Évolution du marché : Ovins et caprins vivants (CN 0104) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 0104 désigne les animaux vivants des espèces ovine ou caprine, subdivisé en ovins vivants (010410) et caprins vivants (010420). Les ovins représentent l'écrasante majorité des échanges, tant à l'exportation (99,2 % de la valeur en 2025) qu'à l'importation (près de 100 %), les caprins restant à un niveau marginal.
Sur la période 2015–2025, l'Union européenne se positionne comme un exportateur net de premier plan, avec une balance commerciale positive passant de 216,3 M€ à 442,8 M€ (+104,7 %). Trois grandes dynamiques structurent cette décennie : une hausse prononcée des prix à l'exportation accompagnée de l'émergence de nouveaux marchés au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, une reconfiguration profonde de la géographie des États membres exportateurs, et un essor spectaculaire des importations acheminées du Royaume-Uni vers l'Irlande.
1. Une forte croissance des exportations portée par la hausse des prix et l'émergence de nouveaux marchés
1.1 La valeur des exportations a plus que doublé, sous l'effet combiné des prix et des volumes
Les exportations de l'UE vers les pays tiers ont progressé de 219,6 M€ en 2015 à 495,0 M€ en 2025, soit une hausse de 125,4 %. Cette croissance repose davantage sur l'augmentation des prix (+55,7 % par tonne) que sur celle des volumes (+44,8 % en tonnes).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur (M€) | 219,6 | 495,0 | +125,4 % |
| Volume (milliers de tonnes) | 80,7 | 116,8 | +44,8 % |
| Prix moyen (€/t) | 2 721 | 4 236 | +55,7 % |
| Nombre de pièces (milliers) | 1 998 | 2 755 | +37,9 % |
| Prix par pièce (€) | 110 | 180 | +63,4 % |
Le pic de volume en tonnes a été atteint en 2019 avec 132 396 t, tandis que le pic en nombre de pièces est observé en 2020 avec 3 212 164 têtes. La valeur, en revanche, a poursuivi sa progression pour atteindre son maximum en 2025, portée par des prix unitaires en hausse quasi continue.
1.2 Les prix à l'exportation ont connu une hausse quasi ininterrompue sur toute la période
Le prix moyen à l'exportation a suivi une trajectoire ascendante remarquablement régulière. Passé d'un creux de 2 517 €/t en 2016 à 4 236 €/t en 2025, il a augmenté de 68 % en moins de dix ans. En prix par tête, la progression est comparable : de 105 €/pièce (minimum en 2016) à 180 €/pièce en 2025 (+63,4 %). Cette dynamique traduit une tension offre-demande favorable aux exportateurs européens, vraisemblablement alimentée par la demande des marchés moyen-orientaux et nord-africains, notamment à l'approche des fêtes religieuses telles que l'Aïd al-Adha, période de forte consommation de moutons vivants.
1.3 De nouveaux marchés ont émergé au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, tandis que d'anciens se sont effondrés
La carte des destinations d'exportation s'est profondément reconfigurée :
| Pays destination | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation | Maximum observé |
|---|---|---|---|---|
| Jordanie | 60,1 | 116,6 | +93,9 % | 178,3 M€ |
| Libye | 135,4 | 29,7 | −78,1 % | 180,6 M€ |
| Algérie | 0,3 | 117,4 | +35 005 % | 117,4 M€ |
| Israël | 0,3 | 111,5 | +32 114 % | 111,5 M€ |
| Maroc | 0,01 | 54,5 | +605 331 % | 142,8 M€ |
| Arabie saoudite | 0,05 | 33,5 | +61 991 % | 126,9 M€ |
| Liban | 15,8 | 6,5 | −58,6 % | 21,0 M€ |
La Libye, premier client de l'UE en 2015 avec 135,4 M€, a vu ses importations s'effondrer à 29,7 M€ en 2025 (−78,1 %), en lien avec l'instabilité politique persistante. À l'inverse, quatre marchés ont émergé comme des destinations majeures : l'Algérie, Israël, le Maroc et l'Arabie saoudite. Le Maroc et l'Arabie saoudite ont atteint des pics respectifs de 142,8 M€ et 126,9 M€ avant de refluer, témoignant d'une volatilité notable (coefficient de variation de 1,14 pour le Maroc et 0,79 pour l'Arabie saoudite). L'Algérie, en revanche, a connu une croissance continue pour atteindre son maximum en 2025, bien que son CV soit élevé (1,82). La Jordanie demeure un client relativement stable (CV de 0,34), consolidant sa position autour de 117 M€.
