Évolution du marché : Autres houilles (CN 270119) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 270119 couvre les houilles, même pulvérisées, mais non agglomérées, à l'exclusion de l'anthracite (270111) et de la houille bitumineuse (270112). Il constitue une catégorie résiduelle de la nomenclature charbonnière, regroupant notamment certaines houilles sub-bitumineuses et des variétés non agglomérées ne relevant pas des deux premières sous-positions.
La période 2015–2025 est marquée par deux dynamiques majeures pour le marché charbonnier européen. D'une part, les objectifs de transition énergétique et de décarbonation, portés par le Pacte vert européen et le renforcement du système communautaire d'échange de quotas d'émission (SEQE-UE), réduisent structurellement la demande de charbon dans l'Union européenne. D'autre part, le choc géopolitique de 2022 — invasion de l'Ukraine par la Russie, suivi de l'embargo européen sur le charbon russe — a provoqué une reconfiguration brutale des approvisionnements, une envolée des prix et une aggravation temporaire du déficit commercial.
Ce rapport analyse l'évolution des échanges de l'UE avec les pays tiers pour le code NC 270119, en s'appuyant sur les données de l'aperçu général.
1. Un effondrement des volumes importés dans le contexte de la transition climatique européenne
1.1. Les importations ont chuté de plus de 70 % en volume
L'évolution la plus marquante de la période est l'effondrement des volumes importés. En 2015, l'Union européenne importait 36,1 millions de tonnes d'autres houilles (NC 270119) en provenance de pays tiers. En 2025, ce chiffre n'est plus que de 10,7 millions de tonnes, soit une baisse de 70,4 %. Le volume de 2015 constitue d'ailleurs le maximum observé sur l'ensemble de la période, témoignant d'un déclin continu et non d'une simple fluctuation conjoncturelle.
Ce recul s'inscrit dans la stratégie européenne de réduction de la dépendance aux combustibles fossiles : fermetures progressives de centrales à charbon, montée en puissance des énergies renouvelables, hausse du prix des quotas carbone et plans nationaux de sortie du charbon adoptés par de nombreux États membres.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations — volume (Mt) | 36,1 | 10,7 | −70,4 % |
| Exportations — volume (kt) | 1 448 | 1 360 | −6,1 % |
1.2. Un déficit commercial structurel en nette réduction
Le solde commercial de l'UE pour le code 270119 est structurellement déficitaire, l'Union étant un importateur net de charbon. En 2015, le déficit s'élevait à −2,08 milliards d'euros. En 2025, il s'est réduit à −1,12 milliard d'euros, soit une amélioration de 46,1 %.
Toutefois, la trajectoire n'est pas linéaire. Le déficit a connu un creux historique à −7,20 milliards d'euros au cours de l'année de pic des prix (vraisemblablement 2022), avant de se résorber rapidement. Cette aggravation temporaire s'explique par l'envolée des prix qui a fait grimper la facture d'importation malgré des volumes déjà en baisse. Le meilleur niveau de la période a été un déficit de −0,91 milliard d'euros.
| Solde commercial | Montant |
|---|---|
| 2015 (début de période) | −2,08 Mds € |
| Point le plus déficitaire | −7,20 Mds € |
| Point le moins déficitaire | −0,91 Mds € |
| 2025 (fin de période) | −1,12 Mds € |
1.3. Des exportations marginales mais relativement stables
Les exportations de l'UE vers les pays tiers représentent une fraction modeste des échanges totaux. En 2015, elles s'élevaient à 155,6 M€ pour 1,45 million de tonnes. En 2025, elles atteignent 243,8 M€ pour 1,36 million de tonnes. En volume, les exportations n'ont reculé que de 6,1 %, bien loin de la chute des importations.
La valeur des exportations a progressé de 56,7 %, portée par la hausse des prix moyens (de 107,5 à 179,3 €/t, soit +66,9 %). Les principaux destins sont la Norvège (119,6 M€ en 2025), l'Ukraine (25,2 M€) et le Royaume-Uni (22,2 M€). Au sein de l'UE, les Pays-Bas apparaissent comme le premier réexportateur avec 141,0 M€, confirmant leur rôle de plaque tournante logistique.
Certains flux ont connu des ruptures marquantes : les exportations vers le Maroc se sont effondrées de 9,6 M€ à 8 000 € (−99,9 %), tandis que celles vers la Turquie ont progressé de 3,0 M€ à 11,4 M€ (+275,3 %).
Données détaillées sur les échanges
2. Une envolée des prix amplifiée par le choc énergétique de 2022
2.1. Les prix d'importation ont plus que doublé sur la décennie
Entre 2015 et 2025, le prix moyen des importations européennes de NC 270119 est passé de 62,0 €/tonne à 127,6 €/tonne, soit une hausse de 106,0 %. Le prix moyen des exportations a connu une trajectoire comparable, passant de 107,5 €/t à 179,3 €/t (+66,9 %).
