Évolution du marché : Bracelets de montres (CN 9113) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 9113 regroupe les bracelets de montres et leurs parties, non dénommés ailleurs. Ce poste tarifaire se décompose en trois sous-catégories : les bracelets en métaux précieux ou plaqués/doublés de métaux précieux (911310), les bracelets en métaux communs, également dorés ou argentés (911320), et les « autres » bracelets, notamment en cuir ou matières plastiques (911390). Ce marché est intimement lié à l'industrie horlogère européenne, dont il constitue un maillon essentiel de la chaîne de valeur.
Sur la période 2015–2025, le commerce extra-UE de bracelets de montres a connu une trajectoire de croissance soutenue, mais marquée par une asymétrie structurelle. Les exportations ont progressé de 37 % en valeur (de 374,2 M€ à 512,8 M€), tandis que les importations ont bondi de 86 % (de 179,9 M€ à 334,6 M€). L'excédent commercial de l'Union demeure positif mais s'est érodé, passant de 194,3 M€ à 178,2 M€. En volume, l'écart est encore plus marqué : les importations ont été multipliées par 2,7 (+168 %), là où les exportations n'ont progressé que de 47 %.
Ce rapport s'articule autour de trois axes d'analyse : la dynamique déséquilibrée des échanges et la pression sur l'excédent commercial ; la reconfiguration géographique des partenaires et l'impact du Brexit ; et enfin, les mutations de la structure productive et des segments de marché au sein de l'Union européenne.
1. Une expansion commerciale vigoureuse mais structurellement déséquilibrée
1.1. Une croissance inégale entre importations et exportations
L'analyse du commerce global met en évidence une divergence prononcée des trajectoires import/export. En valeur, les importations ont progressé deux fois plus vite que les exportations (+86 % contre +37 %). En volume, l'écart est encore plus prononcé : les importations sont passées de 617,8 t à 1 655,7 t (+168 %), tandis que les exportations sont passées de 204,8 t à 301,5 t (+47 %).
| Année | Exportations (M €) | Importations (M €) | Solde (M €) |
|---|---|---|---|
| 2015 | 374,2 | 179,9 | 194,3 |
| 2016 | 350,0 | 183,4 | 166,6 |
| 2017 | 355,3 | 186,7 | 168,6 |
| 2018 | 435,3 | 196,1 | 239,2 |
| 2019 | 434,7 | 216,7 | 218,1 |
| 2020 | 323,3 | 167,1 | 156,2 |
| 2021 | 408,3 | 205,7 | 202,6 |
| 2022 | 468,9 | 306,5 | 162,3 |
| 2023 | 517,2 | 350,9 | 166,3 |
| 2024 | 526,7 | 359,0 | 167,7 |
| 2025 | 512,8 | 334,6 | 178,2 |
L'excédent commercial, qui avait atteint un pic de 239,2 M€ en 2018, a connu une érosion progressive. La phase 2022–2023 marque un tournant : malgré des exportations record (526,7 M€ en 2024), la montée en puissance des importations (359,0 M€ en 2024, 334,6 M€ en 2025) maintient l'excédent à un niveau nettement inférieur à celui du début de la période.
| Année | Exportations (t) | Importations (t) |
|---|---|---|
| 2015 | 204,8 | 617,8 |
| 2016 | 235,7 | 701,1 |
| 2017 | 295,0 | 744,0 |
| 2018 | 467,1 | 752,0 |
| 2019 | 380,2 | 908,0 |
| 2020 | 253,0 | 852,6 |
| 2021 | 253,8 | 1 027,0 |
| 2022 | 370,0 | 1 531,2 |
| 2023 | 342,2 | 1 544,5 |
| 2024 | 348,5 | 1 526,3 |
| 2025 | 301,5 | 1 655,7 |
1.2. Un écart de prix considérable révélant le positionnement premium de l'UE
L'un des enseignements les plus marquants de cette période réside dans l'écart considérable des prix unitaires entre exportations et importations. En 2025, le prix moyen à l'exportation s'établit à 1 695 164 €/t, contre seulement 201 508 €/t à l'importation — soit un ratio de 8,4 pour 1, en progression par rapport au ratio de 6,3 observé en 2015.
| 2015 | 2025 | Évolution | |
|---|---|---|---|
| Prix moyen à l'export (€/t) | 1 823 829 | 1 695 164 | −7,1 % |
| Prix moyen à l'import (€/t) | 290 247 | 201 508 | −30,6 % |
| Ratio export/import | 6,3 | 8,4 | — |
Ce différentiel structurel s'explique par la nature même des produits échangés. L'UE exporte principalement des bracelets de montres à haute valeur ajoutée — intégrés à des montres de luxe ou fabriqués en métaux précieux — tandis qu'elle importe des volumes importants de bracelets à moindre valeur unitaire, notamment en matières plastiques ou en métaux communs. La baisse du prix à l'importation (−30,6 %) est cohérente avec l'afflux de produits à bas coût, en provenance notamment de Chine et d'Asie du Sud-Est.
