Évolution du marché : Fleurs coupées (CN 0603) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 0603 couvre l'ensemble des fleurs et boutons de fleurs coupés, frais ou préparés (séchés, teints, blanchis, etc.). Il englobe sept sous-catégories, allant des roses (060311) aux orchidées (060313), en passant par les œillets, chrysanthèmes, lis et les « autres fleurs fraîches » (060319), qui constituent une catégorie résiduelle importante. Sur la période 2015–2025, le commerce extra-UE de ce produit a connu une transformation profonde : les valeurs ont fortement progressé (+56 % à l'importation, +33 % à l'exportation), tandis que les volumes échangés ont reculé. Cette trajectoire, portée essentiellement par une envolée des prix unitaires, traduit à la fois un choc de coûts dans les pays fournisseurs, un rééquilibrage géographique des flux et une reconfiguration des segments produits. Le présent rapport examine ces dynamiques en trois axes : la hausse généralisée des prix, la recomposition des partenaires commerciaux, et les chocs et restructurations par segment.
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1. Une envolée des prix qui masque un recul des volumes échangés
1.1 Les importations : des volumes en repli structurel mais une valeur en forte hausse
Les importations extra-UE de fleurs coupées ont vu leur valeur passer de 953 M€ en 2015 à 1 487 M€ en 2025, soit une progression de 56 %. Pourtant, sur la même période, les volumes importés ont reculé de 314 034 tonnes à 246 092 tonnes (−21,6 %). Le prix moyen à l'importation a ainsi pratiquement doublé, passant de 3 035 €/t à 6 042 €/t (+99,1 %).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur (M€) | 953 | 1 487 | +56,0 % |
| Volume (milliers de t) | 314,0 | 246,1 | −21,6 % |
| Prix moyen (€/t) | 3 035 | 6 042 | +99,1 % |
Ce mouvement traduit une hausse structurelle des coûts de production et de logistique dans les pays d'origine (notamment africains et latino-américains), ainsi qu'une possible segmentation du marché vers des variétés à plus forte valeur ajoutée. La période 2021–2022 marque une accélération brutale, visible dans le quasi-doublement des prix à la tonne pour les roses, qui représentent à elles seules plus de 60 % de la valeur importée.
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1.2 Les exportations : une trajectoire similaire, mais plus modérée
Du côté des exportations extra-UE, la valeur est passée de 1 116 M€ à 1 483 M€ (+32,9 %), tandis que le volume a diminué de 184 204 tonnes à 173 016 tonnes (−6,1 %). Le prix moyen à l'exportation a augmenté de 6 058 €/t à 8 573 €/t (+41,5 %).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur (M€) | 1 116 | 1 483 | +32,9 % |
| Volume (milliers de t) | 184,2 | 173,0 | −6,1 % |
| Prix moyen (€/t) | 6 058 | 8 573 | +41,5 % |
La hausse des prix à l'exportation est moins marquée qu'à l'importation, ce qui reflète le fait que l'UE — et en particulier les Pays-Bas — réexporte principalement des fleurs importées en amont : la hausse des prix d'achat se répercute partiellement, mais la marge tend à se comprimer.
1.3 L'érosion de l'excédent commercial
En 2015, l'UE affichait un excédent commercial de 163 M€ sur les fleurs coupées. En 2025, le solde est devenu quasi nul (−3,5 M€). L'excédent avait atteint un maximum de 441 M€ au cours de la période, avant de s'éroder progressivement. Ce retournement s'explique par une croissance des importations (+56 %) nettement plus rapide que celle des exportations (+33 %), tirée notamment par la montée en puissance des approvisionnements latino-américains.
| Année | Solde commercial (M€) |
|---|---|
| 2015 | +163 |
| Max (période) | +441 |
| 2025 | −3,5 |
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2. Montée de l'Amérique latine et domination néerlandaise dans les flux mondiaux
2.1 L'Équateur et la Colombie, moteurs de la croissance des importations
L'analyse des partenaires à l'importation révèle un rééquilibrage géographique significatif. Le Kenya reste le premier fournisseur de l'UE, avec une valeur passée de 340 M€ à 443 M€ (+30,3 %). Cependant, la croissance la plus spectaculaire provient d'Amérique latine :
| Partenaire | Valeur import 2015 (M€) | Valeur import 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Kenya | 340 | 443 | +30,3 % |
| Équateur | 184 | 420 | +128,2 % |
| Colombie | 97 | 226 | +132,5 % |
| Éthiopie | 171 | 193 | +12,4 % |
| Turquie | 16 | 37 | +132,5 % |
| Ouganda | 24 | 29 | +17,3 % |
| Israël | 41 | 28 | −30,9 % |
L'Équateur a plus que doublé ses exportations vers l'UE, devenant presque l'égal du Kenya. La Colombie a connu une progression comparable (+132,5 %), portée par l'expansion de la culture de roses et de fleurs tropicales. À l'inverse, Israël a vu ses exportations vers l'UE reculer de 31 %, reflétant possiblement une compétitivité moindre sur les coûts et une concurrence accrue des fournisseurs africains et sud-américains.
