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Évolution du marché : Instruments de musique (CN 92) — 2015–2025

Introduction

Ce rapport analyse l’évolution des échanges extérieurs de l’Union européenne pour les instruments de musique, leurs parties et accessoires (code CN 92) entre 2015 et 2025. Le chapitre 92 regroupe une large gamme de produits, allant des pianos et guitares aux instruments électriques, en passant par les percussions et les accessoires. Sur la décennie observée, le commerce européen des instruments de musique a connu des mutations profondes : creusement du déficit commercial, montée en gamme des exportations, recomposition des partenaires et chocs de prix marquants. L’analyse s’appuie exclusivement sur les données statistiques disponibles, sans extrapolation.

1. Une détérioration marquée du solde commercial, compensée par une montée en gamme

Le déficit commercial s’est creusé de 83,6 % entre 2015 et 2025, sous l’effet d’importations dynamiques (+32,4 %) et d’exportations en progression plus modeste (+13,0 %).

Les flux totaux d’échanges extra-UE montrent une divergence persistante. Les importations sont passées de 969,8 millions d’euros en 2015 à 1 284,2 millions d’euros en 2025, tandis que les exportations progressaient de 702,8 à 794,3 millions d’euros. Le solde est ainsi passé de -266,9 millions d’euros à -490 millions d’euros, soit une aggravation de 83,6 %. Parallèlement, la propension à exporter de la production européenne s’est envolée de 57,1 % à 84,1 % entre 2015 et 2024, confirmant l’ouverture internationale du secteur.

La forte hausse des prix à l’exportation (+60,6 %) traduit un repositionnement qualitatif de l’offre européenne.

Alors que le volume des exportations a chuté de 29,7 % (de 14 164 tonnes à 9 963 tonnes), leur valeur a augmenté, ce qui révèle une appréciation marquée des prix unitaires. Le prix moyen à l’export est passé de 49 618 euros/tonne en 2015 à 79 703 euros/tonne en 2025 (+60,6 %). Cette dynamique contraste avec le prix des importations, qui n’a augmenté que de 10,0 % (de 18 073 à 19 884 euros/tonne), suggérant que l’UE exporte des instruments de plus en plus haut de gamme.

Le segment des instruments électriques (9207) domine le commerce, mais les instruments à cordes et à vent affichent les valeurs unitaires les plus élevées.

En 2025, les échanges par sous-position révèlent une concentration sur les instruments électriques (9207), qui représentent 46,3 % des importations et 26,1 % des exportations en valeur. Les prix unitaires à l’exportation sont toutefois les plus élevés pour les instruments à vent (9205, 249 053 euros/tonne) et les instruments à cordes (9202, 149 613 euros/tonne), contre 63 105 euros/tonne pour les instruments électriques. Cette hiérarchie de prix conforte l’image d’une spécialisation européenne dans les instruments acoustiques de facture traditionnelle.

2. Une recomposition géographique des échanges : domination chinoise et rupture post‑Brexit

La Chine conforte sa place de premier fournisseur, avec des importations en hausse de 45,1 %, tandis que la Malaisie enregistre une progression spectaculaire.

Le classement des principaux partenaires importateurs montre une domination chinoise qui s’est renforcée. Les achats à la Chine sont passés de 340,6 millions d’euros en 2015 à 494,1 millions en 2025 (+45,1 %). Dans le même temps, les importations en provenance de Malaisie ont bondi de 1870,5 %, passant de 1,9 million d’euros à 37,2 millions, grâce à une montée en puissance dans les composants et les instruments électriques. L’Indonésie demeure le deuxième fournisseur avec 228,1 millions d’euros (+37,0 %). Les principaux fournisseurs se distinguent par leur spécialisation, la Chine et la Malaisie exportant majoritairement des instruments électriques et des accessoires.

Fournisseurs 2015 (M€) 2025 (M€) Variation
Chine 340,6 494,1 +45,1 %
Indonésie 166,5 228,1 +37,0 %
Japon 99,9 102,9 +3,0 %
États‑Unis 209,4 231,1 +10,4 %
Malaisie 1,9 37,2 +1870,5 %

Les États‑Unis deviennent le premier client de l’UE, les exportations gagnant 42,7 %, alors que le Royaume‑Uni chute de 23,3 %.