1.3. L'impact du choc pandémique de 2020 et la reprise postérieure
L'année 2020 constitue un point de rupture net dans la série. Les exportations ont chuté à 323,3 M€ (minimum de la période), en recul de 25,6 % par rapport à 2019. Les importations ont diminué dans une moindre mesure, à 167,1 M€ (−22,9 %), portant l'excédent à son niveau le plus bas : 156,2 M€. En volume, les exportations ont reculé de 380,2 t à 253,0 t, tandis que les importations n'ont baissé que de 908,0 t à 852,6 t.
La reprise dès 2021 a été vigoureuse, tirée par une forte demande de rattrapage dans le secteur horloger mondial. Les exportations ont rebondi à 408,3 M€ en 2021, puis culminé à 526,7 M€ en 2024. Du côté des importations, la croissance a été encore plus spectaculaire : après un retour à 205,7 M€ en 2021, les importations ont bondi à 306,5 M€ en 2022 (+49 % en un an), puis à 359,0 M€ en 2024. Ce rythme de croissance post-pandémique des importations traduit un changement structurel dans l'approvisionnement de l'industrie européenne.
2. Reconfiguration géographique des partenaires et impact du Brexit
2.1. La Suisse, partenaire central dans les deux sens du commerce
La Suisse occupe une position dominante et croissante dans les échanges de bracelets de montres de l'UE. En 2025, elle absorbe 400,4 M€ d'exportations européennes (78,1 % du total) et fournit 156,5 M€ d'importations (46,8 % du total). Cette dominance s'explique par l'intégration profonde de l'industrie horlogère suisse et européenne : de nombreux bracelets produits dans l'UE (France, Italie, Allemagne) sont assemblés en Suisse dans des montres de luxe, tandis que la Suisse réexporte des bracelets ou composants vers l'UE.
Voir les principaux partenaires
| Partenaire | Imports 2015 (M €) | Imports 2025 (M €) | Évolution |
|---|---|---|---|
| Suisse | 84,5 | 156,5 | +85,3 % |
| Chine | 58,6 | 135,5 | +131,2 % |
| Maurice | 6,8 | 7,2 | +6,3 % |
| Inde | 2,5 | 3,6 | +45,3 % |
| Hong Kong | 9,6 | 4,8 | −49,6 % |
| Partenaire | Exports 2015 (M €) | Exports 2025 (M €) | Évolution |
|---|---|---|---|
| Suisse | 325,0 | 400,4 | +23,2 % |
| Chine | 1,4 | 29,7 | +1 954,8 % |
| États-Unis | 9,7 | 21,8 | +124,5 % |
| Royaume-Uni | 6,7 | 8,6 | +28,5 % |
| Maurice | 2,5 | 4,5 | +78,3 % |
La Suisse reste le pivot incontournable de ce commerce, avec une relation bilatérale qui s'est intensifiée sur la période. Les exportations vers la Suisse ont progressé de 23,2 % (+75,4 M€), tandis que les importations en provenance de Suisse ont augmenté de 85,3 % (+72,0 M€). Néanmoins, la part relative de la Suisse dans les importations européennes a diminué au profit de la Chine, qui l'a presque rattrapée en 2025.
2.2. La Chine, moteur principal de la hausse des importations et débouché en forte croissance
La Chine est devenue un acteur majeur du commerce des bracelets de montres de l'UE, dans les deux sens des flux. À l'importation, les achats européens auprès de la Chine ont plus que doublé, passant de 58,6 M€ à 135,5 M€ (+131,2 %). En volume, la progression est encore plus spectaculaire, reflétant l'afflux de bracelets à bas prix unitaires. La Chine est ainsi devenue le premier fournisseur d'importations en volume, captant une part croissante de l'approvisionnement européen en bracelets « autres » (911390) et en métaux communs (911320).
Du côté des exportations, la progression est vertigineuse : les ventes européennes vers la Chine sont passées de 1,4 M€ en 2015 à 29,7 M€ en 2025, soit une multiplication par 20. Les exportations ont culminé à 44,8 M€ en 2022 avant de se stabiliser à un niveau élevé. Cette dynamique traduit l'essor du marché chinois de la montre de luxe, qui constitue un débouché croissant pour les fabricants européens de bracelets haut de gamme.
