Évolution du marché : Filets de poisson (CN 0304) — 2015–2025
Introduction
Le code combiné 0304 couvre les filets de poissons et les chairs de poissons — y compris hachées — à l'état frais, réfrigéré ou congelé. Il constitue l'un des postes les plus importants du commerce extérieur de l'Union européenne dans le secteur halieutique, tant en volume qu'en valeur. Sur la période 2015–2025, les échanges de l'UE avec les pays tiers se sont inscrits dans une trajectoire marquée par une hausse significative des valeurs importées et exportées, une montée en gamme des prix unitaires, une profonde reconfiguration des partenaires commerciaux et des chocs ponctuels liés aux tensions géopolitiques et à la pandémie de Covid-19. Ce rapport analyse ces dynamiques en s'appuyant sur les données douanières de l'UE sur la période 2015–2025 (années complètes).
(Voir l'aperçu général du produit 0304)
1. Une croissance tirée par les prix dans un marché structurellement déficitaire
1.1. Les importations progressent en valeur bien plus qu'en volume
Entre 2015 et 2025, la valeur des importations de l'UE (code 0304) est passée de 4,48 milliards d'euros à 6,23 milliards d'euros, soit une hausse de +39,1 %. Sur la même période, les volumes importés n'ont augmenté que de +1,1 % (de 1,16 million de tonnes à 1,17 million de tonnes). C'est donc essentiellement la hausse des prix unitaires à l'importation (+37,6 %, de 3 866 €/t à 5 317 €/t) qui a porté la croissance de la facture d'importation.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur des importations | 4,48 Md€ | 6,23 Md€ | +39,1 % |
| Volume des importations | 1 158 467 t | 1 171 435 t | +1,1 % |
| Prix unitaire importation | 3 866 €/t | 5 317 €/t | +37,6 % |
(Voir les données d'échanges)
1.2. Les exportations progressent à la fois en volume et en valeur
Du côté des exportations, la dynamique est encore plus marquée : la valeur est passée de 657 millions d'euros à 1,25 milliard d'euros (+90,8 %), tandis que les volumes exportés ont augmenté de +16,3 % (de 99 235 t à 115 411 t). Le prix unitaire à l'exportation a connu une hausse de +64,0 %, passant de 6 617 €/t à 10 853 €/t. Les exportations de filets de poisson de l'UE vers le monde sont ainsi à la fois plus volumineuses et nettement plus valorisées qu'en début de période.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur des exportations | 657 M€ | 1 253 M€ | +90,8 % |
| Volume des exportations | 99 235 t | 115 411 t | +16,3 % |
| Prix unitaire exportation | 6 617 €/t | 10 853 €/t | +64,0 % |
1.3. Un déficit commercial qui se creuse malgré la montée en gamme
Le solde commercial de l'UE en produits 0304 reste structurellement négatif : il est passé de –3,82 milliards d'euros en 2015 à –4,98 milliards d'euros en 2025, soit une détérioration de –30,2 %. La part de la dépendance aux importations nettes (net import reliance) a néanmoins baissé, passant de 63,5 % à 43,8 % (–31 points), ce qui traduit une amélioration relative de l'autosuffisance européenne, portée essentiellement par la forte croissance de la production locale (+191 % en volume, +592,5 % en valeur sur la période, d'après les données PRODCOM).
(Voir les indicateurs de dépendance aux importations nettes)
2. Reconfiguration des partenaires : de la Chine vers la Norvège, de l'UE vers les marchés lointains
2.1. La Norvège s'impose comme le premier fournisseur, la Chine reflue
La géographie des approvisionnements de l'UE a connu un basculement significatif sur la période. La Norvège est passée de 759 millions d'euros d'importations à 1,35 milliard d'euros (+78,4 %), consolidant sa position de premier fournisseur. L'Islande (+95,5 %), la Russie (+91,5 %) et les États-Unis (+53,7 %) ont également fortement augmenté leurs livraisons à l'UE. En revanche, la Chine — qui était le premier fournisseur en 2015 avec 827 millions d'euros — a réduit ses exportations vers l'UE de –20,0 %, passant à 662 millions d'euros en 2025, rétrogradée au deuxième rang. Le Vietnam a connu une évolution similaire (–15,3 %).
