Explorer les données en direct

Évolution du marché : Montres en métaux précieux (CN 9101) — 2015–2025

Introduction

Le code NC 9101 couvre les montres-bracelets, montres de poche et dispositifs similaires dont la boîte est en métaux précieux (ou plaqués/doublés de métaux précieux), à l'exclusion de celles à fond en acier. Ce segment représente le cœur du commerce horloger de luxe européen. Sur la période 2015–2025, l'Union européenne a vu son commerce extérieur dans cette catégorie traverser plusieurs ruptures majeures — le Brexit, la pandémie de COVID-19, et une transformation profonde de la structure segmentaire — tout en conservant un déficit commercial chronique et croissant avec le reste du monde.

Les importations de l'UE sont passées de 2,23 Md€ à 2,38 Md€ (+6,6 %), tandis que les exportations ont légèrement reculé de 1,62 Md€ à 1,55 Md€ (−4,8 %). Le déficit commercial s'est ainsi élargi de −612 M€ à −836 M€ (−36,7 %). La dépendance nette aux importations a quant à elle grimpé de 58,0 % à 82,3 %, reflétant une vulnérabilité structurelle accrue.

Ce rapport identifie trois dynamiques majeures : (1) les chocs exogènes et la reconfiguration géographique des échanges, (2) la recomposition segmentaire au profit du mécanique au détriment de l'électronique, et (3) l'approfondissement de la dépendance vis-à-vis de la Suisse.


1. Chocs exogènes et reconfiguration géographique : Brexit, COVID-19 et émergence de nouveaux relais

Le choc COVID-19 de 2020 a provoqué une contraction brutale mais temporaire

L'année 2020 marque un creux historique sur l'ensemble des indicateurs. Les importations ont chuté à 1,29 Md€ (minimum de la période), les exportations à 1,09 Md€, et les flux en volume (masse nette) ont également touché des planchers. La reprise dès 2021–2022 a été vigoureuse : les importations ont retrouvé et dépassé leur niveau d'avant-crise dès 2022, atteignant 2,38 Md€ en 2025 — un niveau record. Les exportations ont connu une trajectoire plus hésitante, culminant à 1,65 Md€ en 2022 avant de refluer légèrement.

Indicateur 2015 2020 (creux) 2022 2025
Importations (Md€) 2,23 1,29 2,16 2,38
Exportations (Md€) 1,62 1,09 1,65 1,55
Déficit (M€) −612 −198 −516 −836

Source : Vue d'ensemble du commerce

Le Brexit a provoqué un effondrement des échanges avec le Royaume-Uni

Le Royaume-Uni, auparavant troisième partenaire d'exportation de l'UE (207 M€ en 2015), a vu ses flux s'effondrer. Les exportations vers le Royaume-Uni ont chuté de 207 M€ à 47,7 M€ (−77 %), et les importations en provenance du Royaume-Uni de 70,6 M€ à 9,1 M€ (−87 %). Le coefficient de variation (CV) des importations britanniques atteint 1,20, confirmant une forte instabilité. Cette rupture structurelle s'explique par le passage à un régime de déclarations douanières formelles et l'application de droits et formalités post-Brexit.

Les Émirats arabes unis émergent comme un relais de croissance à l'export

Face au recul du Royaume-Uni et du Japon (−62 %), les Émirats arabes unis ont progressé de 53,1 M€ à 142,8 M€ (+169 %), devenant le quatrième marché d'exportation de l'UE. Cette dynamique reflète le rôle croissant de Dubaï comme hub de redistribution horlogère vers le Moyen-Orient et l'Asie du Sud. Parallèlement, le Japon comme source d'importations a connu une progression spectaculaire (+578 %), passant de 1,3 M€ à 8,5 M€.

La concentration des importations reste extrême et s'accentue

L'indice HHI des importations en valeur s'est accru de 9 192 à 9 554 (+3,9 %), un niveau qui traduit une concentration quasi monopolistique sur un seul partenaire : la Suisse. Celle-ci représente 2 323 M€ des 2 381 M€ d'importations totales de l'UE en 2025, soit 97,6 %. Les exportations, plus diversifiées (HHI ≈ 2 506), se répartissent entre la Suisse (578 M€), Hong Kong (458 M€), les États-Unis (91 M€) et les Émirats (143 M€).


