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Évolution du marché : Pétrole brut (CN 2709) — 2015–2025

Introduction

Le pétrole brut (code combiné 2709 — Huiles brutes de pétrole ou de minéraux bitumineux) représente la première ligne d'importation de l'Union européenne en valeur et un pilier fondamental de sa sécurité énergétique. Sur la période 2015–2025, le marché européen du brut a traversé des mutations profondes : l'effondrement des achats à la Russie après l'invasion de l'Ukraine, la montée fulgurante des importations en provenance des États-Unis, et une hausse durable des prix qui a alourdi la facture énergétique du continent. Ce rapport propose trois axes de lecture — l'évolution macroéconomique des flux, la reconfiguration géopolitique des fournisseurs, et les asymétries de spécialisation au sein de l'UE — afin d'éclairer les dynamiques les plus marquantes de cette décennie.


1. Une facture d'importation en hausse malgré un recul des volumes

Les volumes importés connaissent un déclin structurel

Entre 2015 et 2025, les importations de pétrole brut de l'UE ont diminué de 13,4 % en volume, passant de 503,0 millions de tonnes à 435,5 millions de tonnes. Le minimum de toute la période a été atteint en 2025, ce qui indique que la contraction ne s'explique pas uniquement par le creux pandémique de 2020 et reflète une trajectoire baissière plus durable, liée à la transition énergétique, aux gains d'efficacité et à la désindustrialisation partielle de certains secteurs.

La valeur des importations progresse sous l'effet de l'inflation pétrolière

Paradoxalement, la valeur totale des importations a augmenté de 21,0 %, passant de 175,4 milliards € à 212,2 milliards €. Cette hausse est tirée par les prix : le prix moyen du brut importé a bondi de 36,6 %, de 348,7 €/t à 476,3 €/t. Le prix a atteint un pic exceptionnel à 694,6 €/t, concentré autour de 2022, année de la crise énergétique liée à la guerre en Ukraine.

Indicateur 2015 2025 Variation 2015–2025
Volume importé 503,0 Mt 435,5 Mt −13,4 %
Valeur importée 175,4 Mrd € 212,2 Mrd € +21,0 %
Prix moyen 348,7 €/t 476,3 €/t +36,6 %

Source : Vue d'ensemble des échanges

Le déficit commercial se creuse de manière significative

Le solde commercial de l'UE en pétrole brut est structurellement massif et négatif. Il est passé de −174,9 milliards € en 2015 à −211,9 milliards € en 2025, soit une détérioration de 21,1 %. Le point le plus critique a été atteint en 2022 avec un déficit de −331,6 milliards €, tandis que le point le plus favorable correspond à la période pandémique de 2020 (−125,0 milliards €), lorsque les prix du pétrole se sont effondrés. L'écart entre ces deux extrêmes — un facteur de près de 2,7 — illustre la forte sensibilité du solde énergétique européen aux cycles du marché pétrolier mondial.

Les exportations restent marginales et se concentrent sur peu de destinations

Les exportations de brut de l'UE ne représentent que 0,2 % de la valeur importée en 2025. Leur valeur a diminué de 28,6 % (de 468,9 M€ à 334,8 M€) et leur volume de 35,3 % (de 1,32 Mt à 0,85 Mt). Les destinations ont profondusement changé : le Royaume-Uni, ancien premier client avec 308,1 M€ en 2015, a vu ses achats chuter de 94,1 % pour atteindre 18,0 M€ en 2025, tandis que la Turquie est devenue la première destination avec une progression de 143,0 % (de 103,9 M€ à 252,4 M€). L'indice HHI des exportations a par ailleurs augmenté de 47,3 % (de 4 860 à 7 159), confirmant que les rares exportations européennes de brut se concentrent sur un nombre de plus en plus restreint de partenaires.


2. L'invasion de l'Ukraine et la grande reconfiguration des fournisseurs

L'effondrement de la Russie, premier fournisseur historique

La transformation la plus spectaculaire de la décennie est l'éviction quasi totale de la Russie comme fournisseur de pétrole brut de l'UE. Les importations russes ont chuté de 92,0 %, passant de 50,5 milliards € en 2015 à seulement 4,0 milliards € en 2025. La Russie, qui représentait alors 28,8 % de la valeur totale des importations de brut de l'UE, n'en constitue plus que 1,9 % à la fin de la période. Le maximum historique avait été atteint à 63,4 milliards € avant l'entrée en vigueur des sanctions européennes. La volatilité des flux russes (coefficient de variation de 0,59) confirme les fortes perturbations subies sur cette période.

