Explorer les données en direct

Évolution du marché : Cacao en fèves (CN 1801) — 2015–2025

Introduction

Le code NC 1801 couvre le cacao en fèves et brisures de fèves, bruts ou torréfiés. L'Union européenne, dépourvue de production domestique significative de cacao, constitue l'un des plus grands importateurs mondiaux de cette matière première, approvisionnant son industrie chocolatière de premier plan. Sur la période 2015–2025, le marché européen du cacao cru a connu des transformations profondes, marquées par une explosion des prix, une géographie des approvisionnements en mutation et une structuration remarquable de quelques États membres comme plateformes de redistribution. Ce rapport propose une analyse des dynamiques observées sur les échanges extérieurs de l'UE pour ce produit, en s'appuyant sur les données du tableau de bord du commerce de l'UE.


I. Une dépendance structurelle renforcée par l'envolée des prix

Une valeur des importations multipliée par trois tandis que les volumes stagnent

L'UE a importé pour 4,12 milliards d'euros de cacao en fèves en 2015, pour un volume de 1 455 160 tonnes. En 2025, la valeur atteint 12,37 milliards d'euros, soit une progression de +200,3 %, alors que le volume n'augmente que de +5,2 % (1 530 957 tonnes). L'écart entre ces deux trajectoires est le fait d'une hausse considérable du prix unitaire moyen, passé de 2 830 €/t à 8 077 €/t (+185,5 %). Le graphique des échanges illustre nettement cette divergence : la courbe de valeur s'envole à partir de 2023–2024, tandis que celle des volumes demeure relativement plate.

Un déficit commercial qui s'approfondit massivement

Le solde commercial de l'UE pour le CN 1801 est structurellement déficitaire, l'UE n'étant pas un producteur de cacao. Ce déficit passe de −4,09 milliards d'euros en 2015 à −12,11 milliards d'euros en 2025, soit une aggravation de 196,1 %. La croissance des exportations, bien que spectaculaire en pourcentage (+788,9 %), reste modeste en valeur absolue : elles passent de 29 millions d'euros à 259 millions d'euros, un montant qui ne représente que 2,1 % de la valeur des importations en 2025.

Indicateur 2015 2025 Variation
Importations (valeur, Mds €) 4,12 12,37 +200,3 %
Importations (volume, kt) 1 455 1 531 +5,2 %
Importations (prix moyen, €/t) 2 830 8 077 +185,5 %
Exportations (valeur, M€) 29 259 +788,9 %
Exportations (volume, kt) 8,8 33,2 +277,2 %
Solde commercial (Mds €) −4,09 −12,11 −196,1 %

Sources : Échanges UE avec les pays tiers

Des prix en forte hausse depuis 2023, amplifiant le choc sur la facture d'importation

Le prix unitaire moyen des importations a connu une trajectoire relativement stable entre 2015 et 2021 (oscillant autour de 2 000–2 800 €/t avec un minimum à 1 986 €/t), avant d'entamer une progression accélérée. En 2025, il atteint 8 077 €/t, un niveau jamais observé sur la période. Ce mouvement s'inscrit dans le contexte de la crise mondiale des prix du cacao survenue en 2023–2024, liée à des conditions météorologiques défavorables en Afrique de l'Ouest (El Niño, swollen shoot virus) et à des problèmes structurels de renouvellement des plantations. Le prix unitaire à l'exportation suit une trajectoire comparable, passant de 3 315 à 7 811 €/t (+135,7 %), ce qui suggère que la hausse reflète bien un phénomène de marché global et non une simple déformation des termes de l'échange UE.


II. Une géographie des approvisionnements à la fois concentrée et en recomposition

L'Afrique de l'Ouest domine, mais le Nigéria et le Cameroun progressent vite

La Côte d'Ivoire demeure de loin le premier fournisseur de l'UE, avec une part dominante. Ses exportations vers l'UE passent de 1,78 milliard d'euros en 2015 à 4,72 milliards en 2025 (+165,5 %), consolidant sa position de premier producteur mondial. Le Ghana, deuxième fournisseur, progresse de 815 millions à 1,40 milliard d'euros (+71,9 %), une croissance plus modeste qui pourrait refléter les difficultés de ce pays (cadre de la Living Income Differential, défis logistiques).

