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Évolution du marché : Légumes et fruits marinés (CN 2001) — 2015–2025

Introduction

Le code NC 2001 couvre les légumes, fruits et autres parties comestibles de plantes, préparés ou conservés au vinaigre ou à l'acide acétique. Il se décompose en deux sous-positions principales : les concombres et cornichons (200110) et les autres légumes et fruits ainsi préparés (200190). Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'UE pour ce produit a connu des transformations profondes : les importations ont plus que doublé en valeur tandis que les exportations progresaient de manière plus modérée, creusant significativement le déficit commercial. Ce rapport analyse les grandes dynamiques qui structurent ce marché, en s'appuyant sur les données douanières annuelles de l'UE.


1. Un déficit commercial qui se creuse sous l'effet d'importations en forte hausse

La valeur des importations a doublé en dix ans

Entre 2015 et 2025, la valeur des importations de l'UE pour le code 2001 est passée de 271 M€ à 544 M€, soit une progression de 100,9 %. Sur la même période, le volume importé a augmenté de 75,3 %, passant de 210 800 t à 369 478 t. L'augmentation des prix unitaires (de 1 284 €/t à 1 472 €/t, soit +14,6 %) a amplifié la hausse en valeur. Ce rythme de croissance des importations est nettement supérieur à celui des exportations, qui n'ont progressé que de 31,6 % en valeur (de 232 M€ à 306 M€), tout en reculant de 6,3 % en volume (de 151 426 t à 141 862 t).

Indicateur 2015 2025 Variation
Importations – valeur 271 M€ 544 M€ +100,9 %
Importations – volume 210 800 t 369 478 t +75,3 %
Importations – prix moyen 1 284 €/t 1 472 €/t +14,6 %
Exportations – valeur 232 M€ 306 M€ +31,6 %
Exportations – volume 151 426 t 141 862 t −6,3 %
Exportations – prix moyen 1 534 €/t 2 155 €/t +40,5 %

(Source : Vue d'ensemble du commerce)

Le solde commercial passe d'un quasi-équilibre à un déficit structurel

Le solde commercial de l'UE est ainsi passé de −38 M€ en 2015 à −238 M€ en 2025, une détérioration de 519 %. En 2015, l'UE était presque autosuffisante sur ce segment (la dépendance nette aux importations n'était que de −2,3 %). En 2025, elle atteint +7,7 %, signe que l'UE importe désormais un volume net significatif de produits marinés. Ce basculement s'explique par la combinaison d'une demande intérieure soutenue, d'une concurrence internationale accrue sur les prix et de la spécialisation de certains partenaires tiers dans les segments à faible valeur ajoutée, notamment les cornichons.

L'Allemagne concentre près de 40 % des importations intra-UE

Du côté de l'importation, l'Allemagne domine très largement parmi les États membres : ses achats hors UE sont passés de 101 M€ à 207 M€ (+105 %). Les Pays-Bas (67 M€), la France (37 M€) et l'Espagne (37 M€) suivent, tous en forte hausse. En revanche, l'Irlande, qui importait 24 M€ en 2015, n'importe plus que 10 M€ en 2025 (−59 %) — un effet probable du Brexit ayant redirigé une partie de ses flux vers le Royaume-Uni, désormais hors du périmètre douanier UE. À l'inverse, la Grèce a vu ses importations hors UE bondir de 6 M€ à 24 M€ (+305 %), témoignant d'une ouverture accrue à la concurrence extérieure dans le bassin méditerranéen.


2. Les fournisseurs méditerranéens et asiatiques au cœur de la croissance des importations

La Turquie, fournisseur incontesté, approche les 235 M€

La Turquie demeure de loin le premier fournisseur de l'UE pour le code 2001. Ses exportations vers l'UE ont progressé de 107 M€ à 235 M€ (+120 %), captant près de 43 % de la valeur totale des importations de l'UE en 2025. Ce rôle dominant s'explique par la proximité géographique, les accords douaniers préférentiels (union douanière UE-Turquie), et la forte spécialisation turque dans les légumes marinés et les cornichons. L'instabilité relative de ce flux (coefficient de variation de 0,26 sur la période) reste cependant modérée, ce qui reflète une relation commerciale relativement mature.

