Évolution du marché : Coques et pellicules de cacao (CN 1802) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne pour le code NC 1802, couvrant les coques, pellicules (pelures) et autres déchets de cacao, sur la période 2015–2025. Ce produit, issu de la transformation du cacao, trouve principalement des débouchés dans l'industrie agroalimentaire (infusions, compléments alimentaires), la cosmétique et la production d'aliments pour animaux. Les données analysées révèlent un marché profondément transformé sur la décennie, marqué par un basculement des volumes vers les prix, une réorganisation géographique des flux et une instabilité croissante sur certains partenaires clés.
1. Une décennie de transformation : du volume vers la valeur
L'effondrement des volumes échangés masqué par la flambée des prix
La dynamique la plus marquante de la période réside dans la divergence profonde entre volumes et valeurs. Du côté des importations de l'UE, les quantités ont reculé de 6 125 à 3 734 tonnes (−39 %), tandis que la valeur totale a bondi de 4,90 M€ à 8,77 M€ (+79 %). Cette contradiction apparente s'explique par une hausse spectaculaire du prix unitaire moyen à l'importation, passé de 800 à 2 348 €/t (+193,6 %) (Vue d'ensemble du commerce).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations | |||
| Valeur (€) | 4 899 468 | 8 770 058 | +79,0 % |
| Volume (t) | 6 125 | 3 734 | −39,0 % |
| Prix moyen (€/t) | 800 | 2 348 | +193,6 % |
| Exportations | |||
| Valeur (€) | 4 044 697 | 4 122 344 | +1,9 % |
| Volume (t) | 10 781 | 5 930 | −45,0 % |
| Prix moyen (€/t) | 375 | 695 | +85,3 % |
Un déficit commercial qui se creuse considérablement
La combinaison d'un recul des volumes exportés (−45 %) et d'une valeur d'exportation quasi stable (+1,9 %) contraste avec l'augmentation marquée de la valeur des importations. Le solde commercial s'est ainsi détérioré de −855 K€ en 2015 à −4 648 K€ en 2025, soit une dégradation de 443,7 %. L'UE, qui était presque à l'équilibre en valeur au milieu des années 2010, est devenue structurellement déficitaire (Vue d'ensemble). Cela traduit une tension offre-demande sur les déchets de cacao, dont la valorisation progresse en lien avec la dynamique globale du marché du cacao.
Le renchérissement du cacao se propage à ses sous-produits
La hausse des prix observée s'inscrit dans le contexte plus large de la crise du cacao qui a touché les marchés mondiaux à partir de 2023–2024, avec des récoltes déficitaires en Afrique de l'Ouest. Les coques et pellicules, sous-produits de la torréfaction et du décorticage des fèves, reflètent cette dynamique : leur prix augmente à la fois par effet de raréfaction de la matière première et par une meilleure valorisation dans des filières (cosmétique, nutraceutique) en croissance.
2. Une diversification des approvisionnements et la montée de nouveaux fournisseurs africains
Le déclin du Ghana et la montée en puissance du Cameroun, de la Côte d'Ivoire et du Nigeria
En 2015, le Ghana dominait très largement les importations de l'UE pour le code 1802, avec 3,70 M€, soit une part prépondérante du total. En 2025, ses exportations vers l'UE ont reculé à 2,31 M€ (−37,6 %), conservant un rôle majeur mais perdant sa position hégémonique (Partenaires par valeur).
| Partenaire import | Valeur 2015 (€) | Valeur 2025 (€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Ghana | 3 696 382 | 2 305 783 | −37,6 % |
| Côte d'Ivoire | 177 304 | 1 153 656 | +550,7 % |
| Cameroun | 101 | 2 422 504 | +2 398 419 %* |
| Nigeria | 10 432 | 499 349 | +4 687 % |
| Indonésie | 110 514 | 538 361 | +387,1 % |
| Rép. dominicaine | 289 437 | 508 537 | +75,7 % |
| Suisse | 9 013 | 112 491 | +1 148 % |
*Partir d'une base quasi nulle explique le pourcentage extrême ; l'essentiel est l'ampleur du flux en 2025.
