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Évolution du marché : Montres automatiques précieuses (CN 910121) — 2015–2025

Introduction

Le code NC 910121 couvre les montres-bracelets à remontage automatique dotées d'une boîte en métaux précieux ou plaqués/doublés de métaux précieux (hors fond en acier). Il s'agit d'un segment de la haute horlogerie où l'Union européenne — et singulièrement la France, l'Italie et l'Allemagne — occupe une position de production et de consommation de premier plan. Entre 2015 et 2025, le commerce extérieur de l'UE sur ce produit a connu une transformation profonde : la valeur des échanges a progressé tandis que les volumes physiques ont reculé, révélant une premiumisation marquée du marché. Parallèlement, la dépendance de l'UE vis-à-vis des importations — en tête desquelles la Suisse — s'est accentuée de manière significative. Ce rapport propose une analyse structurée de ces dynamiques en trois temps.


1. Une premiumisation accélérée : la valeur monte, les volumes baissent

1.1. Des importations en forte croissance de valeur, malgré la contraction des volumes

Entre 2015 et 2025, la valeur des importations intra-extra de l'UE sur le segment CN 910121 a progressé de 30,2 %, passant de 1,198 milliard d'euros à 1,560 milliard d'euros (vue d'ensemble du commerce). Ce résultat est d'autant plus remarquable que les quantités importées (en tonnes) ont diminué de 15,6 % sur la même période, passant de 28,7 tonnes à 24,3 tonnes. Le prix unitaire à la tonne a ainsi bondi de 53,7 %, passant de 41,5 millions d'euros à 63,8 millions d'euros par tonne.

En unités supplémentaires (nombre de pièces), le constat est similaire : le nombre de montres importées a reculé de 16,9 % (de 147 022 à 122 131 pièces), tandis que le prix moyen par pièce a grimpé de 56,7 % (de 8 148 € à 12 770 €).

Indicateur (importations) 2015 2025 Variation
Valeur (Mds €) 1,198 1,560 +30,2 %
Quantité (t) 28,7 24,3 −15,6 %
Prix moyen / tonne (M €) 41,5 63,8 +53,7 %
Nombre de pièces 147 022 122 131 −16,9 %
Prix moyen / pièce (€) 8 148 12 770 +56,7 %

Ces données illustrent un phénomène clair de premiumisation : l'UE importe moins de montres, mais des montres nettement plus chères.

1.2. Les exportations suivent une trajectoire comparable, avec des nuances

Du côté des exportations, la valeur a augmenté de 9,7 % (de 706,5 M€ à 775,3 M€), alors que les volumes en tonnes ont reculé de 21,7 % (de 15,5 t à 12,2 t) (vue d'ensemble du commerce). Le prix à la tonne exportée a ainsi progressé de 36,0 %.

Indicateur (exportations) 2015 2025 Variation
Valeur (M €) 706,5 775,3 +9,7 %
Quantité (t) 15,5 12,2 −21,7 %
Prix moyen / tonne (M €) 42,0 57,1 +36,0 %
Nombre de pièces 182 839 227 526 +24,4 %
Prix moyen / pièce (€) 3 864 3 408 −11,8 %

Toutefois, en unités de pièces, les exportations ont augmenté de 24,4 %, tandis que le prix moyen par pièce a légèrement diminué (−11,8 %). Cela suggère que la hausse de la valeur exportée provient davantage d'un accroissement du nombre de pièces que d'une montée en gamme unitaire, contrairement au schéma observé à l'import. Les montres exportées par l'UE vers le reste du monde restent donc en moyenne moins chères que celles qu'elle importe — un écart de prix qui traduit la domination suisse sur le segment ultra-haut de gamme.

1.3. Une production européenne en repli de volume mais en hausse de valeur

Les données de production de l'UE (en pièces) confirment ce mouvement de fond. La production a chuté de 33,3 % en volume (de 112 150 à 74 796 pièces), mais sa valeur a progressé de 53,6 % (de 122,7 M€ à 188,5 M€) (volumes de production). La production européenne se concentre donc sur des pièces de plus en plus valorisées, dans un contexte où les volumes fondent.