2. Primat du mécanique et déclin de l'électronique : une recomposition segmentaire profonde

Les montres automatiques à boîte précieuse (CN 910121) dominent et consolident leur position

Le segment des montres-bracelets à remontage automatique (CN 910121) est devenu le pilier incontesté du commerce intra-9101. À l'importation, il est passé de 1,20 Md€ à 1,56 Md€ (+30 %), consolidant sa part dominante. À l'exportation, il progresse de 707 M€ à 775 M€ (+10 %). En 2025, ce segment représente 65 % de la valeur des importations et 50 % de celle des exportations de l'UE.

Le prix moyen à l'importation (par pièce) a augmenté significativement : de 8 148 €/pce en 2015 à 12 770 €/pce en 2025, indiquant que l'UE importe des montres automatiques de gamme de plus en plus élevée. À l'exportation, le prix moyen par pièce est resté plus modéré (3 864 à 3 408 €/pce), ce qui peut refléter des réexportations de montres à moindre valeur ajoutée.

Les montres à remontage manuel (CN 910129) connaissent une progression remarquable

Le segment des montres à remontage exclusivement manuel (CN 910129) a affiché la plus forte progression en valeur : de 389 M€ à 493 M€ à l'importation (+27 %) et de 269 M€ à 369 M€ à l'exportation (+37 %). Le prix moyen par pièce à l'importation a bondi de 2 533 € à 11 072 €, traduisant une montée en gamme encore plus marquée que pour le segment automatique. L'exportation vers des marchés de collectionneurs et de niche pourrait expliquer cette dynamique.

L'horlogerie électrique à affichage mécanique (CN 910111) décline, mais reste le second segment

Les montres électriques à affichage mécanique (CN 910111) — qui incluent notamment les montres à quartz avec aiguilles — ont vu leur valeur à l'importation reculer de 524 M€ à 311 M€ (−41 %). À l'exportation, elles ont baissé de 455 M€ à 305 M€ (−33 %). En volume (pièces), les importations ont paradoxalement bondi en 2025 à 1,29 million de pièces (contre 570 000 en 2015), ce qui signifie que le prix moyen par pièce importée a chuté de 919 € à 241 €. Ce segment se « démocratise » en volume tout en perdant en valeur.

Le déclin spectaculaire des montres à affichage optoélectronique (CN 910119)

Le segment des montres à affichage optoélectronique (CN 910119) a connu un effondrement remarquable : les importations sont passées de 111 M€ à 5,6 M€ (−95 %), et les exportations de 123 M€ à 24 M€ (−80 %). En volume, les importations en tonnes ont chuté de 640 t à 14 t. Ce déclin s'explique vraisemblablement par la reclassification des montres connectées (smartwatches) vers d'autres codes tarifaires et par l'érosion du segment hybride « analogique-numérique » en métaux précieux.

Segment Import. 2015 (M€) Import. 2025 (M€) Variation Export. 2015 (M€) Export. 2025 (M€) Variation
910121 — Automatique 1 198 1 560 +30 % 707 775 +10 %
910111 — Électrique, affichage mécanique 524 311 −41 % 455 305 −33 %
910129 — Manuel 389 493 +27 % 269 369 +37 %
910119 — Électrique, affichage optoélec. 111 6 −95 % 123 24 −80 %
910199 — Montres de poche, mécaniques 10 9 −4 % 66 69 +5 %
910191 — Montres de poche, électriques 3 3 +15 % 3 1 −65 %

Source : Ventilation par sous-produits

La production européenne se recentre sur la valeur plutôt que le volume

La production intra-UE a vu sa quantité chuter de 112 150 pièces à 74 796 pièces (−33 %), tandis que sa valeur a augmenté de 122,7 M€ à 188,5 M€ (+54 %). Le prix moyen par pièce produite est ainsi passé de 1 094 € à 2 520 €. La France, qui représente 47,7 % de la production européenne (plus forte spécialisation RSCA de 0,72 parmi les grandes économies), concentre cette montée en gamme, suivie par l'Italie (12,2 % de la production, RSCA de 0,21).


