Évolution du marché : Articles de bureau et fournitures scolaires (CN 96) — 2015–2025
Introduction
La position douanière 96, intitulée « Ouvrages divers », regroupe un ensemble hétérogone de produits allant des articles de brosserie (9603) aux stylos et crayons (9608), en passant par les articles hygiéniques (9619), les briquets (9613), les bouteilles isothermes (9617) ou encore les pipes (9614). Cette diversité rend le suivi de la position 96 particulièrement instructif, car elle reflète à la fois des tendances liées à l'hygiène et à la consommation courante, et des dynamiques plus spécifiques à l'industrie manufacturière légère.
Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'Union européenne (avec les pays hors UE) a connu des transformations profondes : un déficit commercial qui se résorbe, une concentration accrue des importations autour de la Chine, et une production intérieure en repli volumétrique mais en progression en valeur. Ce rapport analyse ces dynamiques en trois volets — la recomposition du solde commercial et de la structure des flux, les mutations de la carte des partenaires et de la production européenne, puis les signaux de vulnérabilité et les segments moteurs.
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1. Une recomposition profonde du solde commercial : la valeur progresse mais le volume stagne
1.1 Les exportations maintiennent leur valeur malgré un recul des volumes
Entre 2015 et 2025, les exportations de l'UE (position 96) ont progressé de 9,5 % en valeur, passant de 5,23 milliards € à 5,73 milliards €. Dans le même temps, les volumes exportés ont reculé de 8,2 % (de 738 251 t à 677 956 t). Cette divergence s'explique par une hausse significative des prix moyens à l'exportation, qui ont augmenté de 19,3 % (de 7 088 €/t à 8 453 €/t).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur exportations | 5,23 Mds € | 5,73 Mds € | +9,5 % |
| Volume exportations | 738 251 t | 677 956 t | −8,2 % |
| Prix moyen exportation | 7 088 €/t | 8 453 €/t | +19,3 % |
Ce phénomène de valorisation unitaire croissante indique que l'UE exporte des produits à plus forte valeur ajoutée ou que l'inflation des coûts de production se répercute sur les prix de sortie. Le maximum de valeur exportée a été atteint en 2022 (5,97 Mds €), année marquée par la forte inflation post-Covid et la flambée énergétique.
1.2 Les importations bondissent, tirées par la hausse conjointe des prix et des volumes
Côté importations, la croissance est nettement plus forte : +44,5 % en valeur (de 3,76 Mds € à 5,43 Mds €) et +35,1 % en volume (de 462 031 t à 624 285 t). Le prix moyen des importations n'a augmenté que de 7,0 % (de 8 128 €/t à 8 694 €/t), ce qui signifie que la majeure partie de la hausse en valeur provient d'un accroissement réel des quantités importées.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur importations | 3,76 Mds € | 5,43 Mds € | +44,5 % |
| Volume importations | 462 031 t | 624 285 t | +35,1 % |
| Prix moyen importation | 8 128 €/t | 8 694 €/t | +7,0 % |
1.3 L'excédent commercial se résorbe de près de 80 %
Conséquence directe de ces évolutions asymétriques, le solde commercial de l'UE sur la position 96 s'est dégradé de manière spectaculaire : il est passé de +1,48 milliard € en 2015 à seulement +304 millions € en 2025, soit un recul de 79,5 %. L'UE demeure excédentaire, mais l'écart s'est considérablement réduit. En 2022, le solde avait même atteint un point bas temporaire en raison du pic des importations chinoises.
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2. La Chine au cœur de la restructuration : concentration des importations et mutation des partenaires
2.1 La Chine, premier fournisseur dont les importations ont presque doublé
Le partenaire dominant pour les importations de la position 96 est sans conteste la Chine. Sur la période, les importations en provenance de Chine ont progressé de 95,8 %, passant de 1,86 milliard € à 3,64 milliards €. La Chine représente désormais à elle seule plus des deux tiers de la valeur totale des importations de l'UE sur cette position.
| Partenaire (imports) | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Chine | 1,86 Mrd € | 3,64 Mrds € | +95,8 % |
| Royaume-Uni | 471 M€ | 201 M€ | −57,4 % |
| Suisse | 274 M€ | 332 M€ | +20,9 % |
| Turquie | 77 M€ | 119 M€ | +55,0 % |
| États-Unis | 183 M€ | 182 M€ | −0,6 % |
| Japon | 267 M€ | 254 M€ | −4,6 % |
| Vietnam | 61 M€ | 80 M€ | +32,2 % |
Cette progression fulgurante de la Chine s'est accompagnée d'une concentration extrême des importations : l'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) sur la valeur des importations est passé de 2 799 à 4 687, soit une hausse de 67,5 %. Un HHI supérieur à 2 500 indique un marché très concentré ; le niveau atteint en 2025 (4 687) traduit une dépendance marquée vis-à-vis d'un nombre restreint de fournisseurs, la Chine pesant de manière écrasante.
