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Évolution du marché : Autres fleurs coupées (CN 060319) — 2015–2025

Introduction

Le code nomenclature combinée 060319 regroupe les fleurs et boutons de fleurs frais, coupés, pour bouquets ou ornements, à l'exclusion des cinq espèces les plus commercialisées au niveau mondial — les roses, œillets, orchidées, chrysanthèmes et lis. Il s'agit donc d'une catégorie résidaire qui englobe une grande diversité de variétés telles que les tournesols, pivoines, lysianthes, alstroemerias, bruyères, hortensias, ou encore les fleurs de saison plus confidentielles. Cette position dans la nomenclature se retrouve dans la structure hiérarchique du code, où le sous-code 06031970 (fleurs diverses) absorbe l'essentiel des volumes, aux côtés de codes mineurs pour les renoncules (06031920) et les glaïeuls (06031910).

La période 2015–2025, marquée par le Brexit, la pandémie de Covid-19 et la guerre en Ukraine, a profondément reconfiguré les flux commerciaux de ce secteur. Le présent rapport s'appuie sur les données douanières de l'UE pour analyser les tendances générales du commerce, la structure du marché et les chocs qui ont marqué l'approvisionnement.


1. Une forte montée en valeur portée par la hausse des prix, malgré des volumes en stagnation

Les exportations de l'UE : une valeur en hausse de 47 %, mais des volumes quasi-stables

Le commerce extérieur de l'UE en fleurs coupées diverses (CN 060319) vers les pays tiers affiche une croissance nominale significative sur la période. La valeur des exportations est passée de 570,7 millions d'euros en 2015 à 840,4 millions d'euros en 2025, soit une progression de 47,3 %. Pourtant, les volumes exportés ont légèrement reculé, de 90 315 tonnes à 86 308 tonnes (−4,4 %). L'écart entre ces deux trajectoires s'explique par une hausse moyenne des prix à l'exportation de 54,1 % — passant de 6 318 €/t à 9 737 €/t — comme le révèle l'évolution des prix unitaires.

Indicateur 2015 2025 Variation
Exportations (valeur, M€) 570,7 840,4 +47,3 %
Exportations (volume, t) 90 315 86 308 −4,4 %
Prix export (€/t) 6 318 9 737 +54,1 %
Importations (valeur, M€) 182,9 334,8 +83,0 %
Importations (volume, t) 36 475 55 183 +51,3 %
Prix import (€/t) 5 015 6 067 +21,0 %
Solde (M€) 387,7 505,6 +30,4 %

Les importations progressent plus vite que les exportations

Du côté des importations, la dynamique est encore plus marquée : la valeur a bondi de 83,0 % (de 182,9 M€ à 334,8 M€), tandis que les volumes ont crû de 51,3 % (de 36 475 t à 55 183 t). Le prix moyen à l'importation a augmenté de 21,0 %, passant de 5 015 à 6 067 €/t. Cette croissance plus rapide des importations par rapport aux exportations traduit une demande européenne soutenue pour ces variétés exotiques ou hors saison, que la production locale ne suffit pas à couvrir entièrement.

Un excédent commercial qui demeure robuste mais se réduit en termes relatifs

L'UE reste structurellement excédentaire sur ce segment, avec un solde positif de 505,6 M€ en 2025. Toutefois, l'érosion relative de ce solde (−17 points de pourcentage par rapport à la croissance des exportations) signale que les importations gagnent en importance. Ce phénomène est lié au rôle croissant des producteurs africains et sud-américains qui alimentent le marché européen, ainsi qu'à la spécialisation de l'UE — et surtout des Pays-Bas — dans la réexportation de fleurs importées, transformées et réexpédiées vers des marchés tiers.