2. Une dépendance suisse croissante et une autonomie européenne en recul

2.1. La Suisse, partenaire dominant et incontesté des importations européennes

La Suisse représente une part écrasante des importations de l'UE en montres automatiques précieuses. En 2025, les importations en provenance de Suisse s'élevaient à 1,533 milliard d'euros, soit 98,3 % de la valeur totale des importations extra-UE sur ce segment (partenaires principaux). Sur la période, cette valeur a progressé de 30,7 % (de 1,173 Md€). L'indice de concentration HHI des importations, qui s'établit à 9 715 en 2025, confirme un degré de concentration extrême (concentration HHI).

Partenaire (importations) Valeur 2015 (M €) Valeur 2025 (M €) Variation
Suisse 1 172,9 1 533,4 +30,7 %
Chine 0,2 1,0 +333,2 %
Royaume-Uni 19,7 5,8 −70,3 %
Japon 0,1 2,9 +3 071,3 %
Hong Kong 0,9 2,4 +157,0 %
États-Unis 0,7 8,4 +1 122,9 %
Singapour 0,8 0,2 −75,4 %

2.2. Un taux de dépendance aux importations en forte hausse

Le taux de dépendance net aux importations est passé de 58,0 % en 2015 à 82,3 % en 2025, soit une progression de 41,9 points de pourcentage relatif. Ce niveau élevé traduit une vulnérabilité structurelle de l'UE : elle consomme bien plus de montres précieuses qu'elle n'en produit, et cet écart se creuse.

Le taux de propension à l'exportation a parallèlement doublé (+108,1 %), passant de 353 % à 736 %. Ce chiffre élevé signifie que l'UE exporte des montres précieuses pour une valeur largement supérieure à sa propre consommation apparente — un paradoxe apparent qui s'explique par le rôle de l'UE comme hub de réexportation (notamment via les Pays-Bas, l'Espagne et l'Irlande) et par la présence de marques européennes qui réimportent des montres assemblées en Suisse.

2.3. Une spécialisation concentrée sur la France et l'Indice de spécialisation révèle des inégalités intra-UE

L'analyse de spécialisation montre qu'en 2025, la France domine la spécialisation européenne avec un indice RSca de 0,755 et un RCA de 7,17, suivie de l'Italie (RSca 0,217, RCA 1,55). La France représente 56,1 % de la production européenne de pièces et 12,5 % des exportations totales de l'UE.

À l'inverse, des pays comme la Slovaquie, la Lituanie, la Finlande, la Lettonie et la Pologne présentent des indices RSca proches de −1, confirmant une absence quasi-totale de spécialisation horlogère. Cette polarisation suggère que le secteur reste un domaine de compétence de quelques pays historiquement positionnés dans la haute horlogerie.

Membre UE (importations) Valeur 2015 (M €) Valeur 2025 (M €) Variation
France 491,2 606,4 +23,5 %
Italie 270,8 271,1 +0,1 %
Allemagne 246,8 204,8 −17,0 %
Autriche 68,5 55,8 −18,6 %
Pays-Bas 28,2 98,6 +249,9 %
Espagne 19,8 95,0 +379,2 %

Les Pays-Bas (+250 %) et l'Espagne (+379 %) émergent comme des importateurs de plus en plus importants, ce qui peut refléter le développement de plates-formes logistiques ou de distribution dans ces pays.