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2.2 Les exportations de l'UE : un marché dominé par le Royaume-Uni, avec une diversification en cours
Les exportations extra-UE restent fortement orientées vers le Royaume-Uni, qui absorbe à lui seul 515 M€ en 2025 (près du tiers du total), un niveau quasi stable par rapport à 2015 (+0,3 %). La Russie constitue le deuxième débouché, avec une croissance de 37 % (228 M€ → 314 M€). Les États-Unis (+68 %) et la Biélorussie (+568 %, passant de 6 M€ à 38 M€) enregistrent les hausses les plus marquées.
| Partenaire | Valeur export 2015 (M€) | Valeur export 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 513 | 515 | +0,3 % |
| Russie | 228 | 314 | +37,4 % |
| Suisse | 127 | 173 | +36,0 % |
| États-Unis | 81 | 136 | +67,9 % |
| Biélorussie | 6 | 38 | +567,5 % |
| Norvège | 34 | 28 | −18,4 % |
| Ukraine | 17 | 31 | +87,6 % |
L'indice de concentration Herfindahl-Hirschman (HHI) des exportations a diminué de 2 759 à 1 934 (−30 %), signe d'une diversification progressive des débouchés. La part du Royaume-Uni, bien que dominante, est désormais compensée par la montée de marchés secondaires comme les États-Unis, la Biélorussie et l'Ukraine.
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2.3 Les Pays-Bas, hub incontournable du commerce européen de fleurs
Au sein de l'UE, les Pays-Bas concentrent une part écrasante des échanges extra-UE. En 2025, les néerlandais importent pour 1 239 M€ de fleurs coupées hors UE (+69,5 % par rapport à 2015) et exportent pour 1 400 M€ (+49,4 %). L'Espagne, deuxième importateur, n'atteint que 134 M€. L'indice RCA (avantage comparatif révélé) des Pays-Bas s'élève à 6,21 en 2025, avec un RSCA de 0,72, ce qui en fait le seul État membre véritablement spécialisé dans ce produit.
| État membre | Import 2015 (M€) | Import 2025 (M€) | Export 2015 (M€) | Export 2025 (M€) |
|---|---|---|---|---|
| Pays-Bas | 731 | 1 239 | 937 | 1 400 |
| Espagne | 56 | 134 | — | — |
| Allemagne | 69 | 34 | 26 | 2 |
| Belgique | 41 | 29 | 9 | 5 |
| France | 11 | 10 | — | — |
La chute des exportations allemandes (de 26 M€ à 2 M€, −93 %) et lituaniennes (de 71 M€ à 1,4 M€, −98 %) est remarquable et suggère un recentrage des flux sur le corridor néerlandais, qui bénéficie de l'infrastructure d'Aalsmeer et des plateformes logistiques de Rotterdam.
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3. Reconfiguration des segments et vulnérabilité face aux chocs de prix
3.1 Les roses, piliers du marché, perdent des volumes mais gagnent en valeur
Les roses (060311) demeurent le segment dominant des importations, représentant 926 M€ en 2025 (62 % de la valeur totale). Cependant, le volume importé a chuté de 249 860 tonnes à 154 847 tonnes (−38 %) sur la période, tandis que le prix moyen a explosé de 2 581 €/t à 5 978 €/t (+132 %). En nombre de pièces, la baisse est plus modérée (5,07 milliards → 4,80 milliards, −5,4 %), ce qui indique que la diminution en poids reflète en partie un changement de mix variétal ou de conditionnement plutôt qu'une simple contraction de la demande.