| Partenaire | Valeur import 2015 | Valeur import 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Norvège | 759 M€ | 1 354 M€ | +78,4 % |
| Chine | 827 M€ | 662 M€ | –20,0 % |
| États-Unis | 380 M€ | 584 M€ | +53,7 % |
| Islande | 358 M€ | 700 M€ | +95,5 % |
| Russie | 264 M€ | 506 M€ | +91,5 % |
| Vietnam | 301 M€ | 255 M€ | –15,3 % |
| Namibie | 195 M€ | 319 M€ | +63,1 % |
(Voir les principaux partenaires à l'importation)
2.2. Les exportations se détachent du Royaume-Uni et se tournent vers les marchés ultramarins
Le retrait du Royaume-Uni (Brexit) a profondément restructuré les débouchés exportateurs de l'UE. Le Royaume-Uni, premier client en 2015 avec 316 millions d'euros, n'en représentait plus que 138 millions en 2025 (–56,3 %). En parallèle, les exportations vers les États-Unis ont été multipliées par sept (+601 %, de 58 M€ à 404 M€), celles vers le Japon par cinq (+403 %), et celles vers Israël par plus de seize (+1 627 %). La Norvège (+407 %) et la Suisse (+72 %) ont également fortement progressé. L'indice de concentration des exportations (HHI) a baissé de 2 612 à 1 532 (–41,3 %), confirmant une diversification nette des débouchés.
| Partenaire | Valeur export 2015 | Valeur export 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 316 M€ | 138 M€ | –56,3 % |
| États-Unis | 58 M€ | 404 M€ | +601 % |
| Japon | 27 M€ | 136 M€ | +403 % |
| Suisse | 67 M€ | 116 M€ | +72,2 % |
| Norvège | 10 M€ | 53 M€ | +407 % |
| Israël | 7 M€ | 113 M€ | +1 627 % |
(Voir les principaux partenaires à l'exportation et la concentration des échanges (HHI))
2.3. Une volatilité hétérogène selon les partenaires et des chocs de prix en 2022
La volatilité des flux (mesurée par le coefficient de variation) diffère fortement selon les partenaires. À l'importation, la Russie (CV = 0,32) et le Vietnam (CV = 0,28) affichent les plus fortes instabilités, reflétant les tensions géopolitiques et les aléas de l'approvisionnement asiatique. À l'exportation, Israël (CV = 0,66), le Royaume-Uni (CV = 0,56) et la Corée du Sud (CV = 0,56) présentent les plus fortes fluctuations.
L'année 2022 a été le théâtre de trois chocs de prix majeurs :
| Partenaire | Type de choc | Flux | Anomalie | Hausse de prix |
|---|---|---|---|---|
| Vietnam | Prix | Importations | 128,1 | +44,9 % |
| Chine | Prix | Importations | 7,9 | +29,4 % |
| Japon | Prix | Exportations | 6,4 | +41,3 % |
Ces chocs s'expliquent vraisemblablement par la conjonction de la reprise post-Covid, des perturbations des chaînes logistiques mondiales et de la flambée des coûts énergétiques qui a touché toute l'industrie agroalimentaire en 2022.
(Voir la volatilité par partenaire et les chocs détectés)
3. Le saumon, moteur des échanges, face au déclin de la morue et du pangasius
3.1. À l'importation : le lieu d'Alaska domine en volume, le saumon en valeur
Les segments les plus importés par l'UE restent, en volume, les filets de lieu d'Alaska (030475) avec 268 213 tonnes en 2025, suivis des filets de merlu (030474, 117 020 t), de saumon congelé (030481, 77 446 t) et de morue congelée (030471, 73 423 t). En valeur, le saumon congelé (030481) arrive en tête avec 727 millions d'euros, suivi du lieu d'Alaska (749 M€) et de la morue (570 M€).
La trajectoire de ces segments diverge :
| Segment | Volume 2015 | Volume 2025 | Variation | Valeur 2025 |
|---|---|---|---|---|
| Lieu d'Alaska (030475) | 248 168 t | 268 213 t | +8,1 % | 749 M€ |
| Merlu (030474) | 107 479 t | 117 020 t | +8,9 % | 557 M€ |
| Morue (030471) | 107 605 t | 73 423 t | –31,8 % | 570 M€ |
| Saumon congelé (030481) | 72 429 t | 77 446 t | +6,9 % | 727 M€ |
| Pangasius (030462) | 99 285 t | 58 970 t | –40,6 % | 154 M€ |
La morue et le pangasius ont connu des reculs marqués de leurs volumes importés, le pangasius perdant près de 41 % de son volume. Les prix unitaires du lieu d'Alaska ont fortement fluctué (de 2 494 €/t à un pic de 3 831 €/t en 2022), tandis que ceux de la morue ont presque doublé sur la période (de 4 403 à 7 762 €/t).
