Évolution du marché : Houille (CN 2701) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 2701 couvre l'ensemble des houilles, briquettes et combustibles solides similaires obtenus à partir de la houille. Il englobe quatre sous-produits principaux : l'anthracite (270111), la houille bitumineuse (270112), les autres houilles non agglomérées (270119) et les briquettes et combustibles dérivés (270120). Sur la période 2015–2025, le marché européen du charbon a été marqué par trois dynamiques majeures : l'accélération de la transition énergétique européenne, le déclenchement de la guerre en Ukraine et les sanctions qui ont suivi, ainsi que la crise énergétique sans précédent de 2022. Ce rapport examine les principales tendances observables dans les échanges commerciaux de l'Union européenne avec le reste du monde pour ce produit, en s'appuyant sur les données annuelles disponibles sur le tableau de bord du commerce.
1. La contraction inexorable des volumes importés, reflet d'un retrait structurel du charbon
1.1. Un déclin amorcé avant la pandémie et accentué par la crise sanitaire
Les importations de houille de l'Union européenne ont connu une baisse spectaculaire sur la décennie 2015–2025. Le volume importé est passé de 156,9 millions de tonnes en 2015 à 57,6 millions de tonnes en 2025, soit une contraction de 62,5 %. Ce recul ne s'est pas produit de manière linéaire : une tendance baissière était déjà visible avant la pandémie, avec un volume en repli de 156,9 Mt en 2015 à 120,3 Mt en 2019.
L'année 2020 a marqué un point d'inflexion brutal, les importations chutant à 78,5 Mt sous l'effet combiné de la pandémie de Covid-19 (ralentissement industriel, restrictions économiques) et de la poursuite des politiques de décarbonation. Malgré une reprise partielle en 2021 (98,9 Mt) et 2022 (101,4 Mt) — stimulée par les besoins de sécurité énergétique —, le recul s'est ensuite poursuivi de manière inexorable : 83,8 Mt en 2023, 62,0 Mt en 2024, puis 57,6 Mt en 2025, le niveau le plus bas jamais enregistré sur la période consultable dans l'aperçu général des échanges.
| Année | Volume importé (Mt) | Valeur importée (M€) | Prix moyen (€/t) | Volume exporté (Mt) | Valeur exportée (M€) | Solde (M€) |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 2015 | 156,9 | 11 176 | 71,2 | 2,3 | 254 | −10 921 |
| 2016 | 143,3 | 9 874 | 68,9 | 3,2 | 280 | −9 594 |
| 2017 | 150,8 | 15 809 | 104,8 | 1,7 | 215 | −15 594 |
| 2018 | 149,4 | 15 984 | 107,0 | 1,6 | 217 | −15 766 |
| 2019 | 120,3 | 12 598 | 104,8 | 2,2 | 208 | −12 391 |
| 2020 | 78,5 | 6 213 | 79,2 | 3,5 | 297 | −5 916 |
| 2021 | 98,9 | 11 846 | 119,8 | 3,7 | 412 | −11 435 |
| 2022 | 101,4 | 30 104 | 297,0 | 2,0 | 551 | −29 553 |
| 2023 | 83,8 | 18 958 | 226,2 | 4,1 | 819 | −18 139 |
| 2024 | 62,0 | 12 113 | 195,3 | 2,9 | 507 | −11 606 |
| 2025 | 57,6 | 8 372 | 145,5 | 3,0 | 486 | −7 885 |
1.2. Un produit dominé par la houille bitumineuse, dont les volumes se sont effondrés
La décomposition par sous-produit révèle que la houille bitumineuse (270112) constitue de loin la catégorie dominante, représentant entre 74 % et 80 % des volumes importés. Or, c'est précisément ce sous-produit qui a connu le recul le plus marquant en termes absolus : de 116,9 Mt en 2015 à 45,7 Mt en 2025, soit une baisse de 61 %. Les « autres houilles » (270119) ont suivi une trajectoire similaire, passant de 36,1 Mt à 10,7 Mt (−70 %). L'anthracite (270111), qui représente un volume marginal, a quant à elle été divisée par plus de trois (3,8 Mt → 1,1 Mt).
