Évolution du marché : Légumes congelés préparés (CN 2004) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 2004 couvre les légumes préparés ou conservés autrement qu'au vinaigre ou à l'acide acétique, congelés — à l'exclusion des confits au sucre, des tomates, des champignons et des truffes. Il s'agit d'un agrégat résidiel regroupant principalement deux sous-positions : les pommes de terre congelées (NC 200410) et les autres légumes et mélanges congelés (NC 200490). Sur la période 2015–2025, l'Union européenne a connu une transformation profonde de son commerce extérieur dans ce segment, marquée par une explosion des exportations, une hausse structurelle des prix unitaires et une diversification des flux d'approvisionnement. Ce rapport analyse ces dynamiques en trois volets : la consolidation du rôle de l'UE en tant qu'exportateur majeur, l'évolution des prix et la montée en gamme, puis la restructuration géographique des échanges.
1. Une puissance exportatrice européenne massivement consolidée
1.1 Des exportations multipliées par 2,4 en valeur sur la décennie
L'UE est un exportateur net structurel de légumes congelés préparés. Entre 2015 et 2025, les exportations ont progressé de 142,2 % en valeur, passant de 1,48 milliard d'euros à 3,58 milliards d'euros. En volume, la hausse a été plus modérée (+34,3 %), passant de 2,06 millions de tonnes à 2,77 millions de tonnes, avec un pic à 3,12 millions de tonnes en 2023. Ce décalage entre valeur et volume traduit une hausse considérable des prix moyens à l'exportation (+80,4 %), de 718 €/t à 1 295 €/t.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur exportations (Mds €) | 1,48 | 3,58 | +142,2 % |
| Volume exportations (M t) | 2,06 | 2,77 | +34,3 % |
| Prix moyen export (€/t) | 718 | 1 295 | +80,4 % |
La balance commerciale s'est considérablement élargie, passant de 1,41 milliard d'euros à 3,50 milliards d'euros (+148 %), confirmant le rôle de l'UE comme fournisseur net majeur sur ce segment. La dépendance nette aux importations, toujours négative, est passée de −33 % à −40 %, signifiant que l'UE exporte un volume de plus en plus important par rapport à sa consommation apparente.
1.2 La pomme de terre congelée, moteur quasi exclusif de la croissance
La décomposition par sous-position révèle que la pomme de terre congelée (NC 200410) représente l'écrasante majorité des exportations. En 2025, les exportations de NC 200410 atteignent 3,24 milliards d'euros et 2,63 millions de tonnes, soit respectivement 90,6 % et 95,0 % du total des exportations du code 2004. Les « autres légumes congelés » (NC 200490) pèsent 337 millions d'euros pour 139 000 tonnes, avec un prix unitaire nettement supérieur (2 425 €/t contre 1 235 €/t pour les pommes de terre en 2025).
| Sous-position | Valeur 2025 (M€) | Volume 2025 (kt) | Prix 2025 (€/t) |
|---|---|---|---|
| NC 200410 — Pommes de terre congelées | 3 245 | 2 627 | 1 235 |
| NC 200490 — Autres légumes congelés | 337 | 139 | 2 425 |
La croissance des exportations de pommes de terre congelées (+144 % en valeur entre 2015 et 2025) s'explique à la fois par l'expansion de la production industrielle belge et néerlandaise de frites surgelées, et par la hausse des prix mondiaux des céréales et oléagineux qui a tiré les prix des produits transformés à base de pommes de terre.
1.3 Une production intérieure en pleine expansion
La production européenne de légumes congelés préparés a connu une croissance spectaculaire : le volume est passé de 2,74 milliards de kilogrammes en 2015 à 8,79 milliards de kilogrammes en 2025 (+220 %), tandis que la valeur de production est passée de 1,65 milliard d'euros à 12,99 milliards d'euros (+685 %). Cette expansion de la base productive européenne a non seulement alimenté les exportations, mais aussi renforcé la propension à exporter, passée de 26,4 % à 28,9 %, ainsi que l'intensité commerciale, de 27,5 % à 29,3 %.
