Évolution du marché : Montres de bord (CN 9104) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 9104 couvre les montres de tableaux de bord et montres similaires destinées aux automobiles, véhicules aériens, bateaux et autres véhicules. Ce produit, classé sous le chapitre 91 (Horlogerie), constitue une niche au croisement de l'industrie horlogère et de l'industrie automobile. Au cours de la période 2015–2025, le marché européen de ce produit a connu une transformation profonde et rapide. La production intra-européenne s'est effondrée, les flux commerciaux se sont contractés massivement tant à l'import qu'à l'export, et la structure géographique des partenaires commerciaux de l'UE s'est considérablement reconfigurée. Ce rapport propose une analyse détaillée de ces dynamiques en trois volets : l'ampleur du déclin sectoriel, la recomposition des partenaires commerciaux, et les implications en termes de dépendance et de vulnérabilité de l'Union européenne.
1. L'effondrement d'un secteur en voie de désindustrialisation
Une production intra-européenne réduite à quasi rien
La production européenne de montres de bord a connu un déclin vertigineux sur la période étudiée. En volume, elle est passée de 1 600 000 pièces en 2015 à seulement 9 000 pièces en 2025, soit une chute de 99,4 %. En valeur, le recul est tout aussi spectaculaire : de 29,2 M€ à 1,2 M€ (-95,9 %). Les creux enregistrés sur la période (862 pièces et 11 585 €) indiquent que la production a même frôlé l'arrêt total à certains moments. Cette désindustrialisation massive traduit vraisemblablement la transition technologique de l'industrie automobile vers les tableaux de bord numériques et les écrans digitaux, rendant les montres de bord analogiques obsolètes.
Un recul simultané des importations et des exportations
Le commerce extérieur de l'UE s'est contracté de manière symétrique sur la période :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations (valeur) | 36,3 M€ | 12,3 M€ | -66,1 % |
| Exportations (valeur) | 26,5 M€ | 9,9 M€ | -62,7 % |
| Importations (poids, t) | 210,4 t | 116,1 t | -44,8 % |
| Exportations (poids, t) | 40,4 t | 14,8 t | -63,4 % |
| Importations (pièces) | 1 268 017 | 561 682 | -55,7 % |
| Exportations (pièces) | 455 743 | 27 806 | -93,9 % |
| Solde commercial | -9,8 M€ | -2,4 M€ | +75,3 % |
Le recul des exportations en pièces (-93,9 %) est nettement plus prononcé que celui des importations (-55,7 %), ce qui confirme la perte de capacité productive européenne.
Une divergence des prix unitaires entre import et export
Les prix unitaires par pièce révèlent une polarisation du marché :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Prix unitaire export (€/pièce) | 58,3 € | 356,1 € | +511,3 % |
| Prix unitaire import (€/pièce) | 28,7 € | 21,9 € | -23,6 % |
L'augmentation très forte du prix unitaire à l'export (+511 %) suggère que l'UE se concentre désormais sur des segments de niche à haute valeur ajoutée, tandis que les importations restent dominées par des produits de prix plus modéré. En parallèle, le prix à la tonne tant à l'export qu'à l'import a diminué, reflétant probablement une modification structurelle du contenu des produits échangés.
2. Une redistribution géographique profonde des flux commerciaux
L'effondrement de la Tunisie et la montée de la Chine comme fournisseur
La structure des partenaires d'importation a été radicalement remaniée :
| Partenaire | Import 2015 | Import 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Tunisie | 19,0 M€ | 0,02 M€ | -99,9 % |
| États-Unis | 4,8 M€ | 4,2 M€ | -12,7 % |
| Suisse | 3,3 M€ | 1,6 M€ | -50,9 % |
| Chine | 2,1 M€ | 3,4 M€ | +60,3 % |
| Royaume-Uni | 1,8 M€ | 1,3 M€ | -27,5 % |
| Japon | 1,1 M€ | 0,1 M€ | -89,6 % |
| Hong Kong | 0,2 M€ | 0,5 M€ | +128,4 % |
La Tunisie, qui représentait plus de la moitié des importations européennes en 2015 avec 19,0 M€, a vu ses livraisons vers l'UE s'effondrer à 17 697 € en 2025 (-99,9 %). Cette chute est vraisemblablement liée à la restructuration des chaînes d'approvisionnement automobiles (notamment le groupe Renault, historiquement implanté en Tunisie) et à l'obsolescence croissante du produit. À l'inverse, la Chine (+60,3 %) et Hong Kong (+128,4 %) ont renforcé leur position, consolidant le rôle de l'Asie orientale comme principal bassin d'approvisionnement.
Le Royaume-Uni, nouveau débouché majeur des exportations européennes
La géographie des exportations s'est profondément transformée :
| Partenaire | Export 2015 | Export 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| États-Unis | 8,2 M€ | 2,0 M€ | -75,6 % |
| Chine | 6,0 M€ | 0,2 M€ | -97,0 % |
| Royaume-Uni | 0,7 M€ | 3,4 M€ | +419,8 % |
| Canada | 1,7 M€ | 0,3 M€ | -79,2 % |
| Suisse | 1,1 M€ | 0,3 M€ | -68,0 % |
| Afrique du Sud | 1,4 M€ | 0,07 M€ | -95,4 % |
| Turquie | 0,2 M€ | 0,06 M€ | -62,5 % |
Le Royaume-Uni est passé de quatrième partenaire export à premier débouché de l'UE, avec une progression de +419,8 %. Cette dynamique, surprenante dans un contexte de déclin global, pourrait être liée à la reconfiguration des flux post-Brexit et à la nécessité, pour les constructeurs britanniques, de s'approvisionner directement auprès de l'UE. Les chocs de prix détectés vers le Royaume-Uni en 2021 (+981,6 % de variation de prix, avec une part de 15,9 % dans la valeur totale des exportations) confirment l'ampleur de ce rééquilibrage.
