Évolution du marché : Instruments de musique (CN 92) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse les échanges commerciaux de l'Union européenne avec les pays tiers pour le code nomenclature combinée 92 — Instruments de musique ; parties et accessoires de ces instruments — sur la période 2015–2025. Ce poste couvre un large éventail de produits, des pianos (9201) aux instruments amplifiés électriquement (9207), en passant par les instruments à vent (9205), à percussion (9206), les instruments à cordes non clavier (9202), les boîtes à musique et appeaux (9208), ainsi que les parties et accessoires (9209).
Sur la décennie étudiée, le marché européen des instruments de musique connaît une transformation profonde. Trois dynamiques majeures se dégagent : une montée en gamme structurelle qui sépare nettement la trajectoire des volumes de celle des valeurs ; une réorientation géographique des flux commerciaux, marquée par la consolidation de l'Asie comme pôle d'approvisionnement et la recomposition des débouchés à l'exportation ; enfin, une dépendance accrue de l'UE vis-à-vis des importations, associée à une exposition renforcée aux chocs de prix.
1. Une montée en gamme qui sépare volumes et valeurs
1.1 Un déficit commercial qui se creuse malgré la résilience des exportations
La balance commerciale de l'UE pour les instruments de musique est structurellement déficitaire et le fossé s'est considérablement élargi sur la période. Le déficit est passé de −267 M€ en 2015 à −477 M€ en 2025, soit une aggravation de 78,7 %. Ce creusement s'explique par une croissance des importations (+32,4 % en valeur, passant de 970 M€ à 1 284 M€) nettement plus rapide que celle des exportations (+14,9 %, de 703 M€ à 807 M€).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations (valeur) | 703 M€ | 807 M€ | +14,9 % |
| Importations (valeur) | 970 M€ | 1 284 M€ | +32,4 % |
| Balance commerciale | −267 M€ | −477 M€ | −78,7 % |
| Exportations (volume) | 14 164 t | 9 968 t | −29,6 % |
| Importations (volume) | 53 657 t | 64 581 t | +20,4 % |
Source : Vue d'ensemble du commerce
1.2 Des volumes exportés en repli marqué face à des valeurs unitaires en forte hausse
La dynamique la plus frappante réside dans le décalage croissant entre volumes et valeurs à l'exportation. Les exportations européennes en poids net ont reculé de 29,6 % (de 14 164 t à 9 968 t), tandis que la valeur totale augmentait de 14,9 %. Cette divergence se traduit par une hausse du prix unitaire à l'exportation de +63,2 % (de 49 621 €/t à 80 976 €/t). À l'inverse, les prix unitaires à l'importation n'ont progressé que de 10,0 % (de 18 073 €/t à 19 886 €/t).
Le ratio prix export/prix import est ainsi passé de 2,7× en 2015 à 4,1× en 2025, traduisant un positionnement européen de plus en plus net sur le segment haut de gamme.
| Flux | Prix unitaire 2015 (€/t) | Prix unitaire 2025 (€/t) | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations | 49 621 | 80 976 | +63,2 % |
| Importations | 18 073 | 19 886 | +10,0 % |
| Ratio export/import | 2,7 | 4,1 | — |
1.3 Une production européenne qui se recentre sur le haut de gamme
Les données de production confirment cette tendance avec éclat. Le nombre de pièces produites dans l'UE a chuté de 65,4 % (de 9,4 millions à 3,2 millions d'unités), tandis que la valeur de la production augmentait de 16,1 % (de 855 M€ à 993 M€). La valeur unitaire implicite par pièce est ainsi passée d'environ 91 € à 306 €, soit un triplement. Ce mouvement suggère un transfert massif de la production de masse vers des pays à moindre coût, l'UE conservant et renforçant sa spécialisation dans les instruments de qualité supérieure.
| Indicateur de production | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Volume (pièces) | 9 385 692 | 3 245 106 | −65,4 % |
| Valeur (€) | 855 M€ | 993 M€ | +16,1 % |
| Valeur unitaire implicite (€/pièce) | ~91 | ~306 | +236 % |
Source : Volumes de production
1.4 Des segments en mutation : instruments électriques en tête, pianos et instruments à vent en retrait
La décomposition par sous-produit révèle des trajectoires très hétérogènes. Les instruments amplifiés électriquement (9207) dominent désormais les importations avec 594 M€ en 2025 (46 % du total, contre 38 % en 2015), portés à la fois par une hausse des volumes (+81,6 % en poids) et par la croissance du marché des instruments électroniques et électro-acoustiques. Les parties et accessoires (9209) constituent le premier poste à l'exportation (212 M€, soit 26 %), profitant de la spécialisation européenne dans les composants de haute qualité.