2. La montée en prix et les chocs de 2022 : une revalorisation du commerce
2.1 Une hausse généralisée des prix unitaires
L'un des traits marquants de la période est la hausse systématique des prix unitaires, tant à l'exportation qu'à l'importation :
| Flux | Prix 2015 (€/t) | Prix 2025 (€/t) | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations | 718 | 1 295 | +80,4 % |
| Importations | 1 095 | 1 704 | +55,5 % |
Les prix à l'exportation des pommes de terre congelées (NC 200410) ont connu la plus forte progression, passant de 676 €/t en 2015 à un pic de 1 331 €/t en 2024 (+97 %), avant de se replier légèrement à 1 235 €/t en 2025. Les prix des « autres légumes » (NC 200490) sont passés de 1 603 €/t à 2 425 €/t (+51 %), traduisant une tendance à la revalorisation des produits à plus forte valeur ajoutée.
2.2 Le pic de 2022–2023 et les chocs de prix identifiés
L'année 2022 marque un tournant dans l'évolution des prix. Les chocs de prix détectés montrent trois événements significatifs centrés sur 2022 :
| Partenaire | Type de choc | Flux | Hausse (%) | Abnormalité |
|---|---|---|---|---|
| Brésil | Prix | Exportations | +59,3 % | 24,9 |
| Jordanie | Prix | Exportations | +61,9 % | 24,1 |
| Rép. dominicaine | Prix | Exportations | +60,0 % | 13,5 |
Ces chocs, d'une ampleur inhabituelle, s'inscrivent dans le contexte plus large de la crise énergétique et de l'inflation des coûts de production (énergie, emballage, transport) post-Covid et amplifiée par le conflit russo-ukrainien. La valeur totale des exportations a bondi de 2,34 milliards d'euros (2021) à 3,31 milliards d'euros (2022), puis à 4,20 milliards d'euros (2023), avant de se stabiliser autour de 3,58 milliards en 2025. Le pic de valeur en 2023 (4,20 milliards d'euros) constitue le maximum observé sur toute la période.
2.3 L'impact différencié de la crise Covid-19 (2020)
L'année 2020 constitue un point de bascule visible dans les séries. Les exportations ont reculé à 2,06 milliards d'euros (contre 2,26 milliards en 2019), avec un volume en repli à 2,43 millions de tonnes. Ce recul, relativement modéré au regard de l'ampleur de la crise sanitaire, reflète la nature essentielle des produits alimentaires congelés et la résilience des circuits de distribution. La reprise dès 2021 a été vigoureuse, tant en volume (+14 %) qu'en valeur (+12 %), préfigurant la dynamique haussière des années suivantes.
3. Une restructuration géographique des flux commerciaux
3.1 Les importations : diversification loin du Royaume-Uni
Les importations de l'UE en provenance de pays tiers restent modestes (85,8 millions d'euros en 2025) et ont même diminué en volume (−19,7 %), passant de 62 753 tonnes à 50 390 tonnes. Le Royaume-Uni demeure le premier fournisseur (56,7 % des importations en valeur en 2025), mais son poids relatif a diminué de 16 %, effet probable du Brexit.
| Fournisseur | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 57,9 | 48,6 | −16,0 % |
| Turquie | 2,0 | 5,7 | +180,9 % |
| Égypte | 0,9 | 6,7 | +632,6 % |
| Chine | 1,2 | 5,0 | +319,5 % |
| États-Unis | 1,0 | 0,3 | −72,7 % |
| Serbie | 0,4 | 1,8 | +411,1 % |
| Viêt Nam | 1,2 | 1,7 | +43,3 % |
L'indice de concentration HHI des importations a chuté de 7 131 à 3 395 (−52,4 %), indiquant une diversification significative des sources d'approvisionnement. Des fournisseurs comme l'Égypte (+633 %), la Chine (+320 %) et la Serbie (+411 %) ont émergé, reflétant la volonté de réduire la dépendance au Royaume-Uni et de tirer parti de coûts de production plus compétitifs dans ces pays.
