Évolution du marché : Roses fraîches (CN 060311) — 2015–2025
Introduction
Le commerce extérieur de l'Union européenne en roses fraîches coupées (code NC 060311) a connu, sur la période 2015–2025, une transformation profonde. La valeur des importations a progressé de 43,6 % pour atteindre 925,7 millions d'euros en 2025, alors même que les volumes importés en tonnes ont chuté de 38,0 %. Ce paradoxe apparent — une hausse de la valeur couplée à une contraction des quantités — traduit un doublement des prix unitaires à l'importation. Du côté des exportations intra-UE vers le reste du monde, la dynamique est inverse : la valeur a légèrement reculé (−5,4 %) et les volumes se sont contractés de 28,0 %. Le déficit commercial de l'UE s'est ainsi creusé de 65,4 %, passant de −445,6 à −737,2 millions d'euros. Ce rapport analyse trois grandes dynamiques qui structurent cette évolution : l'inflation structurelle des prix, la reconfiguration des sources d'approvisionnement, et la consolidation du rôle des Pays-Bas comme plaque tournante du secteur.
1. Une inflation durable des prix au détriment des volumes
La caractéristique la plus marquante de la période est la divergence persistante entre la valeur et les volumes échangés. Ce phénomène, observable tant à l'import qu'à l'export, s'explique par une hausse généralisée des prix unitaires qui a transformé la structure même du commerce.
1.1 Les prix à l'importation ont plus que doublé en dix ans
Le prix moyen à l'importation est passé de 2 581 €/t en 2015 à 5 978 €/t en 2025, soit une progression de 131,7 %. En prix par pièce (unité supplémentaire), la hausse est de 51,8 %, passant de 0,127 € à 0,193 € par tige. Cette hausse spectaculaire est supérieure à celle observée à l'export (+31,4 % en €/t), ce qui suggère que les pressions inflationnistes ont été particulièrement fortes sur les coûts d'approvisionnement depuis les pays tiers (Afrique de l'Est, Amérique latine), en lien probable avec la hausse des coûts de production, de l'énergie et du transport aérien.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Prix import (€/t) | 2 581 | 5 978 | +131,7 % |
| Prix import (€/pièce) | 0,127 | 0,193 | +51,8 % |
| Prix export (€/t) | 6 242 | 8 202 | +31,4 % |
| Prix export (€/pièce) | 0,292 | 0,468 | +60,2 % |
Voir l'évolution du commerce.
1.2 Les volumes à l'importation en tonnes ont reculé de 38 % malgré une demande en tiges relativement stable
Les importations en tonnes sont passées de 249 860 t à 154 847 t, soit une baisse de 38,0 %. En revanche, le nombre de pièces importées n'a diminué que de 5,4 % (de 5,07 milliards à 4,80 milliards de tiges). Ce décalage entre masse et nombre de pièces indique que le poids moyen par tige a sensiblement diminué, ce qui peut refléter un changement de mix variétal (tiges plus légères, variétés spray, bouquets multi-tiges) ou une optimisation des pratiques de conditionnement. La demande européenne en termes de tiges de roses est donc restée remarquablement stable sur la décennie.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Volume import (t) | 249 860 | 154 847 | −38,0 % |
| Pièces importées (milliards) | 5,07 | 4,80 | −5,4 % |
| Volume export (t) | 31 915 | 22 987 | −28,0 % |
| Pièces exportées (millions) | 682 | 403 | −40,9 % |
1.3 Un choc de prix exceptionnel sur l'Éthiopie en 2022
L'analyse des événements de choc révèle un épisode marquant : en 2022, les importations en provenance d'Éthiopie ont subi un choc de prix d'une abnormalité de 100,8 (sur une échelle où toute valeur > 3 est considérée comme significative), avec un bond de prix de 87,8 %. L'Éthiopie représentant 22,3 % de la valeur des importations, ce choc a eu un impact systémique sur les prix moyens à l'importation. Il est probablement lié à des perturbations logistiques post-Covid, à la hausse des coûts énergétiques et aux tensions géopolitiques dans la Corne de l'Afrique. Du côté des exportations, un choc de prix est détecté au Royaume-Uni en 2021 (abnormalité 4,0, hausse de 40,6 %), alors que le Royaume-Uni représente 66,2 % de la valeur des exportations UE vers le reste du monde.
