Évolution du marché : Mouvements d'horlogerie complets (CN 9109) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 9109 couvre les mouvements d'horlogerie complets et assemblés autres que les mouvements de montres, segment divisé en deux sous-catégories : les mouvements fonctionnant électriquement (910910) et les mouvements non électriques (910990). Ce segment, qui alimente notamment les horloges murales, les réveils, les minuteries et divers mécanismes industriels, constitue un petit mais significatif maillon de la filière horlogère européenne.
La période 2015–2025 se caractérise par une contraction généralisée des échanges de l'UE avec le reste du monde : le volume des exportations a reculé de 38,3 % en masse et de 66,7 % en nombre de pièces, tandis que les importations ont perdu 57,4 % en tonnage et 44,1 % en unités. La valeur des exportations a été divisée par deux (de 12,3 M€ à 6,1 M€), et le surplus commercial de l'UE s'est érodé de 77 %, passant de 6,8 M€ à seulement 1,6 M€. Parallèlement, la dépendance nette aux importations a bondi de 47,3 % à 83,9 %, signalant un basculement structurel majeur. Ce rapport analyse les dynamiques à l'œuvre derrière ces chiffres.
1. Une érosion continue du commerce extérieur européen
1.1 Des échanges en repli marqué tant en volume qu'en valeur
Le tableau ci-dessous résume l'évolution des principaux agrégats commerciaux de l'UE pour le code 9109 entre 2015 et 2025 :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations (valeur, M€) | 12,3 | 6,1 | −50,6 % |
| Exportations (tonnes) | 105,9 | 65,3 | −38,3 % |
| Exportations (pièces) | 759 706 | 252 980 | −66,7 % |
| Importations (valeur, M€) | 5,5 | 4,5 | −17,4 % |
| Importations (tonnes) | 322,0 | 137,1 | −57,4 % |
| Importations (pièces) | 3 160 153 | 1 765 352 | −44,1 % |
| Solde commercial (M€) | +6,8 | +1,6 | −77,2 % |
Source : Vue d'ensemble des échanges
Les exportations ont subi une contraction plus prononcée que les importations, ce qui a mécaniquement réduit le solde excédentaire de l'UE. Le recul du nombre de pièces exportées (−66,7 %) est nettement plus marqué que celui en tonnage (−38,3 %), ce qui indique que l'UE a principalement perdu des parts sur les mouvements de petite taille unitaire, tout en conservant (proportionnellement) davantage d'activités sur des mouvements plus lourds ou de plus grande valeur.
1.2 Des prix unitaires divergents entre importations et exportations
L'un des signaux les plus révélateurs de la période est la divergence des prix à la tonne entre importations et exportations :
| Flux | Prix moyen/t (2015) | Prix moyen/t (2025) | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations | 115 514 €/t | 91 244 €/t | −21,0 % |
| Importations | 16 961 €/t | 32 600 €/t | +92,2 % |
Source : Vue d'ensemble des échanges
Les exportations européennes restent positionnées sur des segments à forte valeur unitaire (rapport de près de 3:1 en 2025), mais leur prix moyen a reculé de 21 %. À l'inverse, le prix moyen des importations a presque doublé (+92 %), passant de 17 000 €/t à 32 600 €/t. Ce phénomène peut s'expliquer par un repositionnement qualitatif des importations (hausse de la part de mouvements de meilleure facture, notamment coréens) et/ou par une compression des marges à l'exportation européenne dans un marché mondial concurrentiel.
1.3 Le choc de 2020 et la reprise incomplète
L'année 2020 marque un point bas pour les exportations en nombre de pièces (minimum observé à 252 980 pièces, valeur aussi minimum historique à 5,4 M€), ce qui coïncide avec les perturbations liées à la pandémie de COVID-19. La reprise des années 2021–2022 s'est avérée partielle et de courte durée : les exportations de 2024 (6,1 M€) n'ont jamais retrouvé leur niveau d'avant-crise. Du côté des importations, le volume en tonnes a également touché son minimum en 2020 (non explicitement donné mais décelable à la baisse entre 2019 et la période post-2020), avant de se stabiliser autour de niveaux nettement inférieurs à 2015.
2. Restructuration des partenaires et concentration croissante des échanges
2.1 La Chine et la Suisse dominent les importations, mais avec des trajectoires distinctes
Les deux principaux fournisseurs de l'UE en 2025 restent la Chine (1,9 M€) et la Suisse (1,1 M€), qui totalisent à eux deux près de 67 % de la valeur importée. Toutefois, leurs trajectoires divergent :
| Partenaire | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Chine | 2,40 | 1,90 | −20,8 % |
| Suisse | 1,58 | 1,13 | −28,3 % |
| Corée du Sud | 0,04 | 0,83 | +2 122 % |
| Bangladesh | 0,08 | 0,12 | +52,2 % |
| Hong Kong | 0,37 | 0,03 | −92,4 % |
| Turquie | 0,31 | 0,02 | −92,5 % |
| Royaume-Uni | 0,11 | 0,06 | −47,1 % |
Source : Partenaires principaux
La surprise majeure de la décennie est l'ascension spectaculaire de la Corée du Sud, passée de 37 000 € à 829 000 € (+2 122 %), devenant le troisième fournisseur de l'UE. Ce bond reflète vraisemblablement la montée en gamme de certains fabricants coréens de composants horlogers et une diversification des approvisionnements européens.
En parallèle, Hong Kong et la Turquie ont quasi-disparu des sources d'approvisionnement (respectivement −92,4 % et −92,5 %), témoignant d'un recentrage des flux et de l'impact de la reconfiguration des chaînes d'approvisionnement asiatiques.