Les fournisseurs d'Afrique de l'Ouest et centrale ont connu des progressions bien plus marquées :

Fournisseur 2015 (M€) 2025 (M€) Variation
Côte d'Ivoire 1 778 4 721 +165,5 %
Ghana 815 1 402 +71,9 %
Nigéria 370 1 690 +357,3 %
Cameroun 384 1 360 +254,5 %
Équateur 137 1 205 +779,6 %
Pérou 125 425 +240,0 %
Rép. dominicaine 124 239 +92,2 %

Sources : Partenaires principaux

L'Amérique latine gagne du terrain : Équateur et Pérou

L'Équateur est le fournisseur dont la progression est la plus spectaculaire sur la période : +779,6 %, de 137 à 1 205 millions d'euros. Le Pérou suit avec +240,0 %. Cette dynamique traduit probablement le développement de la filière « cacao fin de aroma » (fèves de qualité supérieure) en Amérique latine, particulièrement prisée par l'industrie chocolatière européenne pour les chocolats haut de gamme. Elle reflète également la volonté de certains acheteurs européens de diversifier leurs sources d'approvisionnement pour réduire le risque de concentration sur l'Afrique de l'Ouest.

Une concentration des importations en légère baisse, mais toujours élevée

L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations par valeur passe de 2 460 à 2 020 sur la période (−17,9 %), ce qui indique un léger désendetement de la concentration. Un HHI autour de 2 000 reste cependant élevé, confirmant la domination des fournisseurs ouest-africains. Par ailleurs, la volatilité des flux par fournisseur, mesurée par le coefficient de variation, varie considérablement : les fournisseurs traditionnels comme le Cameroun (CV = 0,13) ou la Côte d'Ivoire (CV = 0,15) présentent des flux relativement stables, tandis que des fournisseurs comme la Guinée (CV = 0,62) ou la Sierra Leone (CV = 0,43) sont bien plus volatils. Ce contraste confirme la structure du marché : les grands fournisseurs offrent une fiabilité logistique supérieure.


III. Les Pays-Bas et la Belgique, plaques tournantes du cacao européen

Une concentration des importations intra-UE au sein de quelques pays

Les importations de cacao en fèves ne sont pas réparties uniformément au sein de l'UE. Les Pays-Bas absorbent à eux seuls la plus grande part, passant de 2,02 milliards d'euros en 2015 à 6,16 milliards en 2025 (+205,5 %). La Belgique suit en deuxième position avec une croissance de 726 millions à 2,58 milliards d'euros (+255,4 %). L'Allemagne, l'Espagne, l'Italie et la France complètent le tableau des grands importateurs.

État membre importateur 2015 (M€) 2025 (M€) Variation
Pays-Bas 2 016 6 160 +205,5 %
Belgique 726 2 579 +255,4 %
Allemagne 543 1 097 +102,0 %
Espagne 298 830 +178,9 %
Italie 248 767 +209,5 %
France 248 607 +144,9 %
Bulgarie 0,07 148 +219 707 %

Sources : États membres importateurs

Cette concentration s'explique par la présence historique des industries de transformation du cacao à Rotterdam (Pays-Bas) et dans la région d'Anvers/Zonhoven (Belgique). Ces pays constituent des hubs où les fèves sont déchargées, stockées, traitées et redistribuées vers les transformateurs et chocolatiers de toute l'Europe.