Les États-Unis, principal bénéficiaire de la reconfiguration

Les importations de brut américain par l'UE ont connu une croissance de 15 532,6 %, passant de 205 millions € (0,1 % des importations totales) à 32,1 milliards € (15,1 %). Le maximum a été atteint à 42,5 milliards €. Les États-Unis sont ainsi passés d'un fournisseur marginal à la première source d'approvisionnement de l'UE en 2025, dépassant la Norvège et le Kazakhstan. Cette montée en puissance reflète la révolution du pétrole de schiste américain et la volonté européenne de diversifier ses sources après les sanctions contre la Russie. La volatilité élevée des flux américains (CV de 0,76) traduit cependant la rapidité et l'ampleur de cette transition.

La Norvège et le Kazakhstan, partenaires de longue date confortés

  • Norvège : +111,2 % (de 14,4 Mrd € à 30,5 Mrd €), passant de 8,2 % à 14,4 % du total des importations.
  • Kazakhstan : +98,6 % (de 13,6 Mrd € à 27,0 Mrd €), passant de 7,8 % à 12,7 %.

Ces deux pays, qui figuraient déjà parmi les principaux fournisseurs en 2015, ont consolidé leur position. L'Iraq (−7,1 %), l'Arabie saoudite (+14,5 %) et le Nigeria (−12,8 %) ont connu des trajectoires plus stables mais voient leur part relative diminuer dans un marché en recomposition.

Fournisseur Valeur 2015 (Mrd €) Part 2015 Valeur 2025 (Mrd €) Part 2025 Évolution
Russie 50,5 28,8 % 4,0 1,9 % −92,0 %
États-Unis 0,2 0,1 % 32,1 15,1 % +15 533 %
Norvège 14,4 8,2 % 30,5 14,4 % +111,2 %
Kazakhstan 13,6 7,8 % 27,0 12,7 % +98,6 %
Arabie saoudite 12,1 6,9 % 13,9 6,5 % +14,5 %
Iraq 12,0 6,8 % 11,1 5,2 % −7,1 %
Nigeria 14,3 8,2 % 12,5 5,9 % −12,8 %

Source : Principaux partenaires par valeur

Une diversification mesurable mais un marché resté dépendant

L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations a baissé de 30,3 %, passant de 1 256 à 875, avec un minimum à 816. Ce recul confirme une diversification réelle des sources d'approvisionnement, directement liée à la perte de dominance de la Russie. Un HHI inférieur à 1 000 est conventionnellement considéré comme un marché « peu concentré ». L'UE a ainsi gagné en résilience géopolitique, mais au prix d'une dépendance accrue envers des fournisseurs transatlantiques et des pays tiers aux trajectoires parfois instables.

Des chocs de prix concentrés autour de 2022

L'analyse des chocs d'approvisionnement confirme l'ampleur de la crise de 2022. Trois événements majeurs ont été détectés, tous centrés sur cette année :

Événement Type Flux Anomalie Variation de prix
Royaume-Uni prix exportations UE 6,0 σ +89,6 %
Libye prix importations UE 4,1 σ +87,2 %
Azerbaïdjan prix importations UE 3,8 σ +99,9 %

La Libye (CV de 0,40), la Russie (CV de 0,59) et le Mexique (CV de 0,24) figurent parmi les fournisseurs les plus volatils, tandis que le Royaume-Uni (CV de 0,09) et l'Arabie saoudite (CV de 0,11) apparaissent comme des sources plus stables.


3. Rotterdam au centre : spécialisation et concentration intra-européennes

Les Pays-Bas, plaque tournante du pétrole brut en Europe

Les Pays-Bas sont le premier importateur de brut de l'UE en 2025 avec 42,1 milliards €, en hausse de 37,4 % par rapport à 2015 (30,6 Mrd €). Leur coefficient de spécialisation RSCA s'élève à 0,73 avec un indice RCA de 6,37, ce qui en fait de loin le pays le plus spécialisé de l'UE dans ce produit. Leur part dans la production européenne de CN 2709 atteint 92,4 %. Ce résultat s'explique directement par le rôle du port de Rotterdam, principal terminal pétrolier et hub de négoce du continent.

