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Évolution du marché : Autres fournitures horlogères (CN 9114) — 2015–2025

Introduction

Le code CN 9114 désigne un poste résiduel de la nomenclature douanière européenne couvrant les « Autres fournitures d'horlogerie, n.d.a. » (non dénommées ailleurs). Il regroupe trois sous-catégories : les cadrans d'horlogerie (911430), les platines et ponts (911440) et, de manière dominante, les fournitures diverses non spécifiées (911490). S'il ne s'agit pas des montres finies elles-mêmes, ce poste englobe des composants essentiels à la chaîne de valeur horlogère — un écosystème dans lequel l'Union européenne, et tout particulièrement la France, occupe une position de premier plan.

La période 2015–2025 a été marquée par des bouleversements profonds : la pandémie de Covid-19, des ruptures logistiques, un redressement post-crise et des chocs de prix concentrés sur certaines origines. Le présent rapport s'appuie exclusivement sur les données commerciales de l'UE vis-à-vis des pays tiers pour dresser le bilan de cette décennie. Il se structure en trois axes : la trajectoire globale du commerce en valeur et en volume, la géographie des échanges et leur concentration, puis la décomposition sectorielle par sous-produit.


I. Une décennie de hausse des prix masquant un recul structurel des volumes

La valeur du commerce extérieur a globalement progressé, malgré des fluctuations marquées

Sur la période 2015–2025, les exportations de l'UE de fournitures horlogères (CN 9114) vers les pays tiers sont passées de 167,9 M€ à 181,3 M€, soit une progression de +8,0 %. Les importations ont augmenté plus fortement, de 187,1 M€ à 213,1 M€ (+13,9 %). Ces moyennes masquent toutefois des variations significatives d'une année à l'autre : les exportations ont culminé à 195,7 M€ avant de refluer, tandis que les importations ont atteint un pic de 222,2 M€.

Vue d'ensemble du commerce CN 9114

Indicateur 2015 2025 Variation (%) Minimum Maximum
Exportations (M€) 167,9 181,3 +8,0 126,5 195,7
Importations (M€) 187,1 213,1 +13,9 146,9 222,2
Solde commercial (M€) −19,2 −31,9 −66,1 −38,3 −19,2

Les volumes ont connu un déclin spectaculaire, traduisant une montée en gamme ou un déplacement de production

Le contraste entre la trajectoire des valeurs et celle des volumes est frappant. Les exportations en tonnes ont chuté de 500,9 t à 279,3 t (−44,2 %), et les importations de 328,5 t à 165,5 t (−49,6 %). Cette érosion des volumes, combinée à la hausse de la valeur, se traduit logiquement par une explosion des prix unitaires :

Indicateur 2015 2025 Variation (%)
Volume export (t) 500,9 279,3 −44,2
Volume import (t) 328,5 165,5 −49,6
Prix export (€/t) 334 812 646 822 +93,2
Prix import (€/t) 568 474 1 284 665 +126,0

Cette dynamique suggère un double phénomène : d'une part, la production de fournitures standards a probablement migré vers des zones à moindre coût (Asie du Sud-Est notamment), réduisant les volumes physiques transitant par l'UE ; d'autre part, les composants restants dans le commerce intra-UE-vers-monde sont de plus en plus sophistiqués ou à plus forte valeur ajoutée, ce qui explique la hausse des prix moyens. L'effet Covid-19 de 2020 a accentué cette tendance avec un effondrement conjoncturel des volumes avant un rebond.

Le déficit commercial s'est creusé, l'UE restant structurellement importatrice nette

L'Union européenne n'a jamais été excédentaire sur ce poste durant la période observée. Le déficit s'est élargi de −19,2 M€ (2015) à −31,9 M€ (2025), avec un creux à −38,3 M€ en 2022, année marquée par un choc de prix sur les importations suisses. La dépendance nette aux importations est restée relativement stable autour de 13–14 %, passant de 13,6 % à 14,2 %, avec un pic à 20,5 % — probablement en 2020, année de faiblesse exportatrice.

Parallèlement, la propension à l'exporter a bondi de 93,8 % à 122,2 % (+30,3 %), tandis que l'intensité commerciale est passée de 97,1 % à 109,3 % (+12,6 %). L'économie européenne horlogère s'est donc intensément tournée vers l'extérieur : elle exporte désormais une part bien supérieure de sa production vers les pays tiers.