3.2 Les exportations : le Royaume-Uni, pilier incontournable
Côté exportations, le Royaume-Uni reste de loin le premier marché, absorbant 1,28 milliard d'euros en 2025 (+105,8 % par rapport à 2015). Il représente 35,6 % de la valeur totale des exportations. La croissance la plus spectaculaire concerne les États-Unis, dont les importations de légumes congelés européens ont bondi de 25 millions d'euros à 371 millions d'euros (+1 368 %), signe d'une pénétration commerciale remarquable.
| Destination | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 619,7 | 1 275,3 | +105,8 % |
| Arabie saoudite | 110,7 | 227,0 | +105,1 % |
| Brésil | 89,0 | 156,5 | +75,9 % |
| États-Unis | 25,3 | 371,2 | +1 367,8 % |
| Chili | 42,6 | 89,4 | +109,8 % |
| Australie | 35,9 | 129,3 | +260,2 % |
| Japon | 51,6 | 94,6 | +83,3 % |
L'indice HHI des exportations a diminué de 1 938 à 1 511 (−22 %), témoignant d'une modeste mais réelle diversification des débouchés. Néanmoins, le coefficient de variation des flux vers les États-Unis (0,60) et vers la Fédération de Russie (0,65) indique une certaine volatilité sur ces marchés, en contraste avec la stabilité relative du flux vers le Royaume-Uni (CV de 0,07).
3.3 Une spécialisation belge et néerlandaise prononcée
La spécialisation à l'exportation au sein de l'UE est très concentrée géographiquement. En 2025 :
| État membre | RCA | RSCA | Part des exportations (%) |
|---|---|---|---|
| Belgique | 4,87 | +0,66 | 41,2 % |
| France | 1,79 | +0,28 | 14,0 % |
| Pays-Bas | 1,78 | +0,28 | 25,8 % |
La Belgique, avec un indice de spécialisation RSCA de +0,66 et un RCA de 4,87, domine largement la production et l'exportation de légumes congelés — en particulier les frites surgelées. Les exportations belges ont triplé en valeur (+202 %), passant de 558 millions d'euros à 1,68 milliard d'euros, tandis que la France a connu la progression la plus remarquable (+469 %), de 53 à 304 millions d'euros, signe d'un développement rapide de la filière dans ce pays.
À l'inverse, l'Irlande reste le principal importateur intra-UE (43 millions d'euros en 2025), ce qui s'explique par la proximité logistique avec les centres de production belges et néerlandais et par la structure de consommation irlandaise fortement orientée vers les produits de pomme de terre congelée.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen des légumes congelés préparés (NC 2004) a connu une triple transformation. Premièrement, l'UE a renforcé de manière décisive sa position de puissance exportatrice, avec des exportations multipliées par 2,4 en valeur, portées par une production intérieure en forte expansion (+220 % en volume) et une capacité à capter de nouveaux marchés, notamment les États-Unis et l'Australie. Deuxièmement, la période a été marquée par une revalorisation structurelle des prix, culminant lors des chocs de 2022, qui ont tiré la valeur des exportations au-delà de 4 milliards d'euros en 2023 avant un retour à un niveau de croisière plus élevé qu'en début de période. Troisièmement, les flux commerciaux se sont restructurés : les importations se sont diversifiées (HHI divisé par deux) avec l'émergence de fournisseurs méditerranéens et asiatiques, tandis que les exportations, bien que toujours très dépendantes du Royaume-Uni, ont gagné en profondeur géographique. La spécialisation belgo-néerlandaise — dominée par la pomme de terre congelée — demeure le socle de cette dynamique commerciale, la Belgique seule représentant plus de 40 % des exportations intra-UE. L'UE apparaît ainsi comme un acteur structurellement excédentaire sur ce segment, dont la vulnérabilité réside moins dans la dépendance aux importations que dans la concentration des débouchés d'exportation.