production intérieure en croissance de 43,5 % en volume et 74 % en valeur. Sa compétitivité repose sur un avantage comparatif confirmé (RCA > 1 pour les Pays-Bas, la Belgique et la France) et un rôle de réexportateur de produits à forte valeur ajoutée. Toutefois, la dépendance nette aux importations (−22,7 %) et la persistance de la concentration des fournisseurs soulignent la nécessité d'une stratégie d'approvisionnement diversifiée et résiliente pour sécuriser la filière cacao européenne dans les années à venir.

Généré le 2026-08-07. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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