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Évolution du marché : Boîtes de montres (CN 9111) — 2015–2025

Introduction

Le code NC 9111 couvre les boîtes de montres-bracelets, de montres de poche et de montres similaires, y compris les compteurs de temps des positions 9101 et 9102, ainsi que leurs parties. Ce poste tarifaire se décompose en quatre sous-positions : les boîtes en métaux précieux (911110), en métaux communs (911120), en autres matériaux (911180), et les parties de boîtes (911190). Il constitue un maillon essentiel de la chaîne de valeur horlogère européenne.

Sur la période 2015–2025, le commerce extra-UE de ce produit a connu une transformation profonde. L'Union européenne, jusqu'alors excédentaire, est devenue structurellement déficitaire. Ce basculement s'explique principalement par l'effondrement des exportations italiennes, autrefois dominantes, et par une reconfiguration géographique qui a propulsé la France et l'Allemagne au premier plan. Parallèlement, la composition des segments s'est restructurée : les boîtes en métaux précieux ont perdu du terrain au profit de composants à moindre valeur unitaire.


1. Du statut d'exportateur net à celui d'importateur net : un retournement structurel de la balance commerciale

1.1 Les exportations ont chuté de 67 % tandis que les importations ne reculaient que de 29 %

L'écart de trajectoire entre importations et exportations est le fait marquant de la décennie. La valeur des exportations extra-UE est passée de 171,2 M€ en 2015 à 56,3 M€ en 2025, soit un recul de −67,1 %. Sur la même période, les importations n'ont diminué que de −28,5 %, passant de 123,0 M€ à 87,9 M€.

Indicateur 2015 2025 Variation
Exportations (valeur) 171,2 M€ 56,3 M€ −67,1 %
Importations (valeur) 123,0 M€ 87,9 M€ −28,5 %
Balance commerciale +48,2 M€ −31,6 M€ −165,6 %
Exportations (volume) 125,6 t 93,1 t −25,9 %
Importations (volume) 120,6 t 194,9 t +61,6 %

Source : Vue d'ensemble du commerce

Il est notable que le volume des importations a en réalité augmenté de 61,6 % (de 120,6 à 194,9 tonnes), tandis que celui des exportations reculait de 25,9 %. L'UE importe donc davantage de boîtes de montres qu'il y a dix ans, mais à des prix unitaires bien inférieurs.

1.2 Les prix unitaires se sont effondrés sur les deux flux, signalant une dévalorisation globale

La chute des prix unitaires (en euros par tonne) est spectaculaire et concerne les deux sens du commerce :

Flux Prix/t 2015 Prix/t 2025 Variation
Exportations 1 359 029 €/t 598 386 €/t −56,0 %
Importations 1 017 562 €/t 448 454 €/t −55,9 %

Source : Vue d'ensemble du commerce

Cette convergence à la baisse, de l'ordre de −56 % des deux côtés, reflète un glissement vers des segments de moindre valeur ajoutée (voir section 3). Elle peut aussi traduire des effets de composition : la part des boîtes en métaux précieux, très coûteuses au kilo, diminue au profit de boîtes en métaux communs ou en matériaux alternatifs.

1.3 L'UE est passée d'un excédent de 48 M€ à un déficit de 32 M€

La dépendance nette aux importations (net import reliance) est passée de −18,7 % en 2015 à +31,1 % en 2025, un revirement de 266,7 %. En 2015, l'UE était un exportateur net : elle vendait davantage de boîtes de montres au reste du monde qu'elle n'en achetait. Dès 2020, le solde bascule dans le rouge et ne se redresse plus, culminant à un déficit de −31,6 M€ en 2025.

En parallèle, la propension à exporter (exportations rapportées à la production) a chuté de 250,3 % à 107,5 %, tandis que l'intensité commerciale (commerce total rapporté à la production) passait de 144,9 % à 103,0 %. Ces chiffres indiquent qu'en 2015, les exportations de l'UE représentaient 2,5 fois sa production — signe d'un rôle de réexportateur — rôle qui a pratiquement disparu.


2. L'Italie perd sa position dominante au profit de la France et de l'Allemagne

2.1 L'Italie a perdu plus de 92 % de ses exportations et 91 % de ses importations

Le déclin italien est le facteur explicatif majeur de la contraction du commerce intra-branche de l'UE. En 2015, l'Italie concentrait 78,6 % de la valeur des exportations extra-UE de boîtes de montres (134,6 M€ sur 171,2 M€). En 2025, sa part n'est plus que de 18,2 % (10,3 M€ sur 56,3 M€).