| Segment | Volume 2015 (t) | Volume 2025 (t) | Variation vol. | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation val. | Prix 2015 (€/t) | Prix 2025 (€/t) |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Roses (060311) | 249 860 | 154 847 | −38,0 % | 645 | 926 | +43,6 % | 2 581 | 5 978 |
| Autres fraîches (060319) | 36 475 | 55 183 | +51,3 % | 183 | 335 | +83,2 % | 5 015 | 6 067 |
| Œillets (060312) | 20 343 | 30 084 | +47,9 % | 88 | 174 | +97,9 % | 4 328 | 5 790 |
| Chrysanthèmes (060314) | 1 267 | 3 406 | +168,9 % | 2,9 | 17,2 | +492 % | 2 303 | 5 048 |
| Orchidées (060313) | 3 179 | 984 | −69,0 % | 15,3 | 8,1 | −47,3 % | 4 827 | 8 187 |
| Lis (060315) | 574 | 49 | −91,5 % | 2,7 | 0,8 | −71,4 % | 4 622 | 15 402 |
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3.2 La montée des chrysanthèmes et des « autres fleurs fraîches »
Deux segments affichent une croissance spectaculaire. Les chrysanthèmes (060314) ont vu leur volume importé tripler (+169 %) et leur valeur multiplié par six (+492 %), passant de 2,9 M€ à 17,2 M€. Les « autres fleurs fraîches » (060319), catégorie résiduelle couvrant de nombreuses espèces non nommées, ont progressé de 51 % en volume et de 83 % en valeur. Cette catégorie est devenue le deuxième segment à l'exportation (840 M€, soit 57 % des exportations totales), dépassant les roses (189 M€). Cette évolution suggère une diversification des goûts des consommateurs européens vers des variétés au-delà des espèces traditionnelles.
3.3 Le déclin des orchidées et des lis
À l'opposé, les orchidées (060313) ont vu leur volume importé divisé par plus de trois (3 179 t → 984 t, −69 %) et leur valeur réduite de moitié (15,3 M€ → 8,1 M€). Les lis (060315) connaissent un effondrement encore plus prononcé : le volume s'est effondré de 574 tonnes à seulement 49 tonnes (−91,5 %), avec un prix à la tonne qui a été multiplié par 3,3 (de 4 622 €/t à 15 402 €/t). Ces deux segments souffrent d'une concurrence accrue de la part des producteurs locaux européens et d'un possible tassement de la demande pour ces espèces.
3.4 Les chocs de prix de 2021–2022 : un tournant pour la filière
L'analyse de volatilité révèle plusieurs événements de prix significatifs :
| Choc | Type | Direction | Année | Amplitude | Anomalie |
|---|---|---|---|---|---|
| Éthiopie — import prix | Prix | Importation | 2022 | +88,5 % | 80,5 |
| Colombie — import prix | Prix | Importation | 2022 | +18,0 % | 8,4 |
| Royaume-Uni — export prix | Prix | Exportation | 2021 | +25,8 % | 7,4 |
Le choc le plus marquant concerne l'Éthiopie en 2022, où le prix moyen des importations a bondi de 88,5 %, avec un indice d'anomalie de 80,5 — un signal extrême. L'Éthiopie représentait alors 17,5 % de la valeur importée. Ce choc s'inscrit dans le contexte post-COVID de hausse des coûts énergétiques et de perturbations logistiques, mais aussi de tensions internes en Éthiopie (conflit dans la région du Tigré, 2020–2022). Le Kenya, principal fournisseur, présente quant à lui un coefficient de variation relativement modéré (0,24), ce qui en fait un partenaire plus stable.
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3.5 Une volatilité plus élevée sur les fournisseurs africains secondaires
Si le Kenya et la Russie (pour les exportations) présentent une relative stabilité (CV de 0,24 et 0,07 respectivement), certains partenaires affichent une volatilité beaucoup plus forte. L'Ouganda (CV = 0,47) et le Zimbabwe (CV = 0,48) présentent les coefficients de variation les plus élevés parmi les fournisseurs à l'importation. À l'exportation, la Biélorussie (CV = 0,63) et la Serbie (CV = 0,49) sont les marchés les plus volatils, reflétant des flux commerciaux sensibles aux conditions géopolitiques et réglementaires.
Conclusion
Le marché européen du commerce extra-UE de fleurs coupées a profondément évolué entre 2015 et 2025. La tendance dominante est celle d'une « valeur sans volume » : les prix unitaires ont quasiment doublé à l'importation (+99 %) et augmenté de 42 % à l'exportation, tandis que les volumes échangés ont reculé. Géographiquement, l'Amérique latine (Équateur, Colombie) est devenue un partenaire incontournable aux côtés du Kenya, tandis que les exportations de l'UE se sont diversifiées vers les États-Unis et l'Europe de l'Est. Enfin, le marché se restructure par segment : les roses perdent du volume mais gagnent en valeur unitaire, les chrysanthèmes émergent rapidement, et les orchidées et lis déclinent nettement. La période 2021–2022 a constitué un choc de prix majeur, en particulier sur l'approvisionnement éthiopien, révélant la vulnérabilité de la chaîne d'approvisionnement européenne. L'érosion du solde commercial de l'UE (de +163 M€ à quasi-équilibre) confirme que la capacité d'exportation de l'Union ne suit pas la dynamique de sa demande intérieure.