Évolution du marché : Plantes vivantes et boutures (CN 0602) — 2015–2025
Introduction
Le code combiné 0602 couvre un ensemble large de plantes vivantes — y compris leurs racines — les boutures et greffons, à l'exclusion des bulbes, tubercules et racines tubéreuses (qui relèvent du code 0601), ainsi que des plants de chicorée. Ce périmètre inclut notamment les arbres et arbustes à fruits comestibles (060220), les rhododendrons et azalées (060230), les rosiers (060240), les boutures non-racinées et greffons (060210), ainsi qu'une vaste catégorie résiduelle de plantes vivantes diverses et blanc de champignons (060290). L'Union européenne occupe une position structurelle d'exportateur net sur ce segment, avec un excédent commercial qui a progressé de 52,5 % sur la période 2015–2025. Ce rapport analyse les grandes dynamiques commerciales de ce marché, en s'appuyant sur les flux extra-UE et la structure intra-communautaire telle que révélée par les données.
I. Une décennie de croissance soutenue portée par la hausse des prix
L'Union européenne a connu entre 2015 et 2025 une trajectoire de croissance nette tant à l'export qu'à l'import, mais c'est la dynamique des prix qui explique en grande partie l'ampleur de la progression en valeur.
L'excédent commercial approche les 1,6 milliard d'euros
Le solde commercial de l'UE sur le segment CN 0602 est passé de 1 017 M€ en 2015 à 1 551 M€ en 2025, soit une progression de +52,5 % (Aperçu général). Ce solde n'a cessé de se creuser, confirmant la position structurelle de l'UE comme fournisseur net de plantes vivantes vers le reste du monde.
Les exportations progressent plus en valeur qu'en volume
Les exportations extra-UE ont augmenté de +51,9 % en valeur (de 1 325 M€ à 2 012 M€), alors que le volume n'a crû que de +11,1 % (de 722 252 t à 802 569 t). Cet écart traduit une hausse significative du prix moyen à l'export, passé de 1 834 €/t à 2 507 €/t (+36,7 %). Ce phénomène suggère soit une montée en gamme des produits exportés, soit l'impact de l'inflation sur les coûts de production horticoles, soit une combinaison des deux.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations (valeur) | 1 325 M€ | 2 012 M€ | +51,9 % |
| Exportations (volume) | 722 252 t | 802 569 t | +11,1 % |
| Prix moyen export | 1 834 €/t | 2 507 €/t | +36,7 % |
| Importations (valeur) | 307 M€ | 461 M€ | +50,1 % |
| Importations (volume) | 92 357 t | 123 081 t | +33,3 % |
| Prix moyen import | 3 325 €/t | 3 744 €/t | +12,6 % |
Le segment 060290 domine largement les échanges
La catégorie résiduelle « Plantes vivantes diverses et blanc de champignons » (060290) représente l'essentiel des flux, tant à l'import qu'à l'export. En 2025, elle concentre 273 M€ d'importations et 1 691 M€ d'exportations. À l'export, elle pèse à elle seule plus de 84 % de la valeur totale (Détail par sous-produit). Les arbres et arbustes à fruits comestibles (060220) constituent le deuxième poste à l'export avec 250 M€ en 2025, en progression de +151 % depuis 2015. Les rosiers (060240) affichent un volume exporté en pièces relativement stable (environ 18–23 millions de pièces/an), tandis que leur valeur s'est maintenue autour de 26 M€.
II. Un réalignement géopolitique majeur des partenaires commerciaux
La période 2015–2025 a été marquée par des bouleversements significatifs dans la géographie des échanges, notamment du côté des exportations, en lien avec les sanctions économiques post-2022 et la montée de nouveaux partenaires.
L'effondrement des exportations vers la Russié et la Biélorussie
Les exportations vers la Fédération de Russie ont chuté de -87,8 %, passant de 127 M€ à seulement 15,5 M€. La Biélorussie a connu un recul similaire de -83,8 % (de 12,2 M€ à 2,0 M€). Ces baisses brutales interviennent à partir de 2022, en cohérence avec les sanctions européennes adoptées à la suite du conflit russo-ukrainien. La volatilité des flux vers la Russie est élevée (coefficient de variation de 0,76), confirmant l'instabilité de ce partenariat (Volatilité et chocs).
Le Royaume-Uni consolide sa position de premier partenaire à l'export
Le Royaume-Uni est devenu le débouché dominant des exportations UE de plantes vivantes, avec une valeur passée de 462 M€ à 859 M€ (+85,9 %). En 2025, il absorbe à lui seul près de 43 % des exportations extra-UE en valeur. La Suisse reste le deuxième partenaire (326 M€, +26,6 %), suivie de la Norvège (91 M€). L'Ukraine constitue un marché en croissance (+57,3 %), atteignant 28 M€ en 2025.