Le prix d'importation minimum de la période (62,0 €/t) correspond à l'année de départ, tandis que le prix maximum a atteint 269,7 €/t au cours de l'année de tension la plus forte. En valeur, les importations ont culminé à 7,5 milliards d'euros — contre 2,2 milliards en 2015 — malgré des volumes nettement inférieurs, ce qui illustre le poids prépondérant des prix dans l'évolution de la facture d'importation.
| Indicateur de prix | 2015 | 2025 | Min | Max | Variation |
|---|---|---|---|---|---|
| Prix moyen import (€/t) | 62,0 | 127,6 | 62,0 | 269,7 | +106,0 % |
| Prix moyen export (€/t) | 107,5 | 179,3 | 82,0 | 273,0 | +66,9 % |
2.2. Le pic de 2022 : un épisode de tension extrême
L'année 2022 marque un point d'inflexion majeur. L'invasion russe de l'Ukraine en février 2022, suivie de l'embargo européen sur le charbon russe (5ᵉ paquet de sanctions, effectif à partir d'août 2022), a provoqué un double choc : une crise d'offre par la perte du principal fournisseur, et une ruée vers les approvisionnements alternatifs avant l'entrée en vigueur des restrictions.
La valeur totale des importations a atteint un pic historique de 7,5 milliards d'euros, alors que les volumes étaient déjà en baisse structurelle. Le solde commercial s'est creusé à −7,20 milliards d'euros, le pire niveau de la période. Les prix d'importation ont culminé à 269,7 €/t, soit plus de quatre fois le niveau de 2015.
L'analyse des événements de choc détectés sur la période confirme l'ampleur des perturbations :
| Événement | Partenaire | Type | Année | Amplitude | Part de valeur |
|---|---|---|---|---|---|
| Choc de prix à l'importation | Australie | Prix | 2017 | +97,3 % | 19,5 % |
| Choc de prix à l'exportation | Maroc | Prix | 2022 | +417,8 % | 12,1 % |
| Choc d'offre à l'exportation | Turquie | Offre | 2017 | −100 % | 5,0 % |
Le choc le plus violent concerne le Maroc en 2022, avec une hausse de prix de +417,8 %, probablement liée à la compétition mondiale pour les cargaisons de charbon dans un contexte de rareté. L'interruption totale des exportations vers la Turquie en 2017 illustre quant à elle la fragilité de certains corridors commerciaux.
2.3. Un retour progressif vers des niveaux intermédiaires après 2022
Après le pic de 2022, les prix se sont significativement corrigés. Le prix d'importation de 2025 (127,6 €/t) reste environ deux fois supérieur à celui de 2015, mais a été divisé par deux par rapport au maximum observé. Le solde commercial s'est également résorbé, passant de −7,20 Mds € à −1,12 Mds €.
Ce retour s'explique par la normalisation progressive des marchés énergétiques mondiaux, la diversification des sources d'approvisionnement, et la poursuite du déclin structurel de la demande européenne de charbon. La volatilité des prix reste cependant supérieure à celle de la période pré-crise.
Données de volatilité et chocs
3. Une reconfiguration géographique des approvisionnements après les sanctions contre la Russie
3.1. Le déclin des fournisseurs historiques
Les sanctions contre la Russie, combinées à la baisse structurelle de la demande, ont profondément remodelé la géographie des approvisionnements européens en houille.
La Russie était le premier fournisseur de l'UE en début de période (527,6 M€ en 2015), et ses livraisons avaient fortement augmenté jusqu'à un pic à 1 580,1 M€ avant l'entrée en vigueur de l'embargo. L'interdiction d'importation de charbon russe a mis fin quasi-totalement à ces flux. Le coefficient de variation relativement faible (0,20) témoignait de la stabilité historique de ces approvisionnements… avant leur interruption brutale.
D'autres partenaires traditionnels ont également vu leur part se réduire :
| Partenaire | Début (M€) | Fin (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Fédération de Russie | 527,6 | 1 580,1 ¹ | +199,5 % ¹ |
| Colombie | 636,5 | 440,9 | −30,7 % |
| États-Unis | 454,2 | 64,8 | −85,7 % |
| Indonésie | 220,1 | 0,8 | −100,0 % |
| Afrique du Sud | 102,8 | 70,5 | −31,4 % |
¹ Valeur de la dernière année de données disponibles pour ce partenaire, antérieure à 2025, en raison de l'effet des sanctions.
L'Indonésie a connu le déclin le plus radical, passant de 220,1 M€ à moins de 1 000 € (−100 %). Les États-Unis ont perdu 85,7 % de leurs livraisons à destination de l'UE, passant de 454,2 M€ à 64,8 M€. La Colombie, bien que restant un fournisseur important (440,9 M€), a vu ses livraisons reculer de 30,7 % par rapport à son niveau initial, après avoir atteint un pic exceptionnel de 2 106,9 M€.