Le Cameroun est devenu en 2025 le premier partenaire en valeur des importations de l'UE (2,42 M€), devant le Ghana, alors qu'il n'exportait que pour 101 € vers l'UE en 2015. La Côte d'Ivoire a multiplié ses livraisons par 6,5. Le Nigeria a également émergé comme un fournisseur significatif. Cette réorganisation reflète à la fois le développement de l'industrie de transformation du cacao dans ces pays (investissements dans le décorticage local) et la recherche par l'UE de diversification de ses sources d'approvisionnement après les crises de production au Ghana.
Une concentration des importations en nette diminution
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) sur les importations par valeur est passé de 5 793 à 1 849 (−68,1 %), confirmant une diversification structurelle des fournisseurs de l'UE (Concentration HHI). Ce niveau de HHI caractérise un marché modérément concentré, contre fortement concentré en début de période. La montée du Cameroun, de la Côte d'Ivoire, du Nigeria et de l'Indonésie a profondément redistribués les parts de marché.
Une volatilité élevée sur certains fournisseurs émergents
Les coefficients de variation (CV) sur la période révèlent une volatilité significative sur plusieurs partenaires d'importation, notamment le Brésil (CV 1,91), le Royaume-Uni (1,86) et la Guinée (1,67). Les fournisseurs plus établis comme le Ghana (CV 0,57) ou la Côte d'Ivoire (CV 0,70) offrent une relative stabilité, tandis que les partenaires émergents présentent des flux plus erratiques, caractéristiques d'un marché en restructuration (Volatilité).
3. Reconfiguration des flux intra-européens et des marchés de destination à l'export
Un basculement spectaculaire des pôles d'importation au sein de l'UE
La répartition des importations entre États membres a connu des changements radicaux. Les Pays-Bas, principal hub historique, ont vu leurs importations reculer de 3,81 M€ à 2,43 M€ (−36,1 %). À l'inverse, la Lituanie est passée d'un flux marginal de 6 101 € à 4,89 M€ en 2025 (+79 969 %), devenant le premier importateur de l'UE (Importateurs par valeur).
| Membre importateur | Valeur 2015 (€) | Valeur 2025 (€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Lituanie | 6 101 | 4 885 031 | +79 969 % |
| Pays-Bas | 3 811 516 | 2 434 245 | −36,1 % |
| Allemagne | 422 196 | 859 994 | +103,7 % |
| France | 12 999 | 77 384 | +495,3 % |
| Belgique | 1 433 | 70 393 | +4 812 % |
| Espagne | 639 876 | 103 499 | −83,8 % |
| Portugal | 938 | 11 | −98,8 % |
L'ascension de la Lituanie est le fait le plus remarquable. Ce pays, qui disposait d'un tissu industriel lié au cacao quasi inexistant en 2015, est devenu en dix ans le premier importateur de coques et pellicules de cacao de l'UE. Ce développement est vraisemblablement lié à l'installation ou à l'expansion d'unités de transformation sur son territoire, potentiellement en lien avec les flux commerciaux vers les pays voisins de la région baltique et d'Europe de l'Est.
La Pologne, nouveau champion européen des exportations
Du côté des exportations intra-européennes vers des pays tiers, la Pologne a connu une progression spectaculaire, passant de 117 662 € à 2 038 304 € (+1 632 %), devenant le premier exportateur de l'UE (Exportateurs par valeur). L'Estonie (+4 038 %) et la Bulgarie (+2 258 %) ont également émergé.