Un avantage comparatif confirmé de la Belgique et des Pays-Bas

Les données de spécialisation confirment cette dynamique : en 2025, la Belgique affiche un indice de spécialisation (RSCA) de 0,78 et un RCA de 8,14, les valeurs les plus élevées de l'UE, ce qui indique une spécialisation très marquée dans le commerce du cacao en fèves. Les Pays-Bas suivent avec un RSCA de 0,32 et un RCA de 1,92, signe d'une spécialisation significative mais moins prononcée. À l'inverse, de grands importateurs comme l'Allemagne (RSCA = −0,87) ou l'Italie (RSCA = −0,84) n'affichent aucune spécialisation à l'exportation, confirmant qu'ils importent pour leur propre consommation industrielle sans jouer de rôle de redistribution.

Des exportations intra-européennes en forte croissance, reflet de ce rôle de hub

Les exportations de l'UE vers les pays tiers progressent de manière spectaculaire, mais c'est la structure des partenaires à l'exportation qui est la plus révélatrice :

Partenaire d'exportation 2015 (M€) 2025 (M€) Variation
Suisse 1,2 112,0 +9 539 %
Biélorussie 0,6 43,3 +7 336 %
Féd. de Russie 4,5 24,9 +451,6 %
Royaume-Uni 18,1 34,2 +88,4 %
Canada 0,01 15,9 +112 312 %
Serbie 0,007 5,0 +74 393 %

Sources : Partenaires d'exportation

La Suisse apparaît comme le premier client de l'UE pour le cacao en fèves, avec une progression explosive de 1,2 à 112 millions d'euros. Ce phénomène est remarquable et s'explique vraisemblablement par le rôle de hub de redistribution exercé par les Pays-Bas et la Belgique à destination de l'industrie chocolatière suisse (Barry Callebaut, Nestlé, Lindt). La Biélorussie et le Canada connaissent des hausses également spectaculaires. Il convient cependant de noter la forte volatilité de ces flux d'exportation : le coefficient de variation est supérieur à 1 pour le Royaume-Uni (1,07), le Canada (1,01), la Suisse (1,93) ou l'Indonésie (1,45), ce qui indique des échanges très irréguliers.

Un événement de choc notable : la flambée des prix à l'exportation vers le Royaume-Uni en 2021

L'analyse des chocs d'approvisionnement a détecté un événement significatif : en 2021, le prix unitaire des exportations de cacao en fèves de l'UE vers le Royaume-Uni a connu une hausse anormale de +212 %, avec un degré d'anormalité de 97,1 (sur 100). Cet événement, qui représentait 18,4 % de la valeur totale des exportations de l'UE cette année-là, coïncide avec les perturbations post-Brexit et les ajustements logistiques liés à la sortie du Royaume-Uni du marché unique. Il s'agit d'un épisode ponctuel, non récurrent, mais qui illustre la sensibilité des échanges de matières premières agricoles aux chocs réglementaires et commerciaux.


Conclusion

Le marché européen du cacao en fèves (CN 1801) entre 2015 et 2025 se caractérise par trois dynamiques principales : (1) une explosion de la valeur des importations, tirée quasi exclusivement par les prix et non par les volumes, dans un contexte de crise mondiale des prix du cacao depuis 2023 ; (2) une géographie des approvisionnements ancrée en Afrique de l'Ouest mais en cours de diversification vers l'Amérique latine ; (3) une concentration remarquable des flux au sein de l'UE autour des Pays-Bas et de la Belgique, qui jouent un rôle de plateforme logistique et de redistribution à l'échelle du continent. L'approfondissement du déficit commercial, porté à −12,1 milliards d'euros en 2025, illustre la vulnérabilité de l'UE aux fluctuations des cours mondiaux du cacao, dans un contexto où la production mondiale peine à répondre à la demande et où les enjeux de durabilité (déforestation, revenu des producteurs, règlement européen EUDR) redessinent les filières d'approvisionnement.

Généré le 2026-08-07. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

Si vous avez besoin de conseils sur la politique commerciale européenne, ou de représentation pour vos intérêts à Bruxelles, merci de me contacter à support@tradedashboard.eu. Vous trouverez mon CV à cette adresse.