3. Hausse des prix unitaires, divergence volume-valeur et signaux de vulnérabilité

Une divergence marquée entre volumes en baisse et valeurs stables ou en hausse

L'un des phénomènes les plus frappants de la période est la divergence entre les flux en volume (tonnes) et en valeur. Les exportations en masse nette ont reculé de 123 t à 83 t (−33 %) tandis que leur valeur n'a baissé que de 4,8 %. Le prix moyen à l'exportation (par tonne) a ainsi bondi de 12,6 M€/t à 17,6 M€/t (+40 %). Du côté des importations, le prix par tonne a connu une progression spectaculaire : de 2,7 M€/t à 24,9 M€/t (+822 %), bien que cette hausse extrême soit en partie liée à des variations de composition des lots déclarés.

À l'échelle des pièces (unité supplémentaire), le prix moyen à l'exportation est passé de 2 056 €/pce à 2 289 €/pce (+11 %), tandis qu'à l'importation, il est passé de 1 381 €/pce à 1 491 €/pce (+8 %). Ces évolutions plus modérées au niveau des pièces confirment que la « premiumisation » est réelle mais progressive.

La concentration des exportations s'alourdit légèrement

L'HHI des exportations en valeur est passé de 2 320 à 2 506 (+8 %), traduisant un léger accroissement de la dépendance aux principaux marchés de destination. En volume, la concentration a augmenté de manière plus significative (+45 %). Trois marchés — la Suisse, Hong Kong et les Émirats — captent désormais une part croissante des exportations, rendant l'UE vulnérable à d'éventuels chocs de demande sur ces destinations.

Des chocs de prix ponctuels sur des marchés secondaires

L'analyse des chocs révèle trois événements notables, tous sur les exportations :

  • Thaïlande (2020) : choc de prix avec une variation de +5 912 % et une abnormalité de 154,5 — probablement lié à une opération exceptionnelle ou un réexport ponctuel.
  • Chine (2019) : hausse de prix de +332 % (abnormalité 15,6).
  • Éthiopie (2021) : +1 676 %, sur un volume marginal.

Ces événements restent de faible ampleur en valeur (≤1,5 % des exportations totales) mais illustrent la volatilité intrinsèque des flux de luxe vers des marchés émergents. Les barres de volatilité confirment que la Papouasie-Nouvelle-Guinée (CV 2,27) et l'Éthiopie (CV 2,83) sont les marchés les plus volatils.

La propension à l'exporter de l'UE s'est envolée

L'indicateur de propension à l'exportation (export propensity) est passé de 353 % à 736 % (+108 %), tandis que l'intensité commerciale est restée relativement stable (de 143 % à 149 %). Cette forte propension à l'exportation, supérieure au niveau attendu au regard de la production locale, traduit le rôle de l'UE — et singulièrement de la France, de l'Allemagne et de l'Italie — en tant que plateformes de réexportation de montres assemblées ou terminées à partir de composants suisses.


Conclusion

Le marché européen du commerce extérieur de montres en métaux précieux (CN 9101) a connu, entre 2015 et 2025, une triple transformation. Premièrement, le Brexit et la pandémie de COVID-19 ont reconfiguré la carte des partenaires : le Royaume-Uni a perdu son rôle de hub, tandis que les Émirats arabes unis et, dans une moindre mesure, le Japon, ont gagné en importance. Deuxièmement, une polarisation segmentaire s'est accentuée : les montres mécaniques (automatiques et manuelles) enregistrent une dynamique de croissance soutenue tant en valeur qu'en prix moyen, tandis que les segments électriques et optoélectroniques se sont effondrés. Troisièmement, la dépendance structurelle de l'UE vis-à-vis de la Suisse, qui fournit près de 98 % des importations en valeur, s'est renforcée, portant le taux de dépendance nette aux importations à 82,3 % en 2025.

La production européenne, bien qu'en repli en volume (−33 % en pièces), a connu une forte montée en valeur (+54 %), confirmant l'ancrage de l'UE — et de la France en particulier — dans le segment haut de gamme. Toutefois, cette spécialisation s'accompagne d'une vulnérabilité croissante : concentration extrême des importations sur la Suisse, déficit commercial en élargissement, et exposition à des chocs de prix sur des marchés secondaires. L'horlogerie européenne de luxe demeère un secteur de premier plan, mais sa résilience dépend étroitement de la stabilité des flux avec un nombre très restreint de partenaires.

Généré le 2026-08-07. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

Si vous avez besoin de conseils sur la politique commerciale européenne, ou de représentation pour vos intérêts à Bruxelles, merci de me contacter à support@tradedashboard.eu. Vous trouverez mon CV à cette adresse.