Évolution du marché : Jouets et jeux (CN 95) — 2015–2025
Introduction
Le chapitre 95 de la nomenclature combinée regroupe les jouets, jeux, articles de sport et de divertissement, ainsi que leurs parties et accessoires. Ce rapport analyse l’évolution des échanges extra-UE de cette catégorie entre 2015 et 2025. Les données, issues du tableau de bord interactif, mettent en lumière une croissance soutenue des flux, une recomposition géographique des partenaires et une montée en gamme portée par les segments à plus forte valeur ajoutée. L’Union européenne demeure un importateur net massif, avec un déficit qui s’est alourdi de 47,3 % sur la période.
Un commerce en forte expansion creusant le déficit extérieur
Les échanges totaux augmentent de près de 50 % en valeur sur la décennie
Les exportations de l’UE en direction des pays tiers sont passées de 5,84 milliards EUR en 2015 à 8,59 milliards EUR en 2025, soit une progression de 47,2 %. Dans le même temps, les importations ont crû de 47,3 %, passant de 14,53 milliards EUR à 21,40 milliards EUR. L’année 2022 a marqué un pic historique des importations à 24,22 milliards EUR, avant une correction en 2023‑2024 et un rebond en 2025.
Le déficit commercial se creuse, porté par une demande intérieure dynamique
Le solde est resté structurellement déficitaire. Le déficit s’élevait à 8,69 milliards EUR en 2015 et atteint 12,80 milliards EUR en 2025, une dégradation de 47,3 %. Le creusement est particulièrement marqué entre 2021 et 2022, où le déficit a culminé à 16,44 milliards EUR. L’écart entre les volumes échangés confirme ce déséquilibre : les quantités importées ont augmenté de 53,9 % (de 1,50 à 2,31 millions de tonnes), tandis que les quantités exportées n’ont progressé que de 8,2 % (de 418 à 453 milliers de tonnes).
La hausse des prix à l’exportation compense partiellement la stagnation des volumes
Le prix moyen des exportations est passé de 13 964 EUR/tonne à 18 985 EUR/tonne (+36,0 %), traduisant une montée en gamme des produits vendus par l’UE. À l’inverse, le prix moyen des importations a légèrement baissé de 4,3 %, passant de 9 685 EUR/tonne à 9 265 EUR/tonne, avec une forte volatilité liée aux chocs de prix (point haut à 12 623 EUR/tonne en 2022). Ce découplage a permis de limiter l’alourdissement du déficit en valeur.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations (valeur, Md€) | 5,84 | 8,59 | +47,2 % |
| Importations (valeur, Md€) | 14,53 | 21,40 | +47,3 % |
| Solde commercial (Md€) | -8,69 | -12,80 | -47,3 % |
| Prix moyen export (€/t) | 13 964 | 18 985 | +36,0 % |
| Prix moyen import (€/t) | 9 685 | 9 265 | -4,3 % |
Source : Vue d’ensemble du commerce.
Une reconfiguration des partenaires : l’emprise chinoise et les ruptures géopolitiques
La Chine demeure le fournisseur dominant, mais le Vietnam monte en puissance
La concentration des importations reste élevée (HHI de 5 279 à 5 686). La Chine concentre l’essentiel des approvisionnements : ses exportations vers l’UE sont passées de 10,43 milliards EUR en 2015 à 15,96 milliards EUR en 2025 (+53,1 %). Le Vietnam enregistre la plus forte progression en valeur absolue parmi les fournisseurs asiatiques, passant de 132 millions EUR à 792 millions EUR (+500,3 %), dépassant Taïwan et la Thaïlande. L’Inde (+133,1 %) et la Thaïlande (+58,6 %) renforcent également leur présence, tandis que Taïwan recule de 19,9 %.
Le Brexit et les sanctions contre la Russie redessinent les flux d’exportation
Les principaux partenaires à l’export ont connu des évolutions contrastées. Le Royaume‑Uni reste le premier client, avec 1,99 milliard EUR en 2025 (+39,5 %). Les États‑Unis (+80,0 % à 1,30 milliard EUR) et la Suisse (+74,7 % à 0,99 milliard EUR) gagnent en importance. À l’opposé, les exportations vers la Russie se sont effondrées de 67,8 %, passant de 363 millions EUR en 2015 à 117 millions EUR en 2025, conséquence directe des sanctions adoptées après 2022. L’Australie recule de 20,1 %, tandis que la Chine ne progresse que de 5,9 %.