Par ailleurs, Hong Kong — qui servait historiquement de plateforme de réexportation vers la Chine — a vu ses importations vers l'UE reculer de 49,6 % (de 9,6 M€ à 4,8 M€), ce qui suggère un désintermédiation au profit de flux directs avec la Chine continentale.
2.3. Le Brexit : un choc statistique majeur sur les échanges avec le Royaume-Uni
L'analyse de la volatilité des flux et des chocs d'approvisionnement révèle un événement majeur : un choc de prix sur les exportations vers le Royaume-Uni en 2021, avec un décalage de +127,9 % (indice d'anomalie de 6,5). Ce choc coïncide avec la sortie effective du Royaume-Uni du marché unique et de l'union douanière européenne au 1ᵉʳ janvier 2021.
En effet, les flux commerciaux qui étaient auparavant comptabilisés comme intra-UE (et donc exclus des statistiques du commerce extra-UE) ont été reclassifiés comme des échanges avec un pays tiers. Cet effet de seuil se traduit par des pics observables dans les données :
- Les exportations vers le Royaume-Uni ont atteint un maximum de 37,3 M€ (probablement autour de 2021), contre 6,7 M€ en 2015 et 8,6 M€ en 2025.
- Les importations en provenance du Royaume-Uni ont culminé à 10,2 M€ avant de revenir à 1,8 M€ en 2025.
Le coefficient de variation élevé des échanges avec le Royaume-Uni (0,94 pour les exportations) confirme l'instabilité de ces flux, principalement imputable au changement de statut douanier plutôt qu'à une dynamique commerciale fondamentale. Après la phase de transition, les échanges se sont stabilisés à des niveaux modestes, suggérant que le Royaume-Uni reste un partenaire secondaire pour les bracelets de montres UE.
La concentration des exportations (mesurée par l'indice HHI) a diminué de 7 566 à 6 183 (−18,3 %), indiquant une diversification des débouchés à l'export. À l'inverse, la concentration des importations a augmenté de 3 340 à 3 949 (+18,2 %), signe d'un approvisionnement de plus en plus dominé par un petit nombre de partenaires, principalement la Suisse et la Chine.
3. Dynamiques segmentaires et mutations de la production européenne
3.1. Le segment des métaux communs, moteur de la croissance des deux côtés du commerce
La décomposition par segment produit révèle des dynamiques très contrastées entre les trois sous-catégories du code 9113.
Importations par segment (valeur, M€) :
| Segment | 2015 | 2020 | 2022 | 2025 | Évolution 2015–2025 |
|---|---|---|---|---|---|
| 911310 — Métaux précieux | 37,7 | 33,0 | 31,8 | 54,1 | +43,4 % |
| 911320 — Métaux communs | 47,4 | 46,2 | 90,6 | 120,5 | +154,2 % |
| 911390 — Autres | 94,8 | 87,9 | 184,2 | 160,0 | +68,8 % |
| Total | 179,9 | 167,1 | 306,5 | 334,6 | +86,0 % |
Exportations par segment (valeur, M€) :
| Segment | 2015 | 2020 | 2022 | 2025 | Évolution 2015–2025 |
|---|---|---|---|---|---|
| 911310 — Métaux précieux | 184,3 | 75,6 | 113,6 | 147,1 | −20,2 % |
| 911320 — Métaux communs | 51,6 | 82,3 | 132,2 | 177,7 | +244,5 % |
| 911390 — Autres | 138,4 | 165,4 | 223,0 | 188,0 | +35,9 % |
| Total | 374,2 | 323,3 | 468,9 | 512,8 | +37,0 % |
Le segment 911320 (métaux communs) affiche la progression la plus dynamique, tant à l'importation (+154 %) qu'à l'exportation (+245 %). En 2025, il représente 36,0 % des importations et 34,6 % des exportations de l'UE, contre respectivement 26,4 % et 13,8 % en 2015. Cette montée en puissance suggère un développement de la production et du commerce de bracelets en acier, en titane ou en alliages non précieux, segment en plein essor dans l'horlogerie contemporaine.
À l'inverse, le segment des métaux précieux (911310) a connu un déclin marqué à l'exportation (−20,2 %), passant de 49,2 % à 28,7 % de la valeur totale des exportations. Les prix unitaires à l'export de ce segment restent extrêmement élevés (5,7 M€/t en 2025), ce qui confirme son ancrage dans le luxe, mais la dynamique de volume est atone (de 22,1 t à 12,5 t en exportations). Cela peut refléter la tendance de l'industrie horlogère vers des bracelets en métaux non précieux, plus populaires dans les segments milieu et haut de gamme.