L'Inde et l'Égypte confirment une montée en puissance spectaculaire

L'Inde a connu une progression remarquable : ses exportations vers l'UE ont bondi de 36 M€ à 103 M€ (+185 %), faisant d'elle le deuxième fournisseur. L'Égypte a connu la croissance la plus spectaculaire en termes relatifs : de 2 M€ à 24,5 M€ (+1 097 %), portée par le développement rapide de son secteur agroalimentaire et ses coûts de production compétitifs. L'Afrique du Sud a également fortement augmenté ses envois vers l'UE (de 18 M€ à 41 M€, +133 %). La Chine progresse aussi, passant de 11 M€ à 22 M€ (+94 %), avec toutefois une volatilité élevée (CV = 0,31).

Fournisseur (imports UE) 2015 2025 Variation
Turquie 107 M€ 235 M€ +120,0 %
Inde 36 M€ 103 M€ +184,8 %
Afrique du Sud 18 M€ 41 M€ +133,4 %
Chine 11 M€ 22 M€ +93,6 %
Égypte 2 M€ 24,5 M€ +1 097,4 %
Pérou 18 M€ 15 M€ −16,0 %
Royaume-Uni 32 M€ 8 M€ −74,1 %

(Source : Principaux partenaires à l'importation)

Le Brexit restructure les flux avec le Royaume-Uni

L'effet du Brexit est particulièrement visible sur ce produit. Le Royaume-Uni, qui était à la fois un fournisseur significatif de l'UE (32 M€ en 2015) et une destination majeure des exportations européennes, a vu ses importations vers l'UE s'effondrer à 8 M€ (−74 %). Ce recul s'explique par le passage du Royaume-Uni à un régime de pays tiers, avec les contrôles douaniers, les déclarations sanitaires et les éventuels droits qui en découlent. Du côté des exportations de l'UE vers le Royaume-Uni, le volume est resté relativement stable (79 M€ en 2015 comme en 2025), suggérant que le Royaume-Uni reste un marché de destination incontournable malgré les nouvelles barrières, mais que la réciproque (approvisionnement du marché UE par le RU) a été fortement impactée.

Le segment des cornichons (200110) tire la croissance des importations

L'analyse par sous-position révèle que la croissance des importations est particulièrement portée par les concombres et cornichons (200110) : le volume importé a presque doublé, passant de 97 017 t à 186 208 t (+92 %), tandis que sa valeur a bondi de 89 M€ à 224 M€ (+151 %). Le segment 200190 (autres légumes et fruits marinés) a aussi progressé fortement en volume (+61 %, de 113 780 t à 183 270 t) et en valeur (+76 %). Le prix moyen à l'importation du segment 200110 est resté plus bas que celui du 200190 (1 203 €/t contre 1 746 €/t en 2025), ce qui confirme que les cornichons constituent un segment à plus faible valeur unitaire, davantage soumis à la concurrence des pays à bas coûts de production.


3. Des exportations européennes à valeur ajoutée croissante mais en volume en repli

Les exportations gagnent en valeur unitaire mais perdent en volume

Si la valeur des exportations de l'UE a progressé de 31,6 % (de 232 M€ à 306 M€), cette hausse est presque entièrement tirée par la hausse des prix moyens (+40,5 %, de 1 534 €/t à 2 155 €/t). En volume, les exportations ont reculé de 6,3 %, passant de 151 426 t à 141 862 t. Ce phénomène suggère que l'UE se spécialise progressivement vers des produits à plus forte valeur ajoutée (préparations plus élaborées, appellations, bio, etc.), tandis que les volumes de base sont de plus en plus captés par des fournisseurs tiers à bas coûts. Le segment 200190 illustre bien cette tendance : le volume exporté a reculé de 97 177 t à 74 809 t (−23 %), tandis que le prix moyen a bondi de 1 818 €/t à 2 700 €/t (+48 %).