En parallèle, les exportateurs historiques se sont effondrés :
- Pays-Bas : de 1,07 M€ à 91 558 € (−91,4 %)
- Espagne : de 2,42 M€ à 279 489 € (−88,5 %)
L'Allemagne a suivi une trajectoire plus modérée (+93,2 %), tandis que la Tchéquie a doublé ses exportations (+137,4 %). Cette reconfiguration suggère un déplacement des activités de reconditionnement et de réexportation des coques de cacao vers l'Europe de l'Est, probablement motivé par des coûts de main-d'œuvre plus compétitifs et des positionnements logistiques adaptés aux flux vers l'Asie et l'Europe de l'Est.
L'effondrement des exportations vers le Royaume-Uni et la montée de l'Ukraine
La destination des exportations hors UE a également été transformée. Le Royaume-Uni, premier client en 2015 (486 K€), a vu ses achats chuter à 175 € en 2025 (−100 %). Ce quasi-effondrement peut s'expliquer par le Brexit (effet barrière tarifaire et réglementaire à partir de 2021) et la restructuration des chaînes d'approvisionnement britanniques (Chocs d'approvisionnement).
À l'inverse, l'Ukraine est devenue un client majeur, passant de 140 310 € à 1 216 823 € (+767 %). Le Cambodia a également progressé significativement (98 221 € → 397 633 €, +305 %), reflétant potentiellement le développement d'une industrie chocolatière en Asie du Sud-Est.
| Partenaire export | Valeur 2015 (€) | Valeur 2025 (€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Ukraine | 140 310 | 1 216 823 | +767 % |
| Russie | 951 780 | 649 379 | −31,8 % |
| Cambodge | 98 221 | 397 633 | +305 % |
| Suisse | 127 293 | 101 248 | −20,5 % |
| Royaume-Uni | 485 506 | 175 | −100 % |
| Canada | 299 590 | 950 | −99,7 % |
| Turquie | 41 000 | 22 107 | −46,1 % |
Des chocs de prix ponctuels mais d'ampleur remarquable
L'analyse des chocs détectés sur la période met en évidence trois événements majeurs (Chocs d'approvisionnement) :
-
Cameroun (importations, 2020) : choc de prix avec une hausse de 2 796 %, représentant 12,9 % de la valeur totale des importations. Ce pic correspond à l'émergence fulgurante du Cameroun comme fournisseur de l'UE, probablement lié à de premiers contrats d'exportation à forte valeur ajoutée.
-
Royaume-Uni (exportations, 2023) : hausse de prix de 1 271 %, avec 29,8 % de la valeur totale des exportations. Ce choc isolé, à un moment où les volumes vers le Royaume-Uni avaient déjà chuté, peut refléter des transactions ponctuelles à prix élevé.
-
Canada (exportations, 2021) : hausse de 1 493 %, avec 8,4 % de la valeur totale des exportations. Un pic qui précède l'effondrement quasi total des flux vers ce pays les années suivantes.
Conclusion
Le marché européen des coques et pellicules de cacao (CN 1802) a connu une transformation profonde entre 2015 et 2025. Trois tendances majeures structurent cette évolution : (1) un renchérissement généralisé des prix à l'importation comme à l'exportation, tiré par la dynamique globale du marché du cacao et la meilleure valorisation de ses sous-produits ; (2) une diversification géographique des approvisionnements, avec l'émergence du Cameroun, de la Côte d'Ivoire et du Nigeria face au recul relatif du Ghana ; et (3) une reconfiguration des pôles d'activité au sein de l'UE, avec l'ascension de la Lituanie et de la Pologne au détriment des Pays-Bas et de l'Espagne.
La dégradation du solde commercial de l'UE (de −0,9 M€ à −4,6 M€) témoigne d'un renforcement de la dépendance européenne vis-à-vis des importations, dans un contexte où les prix continuent de progresser. Les volumes en baisse, combinés à des prix en forte hausse, suggèrent un marché sous tension offre, où la valorisation des déchets de cacao progresse mais où l'accès à la matière première se raréfie. Les acteurs européens du secteur devront naviguer dans cet environnement marqué par la volatilité des prix, la reconfiguration des chaînes d'approvisionnement et les risques géopolitiques pesant sur certains partenaires clés.