Évolution du marché : Bulbes et plantes à fleurs (CN 0601) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport examine l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne pour le code douanier 0601, qui couvre les bulbes, oignons, tubercules, racines tubéreuses, griffes et rhizomes (en repos végétatif, en végétation ou en fleur), ainsi que les plants et racines de chicorée, à l'exclusion des produits destinés à l'alimentation humaine. Sur la période 2015–2025, l'UE apparaît comme un exportateur net majeur de ces produits, avec une balance commerciale passant de 518 millions d'euros à 906 millions d'euros, soit une progression de 75 %. Les Pays-Bas, plaque tournante mondiale de la floriculture, dominent largement cette dynamique. Plusieurs événements structurants — notamment les sanctions contre la Russie, l'effondrement de certains fournisseurs asiatiques et la montée de partenaires sud-américains — ont profondément redessiné les flux commerciaux au cours de cette décennie.
Vue d'ensemble sur le tableau de bord
1. Une valeur exportée en forte hausse, portée par la hausse des prix plutôt que des volumes
Les exportations ont gagné en valeur tout en perdant en volume
Entre 2015 et 2025, la valeur des exportations de l'UE (hors intra-européennes) est passée de 607 millions d'euros à 975 millions d'euros, soit une progression de 60,5 %. Pourtant, sur la même période, les quantités exportées ont légèrement reculé, passant de 212 363 à 201 731 tonnes (−5,0 %). Ce paradoxe s'explique par une hausse spectaculaire du prix moyen à l'exportation, qui a grimpé de 2 860 €/t à 4 832 €/t (+69,0 %).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Valeur export (M€) | 607,3 | 974,9 | +60,5 % |
| Volume export (k t) | 212,4 | 201,7 | −5,0 % |
| Prix moyen export (€/t) | 2 860 | 4 832 | +69,0 % |
Détail des échanges sur le tableau de bord
Les importations déclinent, tant en volume qu'en valeur
Du côté des importations, le constat est inverse : l'UE a réduit ses achats de bulbes et plantes hors UE. La valeur importée a reculé de 89,8 M€ à 68,5 M€ (−23,7 %), et les volumes ont chuté de 30 072 à 20 873 tonnes (−30,6 %). Le prix moyen à l'importation est cependant resté relativement stable (+9,9 %), passant de 2 986 à 3 282 €/t, ce qui contraste fortement avec l'envolée des prix à l'exportation.
Le segment des bulbes dormants (060110) structure l'essentiel du commerce
La ventilation par sous-code confirme que le code 060110 (bulbes et tubercules en repos végétatif) constitue le cœur du marché :
| Sous-code | Volume export 2025 (t) | Valeur export 2025 (M€) | Part du volume |
|---|---|---|---|
| 060110 — Bulbes en repos végétatif | 172 017 | 850,8 | 85,3 % |
| 060120 — Plantes en végétation/fleur | 29 714 | 124,0 | 14,7 % |
Le segment 060120 (plantes en végétation ou en fleur) représente une part marginale. En revanche, ce sont les importations de 060120 qui ont connu l'effondrement le plus spectaculaire : de 48,9 M€ en 2015 à seulement 3,9 M€ en 2025 (−92 %), alors que les importations de 060110 ont progressé de 40,8 M€ à 64,6 M€ (+58 %).
Comparaison par segment de produit
2. Une recomposition géographique profonde des partenaires commerciaux
L'effondrement des échanges avec la Russie et Taïwan
Deux événements majeurs ont redessiné la carte des partenaires de l'UE :
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La Russie est passée d'un marché d'exportation de 38,6 M€ (2015) à seulement 492 000 € en 2025 (−98,7 %). Ce effondrement, entamé après 2022, s'explique très probablement par les sanctions économiques imposées à la suite de l'invasion de l'Ukraine. Un choc d'approvisionnement extrême a été détecté en 2024 (anomalie de 2,3, chute de −99,7 %).
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Taïwan, autrefois premier fournisseur de l'UE avec 23,1 M€ de bulbes et plantes en 2015, a quasiment disparu des flux avec seulement 1,1 M€ en 2025 (−95,1 %). Un choc de prix a été détecté en 2017 (anomalie de 4,2, hausse de prix de 100 %), suggérant un boulestructurel dans cette relation commerciale.
La montée en puissance de l'Amérique du Sud
En contrepartie, les fournisseurs sud-américains ont considérablement renforcé leur position :
| Fournisseur | Valeur import 2015 (M€) | Valeur import 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Pérou | 3,7 | 14,9 | +306 % |
| Chili | 6,3 | 14,2 | +126 % |
| Nouvelle-Zélande | 5,2 | 9,1 | +75 % |
| Brésil | 6,1 | 3,0 | −50 % |
Le Pérou a quadruplé ses exportations vers l'UE, devenant un fournisseur incontournable. Le Chili a également doublé les siennes.