(Voir la décomposition par produit des importations)
3.2. À l'exportation : le saumon frais et congelé propulse la croissance
Les exportations de l'UE sont dominées par le saumon sous ses différentes formes. Les filets de saumon frais ou réfrigéré (030441) ont connu la progression la plus spectaculaire, passant de 8 931 tonnes et 86 millions d'euros en 2015 à 29 100 tonnes et 408 millions d'euros en 2025 (+226 % en volume, +375 % en valeur). Les filets de saumon congelé (030481) ont également progressé (de 16 076 à 26 290 t), portant le saumon à près de 56 % de la valeur totale des exportations de filets de poisson de l'UE.
En revanche, les exportations de morue congelée (030471) ont fortement reculé, passant de 23 631 tonnes à 11 928 tonnes (–49,5 %), reflétant possiblement la pression sur les stocks de morue de l'Atlantique Nord et la concurrence croissante.
| Segment (export) | Volume 2015 | Volume 2025 | Variation | Valeur 2025 |
|---|---|---|---|---|
| Saumon frais (030441) | 8 931 t | 29 100 t | +226 % | 408 M€ |
| Saumon congelé (030481) | 16 076 t | 26 290 t | +63,5 % | 289 M€ |
| Morue congelée (030471) | 23 631 t | 11 928 t | –49,5 % | 138 M€ |
| Thon congelé (030487) | 3 665 t | 10 735 t | +193 % | 163 M€ |
3.3. Une spécialisation nord-européenne dans les filets de poisson
L'analyse de l'avantage comparatif révélé (RSCA, 2025) montre que la production et l'exportation de filets de poisson au sein de l'UE sont fortement concentrées dans les pays nordiques et baltes :
| État membre | RSCA 2025 | Part dans la production UE | Part dans le commerce UE |
|---|---|---|---|
| Danemark | 0,72 | 10,5 % | 1,7 % |
| Suède | 0,69 | 13,1 % | 2,4 % |
| Lituanie | 0,55 | 2,1 % | 0,6 % |
| Pologne | 0,42 | 16,5 % | 6,6 % |
| Grèce | 0,41 | 1,6 % | 0,7 % |
La Pologne, qui concentre à elle seule 16,5 % de la production européenne de filets, a vu ses exportations passer de 96 M€ à 198 M€ (+106 %). Les Pays-Bas, premier importateur intra-UE de filets de poisson (1,10 Md€ en 2025) et premier exportateur intra-UE (365 M€), jouent un rôle central de hub logistique.
À l'inverse, la Finlande (RSCA = –0,97), la Bulgarie (–0,95) et la Roumanie (–0,94) sont les États membres les moins spécialisés dans ce segment.
(Voir la spécialisation par État membre)
Conclusion
Le marché européen des filets de poisson (CN 0304) a connu, entre 2015 et 2025, une transformation profonde. Trois dynamiques majeures se dégagent :
-
La hausse des prix, moteur principal de la croissance : les volumes échangés ont relativement peu évolué, mais les prix unitaires ont fortement augmenté (jusqu'à +64 % à l'exportation), ce qui traduit à la fois la pression sur les ressources halieutiques, la montée en gamme des produits et l'inflation des coûts énergétiques et logistiques post-2020.
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Une reconfiguration géographique radicale : le Brexit a profondément redistribué les flux, faisant chuter les exportations vers le Royaume-Unis tandis que les États-Unis, le Japon et Israël sont devenus des débouchés majeurs. À l'importation, la Norvège a supplanté la Chine comme premier fournisseur, tandis que le pangasius vietnamien et la morue ont perdu du terrain.
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L'essor du saumon comme produit pivot : le saumon, tant frais que congelé, est devenu le segment dominant des échanges, capturant plus de la moitié de la valeur exportée et représentant une part croissante des importations, au détriment de la morue et du pangasius.
La dépendance nette de l'UE aux importations demeure élevée (43,8 % en 2025), mais la trajectoire est à l'amélioration, portée par une production intérieure en forte expansion et une diversification des sources d'approvisionnement. La volatilité des prix, particulièrement marquée en 2022, rappelle toutefois la vulnérabilité du secteur face aux chocs exogènes.