À l'inverse, plusieurs segments traditionnels accusent un recul à l'exportation : les pianos (9201) passent de 117 M€ à 106 M€ (−9,4 %), les instruments à cordes (9202) de 87 M€ à 81 M€ (−6,3 %), et les instruments à vent (9205) de 134 M€ à 123 M€ (−8,3 %). Ces baisses sont cependant bien plus modérées en valeur qu'en volume — les prix unitaires à l'exportation de ces segments augmentant fortement — ce qui confirme le mouvement de montée en gamme au sein même des catégories traditionnelles.
Importations par segment (valeur, M€)
| Segment | 2015 | 2025 | Δ% | Part 2025 |
|---|---|---|---|---|
| 9207 — Instruments électriques | 368 | 594 | +61,5 % | 46,3 % |
| 9209 — Parties et accessoires | 175 | 227 | +29,7 % | 17,6 % |
| 9202 — Instruments à corde | 157 | 148 | −5,2 % | 11,5 % |
| 9205 — Instruments à vent | 100 | 123 | +23,0 % | 9,6 % |
| 9206 — Percussion | 69 | 91 | +33,1 % | 7,1 % |
| 9201 — Pianos | 84 | 73 | −12,8 % | 5,7 % |
| 9208 — Autres | 14 | 17 | +22,8 % | 1,3 % |
Exportations par segment (valeur, M€)
| Segment | 2015 | 2025 | Δ% | Part 2025 |
|---|---|---|---|---|
| 9209 — Parties et accessoires | 159 | 212 | +33,7 % | 26,3 % |
| 9207 — Instruments électriques | 133 | 202 | +51,3 % | 25,0 % |
| 9205 — Instruments à vent | 134 | 123 | −8,3 % | 15,3 % |
| 9201 — Pianos | 117 | 106 | −9,4 % | 13,1 % |
| 9202 — Instruments à corde | 87 | 81 | −6,3 % | 10,1 % |
| 9206 — Percussion | 46 | 59 | +28,1 % | 7,3 % |
| 9208 — Autres | 4,4 | 6,1 | +38,8 % | 0,8 % |
2. Une réorientation géographique des flux vers l'Asie et l'Amérique du Nord
2.1 La Chine et l'Indonésie, moteurs dominants de la croissance des importations
Les principaux partenaires à l'importation sont dominés par l'Asie. La Chine demeure le premier fournisseur de l'UE, avec des importations passées de 341 M€ à 494 M€ (+45,1 %), représentant à elle seule 38,5 % du total des importations en 2025. L'Indonésie confirme sa position de second fournisseur (de 166 M€ à 228 M€, +37,0 %), portée notamment par la production de guitares et d'instruments à cordes.
La progression la plus spectaculaire revient toutefois à la Malaisie, dont les exportations vers l'UE ont bondi de 1,9 M€ à 37,2 M€ (+1 870 %). Cette croissance explosive, malgré un niveau de départ très faible, traduit probablement la montée en puissance de capacités de fabrication délocalisées, notamment dans le segment des instruments à vent et des composants.
