Évolution du marché : Ouvrages en cire (CN 9602) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 9602 couvre un ensemble hétéroène de produits incluant les ouvrages moulés ou taillés en cire, paraffine, stéarine, gommes ou résines naturelles, les pâtes à modeler, la gélatine non durcie travaillée ainsi que les matières végétales ou minérales à tailler. Sur la période 2015–2025, l'Union européenne demeure un exportateur net de ces produits, mais sa position commerciale s'est sensiblement modifiée. Alors que les exportations en valeur n'ont progressé que de 2,6 % (de 97,5 M€ à 100,0 M€), les importations ont bondi de 24,6 % (de 49,6 M€ à 61,8 M€), réduisant l'excédent commercial de 47,9 M€ à 38,2 M€ (–20,3 %). Ce rapport analyse les dynamiques sous-jacentes de cette évolution, en examinant la structure géographique des échanges, les signaux de concentration et de vulnérabilité, ainsi que les chocs observés sur la période.
Vue d'ensemble sur le tableau de bord
1. Un excédent commercial en recul tiré par la hausse des importations
Les exportations stagnent en valeur malgré une hausse des prix unitaires
Sur la période, les exportations de l'UE vers le reste du monde ont progressé de manière modeste en valeur (+2,6 %), passant de 97,5 M€ à 100,0 M€. En revanche, les volumes exportés ont nettement reculé, de 3 838 tonnes à 3 522 tonnes (–8,2 %). La hausse du prix moyen à l'exportation, de 25 386 €/t à 28 379 €/t (+11,8 %), a permis de compenser partiellement cette érosion volumique. Cela suggère un glissement vers des produits à plus forte valeur ajoutée, ou le simple effet de l'inflation sur les prix.
Les importations progressent plus vite, tant en valeur qu'en prix
Du côté des importations, la dynamique est plus marquée : la valeur a augmenté de 24,6 % (de 49,6 M€ à 61,8 M€), alors que les volumes importés sont restés quasiment stables (–0,2 %, autour de 2 856 tonnes). Le prix moyen à l'importation a ainsi bondi de 17 312 €/t à 21 641 €/t (+25,0 %). Les importations progressent donc presque exclusivement par la hausse des prix, ce qui peut refléter une augmentation des coûts de production dans les pays d'origine ou une modification de la composition des produits importés.
L'excédent commercial se réduit structurellement
Le solde commercial, structurellement excédentaire, est passé de 47,9 M€ à 38,2 M€, soit une baisse de 20,3 %. Le ratio de dépendance aux importations nettes, constamment négatif (confirmant le statut d'exportateur net de l'UE), est cependant remonté de –55,0 % à –16,6 %, indiquant un rétrécissement significatif de l'avantage excédentaire de l'UE sur ce créneau.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations (M€) | 97,5 | 100,0 | +2,6 % |
| Exportations (tonnes) | 3 838 | 3 522 | –8,2 % |
| Prix export (€/t) | 25 386 | 28 379 | +11,8 % |
| Importations (M€) | 49,6 | 61,8 | +24,6 % |
| Importations (tonnes) | 2 863 | 2 856 | –0,2 % |
| Prix import (€/t) | 17 312 | 21 641 | +25,0 % |
| Solde commercial (M€) | 47,9 | 38,2 | –20,3 % |
Données commerciales détaillées
2. Une reconfiguration géographique profonde des flux commerciaux
L'Asie du Sud-Est et la Chine s'imposent comme sources d'approvisionnement majeures
La transformation la plus frappante côté importations réside dans la montée en puissance de trois partenaires asiatiques. La Chine est passée de 4,9 M€ à 21,5 M€ (+340 %), devenant de loin le premier fournisseur extra-UE. Le Vietnam a connu une progression spectaculaire, de 0,4 M€ à 5,4 M€ (+1 230 %). L'Inde a plus que triplé ses livraisons à l'UE, passant de 1,6 M€ à 6,0 M€ (+273 %). À l'inverse, la Corée du Sud, autrefois premier fournisseur avec 12,5 M€, a vu ses exportations vers l'UE chuter à 4,8 M€ (–61,8 %). Les États-Unis ont également reculé de 9,3 M€ à 7,1 M€ (–24,1 %).
| Partenaire (importations) | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Chine | 4,9 | 21,5 | +340 % |
| Inde | 1,6 | 6,0 | +273 % |
| Vietnam | 0,4 | 5,4 | +1 230 % |
| Corée du Sud | 12,5 | 4,8 | –61,8 % |
| États-Unis | 9,3 | 7,1 | –24,1 % |
| Royaume-Uni | 4,2 | 0,9 | –77,8 % |
| Colombie | 3,5 | 2,2 | –36,3 % |
Le Brexit affecte durablement les échanges avec le Royaume-Uni
Le Royaume-Uni, qui était le premier partenaire à l'exportation de l'UE (14,9 M€ en 2015) et un fournisseur notable à l'importation (4,2 M€), a vu ses flux se déliter fortement. Les exportations vers le Royaume-Uni ont reculé à 9,9 M€ (–33,5 %), tandis que les importations se sont effondrées à 0,9 M€ (–77,8 %). Les coefficients de variation confirment une très forte instabilité des flux avec le Royaume-Uni (CV de 1,08 pour les importations, 0,51 pour les exportations), cohérente avec les perturbations liées à la sortie du marché unique et à la mise en place de nouvelles barrières douanières.
