Évolution du marché : Poussettes et landaus (CN 8715) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 8715 couvre les landaus, poussettes et voitures similaires pour le transport des enfants, ainsi que leurs parties. Ce secteur a connu des transformations profondes entre 2015 et 2025 au sein de l'Union européenne. La production européenne s'est effondrée, les exportations se sont contractées tandis que les importations — massivement dominées par la Chine — ont poursuivi leur progression. Le déficit commercial de l'UE s'est ainsi plus que doublé, passant de −139 à −297 millions d'euros. Ce rapport analyse les dynamiques clés de ce marché en s'appuyant sur les données douanières disponibles sur la vue d'ensemble du produit.
1. L'effondrement de la production européenne et la montée de la dépendance aux importations
Une production européenne en chute vertigineuse
La production de l'UE en volume est passée de 6,8 millions de pièces à seulement 320 000 pièces sur la période, soit un recul de 95,3 %. En valeur, la production est passée de 680 à 92 millions d'euros (−86,5 %). Ce déclin spectaculaire traduit une désindustrialisation avancée de ce secteur en Europe, les chaînes de production ayant été transférées vers des pays à moindre coût, principalement la Chine.
Des importations en valeur en hausse, portées par des prix croissants
Sur la même période, la valeur des importations de l'UE hors UE a progressé de 368 à 436 millions d'euros (+18,3 %). Cependant, les volumes importés sont restés remarquablement stables (environ 46 500 à 47 600 tonnes, soit +2,3 %). La hausse de la valeur s'explique donc essentiellement par une augmentation des prix unitaires à l'importation, passés de 7 921 à 9 154 EUR/tonne (+15,6 %), reflétant à la fois l'inflation mondiale et la montée en gamme de certains produits.
Un taux de dépendance aux importations multiplié par huit
Le taux de dépendance nette aux importations a bondi de 10,4 % à 78,4 % entre 2015 et 2025 (+652 %). Ce chiffre traduit un basculement structurel : l'UE, qui produisait encore localement la grande majorité de sa consommation, est devenue très largement tributaire de fournisseurs extérieurs. L'indicateur d'intensité commerciale a suivi la même trajectoire, passant de 32,7 % à 109,4 %, tandis que la propension à exporter a bondi de 14,8 % à 158,4 % — signe que les exportations résiduelles ne reposent plus sur une production locale significative mais sur des réexportations.
2. La domination chinoise sur les importations et la concentration du marché
La Chine, fournisseur quasi monopolistique de l'UE
La part de la Chine dans les importations de l'UE est passée de 339 à 424 millions d'euros (+24,9 %). À elle seule, la Chine représente désormais la quasi-totalité des importations de l'UE dans ce secteur. Sa part est encore plus dominante en volume, comme en témoigne le coefficient de variation très faible (CV = 0,049) des importations en provenance de Chine, signal d'une relation commerciale extrêmement stable et routinière.
| Partenaire (importations) | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Chine | 339,4 | 423,8 | +24,9 % |
| Royaume-Uni | 12,4 | 1,3 | −89,5 % |
| Taïwan | 3,9 | 4,5 | +18,0 % |
| Hong Kong | 8,7 | 1,5 | −83,1 % |
| États-Unis | 1,7 | 0,2 | −88,2 % |
| Ukraine | 0,1 | 2,7 | +2 827 % |
| Turquie | 0,2 | 0,4 | +106,5 % |
La part du Royaume-Uni s'est effondrée (−89,5 %), très probablement en lien avec le Brexit et le réalignement des flux commerciaux. Hong Kong et les États-Unis ont connu des déclins comparables. Parmi les partenaires émergents, l'Ukraine affiche une croissance spectaculaire (+2 827 %, passant de 93 000 à 2,7 M€), bien que le volume reste modeste.
Une concentration des importations élevée et croissante
L'indice de concentration HHI des importations de l'UE est passé de 8 508 à 9 480 (+11,4 %). Ce niveau élevé confirme la domination quasi exclusive de la Chine. À l'inverse, le HHI des exportations est passé de 1 381 à 820 (−40,6 %), indiquant une diversification des destinations d'exportation européennes, même si celles-ci restent en déclin.