| Sous-produit | 2015 (Mt) | 2020 (Mt) | 2022 (Mt) | 2025 (Mt) | Var. 2015–2025 |
|---|---|---|---|---|---|
| 270112 — Houille bitumineuse | 116,9 | 57,7 | 70,1 | 45,7 | −61 % |
| 270119 — Autres houilles | 36,1 | 16,4 | 27,9 | 10,7 | −70 % |
| 270111 — Anthracite | 3,8 | 4,2 | 3,3 | 1,1 | −72 % |
| 270120 — Briquettes et dérivés | 0,09 | 0,13 | 0,15 | 0,06 | −34 % |
Il est notable que l'anthracite ait temporairement augmenté en 2019–2020 (atteignant 4,3 Mt), probablement en raison de la spécificité de ses usages industriels (chauffage, procédés métallurgiques), avant de décliner fortement à partir de 2023.
1.3. Des exportations en hausse, portées par la demande ukrainienne
Contrairement aux importations, les exportations de houille de l'Union européenne ont suivi une trajectoire ascendante, passant de 2,3 Mt (254 M€) en 2015 à 3,0 Mt (486 M€) en 2025, soit une hausse de +30 % en volume et de +91 % en valeur. Le pic a été atteint en 2023 avec 4,1 Mt exportées pour une valeur record de 819 M€. Cette hausse s'explique en grande partie par l'augmentation des livraisons vers l'Ukraine, premier partenaire à l'exportation en 2025 avec 189 M€ (contre seulement 27 M€ en 2015, soit +591 %), dans un contexte de solidarité énergétique européenne face à la guerre détail des partenaires à l'exportation.
2. L'effacement de la Russie et la recomposition géographique des approvisionnements
2.1. L'éviction totale du charbon russe, un basculement géopolitique majeur
La dynamique la plus spectaculaire de la période est l'élimination complète de la Russie en tant que fournisseur de charbon de l'Union européenne. En 2015, la Russie était le premier partenaire d'importation avec 3 147 M€, soit 28 % de la valeur totale importée. Son apogée a été atteinte autour de 2021, avec un volume estimé à près de 6 000 M€. L'adoption des sanctions européennes à l'été 2022 (interdiction d'importation de charbon russe en réponse à l'invasion de l'Ukraine) a entraîné un effondrement quasi immédiat. En 2025, les importations en provenance de Russie ne représentaient plus que 62 000 € — un recul de 100 % historique des partenaires à l'importation.
2.2. L'Australie et les États-Unis, nouveaux piliers de l'approvisionnement européen
Le retrait russe a contraint l'Union européenne à reconfigurer rapidement ses sources d'approvisionnement. L'Australie est devenue le premier fournisseur en 2025 avec 3 031 M€ (+74 % par rapport à 2015), tandis que les États-Unis ont consolidé leur position avec 2 603 M€ (+23 %). Le Kazakhstan a connu la progression la plus spectaculaire, passant de 57 M€ en 2015 à 638 M€ en 2025 (+1 009 %), avec un pic à 1 621 M€ en 2022–2023, alors que l'UE cherchait activement des alternatives au charbon russe acheminable par voie terrestre.
| Partenaire | 2015 (M€) | Max sur la période (M€) | 2025 (M€) | Var. 2015–2025 |
|---|---|---|---|---|
| Russie | 3 147 | 5 987 | 0,06 | −100 % |
| États-Unis | 2 121 | 5 226 | 2 603 | +23 % |
| Colombie | 2 016 | 4 737 | 995 | −51 % |
| Australie | 1 741 | 5 687 | 3 031 | +74 % |
| Afrique du Sud | 810 | 4 249 | 431 | −47 % |
| Indonésie | 425 | 1 184 | 97 | −77 % |
| Kazakhstan | 57 | 1 621 | 638 | +1 009 % |
En revanche, la Colombie et l'Afrique du Sud ont vu leur part diminuer de manière significative (respectivement −51 % et −47 %), tandis que l'Indonésie a presque disparu du tableau (−77 %). Il convient de noter que les valeurs maximales pour la plupart de ces partenaires ont été atteintes en 2022, année où la facture d'importation totale a culminé à 30 104 M€.