Des fluctuations marquées au sein des États membres
Les États membres de l'UE ont connu des trajectoires très contrastées :
| État membre | Flux | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|---|
| France | Imports | 20,6 M€ | 1,9 M€ | -91,0 % |
| Allemagne | Exports | 17,1 M€ | 3,8 M€ | -77,8 % |
| Danemark | Imports | 0,004 M€ | 2,9 M€ | +80 218 % |
| Espagne | Exports | 4,3 M€ | 2,2 M€ | -49,2 % |
| Roumanie | Exports | 0,08 M€ | 0,001 M€ | -98,9 % |
La France, premier importateur en 2015 (20,6 M€), a vu ses importations chuter de 91 %, en lien direct avec l'effondrement des livraisons tunisiennes. L'Allemagne, premier exportateur, a perdu 77,8 % de ses exportations. À l'inverse, le Danemark est devenu un importateur majeur (+80 218 %), signalant peut-être l'implantation d'un acteur industriel ou un redéploiement logistique.
3. Vers une vulnérabilité structurelle de l'Union européenne
D'un excédent net à une dépendance quasi totale aux importations
L'indicateur de dépendance nette aux importations révèle une inversion radicale :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Min | Max |
|---|---|---|---|---|
| Dépendance nette (%) | -11,1 % | 84,6 % | -161,0 % | 99,8 % |
| Intensité commerciale (%) | 52,0 % | 152,1 % | 52,0 % | 218,1 % |
| Propension à exporter (%) | 38,3 % | 915,9 % | 34,9 % | — |
En 2015, l'UE était encore légèrement exportatrice nette de montres de bord (dépendance nette de -11,1 %). En 2025, avec 84,6 %, elle dépend fortement des importations. La propension à exporter de 915,9 % en 2025 — soit un volume d'exportations près de neuf fois supérieur à la production locale — indique que l'UE fonctionne désormais essentiellement comme une plateforme de réexportation de produits importés.
Une concentration des importations en voie de diversification
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) permet d'évaluer la concentration des partenaires :
| Flux | HHI 2015 | HHI 2025 | Variation | Interprétation |
|---|---|---|---|---|
| Importations (valeur) | 3 329 | 2 250 | -32,4 % | Forte → modérée concentration |
| Exportations (valeur) | 1 673 | 2 020 | +20,7 % | Modérée → modérée concentration |
La concentration des importations a baissé de manière significative, passant d'un niveau considéré comme « hautement concentré » (HHI > 2 500) à un niveau « modérément concentré ». Cela s'explique par la disparition de la Tunisie comme fournisseur dominant et la diversification vers la Chine, Hong Kong et d'autres sources asiatiques. Côté exportations, la concentration a légèrement augmenté, cohérente avec la montée en puissance du Royaume-Uni comme débouché principal.
Spécialisation : le Danemark, acteur inattendu d'un marché en déclin
L'analyse de spécialisation des États membres en 2025 révèle un paysage surprenant :
| État membre | RSCA | RCA | Part dans la prod. UE |
|---|---|---|---|
| Danemark | 0,948 | 37,15 | 64,0 % |
| France | 0,250 | 1,67 | 13,0 % |
| Espagne | -0,206 | 0,66 | 3,8 % |
| Pologne | -0,241 | 0,61 | 4,1 % |
Le Danemark affiche un indice de spécialisation (RSCA) de 0,95 et un avantage comparatif révélé (RCA) de 37,15, des valeurs exceptionnellement élevées qui reflètent la concentration de la production européenne résiduelle dans ce pays (64 % du total UE). La France conserve un léger avantage comparatif (RCA > 1), tandis que la plupart des autres États membres ont perdu toute spécialisation dans ce segment.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen des montres de bord (CN 9104) a subi une désintégration quasi complète de son appareil productif, avec une chute de la production de 99,4 % en volume. Ce déclin, vraisemblablement accéléré par la numérisation des tableaux de bord automobiles, a entraîné une contraction simultanée des échanges commerciaux (environ -63 % de la valeur des importations et des exportations). La géographie commerciale s'est profondément reconfigurée : la Tunisie a disparu comme fournisseur, la Chine a consolidé sa position, et le Royaume-Uni est devenu le premier débouché des exportations européennes. L'Union européenne est passée d'une position d'exportateur net à celle d'un importateur dépendant (84,6 % de dépendance nette), tout en fonctionnant désormais comme une plateforme de réexportation. Si la diversification des sources d'importation constitue un facteur d'atténuation des risques, la quasi-disparition de la production locale représente une vulnérabilité structurelle pour l'autonomie stratégique de l'UE dans ce segment, désormais réduit à une niche marginale de l'horlogerie européenne.