3.2. Une production européenne en valeur en très forte hausse, à volumes stables
Les données de production de l'UE pour le code 9113 révèlent une transformation profonde de la structure productive européenne. La production en volume est restée remarquablement stable sur la période (13 132 tonnes en 2015, 13 026 tonnes en 2025, soit −0,8 %), tandis que la production en valeur a connu une augmentation spectaculaire, passant de 92 M€ à 1 428 M€ (+1 453 %).
Cette divergence entre volume stable et valeur en très forte hausse peut s'expliquer par plusieurs facteurs : une montée en gamme de la production européenne vers des bracelets à plus forte valeur ajoutée, une hausse des coûts des matières premières (notamment les métaux précieux), ou encore des changements méthodologiques dans la collecte des données de production PRODCOM. La valeur de production a atteint un pic à 1 635 M€ avant de se stabiliser autour de 1 428 M€ en 2025.
3.3. Des niveaux de spécialisation très hétérogènes au sein de l'UE
La carte de spécialisation des États membres pour 2025 met en lumière des profils très différents.
| État membre | RSCA | RCA | Part dans la production UE | Part dans le commerce national |
|---|---|---|---|---|
| Tchéquie | 0,608 | 4,10 | 19,7 % | 4,8 % |
| Pays-Bas | 0,488 | 2,91 | 42,2 % | 14,5 % |
| France | 0,352 | 2,09 | 16,3 % | 7,8 % |
| Portugal | 0,143 | 1,33 | 1,8 % | 1,4 % |
| Slovaquie | −0,222 | 0,64 | 1,3 % | 2,1 % |
La Tchéquie affiche la plus forte spécialisation relative (RSCA de 0,608), avec un avantage comparatif révélé (RCA) de 4,1, indiquant que la production de bracelets de montres représente une part significativement plus élevée du commerce tchèque que la moyenne européenne. Les Pays-Bas, avec la plus grande part de production UE (42,2 %), bénéficient probablement de leur rôle de hub logistique (port de Rotterdam).
Voir les principaux États membres exportateurs
À l'exportation, la France domine nettement avec 288,3 M€ en 2025 (+54,3 % par rapport à 2015), suivie de l'Italie (149,5 M€, −3,6 %). Le cas le plus remarquable est celui du Portugal, dont les exportations ont été multipliées par 14 (de 1,9 M€ à 27,2 M€), suggérant l'émergence d'une filière de production de bracelets implantée dans ce pays, probablement tirée par des investissements directs étrangers et des coûts de production compétitifs.
Les indicateurs de vulnérabilité confirment que l'UE demeure un exportateur net de bracelets de montres (dépendance nette aux importations de −23,0 % en 2025), mais la propension à exporter a bondi de 71,1 % à 156,6 % (+120 %), et l'intensité commerciale a progressé de 80,6 % à 123,8 % (+54 %). Ces chiffres indiquent que l'industrie européenne des bracelets de montres est de plus en plus dépendante des échanges internationaux, autant pour ses débouchés que pour ses approvisionnements.
Conclusion
Le marché européen des bracelets de montres (CN 9113) a connu sur la période 2015–2025 une transformation profonde, marquée par trois dynamiques principales.
Premièrement, l'excédent commercial de l'UE s'est érodé sous l'effet d'une croissance des importations (+86 % en valeur, +168 % en volume) nettement supérieure à celle des exportations (+37 % en valeur). L'écart de prix unitaire considérable (ratio de 8,4 pour 1 en 2025) confirme que l'UE se positionne sur le segment premium, mais le volume croissant d'importations à bas prix traduit une pression concurrentielle accrue, notamment venue d'Asie.
Deuxièmement, la géographie du commerce s'est reconfigurée. La Chine est devenue un acteur majeur dans les deux sens du flux, avec des importations en provenance de Chine doublées et des exportations vers la Chine multipliées par 20. Parallèlement, le Brexit a introduit un choc statistique significatif sur les échanges avec le Royaume-Uni, dont il convient de tenir compte dans l'interprétation des données post-2021. La concentration des importations augmente (HHI +18 %) tandis que les exportations se diversifient (HHI −18 %).
Troisièmement, la structure segmentaire du marché évolue : le segment des métaux communs (911320) est devenu le principal moteur de croissance des deux côtés du commerce, tandis que les exportations de bracelets en métaux précieux reculent. La production européenne, stable en volume, a connu une très forte appréciation de sa valeur, suggérant une montée en gamme ou un effet prix des matières premières. Enfin, l'émergence du Portugal comme exportateur significatif illustre les dynamiques de relocalisation au sein de l'Union.
L'industrie européenne des bracelets de montres conserve un avantage compétitif sur le segment premium, mais l'accélération des importations à bas coût et la dépendance croissante aux échanges internationaux appellent à une vigilance renforcée sur la résilience de cette filière.