Pays Flux 2015 2025 Variation
Italie Exportations 134,6 M€ 10,3 M€ −92,4 %
Italie Importations 44,1 M€ 4,0 M€ −90,9 %
France Exportations 18,3 M€ 24,9 M€ +36,1 %
France Importations 26,6 M€ 35,8 M€ +34,5 %
Allemagne Exportations 10,0 M€ 15,6 M€ +55,2 %
Allemagne Importations 43,9 M€ 37,8 M€ −14,1 %

Source : Principaux États membres par valeur

L'Italie a ainsi perdu près de 124 M€ d'exportations et 40 M€ d'importations en dix ans. Ce recul massif pourrait refléter une délocalisation progressive de la production de boîtes vers l'Asie ou la Suisse, une restructuration de la chaîne de valeur horlogère suisse (dont les fournisseurs italiens étaient historiquement proches), ou encore des changements dans les flux de réexportation.

2.2 La France a consolidé sa position avec une croissance de 36 % de ses exportations

La France est le seul grand État membre à avoir accru ses exportations (+36,1 %) et ses importations (+34,5 %) sur la période. En 2025, elle représente 44,1 % des exportations extra-UE (contre 10,7 % en 2015) et 40,7 % des importations (contre 21,7 %).

Les indices de spécialisation confirment cette dynamique : la France affiche un RSCA (Revealed Symmetric Comparative Advantage) de 0,79 en 2025, la classant parmi les États membres les plus spécialisés dans ce produit, derrière Chypre (0,87) et le Portugal (0,84). Le rôle central de la France s'explique vraisemblablement par la présence de grands groupes horlogers et de fournisseurs spécialisés dans l'arc jurassien et en Île-de-France.

2.3 L'Allemagne confirme son rôle de plaque tournante des importations

L'Allemagne a vu ses exportations croître de 55,2 % (de 10,0 M€ à 15,6 M€), ce qui en fait le troisième exportateur européen en 2025, derrière la France et l'Italie résiduelle. Ses importations, bien qu'en léger recul (−14,1 %), restent le premier poste d'importation de l'UE à 37,8 M€ en 2025. L'Allemagne fonctionne ainsi comme une plaque tournante logistique pour l'industrie horlogère, important des composants qu'elle réexporte ensuite sous forme de montres finies.

D'autres États membres ont connu des évolutions notables :

  • Les Pays-Bas ont vu leurs importations croître de 88,9 % et les exportations espagnoles de 91,6 %, suggérant l'émergence de nouveaux relais logistiques.
  • La Suède a connu une croissance spectaculaire de ses exportations (+1 193 %), passant de 85 k€ à 1,1 M€, depuis une base très faible.
  • La Lithuanie confirme un rôle croissant dans les importations (+10 %).

3. Recomposition des segments et des partenaires : vers une offre moins concentrée et plus volatile

3.1 Les boîtes en métaux précieux cèdent du terrain face aux segments en métaux communs

L'analyse par sous-position révèle un rééquilibrage profond de la composition des échanges.

Côté exportations, les boîtes en métaux précieux (911110) sont passées de 57,4 M€ (2015) à 6,2 M€ (2025), soit une chute de 89 %. En volume, le nombre de pièces exportées est passé de 79 193 à seulement 7 465 unités. À l'inverse, les boîtes en autres matériaux (911180) ont vu leur valeur croître de 380 k€ à 3,2 M€, et leur volume de 24,1 t à 54,4 t.

Côté importations, le segment des parties de boîtes (911190) demeure le plus important en valeur (49,2 M€ en 2025), relativement stable par rapport à 2015 (67,7 M€). Le segment 911180 (autres matériaux) connaît une progression spectaculaire en volume, passant de 24,9 t à 66,3 t, tandis que les boîtes en métaux précieux (911110) voient leur volume en pièces divisé par 3,6 (de 31 555 à 8 733 unités).