| Partenaire | Import. 2015 (M€) | Import. 2025 (M€) | Δ% |
|---|---|---|---|
| Chine | 341 | 494 | +45,1 % |
| Indonésie | 166 | 228 | +37,0 % |
| États-Unis | 209 | 231 | +10,4 % |
| Japon | 100 | 103 | +3,0 % |
| Taiwan | 24 | 29 | +18,4 % |
| Royaume-Uni | 49 | 29 | −40,5 % |
| Malaisie | 1,9 | 37,2 | +1 870 % |
Source : Partners à l'importation
2.2 Des exportations de plus en plus tournées vers les États-Unis, la Suisse et la Norvège
Côté exportations, la géographie des débouchés s'est reconfigurée. Les États-Unis sont devenus le premier marché extra-UE, avec des exportations passées de 149 M€ à 213 M€ (+42,7 %), dépassant le Royaume-Uni. La Suisse (de 53 M€ à 77 M€, +44,9 %) et la Norvège (de 21 M€ à 30 M€, +46,4 %) ont également connu des progressions notables, reflétant la demande soutenue de marchés européens proches pour des instruments de qualité.
Le Royaume-Uni, ancien premier débouché de l'UE, a vu ses importations en provenance de l'UE reculer de 154 M€ à 118 M€ (−23,3 %). L'instabilité des flux avec le Royaume-Uni se traduit par un coefficient de variation de 0,84, le plus élevé parmi les principaux partenaires à l'exportation, ce qui suggère des perturbations liées au Brexit et aux nouvelles barrières commerciales post-2021. La Turquie émerge comme un marché dynamique (de 11 M€ à 21 M€, +92,4 %).
| Partenaire | Export. 2015 (M€) | Export. 2025 (M€) | Δ% |
|---|---|---|---|
| États-Unis | 149 | 213 | +42,7 % |
| Royaume-Uni | 154 | 118 | −23,3 % |
| Suisse | 53 | 77 | +44,9 % |
| Chine | 57 | 52 | −7,8 % |
| Norvège | 21 | 30 | +46,4 % |
| Turquie | 11 | 21 | +92,4 % |
| Tunisie | 4,0 | 3,8 | −5,0 % |
2.3 Un rôle central de l'Allemagne, avec des reconfigurations au sein de l'UE
Au sein de l'UE, l'Allemagne domine tant les importations que les exportations. Premier importateur (476 M€ en 2025, +28,7 % par rapport à 2015) et premier exportateur (326 M€, +19,6 %), elle concentre environ 37 % des importations intra-UE depuis les pays tiers et 40 % des exportations, confirmant son statut de pays le plus spécialisé dans ce secteur (RSCA de 0,319 en 2025).
Les Pays-Bas, traditionnellement second exportateur de l'UE (108 M€ en 2015), ont vu leurs exportations chuter de 47,6 % (à 57 M€), ce qui pourrait refléter une reconfiguration des circuits logistiques. À l'inverse, la Suède a connu une progression remarquable de ses exportations (+151,6 %, de 29 M€ à 74 M€), portée par la dynamique de fabricants spécialisés. La Belgique a vu ses importations bondir de 38 M€ à 97 M€ (+153,7 %), possiblement en lien avec le rôle de hub logistique du port d'Anvers.
Principaux États membres importateurs (M€)
| État membre | 2015 | 2025 | Δ% |
|---|---|---|---|
| Allemagne | 370 | 476 | +28,7 % |
| Pays-Bas | 207 | 276 | +33,5 % |
| France | 144 | 182 | +26,5 % |
| Belgique | 38 | 97 | +153,7 % |
| Espagne | 33 | 58 | +72,1 % |
| Italie | 60 | 45 | −24,3 % |
| Suède | 28 | 32 | +12,5 % |
Source : Reporters à l'importation
3. Une dépendance accrue et une exposition renforcée aux chocs
3.1 Un taux de dépendance aux importations en forte progression
L'indice de dépendance nette aux importations est passé de 10,8 % en 2015 à 28,9 % en 2025, soit une hausse de 167,9 %. Ce chiffre, qui atteignait un pic de 37,3 % au cours de la période, indique que l'UE est devenue significativement plus dépendante de sources d'approvisionnement extérieures pour couvrir sa consommation intérieure d'instruments de musique.