2. La domination des Pays-Bas et la géographie recomposée des échanges

Les Pays-Bas, plaque tournante incontestée du marché

Les Pays-Bas constituent de loin le premier acteur de l'UE sur ce segment. En 2025, leur part dans les exportations intra-UE vers des pays tiers atteignait 802,9 M€, soit 95,5 % de la valeur totale des exportations de l'UE vers les partenaires extra-européens. En 2015, ce montant était de 516,3 M€, ce qui représente une progression de 55,5 %. Cela s'explique par le modèle néerlandais de hub floral : les Pays-Bas importent massivement des fleurs d'Afrique et d'Amérique latine via la Royal FloraHolland, les conditionnent et les réexportent. En importations, les Pays-Bas représentaient 271,7 M€ en 2025, en hausse de 116,7 % par rapport à 2015 (125,4 M€).

L'indice de spécialisation (RSCA) confirme ce positionnement : avec un RSCA de 0,72 et un RCA de 6,18 en 2025, les Pays-Bas affichent la plus forte spécialisation de l'UE dans ce secteur, selon l'analyse de la concentration.

L'Afrique de l'Est et l'Amérique latine, moteurs de la croissance des importations

La géographie des fournisseurs s'est profondément reconfigurée. Les principaux partenaires à l'importation se répartissent ainsi :

Partenaire 2015 (M€) 2025 (M€) Variation
Kenya 43,5 95,3 +119,3 %
Équateur 46,4 77,7 +67,3 %
Israël 39,9 26,9 −32,6 %
Colombie 11,9 38,4 +224,0 %
Éthiopie 10,2 20,7 +103,4 %
Royaume-Uni 9,9 26,8 +170,7 %
Zimbabwe 3,0 4,5 +50,4 %

Le Kenya est devenu le premier fournisseur de l'UE en fleurs coupées diverses, doublant sa valeur entre 2015 et 2025. La Colombie a connu la progression la plus spectaculaire (+224 %), portée par une diversification de ses productions au-delà des roses et œillets traditionnels. L'Éthiopie, qui a massivement investi dans l'horticulture depuis les années 2010, a également doublé ses livraisons. À l'inverse, Israël a vu ses exportations vers l'UE reculer d'un tiers, probablement en raison de la concurrence des prix africains et d'un redéploiement de sa production vers d'autres marchés.

Le Royaume-Uni apparaît désormais comme un fournisseur net de l'UE, avec 26,8 M€ de valeur importée en 2025 (+170,7 %), une conséquence probable du Brexit qui a requalifié certains flux autrefois intracommunautaires en échanges extra-UE.

Les marchés de destination des exportations : diversification géographique

Les principaux partenaires à l'exportation se structurent autour de pôles stables mais avec des évolutions notables :

Partenaire 2015 (M€) 2025 (M€) Variation
Royaume-Uni 216,7 255,5 +17,9 %
Russie 69,7 129,7 +86,0 %
États-Unis 74,7 119,3 +59,7 %
Suisse 94,0 116,5 +23,9 %
Norvège 17,6 19,0 +7,8 %
EAU 11,8 19,3 +63,1 %
Biélorussie 1,8 11,1 +530,2 %

Le Royaume-Uni reste le premier débouché, mais sa part relative diminue au fur et à mesure que d'autres marchés croissent plus vite. La Russie a quasi doublé ses achats, signe d'une demande soutenue malgré un contexte géopolitique complexe. Les États-Unis et les Émirats arabes unis confirment la tendance vers une diversification géographique des débouchés. La Biélorussie, avec une multiplication par 6,3 de ses importations, pourrait refléter des réexportations vers la Russie ou un développement propre de la demande.