2.3. Une concentration accrue du marché, source de vulnérabilité
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI), qui mesure la concentration des échanges, révèle une aggravation significative du risque de dépendance. L'HHI des importations (en valeur) est passé de 1 801 en 2015 à 2 515 en 2025, avec un pic à 2 850, franchissant ainsi le seuil de 2 500 généralement considéré comme un niveau de concentration élevée données de concentration. L'HHI des exportations a connu une évolution encore plus marquée, passant de 1 421 à 2 333 (+64 %), signe que les flux sortants se sont eux aussi concentrés sur un nombre réduit de destinations.
Du côté des États membres, les Pays-Bas demeurent le principal point d'entrée du charbon dans l'UE, avec 3 038 M€ importés en 2025 (−18 % par rapport à 2015), grâce au rôle central du port de Rotterdam. L'Allemagne a réduit ses importations de 32 % (1 363 M€ → 933 M€), en phase avec sa politique de sortie du charbon (Kohleausstieg). L'Italie (−59 %) et l'Espagne (−57 %) ont connu les baisses les plus prononcées. À l'inverse, la Pologne a augmenté ses importations de 47 % (537 M€ → 788 M€), illustrant la persistance de sa dépendance au charbon, et la Belgique a progressé de 30 % (438 M€ → 568 M€), portée par le rôle du port d'Anvers détail par État membre.
| État membre | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Pays-Bas | 3 687 | 3 038 | −18 % |
| Allemagne | 1 363 | 933 | −32 % |
| Italie | 1 315 | 546 | −59 % |
| Espagne | 1 156 | 500 | −57 % |
| France | 1 031 | 750 | −27 % |
| Pologne | 537 | 788 | +47 % |
| Belgique | 438 | 568 | +30 % |
Enfin, l'analyse de la spécialisation des États membres confirme que les Pays-Bas (RSCA de 0,658, RCA de 4,84) et la Pologne (RSCA de 0,431, RCA de 2,51) se distinguent nettement comme les hubs logistiques et les consommateurs les plus spécialisés dans le commerce du charbon au sein de l'UE.
3. Le séisme des prix en 2022 et la normalisation progressive des cours
3.1. Le triplement des prix d'importation au cœur de la crise énergétique
La trajectoire des prix du charbon importé par l'UE au cours de la décennie se divise nettement en plusieurs phases. De 2015 à 2016, les prix ont stagné à un niveau plancher (71,2 €/t puis 68,9 €/t, le minimum de la période), dans un contexte de surabondance mondiale de l'offre. À partir de 2017, une hausse marquée a porté les prix autour de 105–110 €/t, soutenue par un resserrement de l'offre et une demande asiatique vigoureuse. La pandémie de 2020 a provoqué un recul temporaire à 79,2 €/t, avant que la reprise économique et les tensions d'approvisionnement ne ramènent les prix à 119,8 €/t en 2021.
L'année 2022 a constitué un choc historique : le prix moyen d'importation a atteint 297,0 €/t, soit plus de quatre fois le niveau de 2016. Ce pic s'explique par la conjonction de plusieurs facteurs : l'invasion de l'Ukraine par la Russie, les sanctions européennes sur le charbon russe, la flambée des prix du gaz naturel (incitant à un report du gaz vers le charbon dans la production électrique), et les tensions logistiques mondiales. Le coût d'importation de la houille bitumineuse a même culminé à 309,6 €/t cette année-là données de volatilité et de prix par segment.