Parallèlement, l'intensité commerciale (rapport du commerce extérieur au total de la production et de la consommation) a progressé de 74,6 % à 92,9 %, tandis que la propension à exporter (exportations/production) est passée de 57,1 % à 84,1 %. L'UE exporte ainsi une part croissante de sa production — cohérent avec la montée en gamme — mais importe également davantage pour couvrir les segments de volume.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Dépendance nette aux importations | 10,8 % | 28,9 % | +167,9 % |
| Intensité commerciale | 74,6 % | 92,9 % | +24,5 % |
| Propension à exporter | 57,1 % | 84,1 % | +47,3 % |
3.2 Une concentration des sources d'importation qui s'alourdit
L'indice de concentration HHI des importations en valeur est passé de 2 139 à 2 227 (+4,1 %), indiquant un marché d'importation modérément concentré dont la concentration s'est légèrement renforcée. En volume, la concentration est encore plus marquée (HHI de 3 587 en 2025), ce qui signifie que quelques partenaires — au premier rang desquels la Chine — fournissent la grande majorité des quantités importées.
À l'exportation, le HHI est resté stable autour de 1 232 (−2,0 %), témoignant d'une diversification géographique des débouchés européens relativement préservée.
| Indicateur (HHI, valeur) | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations | 2 139 | 2 227 | +4,1 % |
| Exportations | 1 258 | 1 232 | −2,0 % |
3.3 Des chocs de prix significatifs en 2021–2022
L'analyse de volatilité et des chocs révèle trois événements marquants au cours de la période :
| Choc | Type | Flux | Partenaire | Année | Amplitude | Part de valeur |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 1 | Prix | Importations | Chine | 2022 | +40,2 % | 58,3 % |
| 2 | Prix | Exportations | Royaume-Uni | 2021 | +290,0 % | 22,9 % |
| 3 | Prix | Importations | Indonésie | 2021 | +56,8 % | 28,1 % |
Source : Chocs d'approvisionnement
Le choc le plus significatif est celui des prix d'importation en provenance de Chine en 2022, avec une hausse de 40,2 % et une valeur d'anomalie de 21,7 écarts-types, intervenant dans un contexte de tensions post-COVID sur les chaînes d'approvisionnement et de hausse des coûts de transport maritime. Le choc sur les prix d'exportation vers le Royaume-Uni en 2021 (+290 %) est quant à lui probablement lié aux nouvelles conditions douanières post-Brexit et à la revalorisation des déclarations en valeur. Enfin, la hausse des prix d'importation en provenance d'Indonésie en 2021 (+56,8 %) reflète la remontée des cours des matières premières et la compétition pour l'accès aux capacités de production asiatiques.
L'instabilité est particulièrement forte pour certains partenaires : les importations en provenance du Royaume-Uni (CV de 0,76) et de Malaisie (CV de 0,71) affichent une volatilité élevée, tandis qu'à l'exportation, le Royaume-Uni (CV de 0,84) et Hong Kong (CV de 0,97) présentent les plus fortes fluctuations.
Conclusion
Le marché européen des instruments de musique (CN 92) a profondément évolué entre 2015 et 2025. L'UE s'est engagée dans une trajectoire de spécialisation qualitative : sa production est passée de 9,4 à 3,2 millions de pièces tout en gagnant 16 % en valeur, ses exportations sont de 63 % plus chères au kilogramme qu'en 2015, et son ratio prix export/prix import s'établit désormais à 4,1. Cette montée en gamme est cependant contrebalancée par une dépendance croissante aux importations, dont la valeur a crû de 32 % et dont la part nette dans la consommation intérieure a presque triplé.
La géographie des échanges s'est reconfigurée : la Chine consolide sa position de fournisseur dominant (+45 %), les États-Unis deviennent le premier débouché à l'exportation (+43 %), tandis que le Royaume-Uni perd du terrain des deux côtés dans un contexte post-Brexit. Au sein de l'UE, l'Allemagne reste le pivot central du secteur, avec un degré de spécialisation nettement supérieur à la moyenne.
Les chocs de prix observés en 2021–2022, combinés à une concentration des importations qui s'alourdit, soulèvent des questions de résilience. Si la montée en gamme européenne constitue un atout concurrentiel de long terme, l'accroissement de la vulnérabilité aux fluctuations des prix asiatiques et aux disruptions logistiques appelle une vigilance accrue des acteurs du secteur et des décideurs politiques.