Segment Exp. valeur 2015 Exp. valeur 2025 Imp. valeur 2015 Imp. valeur 2025
911110 — Métaux précieux 57,4 M€ 6,2 M€ 23,7 M€ 14,8 M€
911120 — Métaux communs 14,0 M€ 3,0 M€ 29,3 M€ 21,0 M€
911180 — Autres matériaux 0,4 M€ 3,2 M€ 2,2 M€ 2,9 M€
911190 — Parties de boîtes 99,3 M€ 43,9 M€ 67,7 M€ 49,2 M€

Source : Ventilation par produit

Ces données indiquent un déplacement de la valeur ajoutée : l'UE exportait autrefois des boîtes de haute valeur (métaux précieux, pièces de luxe), tandis qu'elle importe désormais davantage de composants à moindre coût unitaire. Le prix par pièce des importations de boîtes en métaux communs (911120) est passé de 17,7 €/pièce à 21,2 €/pièce, suggérant une légère montée en gamme au sein de ce segment.

3.2 La concentration des échanges reste élevée malgré une légère diversification

L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) mesurant la concentration par partenaire diminue légèrement :

Flux HHI 2015 HHI 2025 Variation
Importations (valeur) 6 235 5 599 −10,2 %
Exportations (valeur) 9 299 8 391 −9,8 %

Source : Concentration

Ces valeurs restent élevées (au-delà de 2 500, seuil habituel de marché concentré), ce qui signifie que les échanges demeurent dominés par un petit nombre de partenaires. La Suisse reste le partenaire dominant : elle absorbe 51,4 M€ d'exportations (−68,8 % vs. 2015) et fournit 62,0 M€ d'importations (−33,2 %). La Chine demeure le deuxième fournisseur (20,7 M€, −19,9 %).

La légère baisse du HHI s'explique par la montée en puissance de partenaires secondaires : Hong Kong (+31 % en importations), le Japon (+81,6 %), et la catégorie « pays et territoires non spécifiés » (passant de 216 € à 402 941 €), cette dernière reflétant probablement un changement dans les règles de déclaration post-Brexit ou une meilleure granularité des données.

3.3 Des chocs ponctuels et une volatilité accrue sur certains partenaires

L'analyse de volatilité révèle des disparités marquées entre partenaires. Les principaux flux (Suisse, Chine) restent relativement stables (coefficient de variation de 0,22 à 0,26), tandis que les partenaires de moindre importance présentent une volatilité bien plus élevée.

Les événements de choc identifiés dans les données mettent en lumière deux ruptures significatives autour de 2021 :

  • Exportations vers la Tunisie : choc d'offre avec un effondrement de −99,7 % de la valeur, passant de niveaux significatifs à quasi-zéro. La Tunisie, qui constituait un relais de sous-traitance pour certains fournisseurs européens, a vu ses flux tarir, probablement sous l'effet combiné de la pandémie de Covid-19 et d'instabilité politique.
  • Exportations vers le Royaume-Uni : choc de prix avec une hausse de +364,1 % en 2021 (anomalie de 18 écarts-types). Ce pic, bien que sur un flux de faible valeur absolue (part de 0,9 %), coïncide avec la mise en place des contrôles douaniers post-Brexit, qui ont pu perturber les flux de petites pièces de haute valeur.

La production européenne, évaluée en valeur, a progressé de 36,9 % (de 43,8 M€ à 60,0 M€) sur la période, bien qu'avec une forte volatilité (minimum de 20 M€, maximum de 150 M€). Cette croissance, alors même que les exportations s'effondrent, suggère que la production européenne se réoriente davantage vers le marché intérieur ou vers la fourniture de montres finies plutôt que de boîtes seules.


Conclusion

La période 2015–2025 marque un tournant décisif pour le commerce européen de boîtes de montres (CN 9111). L'Union européenne est passée d'une position d'exportateur net (+48 M€) à celle d'importateur net (−32 M€), un retournement de 166 % qui traduit une transformation structurelle de la chaîne de valeur horlogère.

Ce changement s'explique avant tout par le déclin italien : l'Italie, qui concentrait près de 79 % des exportations en 2015, a perdu plus de 92 % de sa valeur exportée. La France et l'Allemagne ont partiellement compensé cette perte, la France devenant le premier exportateur et importateur européen de boîtes de montres avec 44 % et 41 % des flux respectifs.

Sur le plan des segments, la valeur ajoutée se déplace : les boîtes en métaux précieux, qui représentaient le cœur des exportations européennes, ont vu leur valeur chuter de 89 %. Les importations croissent en volume (+62 %) tout en baissant en valeur (−29 %), confirmant un glissement vers des composants à moindre coût unitaire. La production européenne progresse néanmoins (+37 % en valeur), ce qui pourrait indiquer un début de réorientation vers la fabrication intégrée de montres finies sur le sol européen, au détriment de l'exportation de composants intermédiaires.

Généré le 2026-08-07. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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