3.2. L'émergence de l'Australie et du Kazakhstan comme fournisseurs de substitution
Face au retrait de la Russie et d'autres partenaires, de nouveaux corridors d'approvisionnement se sont consolidés :
| Partenaire | Début (M€) | Fin (M€) | Pic (M€) | Variation |
|---|---|---|---|---|
| Australie | 201,6 | 608,8 | 904,0 | +202,0 % |
| Kazakhstan | 0,03 | 121,8 | 510,9 | +402 142 % |
L'Australie a triplé ses livraisons à l'UE, passant de 201,6 M€ à 608,8 M€, avec un pic à 904,0 M€. Elle s'est imposée comme l'un des principaux fournisseurs alternatifs, bénéficiant de sa capacité de production et de liens logistiques via les routes maritimes longue distance.
Le Kazakhstan représente le cas le plus spectaculaire : d'un flux quasi inexistant (30 000 €) en 2015, il est devenu un fournisseur significatif à 121,8 M€ en fin de période, avec un pic à 510,9 M€. Sa position géographique intermédiaire entre l'Asie centrale et l'Europe, combinée à ses réseaux ferroviaires historiques via la Russie, en ont fait un bénéficiaire direct de la reconfiguration post-2022. Toutefois, le coefficient de variation très élevé (1,27) traduit une forte instabilité de ces flux, qui restent vulnérables aux contraintes de transit.
3.3. Une concentration accrue des échanges et le rôle central des Pays-Bas et de la Pologne
L'indice de concentration Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations a fortement augmenté, passant de 1 986 à 3 167 (+59,5 %), franchissant le seuil de marché « hautement concentré » (2 500). Cela signifie que les importations européennes reposent désormais sur un nombre plus restreint de fournisseurs dominants, ce qui accroît la vulnérabilité de l'approvisionnement en cas de nouveau choc.
| HHI — Importations | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| En valeur | 1 986 | 3 167 | +59,5 % |
| En volume | 2 042 | 2 945 | +44,2 % |
Au sein de l'UE, deux États membres jouent un rôle structurel dans le commerce du NC 270119 :
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Les Pays-Bas sont à la fois le premier importateur (741,9 M€ en 2025, contre 1 366,3 M€ en 2015, −45,7 %) et le premier exportateur (141,0 M€). Leur indice RCA de 3,95 et un RSCA de 0,60 en font le membre le plus spécialisé de l'UE pour ce produit, confirmant leur rôle de hub logistique via les ports de Rotterdam et d'Amsterdam. Leur position intermédiaire entre importation et réexportation en fait une véritable plaque tournante du commerce charbonnier européen.
-
La Pologne est le deuxième importateur (240,3 M€, en progression de +278,7 % par rapport à 2015) et le deuxième exportateur (28,1 M€). Son RCA de 3,55 reflète la dépendance historique de son mix énergétique au charbon. La forte croissance de ses importations contraste avec la moyenne européenne et peut s'expliquer par le remplacement du charbon russe par des sources alternatives, potentiellement acheminées via le corridor centre-asiatique.
À l'inverse, plusieurs grands États membres ont fortement réduit leurs importations, conformément à leurs politiques de sortie du charbon :
| Pays déclarant | Variation des importations |
|---|---|
| Espagne | −95,1 % |
| Italie | −73,0 % |
| France | −59,5 % |
| Pays-Bas | −45,7 % |
Conclusion
Le marché européen des « autres houilles » (NC 270119) a connu une transformation profonde entre 2015 et 2025, articulée autour de trois dynamiques structurelles.
Premièrement, l'effondrement des volumes importés (−70,4 %), de 36,1 à 10,7 millions de tonnes, reflète la trajectoire de déclin de la demande européenne de charbon, portée par les politiques climatiques et les fermetures de centrales.
Deuxièmement, l'envolée des prix, culminant lors du choc énergétique de 2022 avec un prix d'importation de 269,7 €/t et une facture d'importation portée à 7,5 milliards d'euros. Cette crise a temporairement creusé le déficit commercial à −7,20 milliards d'euros, avant un retour à −1,12 milliard d'euros en 2025.
Troisièmement, la reconfiguration géographique des approvisionnements : retrait quasi total de la Russie (sanctions), de l'Indonésie et des États-Unis ; émergence de l'Australie et du Kazakhstan ; concentration accrue du marché (HHI de 1 986 à 3 167).
À l'horizon 2025, le commerce européen de CN 270119 se caractérise par des volumes historiquement bas, des prix stabilisés à un niveau deux fois supérieur à celui de 2015, et une base fournisseurs plus restreinte et plus concentrée. Si la poursuite des politiques européennes de décarbonation devrait maintenir la tendance baissière des volumes, la dépendance accrue à l'égard de corridors logistiques longs (Australie, Kazakhstan) et la concentration du marché constituent des facteurs de vulnérabilité en cas de nouveau choc d'approvisionnement.