La Turquie et la Russie absorbent une part croissante des exportations européennes
Côté exportations, la Turquie est devenue le premier débouché de l'UE, avec une progression de 10,9 M€ à 16,1 M€ (+47,9 %). La Russie a connu une trajectoire encore plus marquée, passant de 5,8 M€ à 19,4 M€ (+235 %). En revanche, la Suisse a vu ses achats à l'UE diminuer de moitié (de 14,2 M€ à 7,7 M€, –45,9 %). Au sein de l'UE, la Belgique demeure de loin le premier exportateur (43,9 M€ en 2025), suivie de la Croatie (15,9 M€, +371 %) et de la France (10,2 M€, +35,3 %). La Pologne a émergé comme un acteur important, avec une multiplication par 6,6 de ses exportations (de 1,5 M€ à 9,8 M€).
3. Concentration croissante, spécialisation inégale et chocs identifiés
La concentration des approvisionnements importés s'accentue
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations en valeur est passé de 1 398 à 1 803 (+28,9 %), indiquant une concentration accrue des sources d'approvisionnement. En volume, la hausse est encore plus prononcée (de 1 421 à 2 496, +75,6 %). Cette évolution est largement imputable à la domination croissante de la Chine dans les importations. Côté exportations, la concentration est restée plus modérée (HHI passant de 785 à 937), ce qui reflète une base de clients plus diversifiée.
| Indicateur HHI | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations (valeur) | 1 398 | 1 803 | +28,9 % |
| Importations (volume) | 1 421 | 2 496 | +75,6 % |
| Exportations (valeur) | 785 | 937 | +19,4 % |
| Exportations (volume) | 689 | 861 | +25,0 % |
La spécialisation au sein de l'UE est très inégalement répartie
En 2025, la Croatie affiche le plus fort indice de spécialisation (RSCA de 0,90, RCA de 20,0), confirmant une concentration sectorielle forte sur ce créneau, avec une part de production de 8,1 %. La Roumanie (RSCA 0,67) et la Belgique (RSCA 0,66) sont également spécialisées, cette dernière dominant la production de l'UE avec 41,7 % du total. À l'inverse, des pays comme l'Irlande, la Hongrie, la Finlande et le Luxembourg n'ont quasiment aucune activité exportatrice sur ce code (RCA proche de 0).
Des chocs de prix ponctuels mais significatifs identifiés
L'analyse de volatilité a révélé plusieurs événements atypiques. Le choc le plus marquant concerne les exportations vers l'Australie en 2020, avec une hausse de prix de 5 061 % et un indice d'anormalité de 265,2 — probablement lié à des effets de composition ou à des perturbations liées à la pandémie de Covid-19. Du côté des importations en provenance d'Inde, un pic de prix de +76,9 % a été détecté en 2022 (anormalité de 48,8), coïncidant avec la hausse des coûts de transport et des matières premières post-Covid. Enfin, une baisse de prix de –24,4 % sur les exportations vers l'Algérie a été observée en 2019.
Le Royaume-Uni se distingue par une volatilité très élevée (CV de 1,08 pour les importations), signe d'une relation commerciale instable depuis le Brexit.
Concentration et spécialisation
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen des produits du code 9602 (ouvrages en cire, résines, gélatine travaillée, etc.) a connu une triple transformation. Premièrement, l'excédent commercial de l'UE s'est érodé de 20 %, sous l'effet d'une progression des importations (+24,6 % en valeur) nettement supérieure à celle des exportations (+2,6 %). Deuxièmement, la géographie des échanges s'est reconfigurée : les partenaires asiatiques — Chine, Inde, Vietnam — captent désormais une part bien plus importante des importations, au détriment de la Corée du Sud, du Royaume-Uni et des États-Unis. Le Brexit a durablement perturbé les flux avec le Royaume-Uni, tant à l'import qu'à l'export. Troisièmement, la concentration des approvisionnements s'est renforcée (HHI import +29 %), ce qui accroît la dépendance de l'UE vis-à-vis d'un nombre réduit de fournisseurs. Malgré ces évolutions, l'UE conserve un solde excédentaire et des avantages comparatifs confirmés dans plusieurs États membres (Belgique, Croatie, Roumanie). Toutefois, la baisse de la propension à l'exportation (de 66 % à 38 %) et de l'intensité commerciale (de 74 % à 50 %) suggère un possible recul de l'insertion internationale de l'UE sur ce segment, qu'il conviendra de surveiller dans les années à venir.