Évolution du marché : Véhicules terrestres (CN 87) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution des échanges extérieurs de l'Union européenne (UE) avec le reste du monde pour le code douanier 87, qui couvre les voitures automobiles, tracteurs, cycles et autres véhicules terrestres, ainsi que leurs parties et accessoires, sur la période 2015-2025. L'UE demeure un acteur majeur et historiquement excédentaire de ce secteur, mais les dynamiques de la dernière décennie révèlent des transformations profondes. Le commerce est passé d'une phase de croissance et de consolidation à un choc pandémique, suivi d'une reprise bousculée par des réalignements géopolitiques et l'émergence de nouveaux défis concurrentiels. L'analyse met en lumière une période d'ajustement structurel, marquée par une forte augmentation des importations et une pression sur le solde commercial.
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L'essor des importations et la recomposition géographique des échanges
La période 2015-2025 est marquée par une hausse spectaculaire des importations de véhicules terrestres dans l'UE, qui ont augmenté de 72,4 % en valeur pour atteindre près de 140,7 milliards d'euros en 2025. Cette croissance s'explique à la fois par une hausse des volumes importés (+38,1 %) et une forte appréciation des prix unitaires (+24,8 %).
L'analyse des principaux partenaires d'importation révèle un basculement stratégique. Si le Royaume-Uni et les États-Unis restent d'importants fournisseurs, leur part relative est en recul. À l'inverse, les importations en provenance de Chine, de Turquie et du Maroc ont connu une croissance exceptionnelle, transformant la structure des approvisionnements européens.
| Partenaire | Valeur Import 2015 (Mrds €) | Valeur Import 2025 (Mrds €) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Chine | 5,3 | 30,0 | +464,6 |
| Turquie | 10,9 | 24,5 | +125,6 |
| Maroc | 1,5 | 5,6 | +280,7 |
| Royaume-Uni | 21,1 | 15,1 | -28,4 |
| États-Unis | 10,7 | 10,5 | -1,9 |
| Corée du Sud | 5,7 | 13,0 | +129,3 |
| Japon | 10,6 | 16,4 | +53,9 |
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La forte croissance des importations de Chine (+464,6 %) et du Maroc (+280,7 %) est particulièrement notable. Ces deux pays sont devenus des hubs d'approvisionnement majeurs, probablement en lien avec la délocalisation de la production de composants (batteries, véhicules électriques pour la Chine) et le développement de plateformes de production intégrées à la chaîne de valeur européenne (pour le Maroc). Cette évolution a accru l'intensité commerciale et la dépendance de l'UE envers des partenaires spécifiques, un phénomène que la crise des semi-conducteurs et les tensions géopolitiques ont mis en lumière.
La résilience des exportations européennes face à des vents contraires
Malgré l'essor des importations, l'UE a maintenu sa position d'exportateur net. La valeur totale des exportations a augmenté de 6,9 % entre 2015 et 2025, passant de 236,8 à 253,2 milliards d'euros. Cependant, cette performance cache une dynamique plus nuancée : le volume exporté a reculé de 13,5 % (de 21,4 à 18,5 millions de tonnes), tandis que la valeur unitaire a bondi de 23,6 %, indiquant une orientation vers des véhicules de plus grande valeur ajoutée (véhicules premium, véhicules électriques).
L'analyse géographique des exportations montre que les marchés traditionnels restent dominants mais sont affectés par des chocs. Le Royaume-Uni et les États-Unis demeurent les deux premières destinations, mais les ventes vers la Chine ont chuté de 28,2 %. Les événements les plus marquants sont l'effondrement des exportations vers la Russie (-97,6 %, passant de 6,5 milliards à 153 millions d'euros) après 2022, et la forte augmentation des ventes vers la Turquie (+105,2 %) et l'Ukraine (+365,8 %).
Voir les partenaires d'exportation par valeur
La volatilité des échanges avec certains partenaires est élevée. Les exportations vers la Russie et l'Ukraine affichent des coefficients de variation (CV) très élevés (respectivement 0,72 et 0,34), témoignant de l'impact direct du conflit géopolitique sur les flux commerciaux. De même, des chocs de prix ponctuels ont été détectés, notamment pour les exportations vers l'Égypte en 2023 et les Émirats arabes unis en 2017, suggérant des opportunités ou des contraintes commerciales ciblées.
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Une structure de spécialisation stable mais des vulnérabilités accrues
La structure de la production et des échanges au sein de l'UE révèle une spécialisation persistante. En 2025, la Slovaquie, la Tchéquie, la Slovénie et la Roumanie affichent les avantages comparatifs révélés (RCA) les plus élevés, confirmant leur rôle d'usines d'assemblage intégrées dans les chaînes de valeur allemandes et européennes. À l'inverse, des pays comme l'Irlande, Chypre ou Malte sont structurellement déficitaires.
La concentration des échanges (indice HHI) a évolué. Pour les importations, la concentration par valeur a légèrement diminué (HHI de 1323 à 1217), indiquant une diversification relative des sources. Cependant, la concentration par volume a augmenté, ce qui peut signaler une dépendance accrue envers quelques fournisseurs clés en termes de quantités physiques. Du côté des exportations, la concentration a baissé (HHI de 1228 à 1012), suggérant une dispersion des marchés de destination.
Voir les indicateurs de concentration et de spécialisation
Les indicateurs d'autonomie et de vulnérabilité confirment cette tendance. Le taux de dépendance nette aux importations s'est dégradé, passant de -16,8 % à -22,3 %. Plus révélateur encore, l'intensité commerciale (part du commerce international dans le PIB sectoriel) et la propension à exporter ont considérablement augmenté (respectivement +47,3 % et +49,5 %). Cela signifie que le secteur automobile européen est de plus en plus tourné vers l'international, tant pour ses débouchés que pour ses approvisionnements, ce qui accroît sa sensibilité aux chocs externes (logistiques, géopolitiques, réglementaires).
Conclusion
Entre 2015 et 2025, le commerce extérieur de l'UE en véhicules terrestres a traversé une décennie de transformations. La principale dynamique observée est un déséquilibre croissant : si l'UE reste un exportateur majeur de véhicules à forte valeur ajoutée, elle est devenue bien plus dépendante des importations, notamment de composants et de véhicules en provenance de Chine et de Turquie. Cette évolution a conduit à une détérioration du solde commercial de 27,5 %.
Le secteur a démontré une certaine résilience, en réorientant ses exportations et en augmentant la valeur de ses produits. Toutefois, les données révèlent une vulnérabilité accrue de l'industrie européenne aux perturbations des chaînes d'approvisionnement mondiales et aux réalignements géopolitiques. L'avenir du secteur dépendra de sa capacité à naviguer dans ce nouvel environnement, en gérant la transition vers l'électrification tout en sécurisant ses approvisionnements et en diversifiant ses marchés.