3. Chocs de prix sur l'approvisionnement et déstabilisation des circuits courts

L'année 2022, point de rupture majeur

L'analyse des chocs détectés dans les séries révèle un événement concentré autour de 2022 :

Partenaire Type de choc Direction Anomalie Variation (%) Part de valeur
Kenya Prix Importations 317,3 +123,1 % 29,7 %
Équateur Prix Importations 25,2 +70,1 % 26,8 %
Éthiopie Prix Importations 16,2 +102,4 % 7,8 %

Le choc le plus violent frappe le Kenya, avec une anomalie de prix de 317,3 points et une hausse de 123,1 % du prix unitaire à l'importation en 2025 par rapport à la moyenne historique. L'Équateur (+70,1 %) et l'Éthiopie (+102,4 %) sont également touchés. Ces hausses s'expliquent par la conjonction de plusieurs facteurs : la hausse des coûts de transport (énergie), les perturbations logistiques post-Covid, et les conditions climatiques défavorables dans les régions de production africaines et andines. Les données de prix par sous-code confirment cette trajectoire : le prix du code 06031970 à l'importation est passé de 3 373 €/t en 2016 à 6 071 €/t en 2025, soit quasi un doublement.

La volatilité des fournisseurs africains, un risque structurel

L'analyse des coefficients de variation confirme que les fournisseurs les plus volatils sont majoritairement africains :

Partenaire (import) Coefficient de variation
Zambie 0,732
Tanzanie 0,589
Royaume-Uni 0,519
Zimbabwe 0,488
Kenya 0,473
Colombie 0,406

À l'exportation, la volatilité est globalement plus faible, les marchés historiques (Suisse, Royaume-Uni, Russie) affichant des CV compris entre 0,09 et 0,24. L'exception notable est la Biélorussie (CV = 0,631), dont les volumes fluctuent fortement en fonction du contexte politique et des réexportations vers la Russie.

La dépendance au sous-code 06031970 et la marginalité des renoncules et glaïeuls

La décomposition par sous-code révèle une concentration extrême dans le code résiduaire 06031970 :

Sous-code Description Part import (volume, 2025) Part export (valeur, 2025)
06031970 Fleurs diverses (hors glaïeuls, renoncules) 99,3 % 98,3 %
06031920 Renoncules 0,6 % 0,9 %
06031910 Glaïeuls 0,1 % 0,8 %

Les renoncules et les glaïeuls, bien que dotés de codes distincts, ne représentent qu'une fraction marginale des échanges. Les prix à l'exportation des renoncules restent toutefois significativement plus élevés (15 446 €/t en 2025 contre 9 737 €/t pour la moyenne globale), ce qui témoigne de leur positionnement sur un segment de niche, probablement lié à la production méditerranéenne (France, Italie).


Conclusion

Le marché de l'UE pour les fleurs coupées diverses (CN 060319) a connu sur la décennie 2015–2025 une transformation profonde. Trois dynamiques principales structurent cette évolution :

  1. Une financiarisation du commerce : les volumes stagnent ou reculent légèrement, tandis que les valeurs augmentent fortement, tirées par la hausse des prix. La part de la valeur ajoutée — conditionnement, logistique, traçabilité — dans le prix final des fleurs s'accroît.

  2. Une recomposition géographique des flux : l'Afrique de l'Est (Kenya, Éthiopie, Zimbabwe) et la Colombie ont consolidé ou renforcé leur rôle de fournisseurs, tandis qu'Israël a perdu du terrain. À l'exportation, la Russie et les marchés émergents (EAU, Biélorussie) gagnent en importance, réduisant la dépendance au seul marché britannique.

  3. Une vulnérabilité accrue aux chocs exogènes : l'épisode de 2022 a mis en lumière la fragilité des chaînes d'approvisionnement longues. Les prix du Kenya, de l'Équateur et de l'Éthiopie ont connu des pics d'anomalie considérables, reflétant la sensibilité du secteur aux coûts énergétiques, aux conditions climatiques et aux tensions logistiques.

L'UE reste un exportateur net structurel, grâce au rôle de hub néerlandais qui importe, transforme et réexporte les fleurs. Toutefois, l'accélération des importations (+83 % en valeur) et la volatilité croissante des fournisseurs africains posent la question de la résilience de ce modèle à moyen terme.

Généré le 2026-08-09. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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