2. La recomposition géographique de l'appareil exportateur européen
2.1 La Roumanie et l'Espagne dominent les exportations, tandis que le Portugal émerge brutalement
L'analyse des États membres exportateurs révèle un basculement significatif de la hiérarchie :
| État membre | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Roumanie | 101,3 | 241,7 | +138,7 % |
| Espagne | 107,4 | 127,7 | +18,9 % |
| Portugal | 0,004 | 94,7 | — |
| Hongrie | 0,7 | 27,0 | +3 921 % |
| Croatie | 2,6 | 0,2 | −92,3 % |
| France | 2,8 | 0,8 | −73,4 % |
| Bulgarie | 0,06 | 0,01 | −83,8 % |
La Roumanie s'est imposée comme le premier exportateur de l'UE, représentant près de 49 % de la valeur totale des exportations en 2025 (241,7 M€), avec une progression de 138,7 % sur la période. L'Espagne confirme sa position de deuxième rang (127,7 M€, +18,9 %).
Le cas le plus frappant est celui du Portugal : d'un niveau quasi nul en 2015 (4 465 €), le pays a atteint 94,7 M€ en 2025, devenant le troisième exportateur européen. La Hongrie a connu une progression spectaculaire en proportion (+3 921 %), portant ses exportations à 27,0 M€.
2.2 Plusieurs exportateurs traditionnels ont vu leur participation décliner fortement
À l'opposé, plusieurs États membres ont vu leur position s'éroder considérablement :
- La Croatie a perdu 92,3 % de sa valeur d'exportation, passant de 2,6 M€ à 0,2 M€.
- La France, pourtant troisième pays le plus spécialisé dans ce secteur en 2025 (RSCA de 0,59), a réduit ses exportations de 73,4 % (de 2,8 M€ à 0,8 M€).
- La Bulgarie connaît un recul comparable (−83,8 %).
Les indices de spécialisation en 2025 montrent que la Hongrie (RSCA = 0,78) et l'Espagne (RSCA = 0,68) possèdent les avantages comparatifs les plus marqués dans ce secteur, suivis de la France (0,59) et de la Roumanie (0,38).
2.3 La diversification des exportations se traduit par une chute de l'indice de concentration HHI
L'indice de concentration HHI des exportations (en valeur) a chuté de 4 624 à 1 854 entre 2015 et 2025, soit une baisse de 59,9 %. En volume, la diminution est comparable (de 4 214 à 1 871, −55,6 %).
| Indicateur HHI | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations (valeur) | 4 624 | 1 854 | −59,9 % |
| Exportations (volume) | 4 214 | 1 871 | −55,6 % |
| Importations (valeur) | 9 892 | 9 981 | +0,9 % |
| Importations (volume) | 9 730 | 9 985 | +2,6 % |
Cette évolution traduit une diversification nette des destinations d'exportation : les marchés moyen-orientaux et nord-africains se sont multipliés, réduisant la dépendance ancienne vis-à-vis de la Libye. À l'inverse, les importations demeurent extrêmement concentrées sur un seul partenaire, comme le montre la section suivante.
3. L'essor spectaculaire des importations par le corridor irlando-britannique
3.1 Les importations de l'UE ont connu une croissance vertigineuse depuis une base modeste
Les importations de l'UE ont connu une trajectoire de croissance exceptionnelle :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur (M€) | 3,3 | 52,1 | +1 481 % |
| Volume (tonnes) | 980 | 6 505 | +564 % |
| Prix moyen (€/t) | 3 366 | 8 016 | +138,1 % |
| Nombre de pièces | 30 774 | 1 635 194 | +5 214 % |
| Prix par pièce (€) | 107 | 32 | −70,2 % |
La hausse du prix par tonne (+138,1 %) contraste fortement avec l'effondrement du prix par pièce (−70,2 %). Ce décalage signalant un changement structurel dans le profil des animaux importés, analysé en section 3.3. Un premier bond est intervenu en 2019 (passage de 39 157 pièces en 2018 à 386 776 en 2019), suivi d'une seconde accélération en 2024–2025 (de 313 719 pièces en 2023 à 1 635 154 en 2025).