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2.2 Le recul notable du Royaume-Uni comme fournisseur
Le Royaume-Uni, deuxième fournisseur en 2015 avec 471 M€, a vu ses exportations vers l'UE chuter de 57,4 % pour n'atteindre que 201 M€ en 2025. Ce déclin, amorcé dès 2016 et accentué après le Brexit (sortie effective en 2020), illustre les effets concrets des nouvelles barrières non tarifaires et des frictions douanières post-Brexit. En volume, le coefficient de variation du Royaume-Uni (0,44) est le plus élevé des principaux partenaires importateurs, signalant une instabilité structurelle.
2.3 Les exportations de l'UE : un marché encore diversifié mais fragilisé côté russe
Du côté des exportations, le Royaume-Uni reste le premier client de l'UE (1,34 Mrd € en 2025, +20,4 %). En revanche, les exportations vers la Russie ont été divisées par près de deux (de 499 M€ à 269 M€, −46,2 %), conséquence directe des sanctions économiques imposées à partir de 2022. Les États-Unis (+25,7 %), la Suisse (+28,7 %) et l'Australie (+37,4 %) ont en partie compensé ce recul.
| Partenaire (exports) | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 1,11 Mrd € | 1,34 Mrd € | +20,4 % |
| Russie | 499 M€ | 269 M€ | −46,2 % |
| États-Unis | 476 M€ | 598 M€ | +25,7 % |
| Suisse | 345 M€ | 444 M€ | +28,7 % |
| Ukraine | 115 M€ | 147 M€ | +27,3 % |
| Australie | 134 M€ | 185 M€ | +37,4 % |
L'HHI des exportations reste faible (de 781 à 856), ce qui confirme une bonne diversification géographique à l'exportation, en contraste frappant avec la concentration des importations.
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3. Production européenne en repli volumétrique, vulnérabilité en voie de réduction et segments moteurs identifiés
3.1 Une production intérieure qui perd en volume mais gagne en valeur
La production de l'UE (position 96) a connu une évolution contrastée. En volume (nombre de pièces), elle a reculé de 20,9 %, passant de 15,6 milliards de pièces à 12,4 milliards. En revanche, la valeur de production a augmenté de 34,7 % (de 11,0 Mds € à 14,8 Mds €). Cette divergence traduit une montée en gamme ou une inflation des prix de production, dans un contexte où les volumes cèdent du terrain face aux importations à bas coût, notamment chinoises.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Volume de production | 15,6 Mrds pcs | 12,4 Mrds pcs | −20,9 % |
| Valeur de production | 11,0 Mds € | 14,8 Mds € | +34,7 % |
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3.2 La Tchéquie, la Pologne et la Grèce : des spécialistes à l'exportation
L'analyse de la spécialisation révèle des dynamiques intéressantes au sein de l'UE. En 2025, les pays les plus spécialisés dans l'exportation de la position 96 (mesuré par l'avantage comparatif révélé normalisé, RSCA) sont :
| Pays | RSCA | RCA | Part de la production UE |
|---|---|---|---|
| Tchéquie | 0,379 | 2,223 | 10,7 % |
| Grèce | 0,274 | 1,754 | 1,2 % |
| Pologne | 0,221 | 1,569 | 10,4 % |
| Slovaquie | 0,146 | 1,341 | 2,8 % |
| Suède | 0,089 | 1,195 | 2,9 % |
La Tchéquie se distingue par un RCA de 2,22, indiquant qu'elle exporte plus du double de ce qu'on attendrait compte tenu de sa taille. La Tchéquie a d'ailleurs connu une spectaculaire progression de ses exportations (+164,1 %), de 171 M€ à 451 M€. À l'inverse, Malte, le Luxembourg, la Finlande et l'Irelande affichent des RSCA fortement négatifs, signe d'une désécialisation dans ce secteur.