Du côté des exportations, les États‑Unis sont passés de 149,2 millions d’euros en 2015 à 212,9 millions en 2025 (+42,7 %), devançant désormais un Royaume‑Uni en repli (118,5 millions contre 154,4 millions, soit -23,3 %). La Suisse progresse de 44,9 % (76,7 millions) et la Turquie de 92,4 % (20,8 millions). La baisse des ventes vers le Royaume‑Uni s’est accompagnée d’un effondrement des volumes (cf. infra), lié au Brexit et aux nouvelles formalités douanières.

Le choc du Brexit se matérialise par une rupture de prix sur les exportations vers le Royaume‑Uni en 2021, avec une envolée de 290 % du prix unitaire et un effondrement des volumes.

L’analyse des chocs de prix met en lumière un événement majeur : en 2021, le prix moyen des exportations vers le Royaume‑Uni a grimpé de 290 % par rapport à la période 2019‑2020, tandis que les volumes se sont effondrés (2 025 tonnes contre 11 550 tonnes en moyenne avant le choc). Ce choc, d’une ampleur exceptionnelle (anormalité de 9,1), s’explique par la sortie du Royaume‑Uni du marché unique, entraînant des coûts logistiques et réglementaires plus élevés, qui ont été répercutés sur les prix et ont déprimé la demande.

3. Une production européenne en mutation et des tensions sur les approvisionnements

La production de l’UE a vu ses volumes chuter de 65,4 % depuis 2003, mais sa valeur a progressé de 16,1 %, confirmant une montée en gamme continue.

Les volumes de production ont baissé de 9,39 millions d’unités en 2003 à 3,25 millions en 2024 (-65,4 %). Dans la fenêtre 2015‑2024, la production est passée de 3,48 millions à 3,25 millions d’unités (-6,9 %), tandis que sa valeur progressait de 794,2 millions d’euros à 993,2 millions (+25,1 %). Le prix unitaire moyen a ainsi plus que triplé depuis 2003, passant d’environ 91 €/unité à 306 €/unité en 2024. Cette évolution illustre la spécialisation des fabricants européens dans les gammes de haute qualité, à l’image des pianos de concert, des violons de lutherie ou des cuivres professionnels.

Des chocs de prix de grande ampleur ont affecté les importations en provenance de Chine (+40,2 % en 2022) et d’Indonésie (+56,8 % en 2021), révélant une vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement.

Les chocs détectés sur les flux d’importation confirment les tensions récentes. En 2022, le prix des instruments importés de Chine a augmenté de 40,2 % par rapport à la moyenne 2020‑2021, avec une part de valeur dans les importations totales de 58,3 %. Un an plus tôt, l’Indonésie connaissait une hausse de 56,8 % de ses prix à l’importation, alors que ses volumes diminuaient (–27,9 %). Ces épisodes, associés aux perturbations logistiques mondiales et aux coûts des matières premières, ont mis en évidence la dépendance de l’UE à l’égard de ces deux fournisseurs.

La dépendance nette aux importations a presque triplé, passant de 10,8 % à 28,9 %, rendant le marché européen plus exposé aux aléas extérieurs.

L’indicateur de dépendance nette aux importations est monté de 10,8 % en 2015 à 28,9 % en 2024 (+167,9 %). Cette hausse reflète une consommation européenne de plus en plus alimentée par les importations, tandis que la production domestique ne couvre qu’une partie de la demande intérieure en volume. Parallèlement, l’intensité commerciale (ratio échanges/consommation apparente) a atteint 92,9 % en 2024, confirmant l’extraversion totale du secteur. Cette dépendance accrue, couplée à une concentration modérée des fournisseurs (indice HHI des importations passant de 2 139 à 2 227), rend le marché de l’UE vulnérable aux crises sanitaires, aux tensions géopolitiques et aux fluctuations des coûts du fret.

Conclusion

Sur la période 2015‑2025, le commerce européen des instruments de musique a enregistré une aggravation significative de son déficit, malgré une progression de la valeur exportée, grâce à une forte hausse des prix unitaires. Cette montée en gamme de l’offre européenne s’inscrit dans une réorientation de la production vers des instruments de grande qualité, tandis que les volumes produits continuent de se contracter. Du côté des partenaires, la Chine a renforcé sa domination dans les importations, alors que les États‑Unis sont devenus le premier débouché à l’exportation devant un Royaume‑Uni affecté par le Brexit. Enfin, les chocs de prix survenus depuis 2021 et le triplement de la dépendance aux importations rappellent la fragilité de la chaîne d’approvisionnement de ce secteur, pourtant stratégique pour la culture et l’artisanat européens.