2.2 Le marché à l'exportation : stabilité américaine, repli suisse et chute danoise
Les États-Unis restent le premier client de l'UE avec 2,8 M€ en 2025 (quasiment stable par rapport à 2015), absorbant près de 45 % des exportations. Les autres destinations majeures ont toutes reculé :
| Destination | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| États-Unis | 2,82 | 2,76 | −2,0 % |
| Suisse | 1,15 | 0,65 | −43,8 % |
| Royaume-Uni | 0,74 | 0,45 | −38,6 % |
| Chine | 0,91 | 0,26 | −71,1 % |
| Cambodge | 0,004 | 0,03 | +603,0 % |
| Inde | 0,005 | 0,001 | −84,1 % |
Source : Partenaires principaux
L'évolution la plus marquante côté exportateurs membres est l'effondrement des ventes danoises (de 4,4 M€ à 26 000 €, soit −99,4 %), alors que le Danemark était le premier exportateur de l'UE en 2015. Ce déclin spectaculaire coïncide avec l'Italie, qui a multiplié ses exportations par 3,5 (de 407 000 € à 1,4 M€), et la Tchéquie (de 26 000 € à 137 000 €, +426 %), suggérant une relocalisation intra-européenne de la production exportatrice.
2.3 Une concentration des exportations qui se durcit
L'indice de concentration HHI (Herfindahl-Hirschman) des exportations est passé de 2 253 à 2 739 entre 2015 et 2025 (+21,6 %), signe que les flux sortants se sont davantage concentrés sur un nombre réduit de destinations. Les importations restent à un niveau de concentration similaire (HHI autour de 2 820), mais avec une légère baisse (−2,2 %), indiquant une très modeste diversification des sources d'approvisionnement.
Source : Concentration HHI
3. Déclin de la production européenne et vulnérabilité croissante
3.1 Une production nationale en recul structurel
Les données PRODCOM révèlent une contraction significative de la production européenne de mouvements d'horlogerie complets :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Production (pièces) | 606 485 | 426 112 | −29,7 % |
| Production (valeur, M€) | 19,2 | 10,1 | −47,5 % |
Source : Volumes de production
La baisse de la valeur de production (−47,5 %) est plus prononcée que celle des volumes (−29,7 %), ce qui traduit une érosion des prix de production ou un glissement vers des produits à moindre valeur ajoutée. Cette tendance combinée au déclin des exportations européennes suggère un retrait progressif de l'UE de la fabrication de mouvements d'horlogerie non-montres, au profit de la spécialisation sur d'autres segments de la filière.
3.2 La dépendance nette aux importations atteint un niveau critique
L'indicateur de dépendance nette aux importations a presque doublé, passant de 47,3 % en 2015 à 83,9 % en 2025 (+77,4 %). Ce niveau élevé signifie que la consommation européenne de mouvements d'horlogerie repose désormais massivement sur les fournisseurs extra-européens.
Simultanément, la propension à exporter demeure élevée (356 % en 2025, contre 313 % en 2015), ce qui indique que les rares producteurs européens restants sont fortement orientés vers l'exportation. En revanche, l'intensité commerciale a légèrement reculé (de 142 % à 126 %), reflétant une désintermédiation du commerce extérieur au profit de la consommation intérieure approvisionnée par des importations.
3.3 Déséquilibre structurel entre segments électriques et mécaniques
L'analyse des sous-catégories révèle des dynamiques contrastées :
Importations par sous-catégorie (2015 vs 2025) :
| Sous-catégorie | Tonnes 2015 | Tonnes 2025 | Pièces 2015 | Pièces 2025 |
|---|---|---|---|---|
| 910910 — Électrique | 88,6 | 104,3 | 1 998 658 | 1 512 573 |
| 910990 — Non électrique | 233,4 | 32,7 | 1 161 495 | 252 779 |
Source : Ventilation par segment
Les importations de mouvements non électriques (910990) se sont effondrées en volume (−86 % en tonnes, −78 % en pièces), tandis que les mouvements électriques (910910) ont progressé en masse (+18 %) tout en diminuant en nombre de pièces (−24 %). Ce mouvement suggère que les mouvements électriques importés sont de plus en plus lourds (donc potentiellement de plus grande taille ou plus complexes), tandis que le segment mécanique se contracte fortement.
Côté exportations, les mouvements non électriques (910990) demeurent le segment dominant avec 4,6 M€ en 2025, contre 1,5 M€ pour les mouvements électriques. Le prix à la pièce des exportations non électriques a bondi de 74 €/pièce à 133 €/pièce (+79 %), confirmant un positionnement sur le haut de gamme mécanique.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen des mouvements d'horlogerie complets (hors montres) a traversé une triple transformation : contraction des volumes échangés, reconfiguration géographique des partenaires, et retrait de la base productive européenne.
Le solde commercial, encore largement excédentaire en 2015 (6,8 M€), a été ramené à un niveau résiduel (1,6 M€) en 2025, tandis que la dépendance nette aux importations a atteint 84 %. La production européenne a perdu près de la moitié de sa valeur, et la disparition du Danemark comme grand exportateur — combinée à la montée de l'Italie et de la Tchéquie — indique une profonde restructuration intra-européenne de la filière.
Quelques signaux d'adaptation demeurent : le positionnement sur le segment mécanique haut de gamme à l'exportation, la diversification vers de nouveaux fournisseurs comme la Corée du Sud, et la montée du Cambodge comme destination émergente. Cependant, la concentration croissante des exportations (HHI à 2 739) et la dépendance accrue envers un nombre limité de partenaires commerciaux soulèvent des questions de résilience pour l'industrie horlogère européenne dans ce segment.