Partenaires par valeur sur le tableau de bord
Les marchés d'exportation : trois piliers en croissance
Les principaux débouchés à l'exportation montrent une croissance soutenue pour trois marchés clés :
| Destination | Valeur export 2015 (M€) | Valeur export 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Chine | 73,7 | 163,8 | +122 % |
| Royaume-Uni | 71,5 | 152,4 | +113 % |
| États-Unis | 109,8 | 146,9 | +34 % |
| Canada | 27,6 | 56,7 | +105 % |
| Suisse | 38,6 | 66,0 | +71 % |
La Chine est ainsi devenue le premier marché d'exportation de l'UE pour les bulbes et plantes à fleurs, dépassant les États-Unis. Le Royaume-Uni, malgré le Brexit, a vu ses importations en provenance de l'UE plus que doubler.
Partenaires d'exportation sur le tableau de bord
3. Une concentration géographique stable mais des dynamiques nationales très contrastées au sein de l'UE
Les Pays-Bas, hegémon incontesté de la filière
Les Pays-Bas dominent écrasemment les exportations de bulbes et plantes à fleurs de l'UE. En 2025, ils ont exporté pour 910,5 M€ vers des pays tiers, soit 93,4 % des exportations totales de l'UE (hors intra-européennes). Leur valeur exportée a progressé de 60,1 % sur la période, passant de 568,7 M€ à 910,5 M€. Leur indice de spécialisation (RSCA de 0,706, RCA de 5,80) confirme un avantage comparatif très marqué dans cette filière.
| État membre | Valeur export 2015 (M€) | Valeur export 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Pays-Bas | 568,7 | 910,5 | +60,1 % |
| Belgique | 5,5 | 17,6 | +222 % |
| Pologne | 2,8 | 6,4 | +129 % |
| Italie | 2,0 | 10,0 | +390 % |
| France | 1,8 | 4,0 | +118 % |
| Allemagne | 8,4 | 6,2 | −26 % |
L'effondrement de la Lituanie et le repli de l'Allemagne
À l'inverse, la Lituanie a vu ses exportations s'effondrer de 6,7 M€ à quasiment zéro (−100 %). L'Allemagne, autrefois second exportateur intra-UE, a perdu 26 % de sa valeur exportée. Du côté des importations intra-UE, l'Allemagne a vu son rôle de réimportateur s'effriter spectaculairement : de 16,2 M€ à seulement 1,4 M€ (−91 %).
États membres par valeur sur le tableau de bord
Concentration des échanges : un marché stable et peu volatile
Les indices de concentration (HHI) restent relativement modérés, indiquant un marché non monopolistique :
| Indicateur | HHI 2015 | HHI 2025 | Interprétation |
|---|---|---|---|
| Concentration des exportations (valeur) | 851 | 929 | Marché modérément concentré |
| Concentration des importations (valeur) | 1 176 | 1 261 | Légèrement plus concentré |
Le HHI des importations en valeur a augmenté de 7,3 %, ce qui reflète la consolidation des fournisseurs autour de quelques partenaires clés (Pérou, Chili, Nouvelle-Zélande) après la disparition de Taïwan. Le HHI des exportations est resté quasi stable (+9,1 %), confirmant la position dominante et constante des Pays-Bas.
Indices de concentration sur le tableau de bord
Conclusion
Le marché européen du commerce extérieur des bulbes et plantes à fleurs (CN 0601) a connu, entre 2015 et 2025, une transformation profonde. Si l'UE a renforcé sa position d'exportateur net (balance commerciale de +906 M€), cette dynamique repose davantage sur la hausse des prix (+69 %) que sur l'augmentation des volumes (−5 %). Les Pays-Bas, qui représentent plus de 93 % des exportations intra-UE vers le reste du monde, demeurent le pivot central de cette filière.
Sur le plan géographique, la décennie a été marquée par deux bouleversements majeurs : l'effondrement quasi total des échanges avec la Russie (sanctions post-2022) et Taïwan (choc de prix dès 2017), au profit de l'Amérique du Sud (Pérou, Chili) et de l'Asie-Pacifique (Chine, devenue premier marché d'exportation). Le Brexit n'a pas entamé la dynamique vers le Royaume-Uni, dont les importations de bulbes européens ont plus que doublé.
Enfin, la volatilité des échanges reste modérée pour les principaux partenaires, à l'exception de quelques marchés périphériques (Brésil, États-Unis pour les importations) où les coefficients de variation dépassent 1,0. L'UE dispose donc d'une filière floricole compétitive et diversifiée, dont la résilience a été testée par des chocs géopolitiques majeurs sans remettre en cause ses fondamentaux.