3.2 Le Royaume-Uni constitue la source quasi exclusive des importations, à destination de l'Irlande
Le Royaume-Uni domine les importations de l'UE à lui seul : 52,1 M€ sur 52,1 M€ totaux en 2025, soit 99,9 %. L'indice HHI des importations (9 981) confirme cette concentration quasi absolue. Les autres partenaires — Turquie (87 847 €), Suisse (47 828 €), Albanie (44 677 €) — ne représentent que des flux marginaux.
Côté États membres importateurs, l'Irlande absorbe la quasi-totalité de ce flux :
| État membre | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Irlande | 1,2 | 52,0 | +4 299 % |
| France | 1,7 | 0,002 | −99,9 % |
| Belgique | 0,06 | 0,08 | +46,2 % |
| Pays-Bas | 0,1 | 0,01 | −89,5 % |
| Allemagne | 0,004 | 0,03 | +741,0 % |
L'Irlande est passée de 1,2 M€ à 52,0 M€ d'importations, tandis que la France a quasiment cessé les siennes (−99,9 %). L'Italie a connu une trajectoire similaire (−96,7 %). L'Irlande concentre ainsi à elle seule la presque totalité du flux d'importations de l'UE en provenance du Royaume-Uni.
3.3 Le profil des animaux importés a subi un changement structurel profond
L'analyse segmentée par sous-produit révèle que les importations consistent quasi exclusivement en ovins vivants (010410) ; les caprins (010420) sont négligeables (5 429 € en 2025). L'évolution des unités complémentaires pour les ovins importés fait apparaître un changement radical du profil des animaux :
| Année | Volume (t) | Nombre de pièces | Poids moyen / tête | Prix par tête (€) |
|---|---|---|---|---|
| 2015 | 978 | 30 749 | ~31,8 kg | 107 |
| 2019 | 8 963 | 386 776 | ~23,2 kg | 96 |
| 2022 | 7 199 | 332 388 | ~21,7 kg | 132 |
| 2023 | 6 581 | 313 719 | ~21,0 kg | 129 |
| 2024 | 7 112 | 1 009 675 | ~7,0 kg | 50 |
| 2025 | 6 504 | 1 635 154 | ~4,0 kg | 32 |
Le poids moyen par tête a chuté de 31,8 kg à environ 4 kg entre 2015 et 2025. Ce basculement s'est particulièrement accéléré entre 2023 et 2024 : le nombre de pièces a été multiplié par 3,2 (de 313 719 à 1 009 675) alors que le poids total restait quasiment stable (de 6 581 t à 7 112 t). Dans le même temps, le prix par tête est passé de 129 € à 50 €, puis à 32 € en 2025 (−70,2 % par rapport à 2015).
Ce changement de profil suggère une transformation du commerce vers des animaux significativement plus jeunes et plus légers. Le contexte post-Brexit — et notamment les dispositions du cadre de Windsor régulant les échanges entre la Grande-Bretagne et l'Irlande du Nord — constitue une explication plausible de la réorientation et de l'intensification de ces flux vers l'Irlande, via le corridor Royaume-Uni.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen des ovins et caprins vivants a connu une double transformation. À l'exportation, l'UE a consolidé sa position de fournisseur majeur vers les marchés du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord : la valeur a doublé (+125,4 %), portée par des prix en hausse de 56 %. La carte des destinations s'est profondément reconfigurée — l'Algérie, Israël, le Maroc et l'Arabie saoudite ont émergé, tandis que la Libye a perdu sa prééminence — entraînant une diversification mesurée par la chute de l'indice HHI de 4 624 à 1 854. Du côté des exportateurs, la Roumanie et l'Espagne dominent désormais, le Portugal s'étant imposé de manière spectaculaire comme troisième force exportatrice.
À l'importation, le phénomène marquant est l'essor du corridor Royaume-Uni → Irlande, qui représente désormais 99,9 % des importations de l'UE. Ce flux, dont le volume en nombre de têtes a été multiplié par 53, est composé d'animaux de plus en plus jeunes et légers (poids moyen passé de 32 kg à 4 kg par tête), traduisant vraisemblablement une adaptation des échanges aux nouvelles conditions commerciales post-Brexit. L'UE demeure cependant un exportateur net massif dans ce secteur, avec une balance commerciale positive de 442,8 M€ en 2025.