Sept États membres concentrent l'essentiel des importations

En 2025, les sept premiers importateurs de l'UE assurent la quasi-totalité des achats de brut extra-européen :

État membre Valeur 2025 (Mrd €) Part estimée dans l'UE Évolution 2015–2025
Pays-Bas 42,1 ~19,8 % +37,4 %
Allemagne 29,4 ~13,8 % +5,5 %
Espagne 28,1 ~13,2 % +28,6 %
France 24,6 ~11,6 % +20,2 %
Italie 22,3 ~10,5 % +3,8 %
Pologne 12,0 ~5,7 % +36,8 %
Grèce 8,5 ~4,0 % +16,9 %

Source : Principaux déclarants par valeur

La Pologne (+36,8 %) et les Pays-Bas (+37,4 %) affichent les plus fortes progressions en valeur, tandis que l'Allemagne (+5,5 %) et l'Italie (+3,8 %) ont connu une croissance plus modérée, possiblement liée à une moindre dynamique de leur appareil de raffinage.

Une spécialisation très inégale entre États membres

L'analyse de la spécialisation révèle un clivage net au sein de l'UE :

  • Pays spécialisés (RSCA positif) : Pays-Bas (RSCA = 0,73, RCA = 6,37) et Croatie (RSCA = 0,66, RCA = 4,82).
  • Pays proches de la neutralité : Danemark (RSCA = −0,05, RCA = 0,91).
  • Pays non spécialisés (RSCA très négatif) : Allemagne (RSCA = −1,00, RCA ≈ 0), Pologne (RSCA = −1,00, RCA = 0), Suède (RSCA = −1,00, RCA = 0), Tchéquie (RSCA = −1,00, RCA = 0).

La grande majorité des États membres importent du brut exclusivement pour alimenter leurs raffineries domestiques, sans capacité ni vocation de réexportation. Seuls les Pays-Bas, grâce à Rotterdam, et dans une moindre mesure la Croatie, jouent un rôle de hub régional de transit et de redistribution.

Une concentration des exportations européennes de plus en plus marquée

L'indice HHI des exportations a augmenté de 47,3 % pour atteindre 7 159 en 2025 (et 7 380 en volume), un niveau très élevé qui indique une concentration extrême. Les exportations intra-UE de brut sont le fait d'un nombre très limité d'acteurs, principalement l'Italie (253,9 M€ en 2025, +104,2 %), la Grèce (29,7 M€) et la Roumanie (24,5 M€). Cette concentration croissante contraste avec la diversification observée côté importations.


Conclusion

Sur la période 2015–2025, le marché européen du pétrole brut a subi une double mutation. D'une part, les volumes importés ont reculé de 13,4 %, passant sous la barre des 436 millions de tonnes en 2025 — le niveau le plus bas de la période. D'autre part, la valeur des importations a bondi de 21 %, tirée par des prix en hausse de 36,6 %, avec un pic historique en 2022 qui a porté le déficit commercial à −331,6 milliards €.

La transformation la plus marquante reste le basculement géopolitique provoqué par les sanctions contre la Russie : les importations russes ont chuté de 92 %, tandis que les États-Unis sont devenus le premier fournisseur de l'UE avec une croissance de plus de 15 000 %. Cette reconfiguration s'est accompagnée d'une diversification mesurable — l'HHI des importations a reculé de 30 % — mais l'UE reste structurellement dépendante de sources d'approvisionnement éloignées et potentiellement volatiles.

Au sein du marché unique, les Pays-Bas conservent un rôle central grâce au hub de Rotterdam, concentrant près de 20 % des importations et un RCA de 6,4, tandis que la plupart des États membres demeurent de purs importateurs sans capacité de réexportation. L'écart de spécialisation entre les membres de l'UE reste considérable et reflète les disparités structurelles de leur appareil industriel et de leur positionnement géographique.

Généré le 2026-08-07. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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