Évolution du marché : Montres et horloges (CN 91) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne pour le code douanier 91, « Horlogerie », couvrant la période 2015-2025. Ce secteur, qui englobe des produits allant des montres-bracelets de luxe aux mouvements et composants, présente des dynamiques commerciales structurantes pour l'industrie européenne. L'analyse se concentre sur les flux commerciaux avec les pays hors UE, révélant des tendances de fond telles qu'un déficit structurel, une montée en gamme prononcée et une concentration géographique des échanges.
1. Un déficit commercial structurel porté par une dépendance suisse marquée
L'UE affiche un déficit commercial persistant sur la période étudiée, s'expliquant principalement par des importations massives de Suisse, pays qui domine le segment des montres de luxe.
Une balance commerciale constamment déficitaire
Entre 2015 et 2025, la valeur des importations de l'UE en produits horlogers a crû de 10,3 %, passant de 7,68 milliards EUR à 8,47 milliards EUR. Dans le même temps, la valeur des exportations a baissé de 11,5 %, passant de 4,39 milliards EUR à 3,88 milliards EUR. Cette divergence a creusé le déficit commercial, qui est passé de -3,29 milliards EUR en 2015 à -4,59 milliards EUR en 2025 (Tableau de bord général). La part des importations dans l'approvisionnement net de l'UE (net import reliance) est restée très élevée, bien qu'en léger repli, passant de 80,2 % en 2015 à 65,3 % en 2025 (Indicateur de vulnérabilité).
L'hégémonie suisse et le recul du Royaume-Uni
La Suisse est le premier partenaire d'importation de l'UE, avec un flux qui a augmenté de 22,8 % sur la période pour atteindre 6,72 milliards EUR en 2025, captant à elle seule près de 79 % de la valeur des importations totales. À l'inverse, les importations en provenance du Royaume-Uni se sont effondrées de 84,1 %, passant de 227 millions EUR à 36 millions EUR, conséquence probable du Brexit et d'un réalignement des chaînes logistiques (Partenaires par valeur). La Chine reste le second fournisseur, mais avec une valeur en baisse de 16,1 %.
2. Une montée en gamme radicale transformant la structure du commerce
La période est caractérisée par une divergence marquée entre les volumes physiques en recul et les valeurs en forte hausse, témoignant d'une segmentation du marché vers le très haut de gamme.
Une chute des volumes et une explosion de la valeur unitaire
Le volume physique (en tonnes) des exportations a chuté de 51,5 % entre 2015 et 2025, passant de 9 523 tonnes à 4 614 tonnes. Celui des importations a baissé de 34,0 %. Parallèlement, le prix moyen à l'exportation a bondi de 82,0 % pour atteindre 836 863 EUR par tonne. Ce phénomène est encore plus marqué pour les importations (+67,2 %). Cette dynamique s'explique par la forte croissance des importations et exportations de montres-bracelets en métaux précieux (code 9101), dont la valeur unitaire à l'import a été multipliée par 9 entre 2015 et 2025, dépassant les 24,9 millions EUR par tonne en 2025 (Découpage par produit).
Une production européenne axée sur la valeur
La production de l'UE illustre cette montée en gamme. Le volume de pièces produites (en millions de p/st) a baissé de 16,0 % sur la période, mais la valeur de cette production a été multipliée par près de 5 (+383,4 %), passant de 493 millions EUR à 2,38 milliards EUR (Structure de production). Cela indique une spécialisation de l'industrie européenne sur des pièces à haute valeur ajoutée.
3. Concentration, chocs et nouvelles dynamiques partenariales
Le marché est géographiquement concentré, avec une forte spécialisation de certains États membres de l'UE, mais a aussi connu des épisodes de volatilité significatifs.
Une spécialisation marquée au sein de l'UE et une concentration des importations
La France et l'Allemagne se distinguent comme les moteurs de l'UE en termes de spécialisation et de poids dans les exportations. La France possède le plus fort indice de spécialisation (RSCA de 0,64) et représente 35 % de la valeur des exportations de l'UE en 2025. L'Allemagne, avec un RSCA de 0,07, est le premier exportateur par valeur brute (24 % du total) (Spécialisation des pays). Du côté des importations, la concentration a augmenté : l'indice HHI est passé de 5 476 à 6 550, renforçant la dépendance envers la Suisse (Indice de concentration HHI).
Des chocs de prix et une volatilité différenciée
L'année 2020 a été marquée par un choc de prix à l'exportation vers la Suisse (anomalie de 9,7, décalage de -19,2 %), reflétant probablement les perturbations logistiques et la demande liées à la pandémie de COVID-19 (Chocs détectés). La volatilité (coefficient de variation) des flux est très disparate : les échanges avec le Royaume-Uni ont été extrêmement instables (CV de 1,33 aux importations), tandis que ceux avec la Suisse sont restés relativement stables (CV de 0,04 à l'export) (Indicateurs de volatilité).
Conclusion
Sur la période 2015-2025, le commerce horloger de l'UE a été caractérisé par trois dynamiques fondamentales : un déficit commercial ancré dans une forte dépendance à la Suisse ; une transformation structurelle marquée par une montée en gamme extrême, avec une préférence pour la valeur sur le volume ; et une concentration géographique accrue des échanges. L'industrie européenne se positionne clairement sur le segment luxe et technique, comme en témoignent l'explosion des prix unitaires et la forte croissance de la valeur de production locale. Malgré un déficit persistant, la capacité d'exportation de l'UE reste élevée (forte propension à l'export), mais elle s'exerce de manière très concentrée sur quelques partenaires et quelques États membres spécialisés.