II. Une géographie du commerce de plus en plus concentrée autour de la Suisse

La Suisse est à la fois le premier fournisseur et le premier client de l'UE

L'analyse des partenaires commerciaux révèle une dépendance massive vis-à-vis de la Suisse, qui domine tant à l'import qu'à l'export :

Partenaire Import 2015 (M€) Import 2025 (M€) Var. (%) Export 2015 (M€) Export 2025 (M€) Var. (%)
Suisse 137,7 168,2 +22,1 124,1 147,4 +18,8
Chine 27,6 20,0 −27,5 0,8 0,4 −43,3
Royaume-Uni 1,5 0,7 −50,8 4,0 3,6 −9,8
Hong Kong 5,4 2,8 −47,8 6,7 2,2 −66,6
États-Unis 0,5 0,3 −28,9 6,4 7,0 +8,0

Partenaires principaux

En 2025, la Suisse représente à elle seule près de 79 % des importations de l'UE en valeur (168,2 M€ sur 213,1 M€) et environ 81 % des exportations (147,4 M€ sur 181,3 M€). Ce flux bilatéral colossal traduit la profonde intégration de la chaîne de valeur horlogère entre l'UE (principalement la France et l'Allemagne) et la Suisse : les composants traversent plusieurs fois la frontière au cours du processus de fabrication.

Les autres partenaires asiatiques ont vu leur poids se réduire

La Chine, deuxième fournisseur de l'UE, a vu ses livraisons reculer de 27,6 M€ à 20,0 M€ (−27,5 %). Hong Kong et Taïwan ont connu des baisses encore plus marquées (respectivement −47,8 % et −56,6 %). La Corée du Sud et le Japon suivent la même trajectoire baissière. À l'export, Hong Kong a perdu les deux tiers de ses achats européens (−66,6 %), tout comme le Brésil (−52,6 %).

Seuls les États-Unis résistent à l'export (+8,0 %), confirmant leur rôle de marché de destination pour les fournitures horlogères européennes à haute valeur ajoutée.

La concentration géographique s'est nettement renforcée

L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI), mesurant la concentration des flux, confirme cette tendance :

HHI (valeur) 2015 2025 Variation (%)
Importations 5 666 6 930 +22,3
Exportations 5 536 6 724 +21,5

Des valeurs de HHI supérieures à 2 500 indiquent un marché très concentré. L'UE se situe nettement au-delà, et la progression de +21 à +22 % sur la décennie signifie que le commerce est de plus en plus polarisé autour de la Suisse. Ce degré de concentration expose l'UE à un risque de dépendance : toute perturbation du flux bilatéral avec la Suisse (hausse des droits de douane, tensions de change, ruptures logistiques) aurait un impact considérable.

La France domine la spécialisation horlogère au sein de l'UE

L'analyse de la spécialisation en 2025 confirme le poids prépondérant de la France :

Pays RCA RSCA Part production UE Part export UE
France 6,68 +0,74 52,2 % 7,8 %
Chypre 4,06 +0,60 0,1 % 0,03 %
Pays-Bas 1,66 +0,25 24,1 % 14,5 %
Portugal 1,46 +0,19 2,0 % 1,4 %

Avec un indice RCA de 6,68 et un RSCA de +0,74, la France possède une avantage comparatif très marqué. Elle représente plus de la moitié de la production européenne estimée de fournitures horlogères (52,2 %). Les Pays-Bas, avec un RCA de 1,66, constituent le deuxième acteur significatif, probablement grâce à des plateformes logistiques et de distribution.

La production européenne de ce poste est estimée à 151,3 M€ en 2015 et 160,0 M€ en 2025 (+5,7 %), avec un creux à 108,0 M€ probablement en 2020.