La volatilité des échanges reflète les chocs de prix et d’approvisionnement
Les indicateurs de volatilité montrent une instabilité marquée. Le Royaume‑Uni affiche un coefficient de variation des importations de 0,58, lié aux perturbations post‑Brexit. Le Vietnam (0,44) et la Russie (0,53 à l’export) subissent des fluctuations importantes. Un choc de prix majeur a été détecté en 2022 sur les importations chinoises, avec une hausse moyenne des prix de 44,5 % par rapport à la période de référence 2020‑2021, ce qui a gonflé temporairement la valeur des achats.
| Partenaire (import) | 2015 (Md€) | 2025 (Md€) | Var. | Partenaire (export) | 2015 (Md€) | 2025 (Md€) | Var. |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Chine | 10,43 | 15,96 | +53,1% | Royaume‑Uni | 1,43 | 1,99 | +39,5% |
| Viet Nam | 0,13 | 0,79 | +500,3% | États‑Unis | 0,72 | 1,30 | +80,0% |
| Inde | 0,06 | 0,13 | +133,1% | Suisse | 0,57 | 0,99 | +74,7% |
| Thaïlande | 0,15 | 0,23 | +58,6% | Russie | 0,36 | 0,12 | -67,8% |
Sources : Principaux partenaires et volatilité.
La montée en gamme et le rôle moteur des jeux vidéo et des articles de sport
Les jeux vidéo (9504) tirent la croissance des importations et des exportations
La ventilation par segment révèle que les consoles et machines de jeux vidéo (code 9504) constituent le poste le plus dynamique. À l’importation, leur valeur a bondi de 4,25 à 6,61 milliards EUR, portée par des prix unitaires élevés (26 524 EUR/tonne en 2025, contre 33 254 EUR/tonne en 2015, mais avec des unités supplémentaires mesurées en pièces qui confirment une forte valeur). À l’exportation, elles passent de 1,21 à 2,24 milliards EUR, avec un prix moyen atteignant 42 932 EUR/tonne en 2025. Ce segment justifie une part importante de la hausse du prix moyen global des exportations.
Les articles de sport (9506) restent le premier segment en volume, avec une valorisation accrue à l’export
Les articles et matériel pour l’éducation physique et les sports (9506) sont le premier poste en volume tant à l’import qu’à l’export. Les importations sont passées de 3,29 à 5,19 milliards EUR, avec une quantité atteignant 1,03 million de tonnes en 2025. Les exportations ont crû de 1,68 à 2,58 milliards EUR, soutenues par une hausse du prix moyen de 10 531 à 12 677 EUR/tonne. Ce segment bénéficie d’une spécialisation de plusieurs États membres, comme en témoigne l’indice RSCA de la Grèce (0,37) ou de la Tchéquie (0,46) en 2025, selon la carte de spécialisation.
Les jouets traditionnels (9503) et les articles de fête (9505) résistent par la hausse des prix
Les jouets (9503) demeurent le deuxième poste d’importation, passant de 5,59 à 7,33 milliards EUR, tandis que les exportations progressent de 2,10 à 2,71 milliards EUR. La hausse du prix moyen à l’export (de 14 281 à 19 199 EUR/tonne) a compensé une certaine stabilité des volumes. Les articles pour fêtes et carnavals (9505) suivent une trajectoire similaire : les exportations sont passées de 185 à 204 millions EUR, avec un prix moyen qui a légèrement fléchi, mais reste autour de 11 800 EUR/tonne.
| Sous-position | Import 2015 (Md€) | Import 2025 (Md€) | Export 2015 (Md€) | Export 2025 (Md€) | Prix export 2025 (€/t) |
|---|---|---|---|---|---|
| 9506 (sports) | 3,29 | 5,19 | 1,68 | 2,58 | 12 677 |
| 9503 (jouets) | 5,59 | 7,33 | 2,10 | 2,71 | 19 199 |
| 9504 (jeux vidéo) | 4,25 | 6,61 | 1,21 | 2,24 | 42 932 |
| 9505 (fêtes) | 0,81 | 1,26 | 0,18 | 0,20 | 11 829 |
Source : Comparaison par produit.
Conclusion
Le commerce extra-UE des jouets et articles de sport a connu une décennie de forte croissance, tirée par une demande intérieure solide et une montée en gamme des exportations. Le déficit commercial s’est néanmoins creusé, l’UE restant très dépendante des importations chinoises, malgré une diversification progressive vers le Vietnam et l’Inde. Les chocs géopolitiques (sanctions contre la Russie) et les ajustements post‑Brexit ont redessiné la carte des partenaires. Les segments à haute valeur ajoutée, en particulier les jeux vidéo, expliquent l’essentiel de la revalorisation des exportations. Les prochaines années diront si cette dynamique de spécialisation intra‑européenne (Pays‑Bas, Tchéquie, Pologne) et la montée en gamme suffiront à réduire le déficit chronique de l’Union dans ce secteur.