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3.3 La dépendance nette aux importations s'atténue
L'indicateur de dépendance nette aux importations est passé de −8,1 % à −4,4 % (valeur négative = excédent exportateur). L'UE reste structurellement excédentaire sur cette position, mais l'érosion de l'excédent confirme que les importations progressent plus vite que les exportations. Parallèlement, l'intensité commerciale (commerce total rapporté à la production) a bondi de 38,3 % à 58,2 %, et la propension à exporter de 26,5 % à 42,3 %. L'économie européenne est donc de plus en plus tournée vers l'extérieur sur cette position, ce qui accroît l'exposition aux chocs commerciaux.
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3.4 Les segments moteurs : brosserie, articles hygiéniques et bouteilles isothermes
La ventilation par sous-position révèle trois segments clés :
À l'importation :
| Sous-position | 2015 (valeur) | 2025 (valeur) | Variation |
|---|---|---|---|
| 9603 — Brosserie | 1,06 Mrd € | 1,63 Mrd € | +54,0 % |
| 9608 — Stylos et crayons | 662 M€ | 835 M€ | +26,1 % |
| 9619 — Articles hygiéniques | 382 M€ | 402 M€ | +5,3 % |
| 9617 — Bouteilles isothermes | 125 M€ | 525 M€ | +319,6 % |
| 9613 — Briquets | 191 M€ | 181 M€ | −4,7 % |
Le segment 9617 (bouteilles isothermes) affiche la progression la plus spectaculaire à l'importation : +319,6 % en valeur, reflétant la démocratisation de ces produits (gourdes isothermes, thermos) dans la consommation quotidienne, tendance amplifiée par les préoccupations environnementales et le recours au e-commerce.
À l'exportation :
| Sous-position | 2015 (valeur) | 2025 (valeur) | Variation |
|---|---|---|---|
| 9619 — Articles hygiéniques | 2,19 Mrds € | 2,45 Mrds € | +11,7 % |
| 9603 — Brosserie | 754 M€ | 1,04 Mrd € | +37,9 % |
| 9608 — Stylos et crayons | 690 M€ | 583 M€ | −15,5 % |
| 9613 — Briquets | 287 M€ | 271 M€ | −5,6 % |
Les articles hygiéniques (9619) dominent très largement les exportations, avec 2,45 Mds € en 2025, soit 42,8 % du total. Ce segment affiche un volume stable autour de 530 000–580 000 tonnes et des prix en hausse (de 3 861 à 4 601 €/t, +19,2 %). La brosserie (9603) progresse aussi fortement à l'exportation (+37,9 %), avec des prix qui ont bondi de 13 890 à 20 273 €/t (+46,0 %), signe d'une montée en gamme. En revanche, les stylos et crayons (9608) reculent à l'exportation (−15,5 %) dans un contexte de numérisation croissante et de concurrence asiatique.
Comparer les segments produits
Conclusion
Le commerce extérieur de l'UE sur la position 96 (Ouvrages divers) a connu, entre 2015 et 2025, une transformation profonde marquée par trois grandes tendances.
Premièrement, la dégradation du solde commercial (−79,5 %), qui demeure néanmoins excédentaire, traduit une montée en puissance des importations — portées quasi exclusivement par la Chine — qui progresse plus vite que les exportations européennes. La concentration des importations autour de la Chine (HHI de 4 687) constitue un risque stratégique croissant.
Deuxièmement, la production européenne montre un profil de « montée en gamme » : les volumes reculent de 20,9 % tandis que la valeur progresse de 34,7 %. Les prix à l'exportation augmentent plus vite que les prix à l'importation (+19,3 % contre +7,0 %), ce qui suggère que l'UE se repositionne sur des segments à plus forte valeur ajoutée (brosserie haut de gamme, articles hygiéniques).
Troisièmement, les sous-segments les plus dynamiques — bouteilles isothermes (+319,6 % à l'import) et articles hygiéniques (2,45 Mds € à l'export) — reflètent des tendances sociétales durables : l'éco-responsabilité et la préoccupation sanitaire. À l'inverse, les articles liés à l'écriture traditionnelle (stylos, crayons) subissent le contrecoup de la numérisation.
Les risques identifiés sont la forte dépendance à la Chine pour les importations, l'impact des sanctions sur les échanges avec la Russie, et les incertitudes liées au Brexit pour le commerce avec le Royaume-Uni. Les atouts résident dans la diversification géographique des exportations, la spécialisation de pays comme la Tchéquie et la Pologne, et la capacité de l'industrie européenne à valoriser ses productions dans des segments à forte marge.