Des chocs détectés sur les flux d'exportation vers la Chine
L'analyse de volatilité a identifié un choc de prix significatif sur les exportations de l'UE vers la Chine en 2020, avec une baisse de 33,3 % et un score d'anomalie de 6,7. Ce choc, coïncidant avec la pandémie de COVID-19, illustre la fragilité des flux sortants européens vers l'Asie. Globalement, les partenaires d'importation les plus volatils sont l'Ukraine (CV = 1,11), le Vietnam (CV = 1,16) et la Turquie (CV = 1,05), tandis que la Chine demeure le fournisseur le plus stable.
3. Une reconfiguration des rôles au sein de l'Union européenne
L'Allemagne, nouveau pôle importateur dominant
Parmi les États membres importateurs, l'Allemagne a connu la progression la plus forte (+82,4 %), passant de 67 à 122 millions d'euros, devenant ainsi le premier importateur de l'UE devant les Pays-Bas (97→104 M€). La Pologne a connu une hausse encore plus remarquable (+232 %), passant de 16 à 53 M€. En revanche, la France (−35,9 %) et l'Espagne (−49,5 %) ont vu leurs importations décliner sensiblement.
| État membre (importations) | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Allemagne | 67,0 | 122,2 | +82,4 % |
| Pays-Bas | 96,9 | 103,9 | +7,2 % |
| Pologne | 16,0 | 53,3 | +232,1 % |
| Italie | 37,3 | 39,5 | +5,7 % |
| France | 40,8 | 26,1 | −35,9 % |
| Espagne | 40,6 | 20,5 | −49,5 % |
| Suède | 17,9 | 11,4 | −36,4 % |
L'effacement des grands exportateurs historiques
Du côté des exportations intra-UE hors UE, les Pays-Bas ont perdu les deux tiers de leurs exportations (68→23 M€, −66,1 %), et l'Italie a connu un déclin similaire (49→14 M€, −70,3 %). L'Espagne a chuté de 85,2 %. Seule l'Allemagne a renforcé son positionnement exportateur (15→27 M€, +83,6 %). La Pologne demeure le premier exportateur de l'UE (37 M€), mais a perdu près de 30 % de ses exportations.
La spécialisation se concentre dans quelques pays de l'Est et du Nord
L'analyse de spécialisation révèle que les pays les plus spécialisés dans ce secteur (RSCA > 0) sont l'Estonie (RSCA = 0,50), les Pays-Bas (0,36), la Bulgarie (0,34), la Pologne (0,27) et l'Allemagne (0,18). À l'opès, l'Irelande, le Luxembourg et la Finlande affichent une désécialisation quasi totale (RSCA proche de −1). Cette géographie de la spécialisation suggère que la production résiduelle en Europe s'est relocalisée dans des pays à coûts plus compétitifs (Pologne, Bulgarie, Estonie) tout en conservant des pôles de haute valeur ajoutée (Pays-Bas, Allemagne).
L'effritement des débouchés vers la Russie et le Royaume-Uni
Côté partenaires à l'exportation, la Fédération de Russie — premier débouché en 2015 avec 66 M€ — n'a plus représenté que 16 M€ en 2025 (−76,0 %), en lien avec les sanctions économiques imposées après 2022. Le Royaume-Uni a connu un recul comparable (42→15 M€, −64,5 %), vraisemblablement lié au Brexit. Les États-Unis ont également diminué (20→6 M€, −71,5 %). À l'inverse, la Norvège (18→21 M€, +17,7 %), la Suisse (13→17 M€, +31,8 %) et la Biélorussie (6→11 M€, +86,0 %) ont constitué des débouchés croissants pour les exportateurs européens.
Conclusion
Le marché européen des poussettes et landaus (CN 8715) a subi une transformation radicale entre 2015 et 2025. La production intra-UE s'est quasiment effacée (−95 % en volume), tandis que la dépendance aux importations en provenance de Chine est devenue quasi absolue. Les exportations européennes, autrefois tournées vers la Russie, le Royaume-Uni et les États-Unis, ont fortement reculé sous l'effet cumulé du Brexit, des sanctions contre la Russie et de la perte de compétitivité liée à la désindustrialisation. Au sein de l'UE, la géographie de ce secteur s'est reconfigurée : l'Allemagne et la Pologne ont consolidé leur rôle, tandis que les Pays-Bas, l'Italie et la France ont vu leur poids se réduire. L'exposition à un fournisseur unique (Chine, avec un HHI d'importation de 9 480) et le taux de dépendance nette de 78,4 % constituent des vulnérabilités structurelles majeures pour l'Union européenne dans ce segment.