La diversification des sources d'importation : Maroc, Serbie et Turquie en forte progression
Du côté des importations, plusieurs partenaires émergents ont connu des progressions spectaculaires :
| Partenaire | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Maroc | 4,9 M€ | 20,5 M€ | +317,1 % |
| Serbie | 1,9 M€ | 13,2 M€ | +604,5 % |
| Turquie | 11,6 M€ | 28,7 M€ | +147,5 % |
| Chine | 27,6 M€ | 58,9 M€ | +113,7 % |
| Costa Rica | 28,8 M€ | 29,2 M€ | +1,4 % |
La Serbie et le Maroc illustrent l'intégration croissante de pays tiers dans la chaîne d'approvisionnement horticole européenne, probablement facilitée par les accords commerciaux et la proximité géographique. La Chine, bien que principalement connue comme fournisseur de biens manufacturés, occupe une place notable dans les importations de plantes vivantes, avec un quasi-doublement de sa part. Le Royaume-Uni, qui était le troisième fournisseur de l'UE en 2015 (23,8 M€), a vu ses ventes vers l'UE reculer de -28,8 % à 17,0 M€, un effet probable du Brexit.
Chocs de prix ponctuels sur certains partenaires
L'analyse des chocs révèle des épisodes de volatilité significatifs : un choc de prix à l'export vers la Norvège en 2018 (abnormalité de 195,3), un choc de prix à l'import depuis le Costa Rica en 2022 (abnormalité de 83,9, avec un bond de +127,1 %), et un choc à l'export vers la Turquie en 2018 (bond de +454,5 %). La Turquie affiche par ailleurs la plus forte volatilité des exportations UE (CV = 1,39), tandis que l'Albanie et la Tanzanie présentent les coefficients de variation les plus élevés côté importations (Chocs d'approvisionnement).
III. Le rôle central des Pays-Bas et la spécialisation inégale des États membres
La structure intra-UE du commerce de plantes vivantes révèle une forte hétérogénéité entre États membres, les Pays-Bas occupant une position de hub dominant.
Les Pays-Bas, plaque tournante du commerce européen
Les Pays-Bas concentrent la plus grande part du commerce intra-UE et extra-UE. Leurs exportations extra-UE sont passées de 690 M€ à 1 206 M€ (+74,8 %), représentant environ 60 % des exportations totales de l'UE en 2025. Côté importations, ils restent le premier importateur intra-UE (264 M€, +44,4 %). Cette position s'explique par le rôle historique d'entrepôt et de plateforme de négoce de l'horticulture néerlandaise, avec ses infrastructures de vente aux enchères et de logistique spécialisée.
L'Espagne, moteur de croissance à l'export
L'Espagne a connu la progression la plus dynamique parmi les grands exportateurs, avec un bond de +135,7 % (de 69 M€ à 163 M€). L'Italie a également bien performé (+52,7 %, de 132 M€ à 202 M€). À l'inverse, le Danemark a enregistré un recul de -35,4 % (de 61 M€ à 39 M€) et la Pologne un déclin de -11,6 % (de 34 M€ à 30 M€). L'Allemagne reste un acteur stable (131–135 M€ à l'export), mais sans dynamique de croissance marquée (+2,3 %).
| État membre | Exportations 2015 | Exportations 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Pays-Bas | 690 M€ | 1 206 M€ | +74,8 % |
| Italie | 132 M€ | 202 M€ | +52,7 % |
| Espagne | 69 M€ | 163 M€ | +135,7 % |
| Allemagne | 132 M€ | 135 M€ | +2,3 % |
| Belgique | 72 M€ | 94 M€ | +30,5 % |
| Danemark | 61 M€ | 39 M€ | −35,4 % |
Une spécialisation fortement concentrée
Les indicateurs d'avantage comparatif révèlent que seuls quelques États membres présentent une spécialisation significative dans le segment CN 0602. Les Pays-Bas affichent un RCA (indice d'avantage comparatif révélé) de 3,95 et un RSCA de 0,60, confirmant leur spécialisation marquée. Le Danemark (RCA = 1,96) et l'Italie (RCA = 1,33) complètent le trio des pays spécialisés. À l'opposé, la Suède (RCA = 0,01), l'Irlande (0,02) et la Roumanie (0,03) sont structurellement importateurs nets (Spécialisation).
Concentration des exportations en hausse, importations diversifiées
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des exportations en valeur a augmenté de +21,2 % (de 1 796 à 2 177), indiquant une concentration croissante des débouchés, principalement due au poids accru du Royaume-Uni. À l'inverse, l'HHI des importations a baissé de -11,8 % (de 687 à 606), témoignant d'une diversification des sources d'approvisionnement. En volume, la tendance est similaire : concentration export en hausse (+29,8 %), diversification import en hausse (+14,7 %) (Concentration).
Conclusion
Le marché européen des plantes vivantes et boutures (CN 0602) a connu une décennie de croissance robuste, portée par une hausse des prix et une demande externe soutenue. L'excédent commercial a progressé de plus de 50 %, consolidant la position de l'UE comme exportateur net. La période est cependant marquée par de profonds réalignements géopolitiques : l'effondrement des échanges avec la Russie et la Biélorussie après 2022, la montée en puissance de partenaires méditerranéens et balkaniques à l'import, et la consolidation du Royaume-Uni comme débouché principal. Au sein de l'UE, la prédominance des Pays-Bas s'est encore accentuée, tandis que l'Espagne émerge comme un acteur dynamique. La concentration croissante des exportations sur un nombre réduit de partenaires constitue un risque potentiel, alors que les importations se diversifient, réduisant la dépendance vis-à-vis de fournisseurs individuels. Les chocs de prix observés sur certains flux rappellent la sensibilité de ce marché aux conditions climatiques, sanitaires et géopolitiques.