III. La sous-structure des produits révèle des trajectoires divergentes

Le poste résiduel 911490 domine massivement les deux sens du commerce

Le code 911490 (« Fournitures d'horlogerie, n.d.a. ») constitue la quasi-totalité du poste 9114. En 2025, il représente 81,5 % de la valeur des importations (173,7 M€ sur 213,1 M€) et 80,7 % des exportations (146,2 M€ sur 181,3 M€). C'est aussi le sous-produit qui a le plus contribué à la hausse des prix moyens :

Sous-produit Import prix 2015 (€/t) Import prix 2025 (€/t) Var. (%) Export prix 2015 (€/t) Export prix 2025 (€/t) Var. (%)
911490 – Fournitures n.d.a. 521 646 1 231 024 +136 318 909 492 444 +54
911430 – Cadrans 852 629 1 254 331 +47 869 394 3 144 584 +262
911440 – Platines et ponts 3 488 129 1 129 812 −68 1 491 311 1 351 104 −9

Décomposition par sous-produit

Les cadrans d'horlogerie (911430) : un segment stable en volume mais volatile en prix

Les importations de cadrans ont oscillé entre 21 et 43 tonnes sans tendance claire, avec un volume de 25,7 t en 2025. En valeur, elles ont progressé de 21,6 M€ à 32,8 M€ (+51 %), portées par une hausse de prix. Les exportations sont restées à des volumes modestes (5 à 16 tonnes) mais le prix à l'export a connu une hausse spectaculaire, atteignant 3 144 584 €/t en 2025 — un niveau qui suggère des livraisons vers des destinations très spécifiques (composants de luxe ou prototypes).

Les platines et ponts (911440) : un petit segment en croissance, mais instable

Ce sous-produit représente des volumes très faibles (quelques tonnes). Les importations ont progressé de 1,3 t à 3,9 t en valeur de 4,7 M€ à 6,6 M€. Les exportations ont presque doublé en volume (7,4 t → 11,3 t) et la valeur a augmenté de 11,1 M€ à 17,2 M€ (+55 %). Toutefois, les prix ont été extrêmement volatils d'une année à l'autre (de 699 000 à 9 889 000 €/t à l'import entre 2022 et 2023), ce qui reflète la faiblesse des volumes et la sensibilité aux fluctuations de composition des lots.

Le choc de prix suisse de 2022 : l'événement majeur de la période

L'analyse de volatilité révèle un événement exceptionnel : en 2022, le prix des importations en provenance de Suisse a bondi de +126,3 %, avec un indice d'anormalité de 114,3 — le plus élevé de toute la période et de tous les partenaires. Ce choc, qui représente 84,3 % de la valeur des importations, est à l'origine du creusement du déficit commercial cette année-là (−38,3 M€).

Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce phénomène : l'appréciation du franc suisse, des hausses de prix dans la chaîne horlogère suisse elle-même, ou un changement de composition des flux (davantage de composants à haute valeur). Un second choc de prix, d'amplitude moindre, est détecté sur les importations britanniques en 2021 (+124,4 %), ainsi que sur les exportations vers le Royaume-Uni en 2022 (+376,8 %), ce dernier reflétant probablement les ajustements post-Brexit.

La volatilité par partenaire confirme que les flux avec les petits partenaires (Tunisie, Arabie Saoudite, Malaisie, Canada) sont les plus erratiques (CV > 1), tandis que la Suisse, malgré le choc de 2022, affiche un coefficient de variation relativement contenu (0,21 à l'export), signe d'une relation commerciale régulière.


Conclusion

Le marché européen des fournitures horlogères (CN 9114) a connu, entre 2015 et 2025, une transformation profonde. En apparence, les valeurs commerciales ont progressé modérément. En réalité, les volumes physiques ont été quasiment divisés par deux, tandis que les prix unitaires ont plus que doublé. Cette divergence reflète à la fois une montée en gamme des composants échangés et une externalisation croissante des productions à faible valeur ajoutée vers l'Asie.

La géographie du commerce s'est paradoxalement resserrée autour de la Suisse, qui représente désormais près de 80 % des échanges bilatéraux de l'UE sur ce poste. Cette concentration, mesurée par un HHI en hausse de plus de 20 %, constitue un risque structurel. Le choc de prix observé en 2022 sur les importations suisses en offre un aperçu concret.

Enfin, la France conserve et renforce sa position de cœur névralgique de la production européenne de fournitures horlogères, avec un indice RCA de 6,68 et plus de la moitié de la production de l'UE. L'horlogerie européenne reste ainsi un secteur à haute spécialisation, dépendant d'un partenaire clé et confronté à un arbitrage permanent entre valeur ajoutée et volumes.

Généré le 2026-08-07. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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