| Sous-produit | 2015 (€/t) | 2020 (€/t) | 2022 (€/t) | 2025 (€/t) |
|---|---|---|---|---|
| 270112 — Houille bitumineuse | 72,5 | 82,1 | 309,6 | 143,3 |
| 270119 — Autres houilles | 62,0 | 64,6 | 269,7 | 127,6 |
| 270111 — Anthracite | 117,7 | 95,6 | 260,0 | 191,1 |
| 270120 — Briquettes et dérivés | 170,6 | 93,0 | 283,0 | 202,2 |
3.2. Une correction amorcée mais des cours encore deux fois supérieurs au niveau de 2015
Après le pic de 2022, les prix ont entamé une phase de correction graduelle : 226,2 €/t en 2023, 195,3 €/t en 2024, puis 145,5 €/t en 2025. Ce dernier niveau reste cependant plus du double du prix observé en 2015 (71,2 €/t), ce qui suggère que la crise énergétique a laissé une empreinte durable sur la structure des coûts. L'écart s'explique notamment par la reconfiguration des routes d'approvisionnement (l'Australie et les États-Unis, plus éloignés géographiquement que la Russie, impliquent des coûts de transport supérieurs) et par une prime de risque géopolitique persistante.
Les prix d'exportation ont suivi une dynamique comparable, passant de 110,8 €/t en 2015 à 162,8 €/t en 2025 (+47 %), avec un pic à 277,6 €/t en 2022. Le minimum à l'exportation a été observé en 2020 (85,5 €/t), année de ralentissement mondial analyse de la volatilité.
3.3. Des chocs de prix identifiés et une volatilité hétérogène selon les partenaires
L'analyse des chocs d'approvisionnement détectés révèle trois épisodes marquants :
- Australie (importations, 2017) : une hausse de prix de +93,9 %, avec un indice d'anormalité de 87,5. Ce choc est vraisemblablement lié au passage du cyclone Debbie en mars 2017, qui a paralysé les infrastructures minières du Queensland et resserré l'offre mondiale.
- Royaume-Uni (exportations, 2022) : une hausse de +98,0 % (anormalité 64,8), reflétant la crise énergétique européenne et la demande urgente de voisins proches.
- Égypte (exportations, 2022) : une hausse de +296,7 %, bien que sur une part de valeur plus faible (2,1 %), témoignant d'une demande de substitution dans la région MENA.
L'indice de volatilité (coefficient de variation) confirme une forte hétérogénéité selon les partenaires. À l'importation, les flux en provenance d'Indonésie (CV = 0,84) et du Kazakhstan (CV = 0,89) sont les plus volatils, tandis que l'Australie (CV = 0,22) et les États-Unis (CV = 0,26) offrent une relative stabilité. À l'exportation, les destinations les plus volatiles sont l'Inde (CV = 2,06) et la Chine (CV = 1,85), tandis que le Royaume-Uni (CV = 0,23) constitue le partenaire le plus prévisible.
Enfin, l'impact de la crise sur la facture commerciale a été considérable : le déficit commercial de l'UE au titre du charbon a culminé à −29 553 M€ en 2022, soit près de trois fois le niveau de 2015 (−10 921 M€), avant de se résorber à −7 885 M€ en 2025, le niveau le plus bas de la décennie. Cette amélioration traduit à la fois la baisse des volumes et la correction des prix.
Conclusion
La période 2015–2025 aura été celle d'une triple transformation du marché européen du charbon. En premier lieu, les volumes importés ont reculé de 62 %, actant le déclin structurel de ce combustible dans le mix énergétique européen, malgré un rebond temporaire lié à la crise de 2022. En second lieu, la géographie des approvisionnements a été profondément remaniée : l'éviction du charbon russe a conduit à une reconfiguration rapide autour de l'Australie, des États-Unis et du Kazakhstan, au prix d'une concentration accrue du marché. Enfin, le choc de prix de 2022 — avec un triplement des cours d'importation — a laissé des traces durables, les prix de 2025 restant deux fois supérieurs à leur niveau d'avant-crise. Ces évolutions dessinent un marché plus petit mais plus volatile, dont la dépendance envers un nombre réduit de fournisseurs lointains constitue un risque structurel nouveau pour la sécurité énergétique européenne.