Voir les chocs d'approvisionnement.
2. La reconfiguration géographique des approvisionnements : montée de l'Amérique latine, effondrement du Zimbabwe
La carte des approvisionnements de l'UE en roses fraîches s'est profondément redessinée entre 2015 et 2025. Si les partenaires africains historiques conservent une position dominante, la percée des fournisseurs latino-américains — en particulier l'Équateur et la Colombie — constitue la dynamique la plus remarquable de la période.
2.1 L'Équateur, premier bénéficiaire de la reconfiguration (+152 %)
L'Équateur est passé de 130,4 M€ à 328,6 M€ en valeur d'exportation vers l'UE, soit une progression de 152,1 %. Il est ainsi devenu le troisième fournisseur de l'UE, talonnant l'Éthiopie (166,2 M€) et se rapprochant du Kenya (331,3 M€). La Colombie a plus que doublé ses ventes (+112,8 %), passant de 25,2 M€ à 53,7 M€. Cette montée en puissance de l'Amérique latine s'explique par la qualité reconnue de ses roses à grande tête, par des investissements importants dans les serres et la chaîne du froid, et par une capacité de production qui profite d'un avantage climatique naturel (altitude équatoriale).
| Partenaire | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Kenya | 287,1 | 331,3 | +15,4 % |
| Éthiopie | 155,1 | 166,2 | +7,2 % |
| Équateur | 130,4 | 328,6 | +152,1 % |
| Ouganda | 24,5 | 28,7 | +17,2 % |
| Colombie | 25,2 | 53,7 | +112,8 % |
| Zambie | 10,7 | 9,2 | −14,3 % |
| Zimbabwe | 3,0 | 0,002 | −99,9 % |
Voir les principaux partenaires.
2.2 L'effondrement de l'Afrique australe et l'instabilité des petits fournisseurs
À l'opposé de cette dynamique de croissance, le Zimbabwe a quasiment disparu des statistiques commerciales, ses exportations vers l'UE passant de 3,0 M€ à 2 108 € (−99,9 %). Ce déclin, dont le coefficient de variation (0,90) traduit une grande instabilité même avant l'effondrement final, reflète probablement les difficultés économiques et politiques structurelles du pays. La Zambie a également reculé (−14,3 %). L'Afrique du Sud, avec un coefficient de variation de 1,06 à l'importation, est le partenaire le plus volatile identifié dans les données.
2.3 Un degré de concentration des approvisionnements stable mais élevé
L'indice de Hirschman-Herfindahl (HHI) des importations en valeur est passé de 3 003 à 2 910 (−3,1 %), restant dans une zone de concentration modérée à élevée. En volume, la concentration a davantage diminué (−17,5 %, de 3 566 à 2 940). Cette relative stabilité masque cependant un changement de composition : si le Kenya et l'Éthiopie ont consolidé leurs positions, la forte croissance de l'Équateur et de la Colombie a contribué à une légère diversification géographique des approvisionnements.
Voir la concentration.
3. Les Pays-Bas, plaque tournante incontournable d'un commerce intra-UE en mutation
La structure du commerce intra-UE vers et depuis le reste du monde révèle une concentration extrême autour des Pays-Bas, qui jouent un rôle de hub logistique et commercial sans équivalent. Parallèlement, plusieurs États membres ont vu leur participation au commerce extracommunautaire s'effondrer.
3.1 Les Pays-Bas concentrent 87 % des importations et 97 % des exportations intra-UE
En 2025, les Pays-Bas ont importé pour 804,2 M€ de roses fraîches de pays tiers (+49,5 % par rapport à 2015), représentant 86,9 % de la valeur totale des importations extra-UE des sept principaux importateurs. Ils ont également exporté 182,3 M€ vers le reste du monde, soit 96,7 % de la valeur des exportations vers les pays tiers des sept principaux exportateurs UE. Leur coefficient de spécialisation RCA atteint 6,42, confirmant leur position de leader absolu dans le commerce mondial de la rose coupée, largement appuyé sur le système de la Royal FloraHolland et les infrastructures d'auction de Aalsmeer.
| Pays importateur UE | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Pays-Bas | 538,0 | 804,2 | +49,5 % |
| Espagne | 33,3 | 65,4 | +96,4 % |
| Allemagne | 48,0 | 26,8 | −44,1 % |
| Belgique | 6,5 | 8,5 | +30,8 % |
| Italie | 3,6 | 6,1 | +70,4 % |
| France | 3,2 | 4,3 | +34,0 % |
Voir les principaux pays déclarants.