3. Chocs de prix, volatilité et reconfiguration géographique des flux

3.1. Des chocs de prix marqués sur les flux avec le Royaume-Uni et la Chine

L'analyse des chocs révèle trois événements significatifs entre 2015 et 2025 :

Choc Partenaire Flux Année Hausse de prix Degré d'anomalie
Prix Chine Import 2022 +142,9 % 29,1
Prix Royaume-Uni Import 2021 +174,6 % 25,4
Prix Royaume-Uni Export 2021 +157,3 % 23,9

Le choc sur les importations en provenance du Royaume-Uni en 2021 (+174,6 %) coïncide avec les effets du Brexit et de la mise en place des nouvelles procédures douanières. La chute subséquente des importations depuis le Royaume-Uni (−70,3 % sur la période) confirme un réajustement durable des flux. De même, le choc chinois de 2022 (+142,9 %) peut être lié à des perturbations logistiques post-Covid et à une restructuration des réexportations via Hong Kong.

3.2. Une volatilité variable selon les partenaires

Les indicateurs de volatilité (coefficient de variation, CV) montrent des disparités importantes entre partenaires :

Partenaire CV importations CV exportations
Suisse 0,29 1,27
Chine 0,84 0,43
Royaume-Uni 1,63 0,72
Turquie 2,01
Corée du Sud 2,23
Fédération de Russie 2,06
Singapour 1,09 1,06

Les flux avec la Suisse sont les plus stables côté importations (CV = 0,29), ce qui est cohérent avec le rôle structurel de la Suisse comme fournisseur quasi-monopolistique. En revanche, les partenaires secondaires (Turquie, Corée du Sud, Royaume-Uni) présentent une forte volatilité, signe de flux irréguliers et de montants relativement faibles. Côté exportations, la Fédération de Russie (CV = 2,06) et Singapour (CV = 1,06) sont les destinations les plus volatiles.

3.3. Une reconfiguration géographique des destinations d'exportation

Les destinations d'exportation de l'UE ont connu des évolutions contrastées entre 2015 et 2025 (partenaires principaux à l'exportation) :

Destination Valeur 2015 (M €) Valeur 2025 (M €) Variation
Hong Kong 291,2 300,1 +3,1 %
Suisse 148,8 195,2 +31,2 %
Royaume-Uni 73,2 25,1 −65,7 %
États-Unis 41,1 48,3 +17,5 %
Japon 51,5 17,2 −66,6 %
Émirats arabes unis 20,4 86,8 +325,3 %
Singapour 2,9 12,1 +320,2 %

Trois tendances se dessinent :

  • Recul des destinations traditionnelles : le Royaume-Uni (−65,7 %) et le Japon (−66,6 %) ont perdu une part significative des exportations européennes.
  • Essor des hubs du Golfe et d'Asie du Sud-Est : les Émirats arabes unis (+325 %) et Singapour (+320 %) connaissent une croissance spectaculaire, confirmant le rôle croissant de Dubaï et Singapour comme centres de redistribution horlogère vers les marchés du Moyen-Orient et d'Asie.
  • Stabilité relative de Hong Kong et de la Suisse : Hong Kong reste la première destination (300 M€), tandis que les exportations vers la Suisse — souvent des montres pour finition ou réexportation — augmentent de 31 %.

Conclusion

Le marché européen des montres automatiques à boîte précieuse (CN 910121) a profondément évolué entre 2015 et 2025. La dynamique dominante est celle d'une premiumisation : les volumes physiques reculent tandis que les valeurs progressent, tant à l'importation qu'à l'exportation et dans la production. L'UE reste structurellement déficitaire sur ce segment, avec un déficit commercial passé de 491 millions à 784 millions d'euros, et une dépendance aux importations suisses qui atteint désormais 82 %. Les chocs de prix observés en 2021-2022 (Brexit, perturbations post-Covid) ont accéléré la reconfiguration géographique des flux, avec l'émergence de Dubaï et Singapour comme hubs de redistribution. Enfin, la spécialisation horlogère européenne reste concentrée sur la France et l'Italie, tandis que la majorité des États membres ne participent que marginalement à ce secteur. À l'horizon des prochaines années, la capacité de l'UE à maintenir sa compétitivité sur ce segment dépendra de sa capacité à préserver son avantage technologique et de marque face à la concurrence suisse dominante.

Généré le 2026-08-08. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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