L'Espagne demeure le premier exportateur mais perd du terrain

Parmi les États membres exportateurs, l'Espagne reste en tête (54 M€ en 2025), mais affiche un recul de 7 % par rapport à 2015 (59 M€). L'Allemagne (55 M€, +69 %), la Grèce (50 M€, +42 %) et la Pologne (49 M€, +79 %) ont toutes progressé significativement. L'Italie a presque doublé ses exportations (de 15 M€ à 29 M€, +98 %). En termes de spécialisation, la Grèce affiche un avantage comparatif révélé exceptionnel (RCA de 17,2 et RSCA de 0,89), bien au-dessus de tous les autres États membres. L'Autriche (RCA de 1,7), l'Allemagne (1,7) et la Pologne (1,5) présentent également un avantage comparatif, tandis que la France (RCA de 0,14) et l'Irlande (RCA de 0,006) sont fortement désavantagées sur ce produit.

État membre (exports) 2015 2025 Variation
Espagne 59 M€ 54 M€ −7,2 %
Allemagne 33 M€ 55 M€ +68,6 %
Grèce 35 M€ 50 M€ +42,2 %
Pologne 28 M€ 49 M€ +78,7 %
Italie 15 M€ 29 M€ +97,6 %
France 7 M€ 13 M€ +73,6 %

(Source : Principaux reporters à l'exportation)

Les marchés d'exportation se diversifient

L'indice de concentration HHI des exportations (en valeur) a diminué de 2 044 à 1 454 (−29 %), ce qui indique une diversification notable des destinations. Le Royaume-Uni et les États-Unis restent les deux principaux marchés, mais le Canada (+86 %, de 10 M€ à 19 M€), la Suisse (+47 %, de 13 M€ à 19 M€) et surtout la Chine (+245 %, de 2,8 M€ à 9,7 M€) ont fortement progressé. À l'inverse, la concentration des importations (HHI) a augmenté de 2 003 à 2 353 (+17,5 %), signe que l'approvisionnement de l'UE repose de plus en plus sur un nombre restreint de fournisseurs dominants, principalement la Turquie et l'Inde.

La production européenne progresse mais insuffisamment pour absorber la demande

La production de l'UE (code Prodcom 10.39.18.00) a augmenté de 29 % en volume (de 1,19 Mt à 1,54 Mt) et de 82 % en valeur (de 1,42 Mds€ à 2,58 Mds€). La hausse de la production en valeur, plus que proportionnelle à celle du volume, traduit une inflation des coûts de production et/ou une montée en gamme. Néanmoins, cette croissance de la production ne suffit pas à couvrir la hausse de la demande intérieure, ce qui explique le recours croissant aux importations et l'élargissement du déficit commercial. La propension à exporter a légèrement reculé (de 12,4 % à 11,9 %), tandis que l'intensité commerciale a progressé (de 20,4 % à 26,7 %), confirmant que le marché européen s'est davantage ouvert aux échanges sur ce segment.


Conclusion

La période 2015–2025 marque un tournant pour le marché européen des légumes et fruits marinés (CN 2001). L'UE est passée d'une situation de quasi-équilibre commercial à un déficit structurel de 238 M€, principalement sous l'effet d'importations en forte croissance depuis la Turquie, l'Inde et l'Égypte. Le segment des cornichons et concombres marinés (200110) concentre une large part de cette dynamique. Les exportations européennes, bien qu'en recul en volume, conservent un avantage de valeur unitaire qui reflète une spécialisation vers le haut de gamme. La diversification des marchés d'exportation est encourageante, mais l'accroissement de la concentration des importations (HHI en hausse de 18 %) constitue un facteur de vulnérabilité : la dépendance vis-à-vis de la Turquie, qui représente près de 43 % des importations, expose l'UE à des risques d'approvisionnement en cas de chocs géopolitiques, climatiques ou commerciaux. Le seul événement de choc détecté sur la période (une anomalie de prix à l'exportation vers l'Australie en 2022, avec un décalage de prix de +31,8 %) reste toutefois de faible ampleur, ce qui suggère que le marché est globalement résilient aux chocs de prix, même si les tensions inflationnistes de 2022–2023 ont eu un impact visible sur les prix moyens à l'importation et à l'exportation.

Généré le 2026-08-07. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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