3.2 L'Espagne émerge comme un importateur de premier plan
L'Espagne a presque doublé ses importations extra-UE (+96,4 %), passant de 33,3 M€ à 65,4 M€. Cette croissance remarquable s'inscrit dans le développement de la production florale espagnole, en particulier dans la région d'Andalousie (Almería), qui sert de plateforme de réexportation vers le reste de l'UE. L'Espagne combine ainsi une production locale croissante avec des importations de plus en plus massives depuis l'Afrique et l'Amérique latine, capitalisant sur sa proximité géographique avec le Maroc et ses liens historiques avec l'Amérique latine.
3.3 L'effondrement des exportations vers la Russie et la montée des marchés périphériques
Les exportations de l'UE vers la Russie se sont effondrées de 57,0 M€ à 20,8 M€ (−63,6 %), en lien avec les sanctions économiques imposées après 2022. En parallèle, plusieurs marchés périphériques ont connu une croissance spectaculaire :
| Destination | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 96,0 | 95,2 | −0,8 % |
| Russie | 57,0 | 20,8 | −63,6 % |
| Suisse | 25,3 | 36,2 | +43,3 % |
| Norvège | 10,1 | 1,4 | −86,2 % |
| Serbie | 0,8 | 5,7 | +595,6 % |
| Ukraine | 2,6 | 8,0 | +210,7 % |
| Turquie | 1,1 | 3,9 | +271,5 % |
Le Royaume-Uni reste de loin la première destination des exportations UE, avec une stabilité remarquable (−0,8 %), malgré le Brexit. La Suisse a progressé de 43,3 %, tandis que la Serbie (+596 %), l'Ukraine (+211 %) et la Turquie (+272 %) ont émergé comme des marchés dynamiques, probablement en réponse à l'ouverture de nouveaux corridors commerciaux et à la croissance de la classe moyenne dans ces pays.
3.4 Un recentrage massif des exportations vers les Pays-Bas
Au sein de l'UE, la part des Pays-Bas dans les exportations vers le reste du monde a encore augmenté (+22,2 %), alors que la quasi-totalité des autres États membres ont vu leurs exportations extracommunautaires s'effondrer : l'Allemagne (−96,9 %), la Lituanie (−99,5 %), la Belgique (−94,7 %) et la Lettonie (−97,4 %) ont quasiment cessé d'exporter vers des pays tiers. Ce phénomène traduit un renforcement du modèle hub-and-spoke néerlandais, dans lequel les roses transitent par les Pays-Bas avant d'être redistribuées, réduisant le nombre d'acteurs directs dans le commerce extracommunautaire. L'Irlande fait figure d'exception notable, passant de 270 € à 2,4 M€ d'exportations, un chiffre toutefois marginal en valeur absolue.
Conclusion
Le marché européen des roses fraîches coupées se caractérise en 2025 par un triptyque de transformations : une inflation structurelle des prix qui a plus que doublé le coût à l'importation en dix ans, une reconfiguration géographique des approvisionnements au profit de l'Amérique latine (Équateur, Colombie), et une concentration toujours plus forte du commerce extracommunautaire autour des Pays-Bas. Le déficit commercial de l'UE s'est creusé de 65 %, passant de −446 M€ à −737 M€, illustrant la dépendance croissante du marché européen vis-à-vis de fournisseurs tiers dont les coûts de production et de logistique continuent de s'alourdir. La stabilité du nombre de tiges importées (−5,4 % seulement en unités) montre cependant que la demande finale reste robuste, ce qui suggère que le secteur a absorbé les hausses de prix par un ajustement des marges et des pratiques commerciales plutôt que par une réduction de la consommation. Les risques principaux à surveiller pour l'avenir portent sur la volatilité des prix (comme en témoigne le choc éthiopien de 2022), la concentration géographique des approvisionnements, et l'impact des tensions géopolitiques sur les flux commerciaux historiques, notamment vers la Russie et la Norvège.